‹ Le drame maçonniqueChapitre 5 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mode de transmission des volontés

du Pouvoir occulte.

On ne donne pas d'ordres dans la Franc-Maçonnerie.

IMPOSSIBILITE OU SE TROUVAIENT LES FONDATEURS DE LA FRANC-MAÇONNERIE DE PROCÉDER VIS-A-VIS DE LEURS ADEPTES PAR MÉTHODE IMPÉRATIVE.

S'il était nécessaire que les fondateurs de la Franc- Maçonnerie eussent l'expérience des sociétés secrètes pour imaginer l'organisation que nous avons dépeinte, une expérience plus grande encore leur était indispensable pour la manœuvre de l'organisme à l'usage duquel ils se condamnaient.

Pour nous en rendre complètement compte, il nous faudrait, il est vrai, maintenant que nous savons les moyens auxquels ils se trouvaient réduits, savoir aussi le but auquel ils tendaient.

Nous avons aujourd'hui la preuve que la destruction de l'esprit catholique n'est pas le but total de la Franc-Maçonnerie. Cette preuve résulte du fait que la tradition religieuse de la France étant complètement éliminée de notre organisation gouvernementale, l'effort de destruction est tourné d'un autre côté. C'est aux idées de propriété, de famille et .de patrie qu'on s'attaque. Donc la destruction de l'état

d'esprit catholique n'était pas tout ce qu'on voulait. Toutefois en raison de l'acharnement dont il a été fait preuve jusqu'ici contre lui, nous sommes tout au moins sûrs qu'il fallait commencer par s'attaquer à lui avant d'entreprendre le reste de la besogne.

Nous pouvons donc en toute sécurité accepter comme évidence que le Pouvoir occulte a fondé la Franc-Maçonnerie pour la destruction de l'état d'esprit catholique et pour son remplacement par un autre. Il ne r^a pas fondée pour cela seulement, mais il l'a fondée pour réaliser d'abord cette destruction qui lui était indispensable.

Ceci posé, nous rappellerons que la première règle du bon fonctionnement d'une société, c'est que, son but étant précisé, tous les ni oyens d'action qu'elle possède soient coordonnés en vue de la réalisation de ce but.

Les moyens d'action dont dispose la Franc-Maçonnerie étaient, dès le début, limités par des conditions que nous avons déterminées au cours de notre étude de l'organisation secrète de cette association (1).

Ainsi que le lecteur se le rappelle, l'organisme maçonnique était soumis aux nécessités suivantes : il fallait qu'il garantît à la fois l'invisibilité du Pouvoir occulte, celle de son but, celle de la direction qu'il imprimait à l'ensemble des groupes et celle du mécanisme par lequel était assurée la possibilité de cette direction. Ou, du moins, il fallait que tout cela de-

(1) Voir la deuxième partie du Poiicoir occulte contre In France.

meurât caché au public profane et au public maçonnique, jusqu'à ce que l'œuvre dont la réalisation était poursuivie fût devenue fait accompli ou inévitable.

Tous les rouages — nous l'avons vu — tendent bien à ce qu'il en soit ainsi. Nous allons maintenant constater à quel point les procédés employés pour la mise en marche sont en parfait rapport avec les données du problème à résoudre.

Puisque le but de la Franc-Maçonnerie est la destruction d'un état d'esprit et le remplacement de celui-ci par un autre dans les conditions que nous avons dites, il va de soi que cette Franc-Maçonnerie n'est pas un organisme d'action. C'est un organisme d'éducation ; organisme qui présente cette particularité qu'il ne doit pas découvrir les éducateurs. Une telle condition deviendrait irréalisable, on le comprend, si le système général de l'organisation maçonnique comportait des ordres donnés par certains adeptes et exécutés par les autres. D'où viendraient ces ordres? On le verrait bien. Donc pas de Pouvoir occulte possible par une telle méthode de transmission des volontés. Aussi ne donne-t-on jamais d'ordres en Franc-Maçonnerie. C'est là un fait généralement ignoré, bien qu'il soit d'une importance capitale.

D'une importance capitale, disons-nous, car nous touchons là un des points les plus difficiles à comprendre dans la question du Pouvoir occulte.

