LES PATRIARCHES DE LA JUDEE
Dans le livre dont nous venons de parler : Les Juifs nos maîtres ! paru en 1882, M. l'abbé Chabauty a essayé de retrouver quelques-unes des traces laissées par le gouvernement du peuple juif depuis la dispersion.
Il écrit :
« A la ruine de Jérusalem par Titus (70), commença la première et la grande dispersion des Juifs dans le monde. La seconde eut lieu sous Adrien, après la défaite de Barchochébas (135). A partir de cette époque, les Juifs furent définitivement chassés de Jérusalem et de la Palestine, et la nation tout entière dispersée.
« Ceux qui, sous Titus, échappèrent à l'épée, aux flammes et à la captivité, se réfugièrent en diverses contrées de l'Europe et de l'Asie.
« Les uns se dirigèrent dans les pays situés au sud et à l'ouest de la Judée, dans différentes parties de l'empire romain, notamment en Egypte, en Italie et jusqu'en Espagne. Ces Juifs furent appelés Juifs
d'Occident. Leur chef immédiat résidait en Palestine, le plus souvent dans l'une ou l'autre des deux villes de Japhné et de Tibériade. Il portait le nom de Patriarche de la Judée.
« Les historiens racontent ainsi l'établissement de ces patriarches juifs. Malgré le triomphe des Romains et la terrible vengeance qu'ils exercèrent, il y eut un certain nombre de lévites et de simples Juifs qui ne purent se résoudre à imiter l'exemple de leurs frères et à quitter leur patrie. Cachés pendant les premiers temps qui suivirent la guerre, ils reprirent confiance et reparurent dès qu'ils furent assurés de n'avoir plus rien à craindre. Ils s'efforcèrent de rassembler en Judée le plus possible des débris de leur nation, et d'y maintenir l'exercice de leur culte. L'autorité se concentra naturellement dans les mains de ces lévites, et plus spécialement de l'un d'entre eux qui fut choisi pour chef, et à qui l'on conféra le nom de Patriarche. Son autorité augmenta à mesure qu'augmentaient le nombre et les ressources des Juifs établis en Palestine. A ce groupe se rattachèrent bientôt, spirituellement et politiquement, tous les Juifs émigrés en Egypte, en Italie, en Espagne et dans les autres parties de l'empire romain. Les patriarches exercèrent sur eux une très grande autorité. Ils décidaient les cas de conscience et les affaires importantes de la nation ; ils dirigeaient les synagogues, comme chefs supérieurs ; ils établissaient des impôts ; ils avaient des officiers appelés « apôtres », qui portaient leurs ordres aux Juifs des provinces les plus reculées, et qui recueillaient les
tributs. Leurs richesses devinrent immenses. Ces patriarches agissaient d'une manière ostensible ou cachée, selon les dispositions des empereurs romains à l'égard des Juifs. En 429, Théodose le jeune leur interdit d'établir et de percevoir des impôts. Depuis lors, il n'est plus question d'eux dans l'histoire. »
Ces dernières phrases qui résument les indications fournies par les historiens sur les débuts d'une partie de l'histoire juive depuis la dispersion, nous expliquent en même temps comment ce gouvernement des Patriarches, tout d'abord plus ou moins visible « selon les dispositions des empereurs romains à l'égard des Juifs », fut obligé de se transformer peu à peu en un gouvernement complètement occulte, sous peine de cesser d'exister. Seule, nous le savons, la nécessité peut donner naissance aux organisations secrètes. Nous voyons comment les choses ont dû se passer, en ce qui concerne le peuple juif, rien qu'en considérant les conséquences de l'interdiction faite par Théodose aux Patriarches de Judée de percevoir des impôts. En effet, pas d'argent, pas de gouvernement possible. C'en était donc fait du gouvernement des Patriarches s'ils obéissaient à l'interdiction d'établir et de percevoir des impôts. Comme ils étaient incapables de résister ouvertement, ils ne pouvaient continuer à gouverner qu'à condition de se cacher.
Ou devenir occulte, ou cesser d'exister : c'est toujours sous le coup d'une semblable nécessité que les gouvernements deviennent secrets.