‹ Le drame maçonnique (volume 2)Chapitre 5 sur 66 · NOUVEL EXPOSÉ DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

NOUVEL EXPOSÉ DE LA QUESTION

Ces deux circonstances se trouvèrent heureusement réunies ; et ce fut précisément à Theure même où Léo Taxil cherchait à égarer les cathoHques et y réussissait trop bien.

En 1892, la question maçonnique prit, un beau jour, un autre aspect que celui sous lequel elle était apparue jusqu'alors. Elle fut présentée sous forme de simple problème d'arithmétique politique, dans un petit livre qui parut alors et qui avait pour titre : La Franc- Maçonnerie et la Question religieuse.

L'auteur de ce livre commençait par appeler l'attention sur le petit nombre des francs-maçons français, pas même vingt-cinq mille à cette époque. Il fournissait les preuves de ce petit nombre. Puis il montrait l'énorme quantité de pouvoir politique que cette infime minorité était parvenue à absorber.

« llij a en France., écrivait-il., environ neuf millions et demi d'électeurs^ et sur ces neuf millions et demi, cinq cent soixante- seize députés, ce qui fait un député pour seize mille cinq cents électeurs environ.

« D'après cette proportion, un groupe quelconque de vingt-quatre mille électeurs n'a même pas droit à un député et demi.

« Les quatre fédérations maçonniques qui ont leur siège en France n'y réunissant pas vingt-cinq mille initiés, ne devraient donc être représentés que par un député et demi; et, en conséquence, il ne devrait y avoir à la Chambre qu'un député plus une moitié de député francs-mMçons.

« Telle serait la proportion légitime ; et, si cette proportion existait, il est certain que la Franc- Maçonnerie serait dans V impossibilité de menacer la liberté du pays.

« Malheureusement, elle n'existe pas; et, au lieu d'un franc-maçon et demi qui devraient siéger à la Chambre, sait-on combien il y en a? Plus de cent-cinquante {!).

« U?i journal républicain, Le XIX^ Siècle, donnait leurs noms il y a quelques mois. Il est vrai qu'il n'arrivait qu'au total de cent- vingt- sept ; mais il en omettait un grand nombre notoirement connus pour appartenir à la Franc- Maçonnerie.

« Dans ces conditions, tandis que neuf millions

et demi d'électeurs ordinaires sont représentes à la Chambre par quatre cent vingt-six députés, vingt quatre mille francs-maçons le sont par cent cinquante députés.

(' Si nous divisons neuf millions et demi par cinq cent soixante-seize, le quotient que nous trouvons donne UN DÉPUTÉ sur VINGT-DEUX MILLE citoycns Ordinaires.

« Si nous divisons, d'autre part, vingt-quatre mille par cent cinquante, en regard de cette proportion d'un député sur vingt-deux mille citoyens, nous trouvons cette autre^ vraiment incroyable, d'\5^ député sur CENT SOIXANTE francs-maçons,

« Les francs-maçons sont donc cent trente-sept fois

(l) Que le lecteur n'oublie pas que le livre cité date de 1892. Le nombre des députas Irancs-maçons est beaucoup plus considérable maintenant.

plus favorisés gwe les autres Français; et ces vingt-quatre mille privilégiés accumulent dans leur petit groupe la même puissance d'éligibilité que possède une masse de trois millions trois cent mille électeurs.

^( En considérant la situation d'autre façon^ nous nous trompons en présence de la constatation suivante :

« Vingt-quatre mille francs-maçons, répartis dans les cinq cent soixante-seize circonscriptions électorales, donnent à peine quarante-deux maçons pour chacune d'elles. Or, dans cent cinquante de ces circonscriptions, le député, au lieu d'être pris parmi les seize mille quatre cent cinquante-huit électeurs qui ne sont pas francsmaçons, est pris parmi les quarante-deux qui le sont.

« Telle est la disproportion colossale qui existe entre les francs-maçons et ceux qui ne le sont pas.

a Les premiers possèdent près du tiers de la représentation nationale. Ils sont proportionnellement plus nombreux encore au Sénat qu'à la Chambre. Quant au Conseil -des Ministres, ils l'absorbent presque tout entier. ))

Et Fauteur de la Franc- Maçonnerie et la Question religieuse, après avoir montré comment les efforts de ces sénateurs et députés francs-maçons étaient coordonnés par une autorité directrice inconnue du public, concluait en disant qu'en fait, la Franc-Maçonnerie française se transformait, peu à peu, en une sorte de Société anonyme des éligibles français.

