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LE POUVOIR OCCULTE

Il en va de même dans les sphères politiques où le Pouvoir occulte fait sentir son action par l'intermédiaire de la Franc-Maçonnerie. C'est grâce à cette action s'exerçant partout et toujours d'une manière invisible que les révolutionnaires de 1789, aidés par certains nobles qu'avaient aveuglés les suggestions, purent détruire les barrières qu'il fallait faire tomber pour que la Révolution donnât tous ses fruits. Entre les plus modérés et les plus fanatiques de ces révolutionnaires, il était naturel qu'une lutte s'engageât ensuite. Le Pouvoir occulte la voulait, cette lutte, et cela suffisait pour qu'elle eût lieu. Usant du procédé que nous connaissons maintenant, il fit en sorte que ses soldats, c'est-à-dire les avancés, l'emportassent sur les autres. C'est ainsi que, sous sa poussée que personne n'apercevait, la France passa des mains des hommes de 1789 à celles des hommes de 1791, pour être ensuite livrée aux Terroristes, qui, en raison des fureurs mêmes qu'il avait allumées en eux, finirent par lui échapper et par détruire son armée en se détruisant.

Même répétition à notre époque, au moins pour la première partie de l'évolution.

Cela commença par les progressistes et les centregauchers, qui inspirés et aidés par le Pouvoir occulte, battirent leurs voisins de droite, avec le concours de leurs voisins de gauche, les opportunistes. C'était

toujours un pas en avant fait par le Pouvoir occulte. Ensuite, les opportunistes, aidés à leur tour par les radicaux et par 1« Pouvoir occulte qui voulait faire la fortune de ces derniers, battirent leurs anciens alliés les centre-gauchers progressistes. Pendant ce temps-là, le Pouvoir occulte formait, équipait et armait un nouveau corps, celui des socialistes. Avec l'aide de ceux-ci, il fit battre les opportunistes par les radicaux. L'heure est maintenant venue de mettre en opposition les alliés d'hier : radicaux et socialistes, ces derniers faisant d'ailleurs comme on a fait pour eux, c'est-à-dire préparant les voies aux collectivistes, aux hervéistes et aux anarchistes ; et tout cela pourquoi? Pour que s'accomplissent successivement toutes les destructions qui sont nécessaires à la réalisation des plans secrets du Pouvoir occulte.

Tous, qu'on le remarque, progressistes, opportunistes, radicaux, socialistes, collectivistes et hervéistes, dont les groupes ne sont autre chose que les équipes successives du Pouvoir occulte, tous peuvent se croire libres. Disons même, si l'on veut, que tous le sont d'une certaine manière. Les victoires qu'ils ont successivement remportées les uns sur les autres n'en étaient pas moins celles du Pouvoir occulte, qui décidait à l'avance quels seraient les victorieux, et qui créait les conditions grâce auxquelles les victoires devaient être assurées. Et la preuve, c'est que, dès que sa main se retirait d'eux, ils ne comptaient plus. Gambetta, si puissant à un certain moment, Gambetta, dont le ministère devait être le Grand Ministère, Gambetta qui criait aux équipes d'aVant-garde du

Pouvoir occulte ameutées contre lui : « J'irai vous poursuivre et je saurai vous atteindre au fond de vos repaires ! » Gambetta n'a rien atteint du tout. A peine avait-il fondé son grand ministère que celui-ci s'écroulait. C'est que Gambetta n'était plus l'homme qu'il fallait au Pouvoir occulte. Il avait fait la part de besogne qui lui avait été réservée. Il devait céder la place à ceux qui étaient désignés, sans qu'il le sût, comme plus aptes que lui à faire accomplir à la nation une nouvelle étape dans la marche fatale.

Tous ceux qui l'ont suivi n'ont été, comme lui, que des instruments. Tous, progressistes, opportunistes, radicaux, socialistes, collectivistes et hervéistes ont été, sont ou seront engrossés de certaines idées. Une fois en eux, ces idées, comme tous les germes en leur matrice, veulent sortir. Elles demandent à se produire à l'état de faits. L'heure venue, ces faits naissent, avec l'aide du Pouvoir occulte. Une fois l'accouchement opéré, ceux qui en ont eu le travail sont considérés comme n'étant plus bons à rien, pas même à remplir le rôle de nourrices. Leurs enfants leur sont enlevés pour être confiés à d'autres. C'est ainsi que l'exécution du décret sur le choix des ofTiciers, rendu par Gallifet, a été confiée à André ; que l'application de la loi sur les congrégations, faite par Waldeck- Rousseau, a été attribuée à Combes. C'est ainsi également qu'une fois accomplie par celui-ci la part de besogne qui lui avait été réservée, il lui a fallu déguerpir, comme il avait vu Waldeck déguerpir devant lui.

