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LA GRANDE CARACTERISTIQUE DU MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE

Ce qui distingue d'une façon spéciale le mouvement révolutionnaire, c'est l'assaut furieux qui fut livré

aux deux grandes traditions nationales françaises : la tradition politique et la tradition religieuse, la monarchie et le catholicisme. On peut dire que la Maçonnerie a subordonné, pendant la Révolution, toute sa politique, tant extérieure qu'intérieure, à la haine que lui avait inspirée le Pouvoir occulte contre ces traditions.

Deux circonstances ajoutent à la valeur significative du fait.

La première, c'est que la même Franc-Maçonnerie avait témoigné, pendant soixante ans du plus profond respect pour la royauté aussi bien que pour la religion ; qu'elle avait inscrit les déclarations les plus formelles sur ce point dans ses statuts ; qu'elle avait attiré dans ses temples les membres du clergé, ceux de la noblesse et même ceux de la famille royale qu'elle se proposait d'anéantir; et qu'enfin elle avait soutenu ce rôle avec une constance d'hypocrisie qui ne s'était pas démentie pendant soixante ans. C'est sous le simple prétexte de libéralisme qu'elle avait organisé le mouvement révolutionnaire, et elle ne manifesta son antitraditionalisme que lorsque le travail de préparation auquel elle s'était livrée clandestinement lui eut permis de montrer impunément sa vraie tendance.

La seconde circonstance est que le Pouvoir occulte n'inspire cette fureur antitraditionaliste qu'aux Francs- Maçonneries des pays catholiques, et tout particulièrement à la Franc-Maçonnerie française. Nous avons déjà eu occasion de remarquer qu'en Angleterre et en Allemagne les choses sont conduites tout autre-

ment. Les Maçonneries de ces deux pays sont traditionalistes tant au point de vue politique qu'au point de vue religieux. Nous pouvons ajouter que l'effort de la Franc-Maçonnerie internationale a puissamment aidé à la constitution de l'empire allemand et qu'il s'est employé très activement jusqu'ici en faveur de l'impérialisme anglais. L'ouvrage de Deschamps et Claudio Janet, résumé par Delassus dans le Problème de V Heure présente^ ne laisse aucun doute à cet égard.

Nous ne jugeons pas le fait en ce moment. Nous nous bornons à le signaler. Nous constatons et nous notons que la Franc-Maçonnerie est traditionaliste chez les deux peuples qui se sont toujours montrés nos rivaux et même nos ennemis ; tandis qu'au contraire elle est ardemment, passionnément, cruellement et sanguinairement antitraditionaliste en France. Elle l'est à ce point qu'elle y a assassiné un roi et une reine, qu'elle y a martyrisé ignoblement le fils de ce roi et de cette reine, un enfant innocent, et qu'après avoir renversé le culte catholique, elle a, par dérision, proposé une courtisane à l'adoration du peuple sur l'autel de Notre-Dame, à Paris. Elle ne s'est pas bornée là. Elle a dressé ses fiches en 1793, comme elle le fait maintenant ; c'étaient alors des fiches rouges, d'après lesquelles petits ou grands, ouvriers ou nobles, qui étaient supposés ne pas suffisamment haïr la tradition religieuse et la tradition politique de notre race, étaient déclarés suspects par cela seul, jugés le matin et légalement assassinés le soir. C'est par haine du traditionalisme français qu'elle tomba dans un ini-

maginable délire de massacre et dans la folie de l'ignoble.

Or, d'où cela pouvait-il lui venir? Est-ce de la nation? Ou bien est-ce de la Puissance occulte dont elle recevait les suggestions depuis soixante ans?

En 1789, la nation pouvait être travaillée par un besoin naturel d'évolution : nous disons d'évolution et non pas de révolution. Il est essentiel de distinguer ici entre les choses qu'expriment ces deux termes.