On sait à quel point les événements ont donné raison à cet auteur, dont la thèse de 1892 s'est trouvée corroborée par tous les documents maçonniques qui ont été mis au jour depuis cette époque.

Ainsi ramenée à une proportion arithmétique, dont les données se trouvaient d'ailleurs vérifiées par les faits existants, la question maçonnique allait-elle entin appeler l'attention des Français? Pour en reconnaître la gravité, il n'était plus nécessaire de s'astreindre à une longue étude, de lire de volumineux ouvrages dont les exemplaires se font de plus en plus rares. Il suffisait de compter sur ses doigts en regardant autour de soi. Il n'était plus besoin non plus d'être un croyant. Ceux auxquels la religion était indifférente se trouvaient convaincus que la religion n'était pas seule menacée. La Franc-Maçonnerie était en train d'absorber le Gouvernement de la France. Le fait en valait la peine. Et il était établi d'une manière si précise que tous ceux qui savaient faire une règle de trois pouvaient s'en administrer la preuve.

De plus, l'auteur de La Franc- Maçonnerie et la Question religieuse citait dans sa petite étude l'article de ses statuts dans lequel l'association maçonnique affirmait solennellement jadis qu'elle ne s'occupait pas de politique. Par là, il prouvait qu'elle mentait à la nation.

Enfin, par certains rapprochements établis sur des faits connus et par quelques documents extraits des archives maçonniques, le même auteur montrait que, bien qu'elle affirmât également dans ses Statuts qu'elle respectait toutes les convictions religieuses la Franc-Maçonnerie était en réalité la véritable initiatrice de la guerre religieuse qui était poursuivie dès lors en France avec une violence tous les jours grandissante.

La puissance politique de cette association, qu'on s'obstinait depuis si longtemps à regarder dans le grand public comme purement philosophique et inoffensive, sa méthode de mensonge et son plan de destruction de la tradition religieuse nationale, c'était presque toute la question maçonnique française qui se trouvait ainsi ramassée en quelques pages ; et elle était présentée d'une façon telle, qu'elle devait intéresser non plus seulement les catholiques, mais aussi tous les vrais républicains : ceux-ci parce qu'on leur fournissait la preuve de l'attentat commis contre la souveraineté nationale ; ceux-là parce qu'il leur était clairement montré par qui la liberté de leur conscience était menacée.

C'était la thèse du bon sens qui se trouvait ainsi dressée en face de la mystification de Taxil.

Il eût suffi d'une énorme publicité donnée à une exposition si simple pour que bien des déchirements, survenus depuis, fussent épargnés à la France.

Mais, si claire que fût ma démonstration, — car j'étais l'auteur du petit livre dont je parle, — elle passa inaperçue du grand public, parce que j'étais alors complètement inconnu et parce que je ne disposais pas de moyens d'action suffisants. Les catholiques d'alors ne m'entendirent pas. Ils préférèrent suivre Taxil, qui les conduisit où l'on sait.

Toutefois, la thèse s'était imposée à un certain nombre d'esprits réfléchis ; et il pouvait suffire d'une circonstance favorable pour déterminer enfin un mouvement antimaçonnique sérieux. L'affaire Dreyfus survint. Elle fut cause de la naissance des ligues d'op-

position. Celles-ci créèrent des Comités dans les départements. Par là, elles offraient la possibilité de l'exposition de la question maçonnique par la parole, dans les réunions privées qu'elles organisèrent dans toutes les villes de France. C'était la circonstance favorable qui se présentait. Il fallait la saisir au passage. Je m'en rendis "compte; et, bien que je ne fusse nullement conférencier, j'essayai, soutenu par Jules Lemaitre, de présenter la thèse antimaçonnique dans une des réunions de la Patrie Française. J'eus la chance d'y réussir. L'Action Française^ qui venait d'être fondée par le colonel de Villebois-Mareuil, Jules Caplain et Henri Vaugeois, m'offrit l'occasion d'une seconde conférence qui fut un vrai succès. Dès lors c'en était fait ; l'exposition de la question maçonnique était admise dans les réunions des groupes qui, bien que se disant d'opposition, ne savaient pas à qui ils devaient s'opposer, parce qu'ils ignoraient la Franc-Maçonnerie.

