‹ Le drame maçonnique (volume 2)Chapitre 8 sur 66 · ENCORE FRANC-MAÇON · texte numérisé non relu

ENCORE FRANC-MAÇON

Un jour vint pourtant où le devoir m'apparut très net et où je me dis que l'important, pour un homme qui veut être vraiment un homme, n'est pas tant de réussir en faisant ce qu'il doit, que de le faire : je résolus donc une bonne fois dédire ce que je savais, et ce que la nation avait le droit de savoir comme moi.

Seulement, comme je considérais que j'avais commis une faute en promettant le secret, le jour de mon initiation, sans savoir sur quoi pouvait bien porter ce secret, je décidai qu'en réparation de cette faute, je me devais d'affronter la colère de « la Veuve» avant d'avoir mis entre elle et moi la barrière protectrice de ma démission.

En conséquence, au cours de la période électorale boulangiste de 1889, j'offris mes services dans un journal de Vervins, mon pays natal, au candidat conservateur, M. Godelle,qui se présentait contre le docteur Dupuy, député gouvernemental sortant, franc-maçon fanatique, qui avait prononcé en pleine Chambre

cette parole si digne de la Franc-Maçonnerie : « En politique, il n'y a pas de justice. »

Je fis savoir à M. Godelle que j'étais franc-maçon et je lui exposai les raisons pour lesquelles je désirais combattre la Franc-Maçonnerie avant de la quitter. Il accepta mon concours dans ces conditions ; et c'est ainsi que je pus accuser publiquement la Maçonnerie d'intolérance, de fanatisme antireligieux et d'ingérence occulte dans les affaires politiques de la France.

J'eus la chance de voir le F.*. Dupuy rester sur le carreau. 11 put ainsi se convaincre qu'il y a quelquefois une justice en politique.

Ce premier succès acquis, je revins à Paris, résolu à faire connaître ma conduite à mes frères de la loge V Aidant-Garde et à provoquer ma mise en jugement.

Je n'obtins celle-ci qu'après une véritable bataille qu'il me fallut livrer. On commença par essayer de m'impressionner par la violence, dans une séance où éclatèrent les colères que j'avais provoquées. Ce fut sans résultat. Alors on revint aux moyens de persuasion. On essaya de me convertir. Mais il était trop tard. La cause était définitivement entendue devant ma conscience. J'avais la vision trop nette du mensonge maçonnique.

COMMENT JE L EMPORTAI SUR LA FRANC-MAÇONNERIE DANS CETTE PREMIÈRE LUTTE.

Lorsqu'on fut assuré que ma détermination était irrévocable, il fallut bien qu'on se décidât à entamer contre moi la procédure ordinaire. On poussa alors

les choses avec autant de vigueur qu'on avait employé de persuasion doucereuse pour tenter de me reprendre. L'Orateur chargé de soutenir la cause de la Franc-Maçonnerie demanda que mon exclusion fût prononcée solennellement.

C'était ce qu'exigeait l'intérêt maçonnique. Puisque je voulais engager définitivement la lutte, il fallait du moins qu'on pût dire que j'avais été chassé.

L'intérêt de ma future campagne exigeait le contraire.

Je l'emportai sur la Maçonnerie dans cette circonstance, grâce à ce que, d'après les règlements, les membres de l'atelier dont je faisais partie avaient seuls droit de vote sur mon cas. Or, plusieurs d'entre eux étaient de jeunes étudiants initiés depuis peu de temps et incomplètement intoxiqués par le virus maçonnique. Tous les autres me connaissaient d'ailleurs assez pour n'avoir aucun doute sur ma bonne foi. La plupart ne s'érigeaient en juges de ma conduite qu'à contre-cœur et parce que je les y forçais. Un certain nombre avaient été plus ou moins impressionnés par ma propagande en vue du retour à ce que j'appelais les traditions de tolérance maçonnique. Ils condamnaient le fanatisme qui régnait dans les loges, et encore plus l'action politique exercée par la Franc-Maçonnerie, contradictoirement aux prescriptions inscrites dans ses statuts. Maintes fois, j'avais pu m'en convaincre. En me condamnant, ils se seraient donc condamnés eux-mêmes. Tout en considérant ([ue j'avais manqué au serment maçonnique en dénonçant publiquement l'association, « sans en avoir

reçu la permission expresse », ils reconnaissaient que mes attaques avaient leur raison d'être et qu'en les formulant, je n'avais peut-être fait que remplir strictement mon devoir de citoyen. Enfin je devais aussi bénéficier de ce que, le vote étant secret, chacun prononcerait sur mon sort en toute liberté de conscience. Je comptais que, grâce à ces circonstances, on ne parviendrait pas à recruter dans ma loge une majorité contre moi.

En effet, malgré la déclaration formelle faite par moi, au cours de ma défense, que j'entendais continuer, quoi qu'il advint, la guerre que j'avais commencée contre la Franc-Maçonnerie, mes jeunes frères de V Avant-Garde ne me condamnèrent qu'au minimum de la peine que j'avais encourue, c'est-à-dire à trois mois de suspension de mes droits maçonniques, — trois mois de «mise en sommeil». C'était pour moi une seconde victoire.

Par égard pour leur bienveillante équité, je me fis un devoir de dormir maçonniquement pendant trois mois, comme ils m'avaient condamné à le faire. Je veux dire par là que je m'abstins de paraître en loge durant ce laps de temps. Après quoi, estimant que j'étais quitte envers la Veuve, puisque j'avais payé ma révolte au prix que ses juges avaient euxmêmes fixé, j'envoyai ma démission au Vénérable de ma loge et je commençai ma préparation en vue de la lutte que j'avais résolu de poursuivre.

Page 1