L'évolution est la loi de la vie. Elle ne se produit pas par secousses et commotions violentes, mais d'une manière insensible, comme il arrive pour l'éclosion des boutons qui percent peu à peu l'écorce des arbres et se transforment lentement en feuilles, puis en branches. Tout être qui vit évolue. Son existence n'est qu'une incessante évolution. S'opposer à cette évolution, c'est le condamner à mort, comme ce serait également condamner un enfant à mourir que d'emprisonner son corps dans un étui de fer pour l'empêcher de se développer. Le besoin d'évolution est donc légitime. Plus que cela ! il est sacré , puisqu'il est la condition nécessaire du développement de la création tout entière. La révolution est au contraire un fait qui dérive de la loi de mort. La révolution, c'est la' crise, c'est la maladie. Révolution et destruction sont synonymes. Et, en fait, les gens du Bloc d'aujourd'hui reconnaissent implicitement, et sans y prendre garde, que le mouvement révolutionnaire avait pour objet la destruction de la France, lorsqu'ils avouent qu'il avait pour objet la destruction de l'ancienne France; car ce qu'on appelle maintenant l'an-

cienne France, c'était alors tout simplement la France. Il en est d'ailleurs encore de même aujourd'hui. Le Pouvoir occulte qui pousse la Franc-Maçonnerie ne veut plus de la France telle qu'elle est. Il veut autre chose, c'est-à-dire quelque chose qui ne soit plus la France. Et la preuve nous en est fournie par ce fait que, chez les troupes maçonniques d'avant-garde, le mot d'ordre est actuellement donné contre l'idée de Patrie.

Or, la France voulait-elle se tuer en 1789? Evidemment non. Pas plus que maintenant. Elle voulait évoluer. L'ordre de choses qui existait avant 1789, et qui s'était trouvé adapté à des conditions antérieures, ne pouvait être éternel. Il demandait à être modifié dans certaines de ses parties. Une évolution était donc nécessaire. Elle n'était pas seulement nécessaire : elle était inévitable. Tout le monde, en effet, adhérait à l'idée de réformes, — non seulement ceux qui avaient quelque chose à y gagner, mais aussi ceux qui avaient à y perdre. Un grand nombre de ces derniers allaient même au-devant des changements avec un enthousiasme irréfléchi, avec une ferveur sans mesure, ainsi qu'en témoigne la fameuse nuit du 4 août. Mais alors une question se pose : Comment se fait-il que, le roi, les nobles et le clergé consentant aux réformes, non pas seulement en 1789, mais dès les années précédentes, ces réformes se soient opérées, non pas d'une manière naturelle, normale, conforme aux lois de la vie, mais dans les convulsions provoquées par le furieux esprit de haine qui s'éleva soudain?

D'autre part, si la France désirait certains changements, il en est dont elle n'avait pas même l'idée. Par

exemple, il est manifeste que laFrance ne songeait pas à la République. Elle ne savait pas ce que c'était. De plus, elle n'en avait nul besoin. Dès lors, d'où le désir lui en serait-il venu? L'Angleterre avait eu, elle aussi, sa Révolution, un siècle et demi plus tôt. Au cours de cette révolution, la Monarchie avait été supprimée. On sait que la nation anglaise éprouve à un bien plus haut degré que la nôtre le besoin de la liberté. Et cependant, après sa révolution, elle est revenue au gouvernement monarchique qu'elle n'a plus quitté, — ^^ce qui tendrait à prouver que l'amour de la liberté peut facilement se concilier avec l'existence d'une monarchie. Tandis qu'au contraire, l'exemple de la Terreur, celui du gouvernement que la France subit actuellement et celui de la République de Venise, sans compter d'autres, prouvent qu'il n'y a pas de pire despotisme que celui qui parvient à s'établir à l'ombre d'une république, et surtout d'une république qui veut être égalitaire et démocratique.

Gela d'ailleurs s'explique le plus naturellement du monde pour quiconque veut bien réfléchir sans parti pris. C'est pour ainsi dire un fait d'ordre scientifique.

En effet, ce qu'on appelle une république démocratique pure, c'est-à-dire une république absolument égalitaire, ne saurait exister par cette raison très simple que la nature a pour loi la hiérarchie, et non pas l'égalité. On accordera sans doute que des êtres issus de la nature, dépendant d'elle, faisant corps avec elle, ne sauraient entrer en révolte contre ses lois, sans entrer en révolte contre les lois de leur propre existence, c'est-à-dire sans aller au-devant de leur

destruction. Les poissons, par exemple, ont été construits par la nature pour vivre dans l'eau. Et c'est pourquoi un poisson qui prétendrait \ivre hors de l'eau n'en aurait pas pour longtemps.

