LES SOUS-MAÇONÎS'ERIES
Une fois en possession de la prodigieuse accumulation de forces quirésultait pour lui du groupement, de la discipline et de l'organisation maçonniques, le Pouvoir occulte s'est dit qu'il pourrait se rendre plus fort encore en étendant groupement, discipline et organisation hors de la Maçonnerie, en créant autour de celle-ci des sociétés qui seraient comme autant de sous-maçonneries et qui rempliraient vis-àvis d'elle le rôle qu'elle-même remplit vis-à-vis de lui. Et c'est ainsi qu'existent actuellement un nombre considérable d'associations qui ont été créées par la Maçonnerie et qui subissent sa direction sans s'en douter, de même que celle-ci, sans s'en douter également, a été créée par le Pouvoir occulte et subit sa direction.
On comprend le double avantage d'une pareille multiplication.
D'abord, le domaine où régnent les suggestions créées par le Pouvoir occulte se trouve agrandi dans des proportions considérables, puisque beaucoup plus nombreux sont les propagandistes embrigadés qui contribuent à l'action coordonnée dçnt le Pouvoir occulte est le secret inspirateur.
En même temps, un autre bénéfice est assuré : le secret de l'existence de ce Pouvoir occulte qui tient tant à n'être pas connu se trouve encore mieux pro-
tégé. 11 n'y avait jusqu'ici que la Maçonnerie qui se trouvât entre le monde profane et lui. Une double barrière existera désormais, puisque la Maçonnerie, par laquelle il agit sans se laisser voir, agira, sans se laisser voir elle-même, par l'intermédiaire des sociétés qu'elle aura engendrées.
C'est cette pensée qui a inspiré la création de la Ligue de l'enseignement^ de celle des Droits de l'homme^ des ligues de Libre- Pensée^ des Unions Amicales de Solidarité^ des A miccrZe^ d'instituteurs, sans compter d'autres et sans parler des syndicats ouvriers dans lesquels la Maçonnerie s'est réservée le moyen de pénétrer.
La Franc-Maçonnerie se garde bien de faire savoir qu'elle est l'initiatrice de ces groupes. Le Pouvoir occulte, avons-nous dit, la fait agir en cela comme il agit lui-même vis-à-vis d'elle.
Les indications données aux francs-maçons par leurs chefs à cet égard sont d'une précision qui ne laisse rien à désirer.
« Vous n'êtes, en ce moment, disait le F.-. Blatin au convent de 1892, qu'un état-major, vous n'êtes que des officiers, vous n'avez pas encore groupé suffisamment les troupes que vous devez mener au combat. Ces troupes vous ne pouvez les appeler dans vos loges, car il vous est absolument impossible de diminuer les conditions financières dans lesquelles vous vivez et qui sont l'essence même de notre Ordre ; mais je le dis avec une conviction personnelle profonde, il vous faut, sous des formes qui sont déjà trouvées, grâce aux éléments que vous possédez déjà,
arriver à réunir autour de vous toutes ces masses du suffrage universel qui ne demandent qu'à être disciplinées par vous. )>
Dès 1891, c'est-à-dire un an avant que le F.-. Blatin prononçât les paroles que nous venons de rapporter le Congrès des Loges du Midi nous apprenait que « La Libre Pensée française comptait déjà six cents groupes dont la formation était due pour la plus grande partie à la Franc-Maçonnerie ! » Et c'est évidemment à cela que faisait allusion le F.-. Blatin lorsqu'il parlait de « formes qui sont déjà trouvées ».
Le rapporteur de la Commission de propagande au couvent de 1893 cite parmi « les Sociétés créées par les loges et demeurées sous leur direction morale, les sociétés de Libre-Pensée, véritables machines de guerre contre le cléricalisme, les sociétés d'instruction. (Deniers des Ecoles, Caisses des Ecoles, Bibliothèques populaires)... les cercles d'études où l'on peut grouper toutes les bonnes volontés, les sociétés de conférences populaires qui permettent de répandre la lumière jusque dans les plus petits villages. »
En 1894, le Congrès maçonnique d'Amiens recommande, lui aussi, la création de sociétés agissant sous l'inspiration maçonnique, tout en masquant la Maçonnerie.
Voici en effet ce qu'on peut lire dans le compte rendu de ce Congrès :
« Notre Commission a estimé que ce moyen devait être désigné d'une façon toute particulière à votre attention. Il vous procurera en effet, à tous, l'occa-
sion de faire prédominer nos idées partout, si nous avojis le talent d'organiser ces sociétés tout en restant dans la coulisse.
C'est donc bien un plan de campagne très méthodiquement conçu. Et nous trouvons ici corroboré ce que nous avons dit de l'organisation et des procédés du Pouvoir occulte ; car nous n'avons qu'à regarder pour constater que l'exécution de ce plan reproduit exactement au bas de l'échelle maçonnique ce que nous avons montré à tous les degrés.
La Franc-Maçonnerie, sans qu'on ait pu y prendre garde, a créé autour d'elle une multitude de sociétés dans lesquelles elle répand ses suggestions, de même que le Pouvoir occulte fait vis-à-vis d'elle. Et ces sociétés sont ses armées en même temps que sa ceinture protectrice, de même qu'elle est l'armée et la ceinture protectrice du Pouvoir occulte.
A-t-elle agi vis-à-vis de ces sociétés loyalement,- au grand jour? Pas plus que le Pouvoir occulte n'a agi vis-à-vis d'elle. C'est toujours la même méthode qui se répète du haut en bas. Nous en avons la preuve dans la dernière phrase de l'extrait que nous venons de citer : « Ce moyen vous procurera l'occasion de faire prédominer nos idées partout si nous avons le talent d'organiser ces sociétés tout en restant dans la coulisse ». Cette phrase montre le procédé habituel du Pouvoir occulte, comme l'ogive qui se trouve dans la plus petite des fenêtres d'une cathédrale donne le dessin du motif sur lequel est construit tout l'ensemble.
'( Il ne faut pas, dit de son côté le rapporteur de
la Commission des vœux au couvent de 1898, il ne faut pas laisser voir dans cette œuvre la main de la Franc- Maçonnerie. »
Donc toujours la dissimulation, toujours la ruse et la fourberie.
r PENETRATION DES GROUPES NON