‹ Le drame maçonnique (volume 2)Chapitre 7 sur 66 · COMMENT ON FIT DE MOI UN ANTICATHOLIQUE FANATIQUE · texte numérisé non relu

COMMENT ON FIT DE MOI UN ANTICATHOLIQUE FANATIQUE

Ainsi que je l'ai dit, j'étais entré dans la loge U Aidant-Garde au moment où je venais de perdre la foi catholique dans laquelle j'avais été religieusement élevé par une mère qui fut une chrétienne héroïque. Je connaissais depuis de longues années l'ami francmaçon qui avait été mon introducteur. Tant qu'il m'avait senti catholique, il s'était bien gardé de me faire savoir qu'il était un chevalier de la truelle.

(1) Comment je suis entré dans la Franc-Maçon^ierie et comment f en suifi sorti. Brochure, 1 fr. Librairie Académique, Perrin, quai des Grands-Augustins, Paris.

Jamais il ne m'avait parlé de la Maçonnerie. Il ne le fit que lorsqu'il s'aperçut du changement qui s'était opéré en moi. L'heure était favorable, en effet. Dès lors que j'entrais, à cette heure psychologique, dans la Franc-Maçonnerie, il était fatal que je deviendrais un anticatholique fanatique, et il y avait de grandes chances pour que ce fût jusqu'à la mort. Mais, sur ce dernier point, il était écrit qu'il en serait autrement. Je devais subir, dans toute sa violence, la crise que traverse mon pays tout entier; mais je devais aussi y échapper, comme j'espère qu'il y échappera.

Qu'ai-je fait dans la Maçonnerie? C'est là une question que le lecteur doit me poser. C'est celle en effet qu'on entend toujours : Que fait-on dans les réunions maçonniques?

La réponse est simple, si simple, qu'elle étonne toujours ceux qui l'entendent pour la première fois.

Dans les réunions maçonniques, on commence par écouter des prédications ; et, plus tard, on en fait soi-même. Les Loges sont des lieux où l'on est prêché, et où l'on prêche. Rien de plus.

Sur quels sujets ont lieu ces prédications? Sur deux thèmes qui sont comme des leit-motw revenant sans cesse, à propos de tout et à propos de rien.

Premier thème : la Franc-Maçonnerie est une institution sublime, sainte et sacrée. Elle est l'éternelle initiatrice de tout ce qui se fait de bien, de bon, de grand dans l'humanité.

Deuxième thème : Cette association, si haute, si respectable, si vénérable, a un ennemi. Cet ennemi,

c'est le catholicisme. D'où on tire cette conclusion : Puisque le catholicisme est l'ennemi de la Maçonnerie, il est l'ennemi de toutes les grandes causes auxquelles celle-ci déclare se dévouer. En conséquence, si on aime vraiment ces grandes causes, il faut combattre le catholicisme. Ça n'est pas plus malin que cela. Naturellement toute une politique est basée là-dessus. Et voilà tout le secret du fanatisme anticatholique de nos gouvernants.

J'acceptai avec la plus grande facilité le premier thème. Pourquoi me serais- je défié? Pourquoi auraisje suspecté ceux qui m'affirmaient la sublimité de la Maçonnerie? Pourquoi, étant sincère, eussé-je douté de leur sincérité? Ces hommes, au lieu de parler entre eux de leurs affaires ou de leurs plaisirs, comme ils faisaient en dehors des réunions maçonniques, ne juraient plus, une fois en loge, que par la Raison, le Progrès, la Vérité, l'Egalité, la Fraternité... N'étaitce pas impressionnant?

Ce devait l'être d'autant plus pour moi que j'étais, ainsi que je l'ai expliqué, à l'heure favorable entre toutes pour cela. Je venais de perdre la foi catholique. Mais je n'avais pas perdu ce à quoi elle avait correspondu en moi jusqu'alors, je veux dire la soif d'idéalisme, le besoin d'une croyance en un « audelà )), en un « au-dessus » des contingences matérielles. Au contraire, ce besoin ne se trouvant plus satisfait, j'étais d'autant plus porté à me jeter avec avidité, et par conséquent sans réflexion, sur les idées exprimées par les grands mots dont on se servait comme d'autant d'appeaux. J'étais bien choqué

par certaines pratiques ridicules auxquelles je ne comprenais rien. Mais on me disait que si on les conservait, c'était « par respect pour les antiques traditions de rOrdre ». Ainsi qu'on avait grand soin de me le faire remarquer, quoi de plus respectable que des traditions!...

Je fus donc impressionné comme tant d'autres. J'acceptai pour vérité démontrée ce qui n'était qu'une affirmation dénuée de preuve ; et je crus sincèrement que la Franc-Maçonnerie était la sublime initiatrice qu'on me disait.