De même, la hiérarchie étant la loi de la nature, un peuple qui prétendrait se soustraire à cette loi naturelle se condamnerait lui-même à mort. Et c'est pour cela qu'une démocratie pure, c'est-à-dire un état qui décréterait et prétendrait établir la complète égalité, ne saurait exister, pas plus qu'un poisson hors de l'eau. Ceux-là seuls peuvent soutenir le contraire, qui sont ridiculement aveugles ou qui s'abaissent jusqu'à la plus lâche des flatteries devant le peuple ignorant de ces sortes de choses.

Supposons pourtant qu'un tel Etat parvienne quand même à s'établir. Dès l'instant même de son établissement, la nature agirait infailliblement comme elle ferait si un propriétaire imbécile voulait, par amour de l'égalité, tailler toutes les plantes de sa propriété à la même hauteur. Comme il serait impuissant à allonger les plus courtes, il lui faudrait tout raser, arbustes et grands arbres, au niveau des brins d'herbe. Ce massacre accompli, le règne de l'égalité serait-il établi pour cela? Nullement. Quelques semaines, quelques jours, quelques heures suffiraient pour que la nature ait commencé à rétablir la hiérarchie voulue par elle, à anéantir la stupide égalité voulue par lui. Il en serait de même du peuple qui prétendrait décréter l'égalité absolue. A peine cette égalité serait-elle proclamée et, si cela était possible, effectuée, que la nature, par le seul effet de ses lois

éternelles, lui infligerait d'incessants démentis. Ce peuple recommencerait-il à tailler, à rabaisser tout au même niveau, que la nature recommencerait, elle aussi, à recréer l'inégalité. Et ainsi de suite, tant qu'il voudrait persister. En admettant que les peuples voisins lui laissassent étaler impunément le spectacle de sa folie, tout au moins, au lieu de marcher au progrès, se condamnerait-il à un stupide travail de Pénélope, à l'éternel et inutile recommencement d'une œuvre que la nature détruirait incessamment.

Cela n'est-il pas mis en pleine lumière par ce qui se passe en France, depuis qu'on a endormi le bon sens naturel du peuple français, en lui parlant d'une prétendue république démocratique? Qu'est-il arrivé depuis lors? — Qu'une association appelée Franc-Maçonnerie, dont personne ne soupçonnait le genre d'occupation, est parvenue, sans mémo qu'on s'en soit aperçu, à monter sur le dos de la nation et à s'établir au-dessus d'elle en classe gouvernante.

Si ce n'eût pas été la Franc-Maçonnerie, c'eût été autre chose. Car la nature veut inflexiblement ce qu'elle veut. Et nous aurons beau faire : au-dessus de toutes les fausses égalités que des ambitieux proclameront pour nous endormir, elle établira toujours et impitoyablement une sélection, une hiérarchie, sélection et hiérarchie qui seront mauvaises ou bonnes suivant qu'interviendra plus ou moins l'effort de la perversité humaine. Nous aurons, hélas! toujours des pauvres parmi nous, et toujours aussi des hommes qui seront au-dessus et d'autres qui seront en dessous; ce à quoi on ne saurait d'ailleurs voir un grand mal,

pourvu que la supériorité soit, autant qu'il est humainement possible, attribuée selon les vrais mérites.

Dans toute République qui s'intitulera improprement égalitaire, une sélection, une hiérarchisation s'opérera donc fatalement, sous la simple poussée des lois naturelles. Nous pourrons nous y opposer. Mais alors il faudra nous y opposer, sans cesse, parce que, sans cesse aussi, et sans nous en demander la permission, la nature travaillera dans le sens contraii'e. Et ainsi se trouvera dépensé le meilleur de nos efforts, en pure perte, parce que la nature étant plus forte que nous, elle doit fatalement arriver à ses fins. Et alors, une chose se produira infailliblement, sur laquelle on n'a pas assez appelé l'attention jusqu'ici : c'est qu'au lieu de l'unité démocratique rêvée, deux efforts se trouveront nécessairement en présence : la force de la masse égalitaire, et celle que la nature produira, malgré nous, par sélection. Il est évident, toujours en vertu des lois générales, que l'une des deux sera gouvernante, et l'autre gouvernée ; ou, si l'on veut, une administratrice, et l'autre administrée, ainsi qu'il en est actuellement en France.

