‹ Le drame maçonniqueChapitre 21 sur 78 · LA PERVERSITE REVETUE DE SINCERITE · texte numérisé non relu

LA PERVERSITE REVETUE DE SINCERITE

L'habile et profonde perversité avec laquelle agit le Pouvoir occulte vis-à-vis de la Maçonnerie se retrouve, elle aussi, dans la méthode employée par celle-ci à l'égard du monde profane.

Comment en pourrait-il être autrement? Puisque chaque maçon n'est qu'un écho de ce qu'il a entendu — et un écho à peu près fidèle, sans cela, on l'expulserait de la Maçonnerie, ou bien il en sortirait de luimême, ainsi que nous l'avons expliqué — son effort particulier se trouve réglé par les savants calculs qui déterminent la marche prudente du Pouvoir occulte. C'est la ruse, la fourberie, le mensonge et l'hypocrisie qui ont si bien réussi à l'intérieur des loges parce que les francs-maçons non avertis, étaient sans défense contre ces moyens ; c'est aussi la ruse, la fourberie, le mensonge et l'hypocrisie qui doivent réussir dans le monde profane, parce que celui-ci n'est pas plus prévenu contre l'effort de la perversité maçonnique

que les francs-maçons n'étaient prévenus contre la perversité du Pouvoir occulte.

Et même, un nouveau facteur intervient qui augmente considérablement l'effet de la propagande maçonnique ; c'est l'inconscience qui est créée chez la presque unanimité des francs-maçons. Les représentants directs du Pouvoir occulte qui ont enrégimenté les premiers adeptes de la Maçonnerie débitaient sciemment leurs mensonges vis-à-vis de ceux-ci. Il leur fallait d'autant plus de cynisme. Il n'en va plus de môme pour la propagande exercée par les francsmaçons au milieu du monde profane. Ceux-ci ont été fanatisés, aveuglés de telle sorte que c'est, le plus souvent, sans le savoir qu'ils mentent. En agissant par leur intermédiaire, l'hypocrisie du Pouvoir occulte se revêt donc d'ingénuité, et elle en devient plus redoutable. En réalité, ils sont des croyants, puisqu'ils croient à la mission de la Veuve, à sa sainteté. Du moins en est-il ainsi pour un grand nombre d'entre eux. On est parvenu à leur persuader que la science exigeait la destruction du catholicisme. Ils n'en savent absolument rien par eux-mêmes, puisqu'ils ne sont pas des savants. Là encore, il a fallu qu'ils croient ce qu'on leur affirmait. Ils ont cru. Sur ce point comme sur le premier, ils ont la foi. C'est une force considérable. Et il faut savoir, il faut avoir vu jusqu'où valeur hallucination!

Par l'effet des suggestions qu'elles reçoivent, ces

intelligences à peine dégrossies se prennent pour des

intelligences scientifiques. C'est très sincèrement que

es laveurs de vaisselle des cuisines de la Veuve se

considèrent comme les pionniers de la science et de la raison. Chaque fois que les prêtres chrétiens prononcent le nom de Jésus-Christ, ils inclinent la tête et s'humilient au fond d'eux-mêmes. Au contraire, il suffît que les francs-maçons parlent de leur divinité, « la Raison », pour qu'ils s'enflent d'orgueil et se considérant comme infaillibles.

Des ignorants qui croient qu'ils sont savants, ou que, n'étant pas savants, ils sont tout au moins les soldats de la science, qui portent cette conviction dans la politique, et qui, savamment embrigadés, arrivent à gouverner un état par la force de l'organisation occulte à laquelle ils appartiennent ; qui dominent, par conséquent, en raison même de leur ignorance, au nom d'une force invisible à laquelle il est impossible de demander des comptes, voilà ce qu'on peut considérer comme un cléricalisme infiniment néfaste pour le pays qui en est infecté. C'est, à proprement parler, la dictature exercée par l'imbécillité au profit de la perfidie.

