ET PAR LA FRANC-MAÇONNERIE
Par ce seul fait que nous avons posé la question religieuse comme elle doit l'être, rien de plus facile que de savoir maintenant comment se détermineront à l'égard de l'une ou l'autre des religions et par conséquent à l'égard du catholicisme, les hommes qui, en dehors de toute foi, prétendent les juger à un point
de vue purement rationnel. C'est ce que les francsmaçons hypnotisés et irraisonnants nous affirment vouloir faire. Examinons ce qu'il en est.
Puisque — toujours au point de vue positif — les religions ont pour objet de correspondre au besoin qu'éprouve la nature humaine de s'interroger sur les choses de l'au-delà, à ses besoins affectifs aussi, et en même temps, et surtout, pouvons-nous dire, au besoin de discipline sociale, nous ne pouvons, nous ne devons juger les religions qu'en mesurant les services qu'elles ont rendus et qu'elles sont susceptibles de rendre à ce triple point de vue. Satisfaction au besoin d'interrogation, satisfaction aux besoins affectifs, satisfaction au besoin de discipline sociale : nous ne devons exclure ni l'une ni l'autre de ces considérations, nous avons à tenir compte de toutes les trois.
Les données du problème étant ainsi établies, nous sommes en situation d'apprécier si les religions qui se recommandent du Christ, et en particulier la religion catholique, sont si mauvaises que le Pouvoir occulte s'est acharné à le faire croire.
Il semble que pour cela nous devrions tout d'abord nous livrer à une enquête historique sur le rôle du catholicisme. Nous ne le pouvons, parce que le Pouvoir occulte s'est appliqué — depuis toujours, peut-on dire — à falsifier les éléments de cette enquête. Il a pour arme le mensonge et naturellement il n'a pas manqué d'en faire usage contre le catholicisme. Tout d'abord, il a détourné systématiquement les yeux des actes innombrables de vertu, de dévouement et d'héroïsme qui ont eu pour cause directe la foi catholique
En outre, il a pris soin d'attribuer à cette foi tous les actes condamnables ou criminels qui ont eu pour cause directe, non pas elle, mais les passions et les vices qu'elle s'applique précisément à combattre chez ses adhérents. Enfin, ces actes condamnables ou criminels, le Pouvoir occulte ne leur a pas seulement attribué une cause qu'ils n'ont pas eue ; il ne les a pas seulement isolés de leur contre-partie : les actes vertueux et héroïques, en effaçant ceux-ci ; il les a encore exagérés et dénaturés à plaisir. Il n'a même pas reculé devant l'invention. 11 a fait écrire par ses auteurs une histoire du catholicisme qui est ou contraire à la vérité sur certains points ou à côté de. cette même vérité sur d'autres points. Avant tout, il a toujours présenté le catholicisme comme animé de l'esprit offensif, tandis qu'en réalité, lui-même n'a jamais cessé de l'attaquer ou de lui susciter des adversaires, tout en demeurant invisible ; de telle sorte que celui-là avait l'air de provoquer, qui pourtant ne faisait que se défendre. Nous pouvons nous rendre compte de cela par le spectacle que nous donne aujourd'hui la Franc-Maçonnerie française s'avouant enfin ennemie éternelle de la religion catholique, après avoir mensongèrement affiché le respect de cette religion pendant cent cinquante ans. Le Pouvoir occulte a fait croire, par exemple, que l'histoire de l'Eglise était contenue dans l'histoire d'une Inquisition qu'il falsifiait d'ailleurs, en ayant, d'autre part, grand soin de ne pas nous dire que les véritables fauteurs de l'Inquisition, c'étaient le plus souvent des Juifs soi-disant convertis au catholicisme...
Mensonges par suppression, mensonges par adjonction, mensonges par invention, mensonges partout ; mensonges toujours. Encore une fois c'est conforme au principe maçonnique et il serait tout à fait extraordinaire que le Pouvoir occulte n'eût pas menti en cela, alors qu'il a menti en tout le reste ; qu'il n'eût pas falsifié l'histoire du catholicisme, alors que nous le voyons falsifier notre histoire de France, pour cacher à ceux qui lisent les ouvrages dus à son inspiration toutes les nobles figures dont la sublimité a eu pour principe la foi chrétienne ou la foi patriotique. N'existe-t-il pas, depuis un certain nombre d'années, en effet, des manuels scolaires dans lesquels il n'est pas question de Bayard, de du Guesclin, de saint Vincent de Paul, de Jeanne d'Arc, ni de tant d'autres?...
En cela comme en tout, le Pouvoir occulte a mis et il met encore tous les jours en pratique le précepte formulé par l'un des siens : Mentons ! Mentons ! Mentons toujours ! Mentons comme des diables. Le mensonge est une vertu.
La sagesse veut donc qu'on se garde comme du feu des livres d'histoire religieuse et d'histoire de France écrits sous l'inspiration du Pouvoir occulte.
Veut-elle aussi que nous nous gardions dans une certaine mesure de ceux qui sont écrits sous l'inspiration catholique?
Pour éviter tout reproche de partialité et pour demeurer sur le terrain positif que nous avons choisi, nous écarterons aussi cette seconde source d'informations. Nous jugerons le catholicisme en nous en
tenant aux principes proclamés par lui et aux applications de ces principes qui sont de notoriété publique ; mieux encore : à une certaine donnée que le Pouvoir occulte et la Franc-Maçonnerie se sont chargés, sans le vouloir, de nous fournir eux-mêmes.