Or, puisqu'elles ne seront que deux, quelle barrière pourra être opposée à l'avidité de celle des deux qui aura pris l'ascendant sur l'autre? Par quel frein pourra être maîtrisée la tyrannie de ses ambitions et de ses vices, surtout si toute idée religieuse est détruite? Il ne restera rien : ni barrière, ni frein ; et c'est pourquoi ce sera la pire des tyrannies, comme maintenant.

Il semble donc, lorsqu'on considère les choses au

point de vue d'une logique rigoureuse que, lorsque les hommes se réunissent en société, la meilleure chance qu'ils aient de se pouvoir défendre efficacement contre les passions les uns des autres, en l'absence de la contrainte religieuse, doive leur être fournie par la création réfléchie et voulue d'une troisième force placée entre les deux dont nous venons de parler et qui résultent de l'action de la nature. L'une des trois devient-elle trop envahissante? Il reste du moins une chance pour les deux autres d'échapper à la servitude, c'est qu'elles se liguent contre la première, et, par cette union, parviennent à détruire sa tyrannie. C'est précisément dans ce jeu de bascule que consiste la politique du peuple anglais.

Ajoutons encore, puisque cela est conforme aux lois de la logique, que si cette troisième force est un pouvoir personnel et héréditaire, l'intérêt du titulaire, empereur, roi ou dictateur, lui commandera le plus souvent d'être national, c'est-à-dire d'avoir pour principale occupation la sécurité, le bon ordre et le bien-être intellectuel, moral et physique de la collectivité. Il aura intérêt à la conservation de ce sur quoi il règne, précisément parce que c'est sa descendance qui sera appelée à régner après lui. Sans doute il pourra négliger d'apporter tous ses soins au bien général ; mais ce ne sera qu'à son détriment ou au détriment de ceux de sa race. Et c'est ainsi le propre avantage de ce gérant de la chose nationale qui constituera la garantie de la nation.

C'est là, semble-t-il, une conséquence des lois de la nature dont nous dépendons. Et c'est sans doute

ce qui explique que le système monarchique se trouve introduit dans un si grand nombre de sociétés humaines. Accoutumés que nous sommes à ne pas aller au fond des choses, nous considérons que l'établissement des monarchies n'est dû qu'à l'ambition de ceux qui ont voulu être rois. Nous ne réfléchissons pas que derrière ces individus, et au-dessus d'eux, il y a la nature. Nous ne voyons pas que la coexistence de ces trois forces (celle de la masse, celle de l'élite ou de l'aristocratie et celle du pouvoir personnel) est surtout un effet de la loi d'équilibre qui soutient les mondes et qui, se manifestant dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, veut qu'une marmite ne soit pas stable sur deux pieds, tandis qu'elle l'est parfaitement sur trois.

La nation française de 1789 ne se livrait certainement pas à de telles réflexions. Mais, obéissant à l'instinct qui pousse les êtres sains à se maintenir dans l'observation des lois qui sont la condition même de leur existence, elle ne songeait nullement à l'établissement d'une république égalitaire. Elle n'avait d'ailleurs, nous le répétons, aucune idée de ce que cela pouvait être, et cette raison suffirait à elle seule pour qu'elle n'en eût pas le désir.

Et alors, la question que nous avons énoncée tout à l'heure se pose de plus en plus impérieusement : Gomment se fait-il que l'évolution conforme aux lois de la vie, l'évolution rêvée, consentie par tout le monde dès 1787, qui aurait dû se faire sans secousse, sans crise, sans danger pour la nation, ait tourné en révolution, — et en révolution sanglante dès le début?