Combes était bon pour l'œuvre de dislocation reli-

gieuse, à cause de son fanatisme. Mais un fanatique n'est nullement indiqué pour l'œuvre de dislocation militaire qu'il s'agit maintenant de mener à bien. La nation est encore chatouilleuse sur ce point-là. Ce n'est donc point de fanatisme qu'il est besoin maintenant, c'est de cynisme et de dextérité. Pour que l'œuvre de dénationalisation s'effectue sans que la France regimbe, le Pouvoir occulte a besoin d'un virtuose du crime, qui soit en même temps un saltimbanque ; qui sache faire rire le patient auquel il ingurgite le poison. C'est le rôle de Clemenceau. Il a besoin également d'un mannequin recouvert d'un habit militaire dont le rôle doit se borner à demeurer assis dans le fauteuil du Ministère de la guerre, pour que, par la vue de cet habit qui a l'air d'être sur la poitrine d'un soldat, la France se sente rassurée. C'est le rôle de Picquart. Tandis que celui-ci remplit sa fonction de mannequin et que l'autre exécute sa parade sur le tréteau ministériel, le Pouvoir occulte fait procéder par des subalternes agissant partout à la fois et aussi silencieusement que possible, à l'œuvre de démoralisation et de destruction de l'armée. Picquart n'est là que pour affirmer que cette œuvre de démoralisation ne s'accomplit nulle part, pour en jurer par les étoiles et les plumes blanches qu'on ne lui a données que pour cela. Tous ceux qui ont précédé Picquart et Clemenceau, tous, en détruisant qui sous un prétexte, qui sous un autre, quelqu'une des barrières qui défendaient l'ordre social, politique et religieux, ont ouvert la route et ont préparé la place à ces deux destructeurs, contre lesquels ils n'ont pas

assez de malédictions aujourd'hui. Ils voudraient faire machine en arrière. De leurs mains qui furent fortes pour détruire tant que le Pouvoir occulte leur a prêté sa force et qui sont redevenues débiles maintenant qu'il n'est plus avec eux, ils portent de chétifs brins d'herbes pour faire obstacle au démolisseur qui rase les forteresses nationales qu'ils lui ont livrées. Ils clament à la Chambre. Dans leurs journaux, ils pleurent et se lamentent. Mais ni objurgations, ni pleurs, ni lamentations ne peuvent faire qu'ils ne soient chargés de la terrible responsabilité d'avoir été, dans toute la mesure où ils le pouvaient, les collaborateurs de l'œuvre de destruction. Gallifet a préparé André, comme André a préparé Picquart. Waldeck a préparé Combes, comme Combes a préparé Clemenceau.

INTERVENTION DU POUVOIR OCCULTE DANS LA DIRECTION DES PARTIS QUI LUI FONT OPPOSITION ET JUSQUE DANS LE SEIN DE l'ÉCLISE.

Le Pouvoir occulte sait aussi, sans que nous nous en doutions et toujours par le même procédé, intervenir entre les fractions de l'opposition. Il favorise celles dont les doctrines sont les plus utiles à la réalisation de ses vues. Il fait agir pour cela les « influences individuelles soigneusement couvertes » dont la chaîne est établie de manière à ne laisser aucune solution de continuité depuis lui jusqu'à l'entourage immédiat des princes, des monarques et des Papes.

« C'est la corruption du peuple par le clergé, et

du clergé par nous que nous avons entreprise », disait un des membres de la Haute- Vente.

Un autre écrivait :

« On me mande de Rome que deux des nôtres, bien connus pour leur haine du fanatisme, ont été obligés, par ordre du chef suprême^ de s'agenouiller et de communier à la Pâque dernière. »

Un troisième :

a II y a une certaine partie du clergé qui mord à l'hameçon de nos doctrines avec une vivacité merveilleuse. »

Un quatrième :

« Ces pauvres princes feront notre affaire en croyant ne travailler qu'à la leur. »

Un cinquième :

u Que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des chefs apostoliques... Tendez vos fdets comme Simon Barjona ; tendez-les au fond des sacristies^ des séminaires et des couvents plutôt qu'au fond de la mer. — Vous amènerez des amis autour de laChaire apostolique. Y ons aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière... »

Ces quelques documents pris parmi tant d'autres, qui furent extraits de la Bibliothèque du Vatican et publiés avec l'approbation pontificale par Crétineau- Joly ne montrent-ils pas la pensée occulte appliquée à créer cette chaîne d'influences dont nous venons de parler et par laquelle sont enserrés jusqu'à ceux qui semblent les mieux placés pour défendre la religion et la patrie.