Un millier de conférences firent ce que n'avaient pu ni Barruel, ni Eckert, ni Deschamps et Claudio Janet, parce qu'elles supprimèrent le travail pour le public, qui consentit à écouter ce qu'il n'aurait eu ni l'idée ni le courage de lire.

On peut se demander si, sans cette circonstance, les Français, dévorés par l'hydre maçonnique, se douteraient seulement à l'heure qu'il est de l'existence de celle-ci.

Ce fut Jules Lemaitre, je tiens à le répéter, qui, comprenant l'importance de cette question, bien qu'il ne la connût pas dans son ensemble, me per-

mit de faire ma première conférence antimaçonnique et la présida, malgré l'opposition de la plupart des personnes de son entourage. Je lui en serai toujours reconnaissant.

Lors des élections municipales de 1900, je condensai ma thèse dans les quelques lignes suivantes publiées dans un petit journal : A bas les Tyrans! que je fondai alors, en collaboration avec Louis Dasté.

Les chiffres n'y étaient plus les mêmes qu'en 1892. C'est qu'en huit ans, les faits que j'avais signalés avaient produit les conséquences que j'avais annoncées.

<( Les francs-maçons^ disais-je, ne sont que ç>ingtcinq mille en France^ et ils ont plus de quatre cents sénateurs ou députés^ soit un sénateur ou député sur soixante francs-maçons^ tandis que pour le reste des Français la proportion est d'un sénateur ou député sur dix-huit mille électeurs. Les francs-maçons se trouç>e?it donc trois cents fois plus favorisés que la masse des Français.

« C'est le principe d'égalité qui est violé !

'.( D'autre part^ leurs chefs donnent des ordres aux députés et aux sénateurs francs-maçons ; e/, par l'intermédiaire de ceux-ci^ ils agissent sur le gouvernemeiU auquel ils imposent leur cléricalisme.

« C'est le principe de liberté qui est violé !

« Enfin^ ces chefs francs-maçons çeulcfit qu'à tout prix les Français soient en guerre les uns contre les autres afin de les dominer^ grâce à leurs diinsions. Pour

y arriver^ ils ont créé et ils entretiennent la guerre religieuse.

« C'est le principe de fraternité qui est violé ! »

« Les francs-maçons ont donc attenté à tous les principes républicains. Ils exercent une dictature d'autant plus odieuse qu'elle est plus hypocritement masquée,

« // n'y a plus qu'un cri de ralliement possible aux républicains français :

u A BAS LES TYRANS I »

Les conférences qui ont été faites jusqu'en ces derniers temps depuis que la thèse fut ainsi définitivement posée n'ont guère été que le développement de ces idées très simples et dont la vérification était d'ailleurs écrite dans les faits de chaque jour. Et c'est pourquoi elles ont porté.

l'œuvre qui reste a accomplir.

C'est par là qu'il fallait commencer. Mais il ne faudrait pas croire maintenant que cela suffit.

Si nous voulons combattre en toute connaissance de cause et ne pas être exposés à voir de nouveau la Maçonnerie reculer, s'effacer, disparaître momentanément comme elle a déjà fait plusieurs fois, pour reparaître ensuite plus puissante qu'elle n'était, si nous voulons la vaincre définitivement, il est indispensable de savoir ce qu'elle est vraiment, dans quel but elle agit, pour le compte de qui, et surtout comment, par quels mystérieux procédés et grâce à quelle orga-

nisation supérieurement combinée, elle peut produire des résultats aussi extraordinaires que ceux auxquels nous assistons.

Tâche difficile, par cette raison que nous n'avons pas affaire à une association travaillant comme toutes les autres au grand jour, mais au contraire à une société dont les fondateurs ont défendu les approches en y accumulant les embûches propres à tromper la curiosité et à dérouter Tentendement.

Voici, pour ma part, des années que je suis tourmenté par le besoin de me rendre compte de tous le& bouleversements dont est remplie notre histoire depuis que la Franc-Maçonnerie existe, bouleversements que je sentais n'être pas sans relation avec l'action maçonnique, sans parvenir à m'expliquer comment.