Il n'y a qu'une réponse possible à cette question : C'est que l'esprit menteur qui, soixante-dix ans plus tôt, avait créé la Franc-Maçonnerie et en avait fait une société de propagande ténébreuse, au lieu d'en faire une société agissant sous le contrôle de la conscience publique, c'est que cet esprit, toujours enveloppé de l'ombre qu'il affectionne, toujours tortueux et pervers, avait besoin pour poursuivre la réalisation de ses plans obscurs que la France fût jetée hors de ses destinées, hors de la logique naturelle de la vie. Le Pouvoir occulte voulait le trouble, les convulsions, la désorganisation, comme aujourd'hui. Et c'est pourquoi, sous le couvert des idées de fraternité, il soufflait la discorde comme aujourd'hui ; c'est pourquoi à la place de l'évolution, il nous poussait à la révolution, en inaugurant dès 1789 le régime de la Terreur et des assassinats, afin d'affoler la nation, afin de créer par des crimes irrévocables des haines irréductibles.

Les choses se sont passées alors comme nous les voyons se passer de nos jours, à propos des expulsions de Congrégations, de la Séparation des Eglises et de l'Etat et de tant d'autres mesures iniques et odieuses. Est-ce le pays qui veut cela? Non. Est-ce lui qui a réclamé la délation dans l'armée? Non. Est-ce lui qui a désiré que le désordre fût porté du haut en bas de notre organisation militaire? Non. Qui a conçu cela? Qui l'a voulu? Qui l'a préparé? Qui l'a organisé? Qui l'a fait? C'est la Franc-Maçonnerie. Les preuves en sont fournies par les procès-verbaux des travaux maçonniques. Aucun doute n'est possible là-dessus

pour quiconque a pris la peine de lire ces procèsverbaux.

En même temps, et selon la méthode maçonnique que nous étudierons, une propagande effrénée a été faite par les brochures, parles livres, par les journaux, par des groupes qui ont été constitués sans que leurs adhérents fussent informés qu'ils étaient embrigadés sous la direction de la Franc-Maçonnerie, et, par celle-là, sous la direction du Pouvoir occulte. La fraude est venue à l'appui de ces moyens lorsqu'ils furent jugés insuffisants pour amener les résultats désirés. C'est ce qui nous est montré par MM. Cochin et Charpentier dans leur étude sur la campagne électorale de 1789 en Bourgogne, et c'est ce qui arrive tous les jours maintenant. Et l'on dit que c'est la France qui agit, alors que c'est la seule Maçonnerie, — pas même elle : le Pouvoir occulte.

L'habileté du Pouvoir occulte en 1789 fut d'avoir su s'emparer du besoin d'évolution qui agitait légitimement la nation. Ce besoin, il s'appliqua à l'aigrir, à le rancir. Il fit en sorte que ce qui pouvait être un vin fortifiant devînt un vinaigre corrosif. On sait qu'il existe des procédés pour bonifier le vin, et qu'il en existe aussi pour le transformer en vinaigre. Le Pouvoir occulte appliqua le second au besoin d'évolution qui agitait la race française. Il fit jouer à la Maçonnerie, vis-à-vis delà France, le rôle que remplit dans un tonneau de vin ce que les vinaigriers appellent « une mère de vinaigre ». Et c'est ainsi que ce qui aurait dû être une évolution logique devint une révolution sanglante dans les spasmes de laquelle la France

faillit perdre la vie. Il suffit pour cela de quelques meurtres commis dès le début, comme ceux de Berthier et de Foulon, qui furent prémédités et exécutés maçonniquement, ainsi qu'il résulte de l'examen rigoureux des faits et des révélations contenues dans les mémoires de Bertrand de MoUeville.

D'autre part, il était indispensable de prendre notre race par son idéalisme. Et c'est pourquoi il fallait la faire passer par 1789 pour l'amener à 1793. Le Pouvoir occulte savait que le peuple français est plus prompt à se lever pour l'idée que pour son intérêt matériel. Il lui fallait donc exciter ce peuple par les grands mots de liberté, de fraternité qu'agitaient partout les propagandistes dressés par lui. Mais la preuve qu'il trompait la France se trouve précisément dans le fait que les grandes idées qui étaient évoquées, au lieu de donner leurs conséquences naturelles, ont abouti si vite au despotisme et aux assassinats de la Terreur. Le mensonge était donc là comme il est partout et toujours dans l'œuvre maçonnique. Lui seul peut expliquer les contradictions existant entre les principes proclamés et les faits réalisés. Le Pouvoir occulte se jouait de la nation. Il la conduisait par les rêveries humanitaires de 1789 pour la faire aboutir à ce qu'il y aurait eu après 1793, si un général vainqueur, s'appuyant sur l'instinct de conservation de la race, n'en avait décidé autrement. Le Pouvoir occulte procédait en cela comme le bandit qui, pour distraire l'attention du voyageur qu'il conduit à sa perte, le fait passer par des chemins d'où se découvrent des paysages sublimes.