C'est seulement après qu'ils ont été hypnotisés que les francs-maçons procèdent vis-à-vis du monde profane comme le Pouvoir occulte a procédé vis-à-vis d'eux. Pas plus que celui-ci, ils ne disent tout d'abrod où ils veulent en venir. Comment le pourraient-ils, puisqu'eux-mêmes ne savent pas où on veut les mener. Brisson, par exemple, parlant des Congrégations, a déclaré jadis « qu'il ne pourrait jamais venir à la pensée d'aucun républicain de restreindre en quoi que ce soit le droit d'association ». Il est probable que Brisson pensait ce qu'il disait.

C'est en 1872 qu'il parlait ainsi. La suggestion républicaine était celle qui correspondait particulièrement à cette époque au besoin du Pouvoir occulte. Brisson obéissait à l'impulsion qu'il recevait sans s'en douter. Il parlait en républicain. Depuis un certain nombre d'années, c'est la suggestion anticatholique qui a dominé. Brisson a encore obéi à cette suggestion et il a parlé et agi non plus en républicain mais en sectaire. Sa conviction, pour inéclairée qu'elle fût, n'en donnait pas moins une certaine force à son langage dont bénéficiait le Pouvoir occulte.

Grâce à cette sorte d'inconscience, c'est avec sincérité que les francs-maçons affirment leur tolérance et leur respect de toute foi religieuse. Et c'est encore un avantage pour le Pouvoir occulte. Même aujourd'hui, on rencontre des francs-maçons qui sont convaincus de leur esprit de tolérance. Le F.-. Camille Pelletan lui-même a proclamé dans un discours, lorsqu'il était ministre, son respect de la religion. C'est un fait. Vous croyez qu'il mentait? Ce n'est pas certain. Il parlait ainsi en sortant de table et il se peut parfaitement que ce jour-là, il eût le vin tolérant. Briand fait prendre son « désir de conciliation » au sérieux par de très hautes personnalités politiques catholiques. La suggestion a produit en lui, en raison de sa nature particulière, l'état d'âme nécessaire pour que, de la façon la plus naturelle, il puisse ainsi en imposer, et peut-être, à certaines heures, s'en imposer à lui-même. Pendant ce temps-là, Clemenceau subventionne un abbé et fonde sous l'autorité de la soutane de celui-ci un journal, la France Catholique, qui

so vend à la porte des églises, pour permettre à la Franc-Maçonnerie, contre-église, ennemie mortelle du catholicisme, de faire lire aux catholiques ce dont il faut les persuader pour que le Pouvoir occulte puisse arriver aux suprêmes destructions qu'il médite.

Alors que l'opinion est travaillée de tant de manières diverses, comment ne serait-elle pas trompée !

Nous avons cité le propos d'un franc-maçon qui parlant de la liberté, a fait très sincèrement cette déclaration :

« Oui, quoi qu'on en dise, c'est la liberté que nous voulons ; seulement, nous voulons la vraie ; celle qui ne permet pas qu'on prenne de libertés contre elle. »

Voilà jusqu'à quel point le^Pouvoir occulte est parvenu à déformer l'intelligence de ceux qu'il appelle les enfants de la « lumière ». S'ils en sont là maintenant, on peut juger de la sincérité de leur fanatisme lorsqu'ils n'étaient pas encore entrés dans la période de l'action, lorsque, par conséquent, leur aberration ne risquait pas de se sentir tout au moins quelque peu interdite au spectacle des contradictions qu'ils sont obligés de s'infliger aujourd'hui.

l'état profond d'inconscience.

C'est quelquefois avec une inconscience vraiment comique qu'ils opèrent, vis-à-vis des profanes, toutes les manœuvres hypocrites qui ont été exécutées visà-vis d'eux par les représentants du Pouvoir occulte.