Ce fut comme une nouvelle religion qui succéda à l'ancienne. J'eus la foi en la Maçonnerie, comme j'avais eu la foi catholique. Cela fait, le reste devait aller tout seul. Par le reste, j'entends le fanatisme anticatholique.

En effet, il est assez naturel que celui qui se donne à une nouvelle religion se laisse entraîner à la haine contre celle qu'il quitte. Dès lors qu'il admet l'une comme vraie, c'est qu'il croit l'autre fausse. Il sera donc tout disposé à en vouloir à ceux qu'il doit logiquement considérer comme l'ayant trompé, surtout si l'on sait l'y exciter habilement. Et c'est pourcjuoi les nouveaux initiés acceptent sans révolte la seconde partie de l'enseignement maçonnique.

Il est vrai qu'elle est en contradiction avec i'athi'mation de l'esprit de tolérance contenue dans les statuts. Mais, ainsi que nous le verrons, les choses sont faites avec assez d'habileté pour que les esprits ne soient pas trop heurtés par la contradiction entre l'universelle tolérance qui est annoncée et le fanatisme

anticatholique qui est pratiqué. C'est ainsi qu'à l'époque où j'entrai dans la Franc-Maçonnerie, on en était encore à la fameuse distinction entre le catholicisme et le cléricalisme. On prétendait qu'on respectait le premier et qu'on n'attaquait que le second. On usait de cette précaution selon les circonstances, et on parvenait ainsi à exciter la haine contre la religion catholique, tout en ayant l'air de ne pas manquer aux prescriptions de <( respect pour toutes les convictions religieuses » qui étaient alors imprimées dans les statuts.

Grâce à la perfidie d'une telle méthode, contre laquelle on est d'autant plus mal défendu qu'on est plus idéaliste et plus sincère, je devins fanatiquement anticatholique. Et, pourtant, le fanatisme n'était pas dans mon tempérament. Cela est bien certain, puisqu'ayant été un catholique de conviction jusqu'à l'âge de trente ans, jamais je ne m'étais senti le moindre mouvement de haine, ni contre un protestant, ni contre un juif.

comment je pus echapper au fanatisme qu'on m'avait inculqué, mes découvertes. lutte interieure.

La meilleure preuve d'ailleurs que le sectarisme n'était pas dans ma nature et qu'il était produit en moi, comme en la plupart des francs-maçons, par la culture spéciale et intensive à laquelle je fus soumis, c'est que je parvins à y échapper.

J'étais, heureusement pour moi, d'une bonne foi

absolue. J'avais en outre la chance de n'éprouver, en fait d'ambition, que celle d'être utile, de servir à quelque chose.

En raison de l'habile tactique dont je viens de donner l'idée, il y avait chance que je devinsse assez aveugle pour ne pas m'apercevoir de ce qu'il y avait de contradictoire, de louche et d'hypocrite dans les procédés maçonniques. Mais en raison de ma nature d'esprit, il pouvait aussi suffire d'heureuses circonstances pour que je fusse ensuite désabusé.

J'eus la bonne fortune de rencontrer à temps ces circonstances. Je fus amené à réfléchir avant que le système d'éducation auquel j'étais soumis m'eût à jamais fait perdre toute liberté d'esprit. Certains excès de fanatisme me mirent en défense, d'abord contre moi-même, puis contre les influences ambiantes dont j'apercevais de mieux en mieux l'action pernicieuse, à mesure que je reprenais possession de mes facultés de raisonnement.

Si cette reprise de moi-même s'était accomplie rapidement, j'aurais quitté beaucoup plus tôt la Maçonnerie, comme le font un certain nombre de francsmaçons, dès que leur bonne foi s'étonne des contradictions dont ils s'aperçoivent, ou dès que leur aml)ition s'irrite des déconvenues qu'elle rencontre. Mais je croyais si sincèrement au Progrès, à la Raison, à la Justice, à la Vérité, à la Fraternité, à toutes les grandes idées qu'on avait agitées devant mon esprit! Je m'étais fait un nouvel idéal auquel je m'étais si complètement donné ! Je ne m'apercevais pas alors du manque absolu de base qui le caractérisait, non

plus que de la façon perfide dont on en usait, pour me conduire peu à peu à un but tout autre que celui dont on me parlait. Je croyais, je voulais croire malgré tout à la sincérité de la Franc-Maçonnerie. Au lieu de m'en prendre à elle de ce qui m' apparaissait dans certains de ses actes comme incompatible avec la loyauté, j'accusais certains frères, les politiciens, qui, pensais-je, entraînaient, pour les besoins de leur ambition, notre sublime association dans une mauvaise route. Je résistais aux évidences. Je me faisais la guerre à moi-même...

