ISO- LA SECONDE SUGGESTION
COMMENT LE POUVOIR OCCULTE n'uSE DE l'idée de tolérance QUE POUR ATTIRER LES MODÉRÉS ET LES TRAHIR.
Il m'a été donné d'assister, comme adepte de la Franc-Maçonnerie, à la fabrication de l'état d'esprit qui règne actuellement. La méthode que j'ai vue employée nous renseigne sur celle dont il a été usé pour préparer la Révolution. Certains points de repère que nous possédons suffisent d'ailleurs à nous donner la certitude qu'avant 1793 comme après, c'est toujours au même procédé qu'on a recours.
Sûr quel principe ai-je vu le Pouvoir occulte, agissant par l'intermédiaire de la Franc-Maçonnerie, appuyer son effort contre le catholicisme? Sur la tolérance. C'est au nom de la tolérance, invoquée au début comme un principe sacré pour faire accepter la Franc-Maçonnerie par les catholiques, que le Pouvoir occulte a fait proclamer ensuite par cette même Franc-Maçonnerie que le catholicisme ne devait pas être supporté.
De sorte qu'il nous est donné d'assister à un spectacle vraiment étrange. Il y aurait en effet, d'après la Maçonnerie, deux églises en présence. L'une haïssable à cause de son intolérance ; c'est le catholicisme. L'autre admirable à cause de sa tolérance ; c'est la Maçonnerie. Voilà ce que disent les francsmaçons. Mais en fait voici ce qui a lieu. La soi-disant Eglise de l'Intolérance existait avant la soi-disant Eglise de la Tolérance. Elle a donc toléré l'établisse-
ment de celle-ci. Au contraire, maintenant que cette dernière est constituée, maintenant qu'elle est en plein triomphe, c'est elle qui ne permet pas le maintien de l'autre. C'est donc l'Intolérance qui tolère et c'est la Tolérance qui ne tolère pas. Et ce qui est plus fort que tout, c'est que ces soi-disant tolérants qui ne tolèrent pas, au nom de leur tolérance, ne s'aperçoivent nullement de leur inconséquence.
Cela semble trop bouffon pour être vrai. Et pourtant, c'est le spectacle que le monde entier peut contempler. Tant est profond l'aveuglement résultant des suggestions jetées par le Pouvoir occulte dans la Maçonnerie !
Commentées consciences peuvent-elles être ainsi faussées? Il me serait impossible de le comprendre et de l'expliquer, si la mienne n'avait été entraînée comme tant d'autres dans le tourbillon de démence, si je n'avais été pendant un certain temps acteur et victime à la fois.
En 1884, lorsque je suis entré dans la Franc-Maçonnerie, l'état de choses existant permettait encore qu'on se laissât facilement aveugler sur le soi-disant esprit de tolérance maçonnique.
L'article relatif au Grand Architecte de l'Univers ne figurait plus dans les statuts. Cela signifiait-il que la Maçonnerie fût une société d'athéisme? «Non, répondait-on ; c'est pour ne pas blesser la conscience de ceux d'entre nous qui ne croient pas à l'existence de Dieu, que nous en avons supprimé l'affirmation. Nous laissons chacun libre. ;;
Telle était l'explication donnée, celle à laquelle
croyaient tous les francs-maçons. Mais au fond quelle était la vraie pensée du Pouvoir occulte? Pourquoi avait-il suggéré la suppression de la célèbre formule? Parce que l'heure lui paraissait venue de procéder à la démolition de certaines idées, comme celle de la croyance en Dieu, qu'on avait fait semblant de respecter jusqu'alors. Voilà la vérité qu'on n'avouait pas.
Toutefois, la déclaration relative au respect de toute foi religieuse avait été maintenue. C'était là une affirmation contraire à la vérité, mais qui constituait un moyen de défense dont la nécessité pouvait encore se faire de temps en temps sentir.
Les choses étaient en cet état lorsque je fus sollicité d'entrer dans la Franc-Maçonnerie.
Mon introducteur ne m'avait pas fait du francmaçon exactement le même portrait qu'en donnait au milieu du dix-huitième siècle le F.-, de la Tierce ; mais peu s'en fallait. 11 m'avait présenté la Franc- Maçonnerie comme « l'école de toutes les vertus ». Le franc-maçon, m'avait-il dit, est l'être dévoué par excellence. Et, sur les observations que je lui adressais en raison des idées contraires dont j'avais été nourri jusqu'alors, il me présentait le premier article des statuts. Il m'y faisait remarquer l'affirmation de « tolérance », celle de « respect de toute foi religieuse », et celle de « solidarité étendue à tous les membres de la famille humaine, sans distinction de religion », Sans distinction de religion, il appuyait làdessus.