Un jour, vers la fin de ma vie maçonnique, lorsque ma raison commençant à se réveiller faisait entendre

au fond de ma conscience ses protestations contre le fanatisme maçonnique par lequel je m'étais laissé dominer, un profane qui était de mes amis vint me voir pour me demander ce que c'était que la Franc-Maçonnerie, vers laquelle il était attiré par un recruteur. A peine était-il entré chez moi qu'y arriva un autre de mes amis qui était franc-maçon. La conversation s'engagea entre nous trois, et dans des conditions telles que je me contentai bientôt d'écouter.

Le franc-maçon disait à celui qui ne l'était pas :

— La Franc-Maçonnerie est une association sublime. On y pratique toutes les vertus.

— Alors, c'est parfait. Pourtant on m'avait dit qu'elle était une association politique?

— Nullement. Nous ne nous occupons pas de politique.

— Et de religion?

— Non plus. D'ailleurs, si vous voulez avoir la conscience en repos à cet égard, voici quel est le premier article de nos statuts : « La Franc-Maçonnerie, association essentiellement philosophique, philanthropique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale universelle, des sciences et des arts, etc. ;>

A mesure que mon ami parlait et que j'entendais tomber de sa bouclîe les belles déclarations inscrites dans la constitution maçonnique, une sorte de voile se déchirait en moi, grâce à ce que je me trouvais en face de cette réalité, insupportable pour ma conscience : un ami qui s'en remettait à moi avec confiance et que je voyais trompé, victime du mensonge

des statuts maçonniques. Le fait concret s'imposait à moi dans toute sa netteté.

Ne faisons-nous pas, tous les Jours, me disais-je, à toutes les heures, exactement le contraire de ce qui est écrit là-dedans? Qu'est-ce qui est vrai? Nos actes, ou ces déclarations par lesquelles nous attirons les profanes de bonne foi?...

Je me sentis pour la première fois vraiment dégoûté de la besogne à laquelle j'avais collaboré ^ans en apercevoir l'odieuse et méprisable hypocrisie.

Lorsque le postulant fut parti, je dis à mon ami franc-maçon :

— Il me semble, mon cher, que nous venons de faire un singuher métier.

— Que voulez-vous dire? fit-il étonné.

— Nous avons affirmé à l'innocent profane qui sort d'ici qu'on ne s'occupait pas de politique dans la Franc-Maçonnerie. Or, nous n'y faisons que de la politique. Avouez que nous en avons pris à notre aise avec la vérité...

— Est-ce que nous devons dire aux profanes ce qu'on fait en Franc-Maçonnerie? Nous n'en avons pas le droit.

— Nous n'en avons pas moins dit le contraire de la vérité. *

Nous avons aussi affirmé que nous étions une association de tolérance.

— Eh bien?

— ■ Eh bien ! Nous sommes juste le contraire. Vous n'êtes pas tolérant et je ne le suis pas plus que vous.

puisque tous deux nous voulons la destruction du catholicisme.

— Est-ce que nous n'avons pas raison de vouloir la destruction du catholicisme?

— C'est une autre question. Admettons, si vous voulez, que nous ayons raison, il n'en est pas moins déloyal de tromper un profane comme nous venons de le faire. Si nous considérons comme un devoir de détruire le catholicisme, pourquoi ne le proclamonsnous pas hautement?

— Parce que nos règlements nous obligent au secret. Il n'y a pas à discuter là-dessus.

— Il en résulte que nous venons, vous et moi, de dire exactement le contraire de la vérité. Cela s'appelle mentir. De plus, nous nous sommes parés de la vertu de tolérance alors que nous nous sommes intolérants. Cela s'appelle être hypocrite. Il n'y a pas à sortir de là !

— Ah ça ! mon cher, qu'est-ce qui vous prend?

— Rien. Je regarde seulement nos actes avec les yeux de la raison et je leur donne leur vrai nom.

Celui auquel je tenais ce langage si simple en fut littéralement suffoqué. C'est d'un air effaré qu'il me dit:

— Mais, frère Copin, est-ce que vous devenez fou?