Une chose surtout me paraissait extraordinaire. Durant des siècles, l'existence de notre pays s'est déroulée de la façon logique qui correspond aux lois naturelles. Un beau jour, une sorte de crise s'est déclarée dans notre organisme national. Une tempête a bouleversé la France de fond en comble. Une anarchie s'est manifestée, que Taine a crue « spontanée v, dans ce peuple qui s'était astreint, le premier parmi les peuples européens, à une discipline nationale. Notre tempérament a été, semble-t-il, complètement retourné par cette crise. Nous sommes devenus le contraire de ce que nous étions.

Considérant que l'anarchie des années qui précédèrent la Révolution existe encore aujourd'hui, mais qu'elle n'est nullement spontanée, qu'elle est bol et

bien voulue, préméditée, organisée par la Franc-Maçonnerie ; ayant pu toucher cela du doigt ; considérant d'autre part que cette Franc-Maçonnerie existait déjà au dix-huitième siècle et que, par conséquent, elle a pu y organiser Tanarchie comme elle le fait maintenant ; ayant acquis, grâce à Barruel, Eckert, Deschamps et Claudio Janet, la conviction qu'elle l'avait fait ; mais, d'autre part, constatant qu'elle est composée d'êtres inférieurs, incapables par conséquent de concevoir et de préparer avec suite les immenses destructions qui ont été accomplies et qui sont en train d'être parachevées par leur fait, — j'ai été tout naturellement amené à me demander s'il ne se dissimulait pas sous l'association miaçonnique quelque puissance politique, qui se serait ingéniée à demeurer invisible afin d'agir plus sûrement, et si cette puissance ne serait pas celle qui, toujours par l'intermédiaire de la même Franc-Maçonnerie, aurait produit l'anarchie d'il y a cent vingt ans, grâce à des moyens semblables à ceux qu'on peut la voir employer aujourd'hui. Ayant acquis la preuve qu'il en était ainsi, j'ai cherché quelles raisons peuvent pousser cette puissance mystérieuse à agir comme elle le fait, pourquoi elle s'attaque à nous plutôt qu'à d'autres, et grâce à quelle extraordinaire et invisible combinaison de procédés elle parvient à produire de tels dérangements dans un organisme national qui avait pourtant fourni jadis les preuves de sa solidité.

Après bien des hésitations, des tâtonnements, des corrections imposées à mes premiers jugements, je suis

enfin parvenu à trouver une explication logique de tant de circonstances qui ne sont illogiques qu'en apparence. J'ai pu édifier une théorie de la question maçonnique basée sur des réalités indiscutables, mais qu'il fallait coordonner, théorie grâce à laquelle les faits de notre histoire qui se sont succédé depuis un siècle et demi ont pris un sens à mes yeux.

J'ai été grandement aidé en cela par une circonstance : celle de mon passage dans la Franc-Maçonnerie.

Dire brièvement mon curriculum vitse maçonnique et antimaçonnique n'est pas chose inutile. Le lecteur qui voudra bien le suivre, et dont certaines conceptions seront peut-être heurtées au cours de cette étude, comprendra mieux par un simple récit que par de longs raisonnements combien, dans un sujet comme celui-ci, il faut se garder des idées toutes faites. Précisément parce que la Franc-Maçonnerie cherche à se dérober par tous les moyens imaginables, précisément parce qu'elle multiplie les fausses pistes pour égarer ceux qui tentent de pénétrer son secret, un grand nombre de versions se trouvent répandues sur son compte et sont activement propagées. Or, il n'y en a qu'une qui soit la vraie. Laquelle? Comment la reconnaîtrons-nous? Ce ne sera évidemment pas sans être tombés plus d'une fois dans les embûches qui nous sont tendues par l'adversaire. C'est ce que démontrera l'histoire de mes variations et des raisons par lesquelles elles ont été produites. Le lecteur, je l'espère, me pardonnera de lui parler demoipendant tout un chapitre. Si je le fais, c'est pour lui présenter

tout d'abord la question maçonnique pour ainsi dire vécue. C'est en passant par certains chemins que j'ai appris ce que je sais. Ceux qui voudront bien y repasser avec moi pourront s'instruire ainsi beaucoup plus facilement que je ne l'ai fait moi-même.

La question maçonnique vécue*

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