Eh voici un qui la montre mieux encore. Il émane de l'homme qui dirigeait la Haute- Vente sous le pseudonyme de Nubius tout en occupant, sous son vrai nom, une situation importante dans le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Quel était ce nom? Le Pape Pie IX le sut et il eut la charité de ne pas le révéler par égard pour des familles chrétiennes. Ce Nubius était en relations avec tout le grand monde catholique romain. Il écrivait un jour au juif prussien Klauss : « Je passe quelquefois une heure de la matinée avec le vieux Cardinal délia Somaglia, le Secrétaire d'Etat ; je monte à cheval soit avec le duc de Laval, soit avec le prince Cariati ; je vais, après la messe, baiser la main de la princesse Coria où je rencontre assez souvent Bernetti (le Cardinal qu'ils redoutaient le plus). De là je cours chez le cardinal Palotta ; puis je visite dans leurs cellules le procureur général de l'Inquisition, le dominicain Jaulot, le théatin Ventura, ou le franciscain Orioli. Le soir, je commence chez d'autres cette vie d'oisiveté si bien occupée aux yeux du monde et de la cour ; le lendemain, je reprends cette chaîne éternelle (1). »

Pour renseigner mieux encore le lecteur sur l'effort hypocrite du Pouvoir occulte en vue d'étendre ses influences jusques dans les milieux où on les soupçonnerait le moins, nous citerons un fait qui a rapport aux obstacles mis à la publication d'un ouvrage de

(1) Cité par Henri Delassus dans son bel ouvrage : Le problème de fheurc jii'ésenie.

Crétinean-Joly par lequel a été remplacé celui dont sont tirés les documents ci-dessus.

Le Pape Grégoire XVI avait, le premier, eu la pensée de cette publication destinée à faire connaître au monde que si l'Eglise prenait, en certaines circonstances, une attitude militante, c'était par nécessité de défense, puisqu'elle était incessamment attaquée dans l'ombre par des adversaires invisibles. Il remit en conséquence à Crétineau-Joly les documents qui se trouvaient à la Bibliothèque du Vatican et qu'il voulait voir publiés.

A peine sut-on la mission dont avait été chargé l'historien français que « les influences individuelles » furent mises en mouvement.

L'auteur de V Histoire des Sociétés Secrètes (tel était le titre de l'ouvrage projeté) raconte dans ses Mémoires publiés par l'abbé Maynard, que le roi de Sardaigne lui fit proposer une entrevue secrète au cours de laquelle il lui demanda le silence. Crétineau-Joly refusa d'accéder à la demande du Roi. Celui-ci s'adressa à Pie IX qui venait de succéder à Grégoire XVI. C'était donc par un intermédiaire royal, inconscient ou non, que le Pouvoir occulte essayait de peser sur l'esprit du Souverain Pontife.

Au même moment, Crétineau-Joly qui avait à recueillir des documents près du roi de Naples avait affaire dans cette ville à un Carbonaro qui, entré dans les ordres, était devenu le confesseur du Roi et'avait tout pouvoir sur celui-ci. A l'instigation de ce Carbonaro confesseur, le roi de Naples, au lieu de livrer ses documents à Crétineau, écrivit au Pape une lettre

telle que Pie IX déclara à l'historien que sa charité de père et son devoir de prince l'ohligeaient à ne pas permettre une publication qui n'était pas sans danger.

En 1849, le nonce à Paris engage Crétineau-Joly à reprendre son travail en lui montrant une dépêche du Cardinal Antonelli qui disait que le Pape ne s'était opposé que momentanément à la publication de l'Histoire des Sociétés Secrètes, mais qu'il croyait maintenant utile de donner suite à l'idée de Grégoire XVI. Crétineau-Joly qui s'était remis à la besogne fut de nouveau arrêté. Cette fois, c'était le prince Louis Bonaparte qui intervenait. De dépit, l'auteur brûla son livre qui était déjà composé. Les documents qu'il introduisit plus tard dans l'Histoire du Sonderbund et dans l'Eglise romaine en face de la Révolution étaient ceux qui avaient échappé à la destruction ou des copies de ceux qui avaient été brîdés.

Ce sont encore des influences individuelles et soigneusement couvertes agissant pour le compte du Pouvoir occulte qui ont été mises par accident au jour dans cette affaire de « La France catholique », où l'on vit un prêtre publiant ce journal avec l'argent que lui fournissait le président du Conseil Clemenceau. Quel était le but de celui-ci? Tromper les catholiques, essayer de s'emparer de la direction de leur politique, en créant, lors de l'affaire des Cultuelles, un courant qui avait à sa tête, en apparence, les hommes les plus honorables, les catholiques les plus qualifiés, des académiciens, un vice-président de l'Action libérale. En réalité, les dépositions faites par l'abbé Toiton devant un tribunal ont prouvé que ce mouvement

était machiné et ordonné, non par le Chef de l'Eghse' comme on essayait de le faire croire, mais par le Pouvoir occulte qui agissait là comme nous le voyons faire en toutes circonstances par l'intermédiaire d'influences individuelles soigneusement dissimulées.

« Ne les perdez pas ! disait M. Clemenceau en remettant les premiers dix mille francs à l'abbé Toiton, ça ferait un fameux fait divers? » Nous n'avons pas eu le fait divers, mais à sa place nous avons, ce qui vaut mieux, la vision, en raccourci, de toute l'action maçonnique et du procédé-type du Pouvoir occulte.

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