‹ Le drame maçonniqueChapitre 20 sur 78 · MONOPOLE COMME SOCIÉTÉ ORGANISÉE, ET INVISIBILITÉ DE SON ACTION · texte numérisé non relu

MONOPOLE COMME SOCIÉTÉ ORGANISÉE, ET INVISIBILITÉ DE SON ACTION

Remarquons que pour extérioriser son action, ou plutôt celle du Pouvoir occulte, la Franc-Maçonnerie était favorisée jusqu'ici, ou tout au moins jusqu'en ces dernières années, de singuliers avantages.

Il n'y a pas si longtemps qu'elle était encore la seule association politique organisée qui existât en France. Si telle n'est plus aujourd'hui sa situation, dans tous les cas elle bénéficie encore d'une immense

^upériorité d'organisation sur les ligues d'opposition récemment créées. Il est facile de comprendre quelles facilités ont résulté pour elle de cette sorte de monopole.

La masse des citoyens français est divisée contre elle-même. Elle forme, comme l'a dit Taine, « une poussière d'individus » toujours prête à flotter à tous les vents d'opinion. Il n'en était pas ainsi autrefois. Cela ne s'est fait que depuis l'apparition de la Maçonnerie en France. C'est seulement depuis lors qu'une volonté perverse, invisible, mais sans cesse agissante, a pris soin de multiplier chez nous les causes de division. Questions religieuses, questions politiques, questions économiques, questions sociales, questions morales, tout a servi à séparer les Français autrefois unis, et à faire qu'au lieu d'une famille, au lieu d'une nation dont tous les membres sont liés les uns aux autres par un même idéal et concourent à la réalisation d'un même but, il n'y a plus en France que des corpuscules qui flottent au hasard dans l'atmosphère sociale ; tous se heurtant et tourbillonnant dans une sorte de tempête folle et ininterrompue. Plus de discipline sociale ; plus de discipline nationale ; à peine une discipline religieuse qu'on sent s'effriter, elle aussi, et s'affaiblir, dans beaucoup d'âmes, sous d'incessantes, sourdes et perfides influences.

Au milieu de ce chaos, la Maçonnerie seule existait jiLsqu'en ces dernières années, à l'état de groupement politique organisé, coordonné, tendant à un but inconnu, mais précis. Elle a créé au sein de ses loges, ainsi que nous l'avons montré, une discipline, « La

Franc-Maçonnerie, disait un orateur du Couvent de 1893, n'a nullement la prétention de vouloir appliquer dans son propre sein un certain nombre de doctrines de liberté et d'indépendance individuelle dont elle proclame la nécessité pour le monde profane. La Franc-Maçonnerie est un organisme de lutte et elle est obligée de soumettre ses membres aux règles de la discipline qui sont indispensables pour la lutte. »

Il est naturel que l'agglomération ainsi constituée ,se soit trouvée d'autant plus puissante qu'elle était seule hiérarchisée au milieu d'un monde dont toutes les parties se désagrègent un peu plus tous les jours sous l'action dissolvante du funeste dogme égalitaire. La Maçonnerie est donc comme im véritable bloc parmi les molécules flottantes qui remplacent l'ancienne nation française. Comment ce bloc, propulsé grâce à l'organisme d'une extrême puissance que nous avons étudié, ne traverserait-il pas les poussières que nous sommes, en les bousculant malgré leur multitude, comme fait la petite masse cohérente d'un boulet de canon au milieu des milliards de corpuscules qui se balancent dans l'atmosphère?

, A cet avantage d'être la seule société politique organisée dans une nation où tous les liens sociaux ont été brisés, la Franc-Maçonnerie en joignait jusqu'ici un second plus considérable encore, qui était que personne ne soupçonnait l'existence du premier.

N'avait-elle pas inscrit dans ses statuts qu'elle ne s'occupait pas de politique? On la croyait. On ne pouvait prévoir qu'un jour un de ses membres le

F.'. Gonnaud, parlant au banquet de clôture du Couvent de 1886, serait amené à dire : « Il fut un moment, non pas de règle mais de formalisme, de déclarer que la Maçonnerie ne s'occupait ni de religion, ni de politique. Etait-ce de l'hypocrisie? Je ne le dirai pas. C'était sous l'impression des lois et de la police que nous étions obligés de dissimuler ce que nous tous avons mission de faire ou plutôt de faire uniquement. »

Ils s'affirment les uns aux autres qu'ils ont mission de faire de la politique et de ne faire que cela ! Et ils proclament dans leurs statuts qu'ils s'interdisent cette occupation. Le F.-. Gonnaud en dit long par cet aveu qui corrobore suffisamment l'exposé fait cidessus de la méthode et des procédés maçonniques.

C'est ainsi que la nation était trompée sans pouvoir se défendre. Comment aurait-elle pu supposer, cette nation loyale entre toutes, qu'une association établie sur le sol français avait pour principe le mensonge? Un homme qui ment, cela se rencontre. Mais une association ! Une association qui ment, non pas une fois, mais sans discontinuer pendant deux siècles ! Qui met le mensonge dans ses statuts, c'est-à-dire qui fait du mensonge la base de son action ! Comment des esprits français se seraient-ils figuré pareille perfidie?

C'est précisément parce que personne ne pouvait rêver cela qu'on laissait la Franc-Maçonnerie travailler tout à son aise. On regardait les francs-maçons comme des originaux ou des niais, ou des mutualistes

d'une espèce particulière, ou des discoureurs vaniteux et vides, ou encore comme de joyeux compères qui prétextaient des réunions secrètes pour échapper le plus souvent possible aux monotonies de la vie familiale. On les prenait pour tout ce qu'ils n'étaient pas. Mais personne ne pouvait les prendre pour ce qu'ils étaient réellement. Et c'est ainsi que, tout le monde les croyant inoffensifs, nul ne s'avisait de les gêner dans leur action.

' On se rappelle le curieux et suggestif témoignage qu'apportait sur ce point l'un des deux recruteurs de la Franc-Maçonnerie invisible auxquels j'eus affaire à la fm de ma vie maçonnique.

— Vous vous rendez compte, me disait-il, de la puissance dont dispose la Franc-Maçonnerie. Nous pouvons dire que nous tenons la France. Ce n'est pas parce que nous sommes le nombre, puisqu'il n'y a que vingt-cinq mille francs-maçons en ce pays (c'était en 1889). Ce n'est pas non plus parce que nous sommes l'intelligence, car vous êtes à même de mesurer la médiocrité intellectuelle de la plupart de ces vingt-cinq mille francs-maçons. Nous tenons la France parce que nous sommes organisés et les seuls organisés. Mais surtout, nous tenons la France parce que nous avons un but ; qu'on ignore quel est ce but ; que, comme on l'ignore, on ne saurait y faire obstacle ; et qu'enfin, comme on n'y fait pas obstacle, le chemin est large ouvert devant nous. »

Il est impossible de résumer plus clairement les deux principales raisons de la force de la Maçonnerie.

Aujourd'hui ces deux causes de supériorité tendent de plus en plus à disparaître. Leur effet s'affaiblit lentement, mais progressivement, à mesure que se développent les groupements opposés à la Franc- Maçonnerie et que se propage la connaissance de la question maçonnique ; et c'est ce qui devrait donner du courage et surtout de l'endurance aux Français les plus écrasés par le souvenir des défaites qui n'ont été subies depuis trente ans que parce qu'on ignorait tout cela.

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