‹ Le drame maçonnique (volume 2)Chapitre 47 sur 66 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ces observations nous permettent d'affirmer les conclusions suivantes, en résumant notre thèse.

D'abord, la Franc-Maçonnerie est une société secrète, bien qu'elle s'en défende énergiquement ; une société secrète du type le plus dangereux, cachant non son existence, mais son but, qu'elle dissimule sous une extraordinaire complication d'organisation; société secrète ayant le mensonge pour base, la ruse, l'hypocrisie et la fourberie pour procédés.

Cette société secrète est toute puissante en France ; et cela suffît à établir qu'elle dispose d'une force considérable. De plus, elle est séculaire et universelle, ce qui prouve que les éléments de cette force sont inhérents à sa nature. Or, on ne rencontre ces éléments dans rien de ce qu'elle nous montre ; car elle n'est supérieure ni par son recrutement, ni par ses chefs apparents, ni par l'organisation qu'elle laisse voir. Il faut pourtant que les éléments de sa force se trouvent quelque part. Où et comment les découvrir? Puisque la Maçonnerie ment, ce n'est pas à elle qu'il faut demander de nous renseigner ; c'est au raisonnement.

En procédant suivant cette méthode, nous avons établi que la Franc-Maçonnerie, société séculaire et universelle, a eu évidemment un fondateur et que, comme successeur de ce fondateur, il existe nécessairement une Puissance directrice permanente. On ne voit pas cette Puissance ; elle est donc occulte.

Voilà la conclusion qui s'impose.

Mais pour que cette conclusion soit acceptée en toute certitude, il faut qu'elle soit corroborée par les faits ; autrement dit : il faut découvrir les moyens que possède le Pouvoir occulte de faire exécuter ses volontés, tout en demeurant invisible. Si les déductions que nous venons de formuler sont exactes, la Maçonnerie doit avoir été construite sur un type absolument spécial, permettant la transmission d'inspirations émanant d'une autorité qui parvient à rester invisible. Nous avons constaté tout d'abord que toutes les apparences sont contraires à une semblable hypothèse. Mais, en y regardant de plus près, nous avons établi que ces apparences n'étaient que des mensonges ; que ces mensonges étaient combinés avec une habileté supérieure, et avec plus de perfidie encore que d'habileté, pour dissimuler une réalité toute différente ; que l'organisation secrète cachée sous l'organisation apparente avait nécessité un travail de réflexion et d'adaptation prodigieux ; et qu'en fm de compte, elle tendait directement et uniquement à assurer, grâce à des sociétés secrètes étagées les unes au-dessus des autres, cette transmission d'une volonté invisible qui semble au premier abord irréalisable.

Nous possédons ainsi toutes sortes de preuves de l'existence du Pouvoir occulte : preuves abstraites ; preuves par l'existence de l'organisme, c'est-à-dire par les faits ; et enfin preuves par la volonté de tromper, — cette volonté ne pouvant émaner que de celui à qui profite la fourberie.

Puisque l'organisme qui assure la direction occulte

existe, avons-nous dit, cette direction existe aussi. Et puisque cet organisme est universel, la direction est elle-même universelle, ce qui implique que la Puissance secrète qui la détient a des moyens d'action qui, comme ses plans, embrassent le monde entier.

Voilà la vérité désormais indestructible. « Le chef d'orchestre invisible » dont parlait Liebknecht est bien une réalité. De cette réalité, Liebknecht avait la perception : nous en tenons la preuve.

Comment le Pouvoir occulte est-il construit? C'est évidemment d'après la logique générale du système. Ce ne saurait être un homme. C'est un groupe d'hommes. Ainsi seulement peut être assurée la perpétuité de l'œuvre. Ceux qui font partie de ce groupe y sont pour la vie. Le contraire serait inadmissible. On ne saurait, nous l'avons dit, retirer l'initiation, c'est-à-dire la connaissance, à qui l'a reçue. L'existence de l'un des membres de ce groupe chef semble-t-elle, pour une raison ou pour une autre, trop longue à l'ensemble? Tout ce que ses collègues peuvent faire, c'est de la raccourcir. Nubius, le chef de la Haute Vente, en pleine possession de la plus brillante intelligence, devint subitement gâteux, lorsqu'on n'eut plus besoin de lui, lorsque, par conséquent, il devenait gênant. La chimie offre tant de ressources !...