' Le temps passait ainsi. Je l'employais à aller de loge en loge. Je parlais, tantôt dans l'une, tantôt dans l'autre, lorsque j'en trouvais l'occasion, de l'esprit de tolérance, que je montrais comme ayant été celui de l'ancienne Maçonnerie. J'en déplorais l'abandon. J'essayais d'y ramener mes frères...

Mes prédications ne portèrent pas les fruits que j'aurais voulu. Elles ne furent pourtant pas sans résultat; car elles me permirent de m'apercevoir que dans toutes les loges se commettaient journellement des actes politiques d'une importance extrême, bien qu'on nous répétât constamment que la Maçonnerie était une association purement philosophique.

D'autre part, mon attention se trouva portée sur un autre fait non moins grave. En effet, dans la plupart des loges où j'allais, je rencontrais, presque toujours, parmi les cinquante ou soixante membres dont chacune d'elles se composait, un député ou un sénateur, ou même un député et un sénateur faisant partie du même atelier. C'était la preuve évidente, la preuve

par le fait, que la Franc-Maçonnerie était parvenue, sans que le pays s'en doutât, à s'emparer d'une très grande quantité de sièges législatifs. Ceux qui les occupaient n'avaient été choisis par le suffrage universel que parce que celui-ci les avait crus libres. En réalité, ils ne l'étaient pas. La Maçonnerie les tenait par les serments qu'elle avait exigés d'eux, par la formation intellectuelle qu'elle leur avait sournoisement imposée et par bien d'autres liens dont ce n'est pas encore l'heure de parler. En raison de la domination qu'elle exerçait ainsi sur l'esprit de ces députés et de ces sénateurs francs-maçons, elle pouvait substituer sa politique à la politique nationale.

Et, en fait, je me rendis compte qu'en ce qui concernait la question religieuse, la Franc-Maçonnerie était, toujours sans que le pays le sût, l'initiatrice de la guerre qui le divisait en l'affaiblissant.

Cette substitution de la volonté de la Franc-Maçonnerie à la volonté de la France, qui était en contradiction flagrante avec le principe du gouvernement républicain, se manifestait à mon esprit d'une manière tous les jours plus évidente, avec les désastreuses conséquences qu'elle entraînait. Si bien qu'une heure vint où je me demandai si je n'avais pas le devoir de faire connaître ce dont je m'étais aperçu.

Ce fut alors une autre lutte en moi. Je sentais bien ce qu'exigeait l'intérêt de mon pays. En ne considérant que lui, je devais parler. Mais la Franc- Maçonnerie avait pris soin de me lier la langue et de faire ma volonté prisonnière. Elle m'avait en effet imposé, le jour de mon initiation, comme elle le fait

vis-à-vis de tous les francs-maçons, le serment de « ne rien dire ni écrire de ce que je pourrais voir ou entendre dans les assemblées maçonniques, sans en avoir reçu la permission expresse, et seulement de la manière qui pourrait m'être indiquée ».

Elle me tenait par là.

J'avais pourtant formulé hautement certaines réserves en faveur de la liberté de ma conscience, avant de m'engager. Je me rendais bien compte aussi qu'on m'avait extorqué mon serment, puisqu'on m'avait fait en échange des déclarations fausses et des promesses qu'on ne tenait pas. Je me répétais qu'un homme ne pouvait être lié par un engagement pris dans de telles conditions, surtout alors que l'intérêt de son pays est en jeu. Je demeurais néanmoins hésitant.

C'est. que la Franc-Maçonnerie ne se contente pas de faire prononcer un serment à ses initiés. Elle leur rappelle ce serment à chacune des réunions auxquelles ils assistent dans les loges. Elle déclare que le succès de son œuvre sainte est attaché à l'observation de la « loi du silence )>. Elle crée ainsi en eux une tournure d'esprit très particulière d'où résulte une sorte de religion du secret. On ne saurait se figurer, lorsqu'on ne l'a pas subie, l'influence d'une telle formation, ni l'utilité dont elle est pour la Franc- Maçonnerie. J'ai pu mesurer l'une et l'autre à mes incertitudes, à mes hésitations, à mes révoltes de conscience, dans les jours dont je parle.

Autre chose me retenait encore. En admettant que je me décide à faire d«»s révélations, me disais-je,

est-ce que la Maçonnerie n'aura pas vite fait d'infirmer la valeur de ces révélations, rien qu'en prononçant contre moi ce simple arrêt : c'est un traître ! Car j'en serai un à ses yeux. Qui me croira dans de telles conditions? Qui m'écoutera seulement, lorsque je parlerai, moi, chétif inconnu, contre elle, toute puissante et disposant de tant de ressources insoupçonnées?

COMMENT j'entrepris LA LUTTE

CONTRE LA FRANC-xMAÇONNERIE, ALORS QUE j'ÉTAIS

Page 1