Les choses ont toujours besoin de ces sortes de préparations. L'histoire de la Commune en est une preuve. La ^laçonnerie était derrière la Commune comme elle était derrière la Révolution. Seulement, l'insurrection de 1871 fut pour elle une surprise. La Maçonnerie se trouva dans l'obligation, ainsi qu'on le sait, de prendre parti pour ses troupes d'avantgarde follement engagées. Mais comme elle n'avait pu préparer le mouvement aussi longuement qu'il l'aurait fallu, comme elle n'avait pas eu le loisir de procéder préalablement, par des prédications attendries et pieusement humanitaires, à la fabrication de l'état d'esprit nécessaire, comme, du moins, ces prédications, si elles avaient été commencées à la fm de l'Empire, avaient été interrompues par les coups de foudre de 1870, la Révolution improvisée échoua; et, dans cet épisode de la lutte du Pouvoir occulte contre la France, ce fut le premier qui fut vaincu.

La nation française et le Pouvoir occulte se rencontrèrent donc pour collaborer en 1789 : celle-là entraînée par son idéalisme, celui-ci ne songeant qu'à réaliser son but pervers. La première fut le jouet du second, comme elle vient de l'être encore durant ces trente dernières années. C'est révolution que voulait la nation, évolution qui devait se maintenir dans les termes des revendications légitimes d'alors, tandis que la Franc-Maçonnerie, poussée par le Pouvoir occulte, voulait, elle, autre chose.

C'est vers cette autre chose que le Pouvoir occulte s'efforça de pousser la France dès le début, en faisant

commettre certains assassinats par ses bandes d'apaches qu'il décorait pompeusement du nom de peuple français, afin d'entraîner celui-ci par une prétendue solidarité dans le crime. Mais l'âme du peuple n'était nullement là. Elle vola bientôt tout entière aux frontières, et c'est alors que le Pouvoir occulte, se trouvant libre, institua cette méthode de gouvernement par l'assassinat, qui faisait rétrograder l'humanité de plusieurs milliers d'années.

Les enthousiasmes de 1789 appartiennent donc à la nation. Le rôle de la Maçonnerie fut alors celui de Tartufe. Elle exploita ces enthousiasmées ; et c'est en s'y associant, et plus tard en se glorifiant de l'héroïsme national, qu'elle conduisit la France à la Terreur, qui est sa part exclusive dans la Révolution.

Si donc il y a des distinctions à établir en ce qui concerne les faits et les périodes révolutionnaires, c'est dans le sens que nous indiquons. Il existe dans ces faits une part d'idéalisme, de rêve, d'enthousiasme, de sacrifice et d'héroïsme. Elle appartient à la nation. Mais, à côté, il existe une part, faite de mensonge, de duplicité, d'hypocrisie, de férocité et de lâcheté. Celle-là revient tout entière à la Franc-Maçonnerie qui trompait le peuple, et plus encore au Pouvoir occulte qui trompait à la fois le peuple et la Franc- Maçonnerie.

C'est malgré elle que la France évolutionniste, mais catholique et royaliste, en 1789, fut poussée aux crimes commis par les comités maçonniques, persécuteurs, révolutionnaires et assassins de 1793 ; de même que, malgré elle aussi, elle a été conduite de

nos jours, et en trente-cinq ans, du ministère Dufaure au ministère Combes ; du libéralisme au fanatisme ; de ranticléricalisme à l'anticatholicisme ; de l'anticatholicisme à l'antipatriotisme ; de la campagne dreyfusiste, entreprise sous couleur de justice, à la désorganisation de notre armée et de notre marine, opérée grâce à la délation et au remplacement des officiers réellement français par des officiers juifs ou francs-maçons : tout cela pour nous conduire, d'étapes en étapes, à la réalisation définitive d'un but mystérieux, d'un but obstinément caché, celui auquel marche le Pouvoir occulte.

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