Lorsque vint le jour de mon initiation, j'eus à subir les discours lus par le Vénérable dans le rituel. Or
ils ne contenaient rien qui pût déceler la haine de la Maçonnerie contre le catholicisme. Quant aux questions qui me furent posées par les frères présents, si elles trahissaient chez la plupart d'entre eux des préoccupations prédominantes en ce qui concernait la question religieuse, elles ne pouvaient me fournir aucun autre renseignement. C'est que le Pouvoir occulte oblige ses adeptes à agir prudemment en ces sortes de circonstances. Si le règlement maçonnique permet à tous les francs-maçons présents de poser des questions au récipiendaire, il interdit rigoureusement toutes discussions avec ou devant lui, ainsi que les marques d'approbation ou d'improbation au sujet des réponses qu'il peut faire. De cette façon les francsmaçons ont des chances de savoir à qui ils ont afîaire, mais le néophyte n'en a guère de savoir ce qu'est la Franc-Maçonnerie.
Il est vrai que dans les séances qui suivirent et dans celles des autres ateliers auxquelles j'assistai, je pus constater sans peine le fanatisme d'un certain nombre de frères. Mais cette constatation était contredite par une indication contraire ; car il y avait d'autres adeptes chez lesquels les suggestions n'avaient pas produit les mêmes efîets, par la raison que les graines ne donnent pas le même rendement dans tous les terrains. Ceux-là parlaient volontiers de tolérance, et ils en parlaient avec sincérité. Je ne me trouvais donc nulle part en face de la Maçonnerie ; j'étais toujours en présence d'individualités, et d'individualités qui se contredisaient. La Maçonnerie, elle, se dérobait. Ses statuts eux-mêmes ne pouvaient me
renseigner. Ils me laissaient tout au moins dans l'incertitude, puisqu'ils contiennent, nous l'avons vu, des déclarations contradictoires. Donc impossibilité de me rendre compte. II fallait m'en remettre à la manière de voir de ceux qui me disaient que, parmi les opinions qui se heurtaient, j'avais le droit de défendre les unes, mais qu'au nom de la fameuse tolérance, je devais accepter le voisinage des autres.
Rien de plus juste, est-on peut-être tenté de dire.
Rien de plus juste, soit, si le Pouvoir occulte ne
s'était ménagé les moyens, grâce à l'organisme maçonnique, d'intervenir invisiblement.
Car ne nous y trompons pas et portons sur ce point toute l'attention qui convient. C'est grâce à de semblables contradictions entre ses adeptes que le Pouvoir occulte s'est assuré la possibilité, par le jeu de l'organisme maçonnique, de faire pencher la balance d'un certain côté : celui de ses intérêts. Or ses intérêts sont évidemment opposés aux intérêts nationaux ; sans cela il ne les cacherait pas.
En fait, c'est lui qui incite les violents, les « avancés )), à entrer en lutte contre les modérés, et dans cette lutte, il est loin de rester spectateur impassible. II pousse à la roue traîtreusement et il peut imprimer à cette roue une impulsion irrésistible, grâce au mécanisme que nous avons étudié, grâce aussi aux« influences individuelles soigneusement couvertes » que ce mécanisme lui permet de faire agir sans qu'on s'en doute. Les violents, les avancés sont ses soldats, car ils prêchent les idées dont la diffusion est nécessaire à la réalisation de ses plans secrets. Au contraire, les
modérés, bien qu'embrigadés par lui, sont ses adversaires. Il les tient pour tels, dès lors qu'ils ont un autre idéal que celui qui jjrépare l'asservissement à ses volontés. C'est pourquoi ils sont éternellement trahis par lui. La tolérance à laquelle il les incite n'est qu'un piège qu'il leur tend, une invitation fallacieuse à se placer dans la position voulue pour que les violents puissent les écraser. Répondre à une pareille invitation, ce n'est pas « tolérer » ; c'est s'abandonner. Si la Franc-Maçonnerie est une association de trahison vis-à-vis de la France, c'est surtout parce qu'elle est un instrument de guerre construit de telle façon qu'on le prend pour un symbole de paix ; c'est parce qu'elle crée entre les Français et ceux qui ne le sont plus une situation telle que les premiers se trouvent livrés aux seconds.
Oui ! Tolérer, dans de pareilles conditions de lutte, c'est se livrer. On ne doit pas tolérer ce qui se cache; on doit lui faire la guerre,... à moins qu'on n'ait résolu de se suicider.