Et pour me remettre dans le droit chemin maçonnique, il s'engagea dans toute une série de divagations tortueuses tendant à me persuader que la Maçonnerie n'était pas hypocrite, par la raison qu'elle avait un but sublime, et que les francs-maçons, pris isolément, ne l'étaient pas plus qu'elle,... par la raison qu'ils avaient le devoir de se cacher. Et non seu-

lement il était sincère en parlant ainsi, mais cette manière de voir résultait d'une sorte de cristallisation quasi indestructible de sa pensée. Un franc-maçon capable d'envisager les choses autrement ne pouvait t'tre pour lui qu'un dément, qu'un fou, comme il me l'avait dit. 'r^

C'est ainsi que pour un franc-maçon sur lequel agit pleinement la suggestion, la franchise est une faute, le mensonge une obligation, l'hypocrisie une vertu, la fourberie un devoir.

Un peu plus tard, le jour même où, étant encore franc-maçon, je venais de livrer ma première bataille à la Franc-Maçonnerie, je sortais de ma loge, après la tenue au cours de laquelle j'avais été jugé. Derrière moi deux frères marchaient en causant, sans avoir remarqué que je les précédais et que je pouvais les entendre. C'étaient deux de mes anciens amis. Ils étaient parmi ceux qui avaient soutenu le plus énergiquement, par esprit de discipline, la cause maçonnique contre moi. L'un était un médecin partisan du darwinisme. Il disait à l'autre en parlant de moi :

— Que voulez-vous, mon cher, ça se voit, ces accidents-là. C'était un garçon intelligent. Mais il est arrivé au bout de son développement. Son cerveau a subi un arrêt d'évolution. S'il nous quitte, nous ne devrons pas regretter son départ pour la Maçonnerie. C'est un homme fini.

Celui-là aussi était un beau type de suggestionné, d'hypnotisé. C'est avec la plus grande sincérité qu'il prononçait sur moi le jugement que je viens de dire. Pour cesser de considérer l'œuvre maçonnique comme

légitime, sainte et sacrée, il fallait à ses yeux avoir subi un « arrêt d'évolution », être retombé en enfance,... au-dessous des trois ans du grade d'apprenti. Il ne voyait pas d'autre explication possible en mon cas particulier, étant donné qu'il me savait sincère.

Depuis lors, pour employer son expression, j'ai continué d' « évoluer )\ J'ai cherché ce qu'ils appellent « la vérité », et je l'ai fait en me tenant sous la lumière de ce pauvre petit astre intérieur que j'appelle ma raison et qu'ils appellent, eux, « la Raison » ; astre qui, ils l'oublient trop, ne produit pas la lumière, mais la reçoit ; qui n'est qu'un réflecteur, sur lequel passent des images qu'il reproduit comme il peut, très imparfaitement. Je me suis gardé de confondre ma raison, que je sais si fragile, avec « la Raison » totale et universelle, ce mythe au nom duquel ils s'imaginent niaisement avoir le droit de parler. Par cela seul que je me tenais ainsi en garde contre moimême, mes chances d'erreur se trouvaient diminuées d'autant. Au contraire, celui qui parlait comme je viens de dire est resté exactement au point où il était alors. Son horizon intellectuel n'a pas changé ; c'est toujours l'anticatholicisme conçu et pratiqué conformément aux suggestions et à la discipline maçonnique, c'est-à-dire d'après les vues d'une puissance humaine, le Pouvoir occulte, qui n'a même pas daigné se révéler à lui. Il s'est formé autour de cette suggestion anticàtholique une sorte de durillon dans son cerveau... Le pauvre diable n'en est pas moins convaincu, je n'ai aucun doute à cet égard, que c'est lui qui a continué à évoluer et que je suis au

contraire toujours sous le coup de mon « arrêt d'évolution ».

Considéré en lui-même un pareil aveuglement est simplement comique. Mais quelle arme redoutable dès lors qu'il a été créé tout exprès par une volonté qui se cache comme tout ce qui est mauvais, qui a su demeurer invisible depuis deux cents ans et dont nous savons maintenant la profonde perversité !

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