Chose curieuse ! lorsque ces soi-disant initiateurs de tous les progrès humains préparèrent ce qu'on a coutume d'appeler « le sublime mouvement de 1789'^, ils ne trouvèrent rien de mieux à faire que de démarquer l'esprit chrétien. Ils s'attribuèrent sans vergogne les principes qu'ils trouvèrent dans l'Evangile du Christ et qui avaient été maintenus debout pendant dix-huit cents ans par les fidèles de celui-ci, malgré l'assaut extérieur et intérieur de toutes les passions humaines.
Qu'était-ce en effet que la liberté, l'égalité et la fraternité qui ont été proposées au monde par la Révolution, sinon de la contrefaçon de christianisme? Nous disons : de la contrefaçon et même de très mauvaise contrefaçon. La preuve, c'est qu'il a suffi que cette liberté, cette égalité et cette fraternité révolutionnaires aient subi le premier contact des faits pour qu'il n'en soit resté que la formule, et pour qu'au nom de cette formule on ait vu s'établir d'une façon pour ainsi dire légale, le pillage, l'incendie, la proscription, la spoliation et l'assassinat. Trois ans après sa proclamation, pas davantage, l'idéal de fraternité révolutionnaire aboutissait aux ignobles massacres dans les prisons ! Oui ! Trois ans avaient suffi pour que fût produite cette atroce défiguration ! Et un an plus tard, c'était la Terreur et les milliers de cada-
vres dont elle ensanglantait la France ! En quatre ans, la destruction du véritable esprit chrétien et son remplacement par la contrefaçon dont nous parlons avaient pour conséquence l'établissement de la plus épouvantable tyrannie dont l'histoire ait jamais fait mention.
Afin d'expliquer comment la fraternité révolutionnaire put mordre si férocement dans la chair humaine, on a cherché des raisons. Mais on n'en a trouvé que de mauvaises. On a dit que les principes s'étaient trouvés faussés sur les obstacles qui leur furent opposés.
Sans doute il s'est trouvé des obstacles. Il s'en trouve toujours, quoi qu'on fasse ; mais c'est précisément ce que nous reprochons aux principes révolutionnaires : de se laisser si facilement fausser. Ils ont été faussés en 1789 ; faussés en 1871 ; faussés maintenant ; faussés toujours. Des principes vrais ne donnent pas les mécomptes que nous ont valus depuis cent vingt ans la liberté, l'égalité et la fraternité de 1789. Pour que ceux qui les présentaient au monde se soient si tôt transformés en bourreaux, il fallait que leur conception sociale ne fût qu'une contrefaçon mensongère, dans laquelle il est bien difficile de ne pas voir la main de l'éternel et universel brocanteur, qui est en même temps l'éternel et universel ennemi du christianisme : le juif.
Les principes vrais, il faut croire que c'est dans l'Evangile du Christ que nous devons les chercher, puisque les hommes qui l^s proclamèrent commencèrent par accepter non le rôle de bourreaux, mais
celui de victimes. Aussi voyez ! quelle différence de rendement ! La solidité de la matière est telle qu'après les persécutions des premiers siècles, persécutions subies et non pas exercées par les prédicateurs du christianisme, après l'universel envahissement des hordes venues d'Asie, après le long ensevelissement de toute civilisation dans l'océan de cette barbarie, après seize siècles d'usure, seize siècles du contact si terriblement corrosif des passions humaines, et, ne l'oublions pas, seize siècles de voisinage avec la haine tenace et l'inlassable perfidie juives attachées à ses flancs, le christianisme fut encore capable d'enfanter au dix-septième siècle ce prodige d'humble et constant héroïsme : saint Vincent de Paul ! Est-ce son dernier effort? Non pas ! Car depuis que parut ce grand organisateur des dévouements enfantés par la liberté, l'égalité et la fraternité chrétiennes, c'est-àdire depuis trois siècles et demi, le catholicisme n'a cessé d'engendrer des centaines de milliers de sous- Vincent de Paul ; des centaines de milliers de ces religieuses dont la cornette blanche est connue du monde entier, qui sont bien les dignes disciples de celui qui fut le père des pauvres, et dont on ne compare vraiment pas assez l'esprit de sacrifice avec la férocité des « apôtres » ensanglantés de 1793, comme avec l'égoïsme hypocrite de tous les frères Trois- Points de maintenant. Si bien que, pour tarir cette fécondité qui lui paraît d'autant plus scandaleuse et redoutable pour lui qu'il n'a rien à mettre en regard, le Pouvoir occulte ne voit qu'un moyen, le même qui fut employé contre le christianisme naissant et qui
ramène ainsi le catholicisme à ses origines : la persécution contre les personnes, l'écrasement des dévouements, la ruine et l'anéantissement des œuvres.
Rapprochez ainsi la liberté, l'égalité et la fraternité chrétiennes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité révolutionnaires engendrées par la Franc- Maçonnerie, comparez les résultats donnés par les premières avec ceux donnés par les secondes, et vous vous convaincrez de la manière la plus éclatante que le catholicisme n'est pas une religion si mauvaise ni si « inepte » que cela, puisque le Pouvoir occulte n'a rien trouvé de mieux que de lui voler ses principes, et puisqu'ayant tenté de les appliquer sans lui, il n'a pu que les transformer en véritables poisons sociaux.
Voilà pour le passé.
Et ainsi que nous l'avons dit, sur quoi nous appuyons-nous pour asseoir notre jugement ? sur la donnée comparative involontairement fournie par la Franc-Maçonnerie elle-même. Aussi notre argumentation peut-elle attendre sans crainte la contradiction.