Qui peut arriver à faire partie de ce groupe chef? Ceux-là qui, remplissant tout d'abord une condition spéciale dont nous nous rendrons compte plus tard, sont choisis par ceux qui y sont parvenus avant eux. Et c'est ce qui explique la continuité de vues révélée par l'œuvre maçonnique depuis deux siècles. Ceux-là

seuls sont appelés qui, après les sélections multipliées dont ils ont été l'objet, présentent toute garantie qu'ils seront, envers et contre tout, fidèles à l'idée qui est le pivot de toute l'immense machine et qui sert d'âme à cette extraordinaire création.

Ce groupe chef est la clef de voûte en l'absence de laquelle l'édifice ne se maintiendrait pas debout. C'est parce qu'il existe, que la Maçonnerie existe. Grâce à l'organisme que nous avons dépeint, il a dans la main toutes les maçonneries visibles et invisibles. Il exerce son influence à chaque degré. Plus ces degrés sont élevés, plus il peut compter sur la fidélité des initiés qui y sont arrivés, puisque ce n'est qu'à cause de leur fanatisme éprouvé qu'il les a choisis. Ils servent donc avec passion les volontés du Pouvoir occulte, tout au moins celles dont la connaissance leur est donnée. Ils sont d'ailleurs incessamment surveillés les uns par les autres, tous ayant le plus immense intérêt à ce qu'aucun ne trahisse. Et c'est ce qui explique que les secrets soient si bien gardés, alors que, pourtant, la plus complète absence de scrupule préside au choix des moyens. Au besoin, la mort clôt les lèvres que les conjurés soupçonneraient capables de ne pas demeurer éternellement muettes.

Des sphères supérieures, les volontés du Pouvoir occulte descendent dans les inférieures, les secrets devenant de moins en moins importants, à mesure qu'on approche des dernières catégories. Chaque étage a sa fonction. La Maçonnerie de chaque pays a son rôle. Et l'inconscience, en même temps que l'inconnaissance des initiés, est d'autant plus grande que ceux-ci

sont plus bas sur l'échelle des grades, si bien que les apprentis, les compagnons, les maîtres et même un grand nombre des hauts gradés ne savent de l'organisation générale, de ce à quoi et de ceux au profit de qui ils travaillent, que ce que savent des plans d'un général, les mulets qui traînent l'artillerie de son armée.

Conception étonnante, certes ! Etonnante et gigantesque ! Mais c'est la seule qui explique l'existence d'une Franc-Maçonnerie elle-même gigantesque, séculaire et universelle, présentant les superpositions que nous avons montrées, superpositions visibles seulement à la base, c'est Yrdi.i, mais n'y pouvant exister que parce qu'elles se poursuivent jusqu'à un sommet.

Conception étonnante et gigantesque ! c'est entendu. Mais il s'agit de savoir si, dans le monde^ on ne rencontre pas certains êtres qui sont capables de ces sortes de créations qui nous semblent, à nous, si démesurées.

Une œuvre qui serait impossible à un homme ou à quelques hommes venus de ci ou de là, rassemblés par le hasard, peut n'être pas au-dessus des forces d'une race. Et, parmi les races, s'il y en a qui sont géantes par la force, d'autres sont prodigieuses d'astuce...

Il va de soi qu'une œuvre comme celle que nous avons étudiée ne saurait être celle d'un homme, ni de quelques hommes étrangers les uns aux autres qui se seraient un jour rencontrés. Sa continuité, plus encore que son immensité, révèle cette perma-

nence d'efforts dont sont seules capables les races que rend indestructibles leur indestructible fidélité à la foi des aïeux.

Le Pouvoir occulte est donc constitué par les représentants d'une race et d'une religion.

Page 1