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nous avons développée. Les Juifs n'ont pu conserver leur idéal national qu'à condition d'avoir été gouvernés, d'une ou d'autre façon. Cette façon a cessé d'être visible à partir du xi^ siècle ; donc elle a été invisible depuis cette époque. Si simple que soit ce raisonnement, c'est lui qui contient la clef de la question maçonnique.
Se figure-t-on d'ailleurs une nation dispersée, dont les membres ont su, malgré leur dispersion, demeurer pendant plusieurs siècles liés religieusement, intellectuellement, politiquement et socialement autour d'un gouvernement, et qui renonceraient d'eux-mêmes brusquement à ce lien? C'est impossible. Après neuf siècles de dispersion dans de pareilles conditions, il est évident que l'idée de patrie avait forcément pris dans l'esprit juif une signification spéciale. Cette idée est généralement liée pour nous tous à celle de la terre où nous habitons, parce qu'en raison de notre faiblesse intellectuelle, c'est le visible qui l'emporte en nous sur l'invisible. Nous ne réfléchissons pas assez que la patrie n'existerait pas si n'existaient l'organisation et le gouvernement par l'action desquels cette patrie a été créée et développée peu à peu, par l'action desquels elle peut être détruite aussi, nous en avons la preuve par ce qui se passe actuellement en France. Mais les Juifs étaient bien obligés de concevoir les choses autrement. Leur patrie terrestre n'existant plus qu'à l'état de souvenir, toute la tendresse qu'ils pouvaient avoir pour ce souvenir les portait à se maintenir étroitement unis autour des chefs qui représentaient à
leurs yeux raucieniie patrie, l'aucien culte et les lois traditionnelles. Là était pour eux la patrie, parce que là était son âme, parce qu'aussi là était ce qu'il en restait non seulement de vivant, mais de visible.
Il serait donc absolument contraire à la logique d'admettre que les faits qui se passèrent à Babylone au commencement du xi^ siècle aient pu détruire le besoin qu'avait la nation errante d'être gouvernée, dès lors qu'elle voulait subsister. A défaut d'autres causes plus profondes, ce besoin eût résulté, à partir du xi^ siècle, de l'habitude prise de s'en remettre aux décisions de ceux qu'on avait considérés jusqu'alors comme les chefs légitimes.
Par contre, il est absolument conforme à la logique d'admettre qu'après les faits dont il vient d'être question, des modifications furent apportées dans le mode de gouvernement ; et il y est plus conforme encore de se représenter ces modifications comme ayant été telles que le voulaient les nécessités et les mœurs désormais établies dans ces colonies juives du monde occidental dont les membres s'étaient accoutumés à délibérer, à agir, à s'administrer, à se gouverner secrètement.
N'oublions pas, en effet, ces sociétés secrètes dont nous avons été obligés de détourner un instant notre attention, nées des nécessités auxquelles les colonies juives avaient à faire face journellement. Il y avait alors des siècles qu'elles s'étaient constituées, des siècles que, de défensives qu'elles avaient pu être au
début, elles étaient devenues offensives par la force des choses comme nous l'avons montré, et d'autant plus ardentes à la lutte contre le Christianisme que celui-ci avait définitivement conquis le monde occidental. Le seul fait de la persistance de ces sociétés nous indique que ceux qui les composaient avaient acquis les aptitudes et les habitudes que l'on peut supposer; aptitudes et habitudes telles que la pensée d'un gouvernement visible devait leur être devenue complètement étrangère. Nous avons fait remarquer que si le gouvernement de la nation juive s'exerçait ostensiblement dans d'autres parties du monde, les colonies juives répandues au sein de la chrétienté étaient dans la nécessité de dissimuler leurs rapports avec lui. C'était donc en se cachant qu'elles sollicitaient et recevaient ses inspirations ; si bien que le centre d'inspiration qui reliait entre elles les dites colonies était déjà en fait, un gouvernement occulte à l'heure où la catastrophe de l'an 1005 venait encore •une fois bouleverser les conditions d'existence de la nation juive.
Raison de plus pour que, lorsque cette révolution se produit, le gouvernement juif ne soit pas anéanti. Mais que va-t-il devenir? Et d'abord, où va-t-il se transporter? Est-ce à l'orient de Babylone? Evidemment non. Une trop grande quantité de colonies se trouvent fixées dans les pays d'occident. Ces colonies sont engagées dans la lutte contre le chrétien qui, à la place du Romain violateur, est devenu l'ennemi de la race juive par les raisons d'ordre économique que nous avons dites et l'ennemi du culte par
les raisons religieuses qu'on sait. C'est donc vers l'Occident que le gouvernement national doit se transporter. C'est là que sont désormais les intérêts principaux du peuple errant ; c'est là que l'idéal juif veut qu'on combatte pour lui. Mais il est de la dernière évidence que le gouvernement juif ne pourra s'établir en Occident que s'il s'adapte aux nécessités extérieures auxquelles correspond l'administration secrète des colonies, ainsi qu'aux nécessités intérieures qui résultent des aptitudes et des habitudes de ceux qui composent celles-ci. Il faudra qu'il devienne un gouvernement secret.
C'est à partir de ce moment que, logiquement, la nation juive a dû être amenée à s'organiser tout entière et définitivement en société secrète, si elle ne l'était déjà plus ou moins en raison des conditions de son existence.
L'idée du gouvernement secret du peuple juif est donc toute autre chose qu'une simple rêverie. Elle repose sur les considérations les plus rationnelles. Elle répond à la situation si particulière de ce peuple et aux nécessités qui, par suite, se sont imposées à lui. C'est en conformité avec les lois naturelles qu'un tel gouvernement dut se constituer peu à peu parmi les Juifs ; et ce n'est que par une contradiction à ces mêmes lois qu'un jour ou l'autre il ne se fût pas établi. Encore une fois, cela ou la mort : voilà ce qu'à une certaine heure la nécessité imposa à la nation juive. La mort n'étant pas survenue, c'est que cette nation a adopté la seule forme de gouvernement qui lui fût possible, la seule que lui laissassent
les circonstances, la seule à laquelle pouvaient penser les membres des colonies devenues, par la force des choses, sociétés secrètes au sein du monde chrétien.
Mais cette heure une fois sonnée et la transformation définitive étant accomplie, on comprend que nous n'ayons plus guère de chances de rencontrer les traces d'un pareil gouvernement ; pas plus que nous n'en avions de trouver celles du gouvernement occulte maçonnique. Nous savons simplement qu'il n'a pas pu ne pas exister. Nous sommes obligés ou de l'admettre, ou de préférer les conceptions illogiques aux conceptions logiques,