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DANS LA MAÇONNERIE BLEUE

Mais ai-ors, objectera-t-on, si les maîtres ne participent pas aux travaux des hauts gradés, comment peut s'opérer la transmission des inspirations directrices dans la Maçonnerie bleue?

Le Pouvoir occulte y a pourvu en obligeant par les règlements maçonniques, ainsi que nous venons de le dire, les hauts gradés à fréquenter assidûment les ateliers inférieurs.

Les prescriptions à cet égard sont formelles : tout haut gradé, c'est-à-dire tout membre d'un atelier supérieur, doit faire partie d'un atelier de chacun des degrés inférieurs à celui de son grade, y payer sa cotisation et en fréquenter assidûment les réunions. Ainsi, lorsqu'un maître devient rose-croix, il entre dans un chapitre. (C'est le nom qu'on donne aux ateliers de rose-croix.) Il y paye sa cotisation et il est soumis aux obligations afférentes à son nouveau grade. Mais en même temps il n'est exempté d'aucune de celles auxquelles sa qualité de maître l'astreignait. Il reste donc inscrit à sa loge, comme si rien de nouveau n'était survenu dans sa vie maçonnique. Il y acquitte sa cotisation comme par le passé. Il participe aux élections, aux délibérations, aux cérémonies, comme il le faisait. Vis-à-vis des membres de sa loge, il n'est qu'un maître comme il était, mais un maître qui passe pour aimer le galon, puisqu'il a voulu goûter des hauts grades, ou pour n'avoir pas su se défendre

contre les vaines curiosités... Il n'est aucun des autres maîtres de son atelier qui ne se croie son égal, maçonniquement parlant. En fait, pourtant, il domine ceuxci, non seulement par une espèce de valeur quelconque, qui doit exister aux yeux du Pouvoir occulte, puisqu'il a été choisi pour monter au grade supérieur, mais encore par l'avantage que possède forcément l'initié sur celui qui ne l'est pas, et surtout par suite de l'entente secrète entre certains des hauts gradés, en vue d'entraîner les bas gradés inconscients dans telle ou telle direction. N'est-ce pas cette entente secrète et préalable qui permet à deux bonneteurs, installés aux extrémités d'un compartiment de chemin de fer, et étrangers en apparence l'un à l'autre, de dépouiller les naïfs voyageurs qui consentent à engager la partie avec eux?

L'obligation, pour les hauts gradés, de faire partie d'un atelier de chacun des degrés inférieurs à celui de leur grade, est si rigoureuse, que celui d'entre eux qui ne serait inscrit au tableau d'aucune loge, serait rayé, ipso facto ^ de chacun des ateliers supérieurs auxquels il pourrait avoir été initié. Il serait considéré comme n'étant plus franc-maçon. C'est une raison de plus pour que les maîtres se croient « maçons parfaits ».

Le moyen de transmission des volontés occultes est donc soigneusement ménagé. Il n'est d'ailleurs que la simple reproduction de celui par lequel est assurée ladite transmission parmi les apprentis. Ceux-ci n'ont pas le droit d'aller dans les ateliers des maîtres. Au contraire, les maîtres peuvent circuler à loisir parmi eux. De même, les maîtres n'ont pas le droit d'aller

dans les ateliers supérieurs. Ce sont les hauts gradés qui viennent chez eux. La seule différence consiste en ce que les apprentis ni les compagnons ne peuvent se réunir seuls, tandis qu'au contraire une loge peut être ouverte et tenir ses réunions sans qu'il y ait de hauts gradés parmi ses membres. La raison de cette différence est qu'on se fie à l'entraînement qu'ont déjà reçu les maçons parvenus au grade de maître, et aussi, sans doute, qu'il est nécessaire de ménager leurs susceptibilités. Sans compter qu'on trouve toujours le moyen de faire surveiller leurs tenues par quelques hauts gradés qui vont « décorer les colonnes de leur loge », à titre de visiteurs.

Remarquons encore que le procédé que nous venons d'exposer, et qui assure la transmission des volontés occultes aussi bien à l'étage des maîtres qu'à l'étage des apprentis, est précisément celui qui est appliqué pour la transmission des mêmes volontés dans le monde profane. Les francs-maçons de tout grade circulent incognito dans celui-ci et ils y répandent les inspirations qu'ils ont reçues, de même que font les hauts gradés au milieu des maîtres, et ceux-ci au milieu des compagnons et des apprentis. Du haut en bas de l'échelle, le système est donc d'une unité par- • faite.

Aucun des auteurs qui se sont occupés jusqu'ici de la Franc-Maçonnerie n'a appelé l'attention du public sur les détails ni sur l'ensemble de l'organisation secrète des grades. Et, pourtant, c'est par là que se peuvent comprendre les extraordinaires résultats dont nous sommes les témoins jusqu'ici impuissants. C'est

par là que s'expliquent aussi tant de particularités si bizarres qu'elles suffisent pour détourner les esprits sérieux, mais inavertis, de l'étude de la question maçonnique. Cette abstention des auteurs est très compréhensible. Chaque chose ne peut venir qu'à son heure. Il fallait tout d'abord connaître l'ensemble de l'œuvre maçonnique pour éprouver l'invincible besoin de trouver l'explication de cette œuvre. Il fallait aussi avoir vu fonctionner l'organisme de ses yeux pour arriver à dégager la réalité qui a été si soigneusement cachée sous de fausses apparences. C'est parce que j'ai étudié l'œuvre de la Franc-Maçonnerie dans Barruel, Eckert, Deschamps et Claudio Janet, c'est parce qu'en même temps j'ai vu, de mes yeux, le déroulement actuel de cette œuvre, et c'est enfin parce que je me suis trouvé pris dans les rouages de l'organisme maçonnique, c'est pour ces raisons réunies que j'en suis venu à me sentir dominé par l'idée qu'il y avait forcément, en dépit des apparences, un rapport entre cet organisme et l'œuvre accomplie, et que, si ce rapport existait, on devait le trouver, en s'y obstinant autant qu'il était nécessaire.

S'obstiner ! Etre tenace ! Dans la lutte contre la Franc-Maçonnerie, tout est là ! J'en ai eu cent preuves pour une. J'ai en effet commencé par ne rien comprendre au fonctionnement des rouages de l'immense machine, alors pourtant que j'avais été entraîné dans leur mouvement, non comme élément inerte, mais comme élément des plus actifs. Ce n'est que plus tard, et parce ue qje me suis acharné à y réfléchir, que je me suis rendu compte de la façon dont tant

de détails d'organisation, superflus en- apparence, ou même grotesques, s'adaptaient si étonnamment au but mystérieux que je n'avais pas aperçu tout d'abord. Une fois ma conviction faite, il m'a fallu, pour y rallier une élite de citoyens, non seulement renverser les obstacles qu'il était tout naturel de voir dressés par l'adversaire, mais encore braver les railleries de certains antimaçons qui, ne s'étant pas imposé le même travail de réflexion que moi, ne se rendaient pas compte des raisons très solides sur lesquelles étaient appuyées mes conclusions. Et cela n'était rien encore à côté de tant d'opinions toutes faites et reposant sur l'absence complète d'observations qu'il fut nécessaire de détruire ; de tant de paresses intellectuelles avec lesquelles il y eut à compter ; de tant d'intérêts enfin, politiques ou autres, . qui formaient autant de barrières presque indestructibles. Aujourd'hui encore, il en est ainsi. On voit certains membres influents des partis et des ligues d'opposition continuer à préconiser l'abstention en face de la Franc-Maçonnerie ; affirmer que la guerre actuellement faite à cette institution a pour seul effet de rendre les francs-maçons plus fanatiques et plus féroces ; qu'au moins faudrait-il lutter ■ « discrètement » ; que ce serait bien plus habile... N'est-ce pas une trouvaille que cette « discrétion » contre un adversaire qui tient la France à la gorge ! Gomment renverser tant d'obstacles? En s'obstinant. Nous y arriverons parce que la logique est de notre côté et parce que la logique gouverne le monde. Mais nous n'y arriverons qu'en nous obstinant.

En réalité, les conservateurs dont nous parlons ne se rendent pas compte qu'en raisonnant comme ils font, ils obéissent inconsciemment à des inspirations qui viennent de l'adversaire lui-même. Alors que celui-ci a prodigué, alors qu'il prodigue encore tous les jours tant d'eiïorts, tant de ruses, tant de mensonges, pour "demeurer invisible, pour que tout au moins on ne puisse le montrer tel qu'il est, comment admettre que la meilleure manière de le combattre soit précisément de servir son plus cher désir?

Aux catholiques qu'on cherche à entraîner par une pareille propagande, essentiellement maçonnique dans ses sources, il nous suffira de rappeler que depuis plus de cent cinquante ans, les Papes ont sans cesse affirmé la nécessité d'« arracher à la Franc- Maçonnerie tous ses masques )>. Or, ce n'est pas en se taisant qu'on arrache des masques.

Donc, que les véritables adversaires de la Maçonnerie en soient bien convaincus : Obstination ! ténacité ! Tel doit être notre mot d'ordre. Quoi d'étonnant d'ailleurs? Ne faut-il pas toujours opposer à un adversaire les armes qu'il emploie lui-même?

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