La grande objection qu'on fait d'habitude à ceux qui affirment l'existence d'un tel Pouvoir est celle-ci :

— Pour faire exécuter ses volontés, il faut bien qu'un Pouvoir donne des ordres. Or en donnant des

ordres, il se dévoile à ceux à qui il les donne. Donc l'existence d'un Pouvoir occulte est chose impossible. Elle ne saurait exister qu'à l'état de rêve.

Ce raisonnement, qui semble d'une exactitude si rigoureuse, est absolument faux parce que son point de départ est lui-même faux.

Il n'est en effet nullement vrai qu'on soit obligé de donner des ordres pour faire exécuter ses volontés.

Supposons qu'une Puissance quelconque ait formé le projet d'établir son autorité non sur la force matérielle parce qu'elle ne la possède pas, mais sur des moyens d'ordre intellectuel; que pour cela, elle se dissimule complètement derrière certaines idées ; que ces idées soient choisies tout exprès pour saper directement ou indirectement tous les pouvoirs pouvant s'opposer à sa marche ; qu'en même temps elles flattent les peuples et qu'elles les trompent si bien que ceux-ci, tout en se donnant à elles avec amour, avec frénésie, se livrent à la Puissance qui s'en fait la propagandiste, comme l'oiseau, en prenant une nourriture offerte, se livre à l'oiseleur qui lui a tendu le piège; supposons que cette Puissance ait la constance de travailler pendant des années et des périodes d'années à la confection d'un tel état d'esprit ; qu'elle arrive, en accentuant progressivement ses efforts, à crée'r une sorte de religion, un fanatisme qui ait pour conséquence naturelle que les actes qu'elle veut voir se produire soient en effet accomplis, et avec ferveur, par ceux qu'elle a fanatisés ; il est certain que cette Puissance sera d'autant plus sûre de réaliser ses plans par une telle méthode qu'elle aura su mieux les dissimu-

1er et que, personne ne les ayant soupçonnés, personne non plus n'aura songé à y faire obstacle. Dans cette hypothèse, le Pouvoir occulte se trouvera établi sans qu'on s'en soit aperçu, sans qu'on y ait pris garde et alors que ceux-là même qui y auront le plus contribué auront cru travailler pour l'idéal. La difficulté de l'opération, en ce cas, ne se sera pas trouvée là où on s'imagine généralement qu'elle est. Le Pouvoir occulte n'aura pas eu à chercher le moyen de donner des ordres sans se découvrir, ce qui est impossible. Il aura simplement dû s'imposer les méthodes patientes nécessaires pour créer ou faire créer l'état d'esprit, la religion, le fanatisme qui aura pour conséquence inévitable que ses vues secrètes soient remplies sans qu'il ait à donner d'ordres pour cela.

Or rappelons-nous que les fondateurs inconnus de la Franc-Maçonnerie se trouvaient précisément dans une situation telle qu'ils étaient obligés de recourir à une pareille méthode. Nous avons vu que pour arriver à la réalisation de leurs plans secrets, ils devaient logiquement aboutir « à la constitution d'une sorte de collège où seraient réunis des adeptes que, par fraude et par mensonge, on dresserait secrètement en vue de ce but :1a substitution à l'opinion régnante d'une autre opinion qui devait être fabriquée à force de falsifications successives et progressives de l'ancienne. »

Ce n'est évidemment pas par des ordres donnés qu'on peut arriver à un pareil résultat. Et c'est précisément pourquoi on ne donne pas d'ordres dans la Franc-Maçonnerie. Ainsi que je l'ai déjà dit et répété bien des fois depuis le début de ma campagne, je n'ai

jamais reçu d'ordres pendant les six années que j'ai passées dans cette Société. Je n'en ai jamais donné. Je n'ai jamais vu aucun franc-maçon en donner ni en recevoir, sauf dans un certain cas dont je parlerai tout à l'heure. C'est par suggestion qu'on agit. On applique la méthode qui se trouve indiquée dans les lignes suivantes de la Reçue maçonnique : « Une sommation officielle venant de la Maçonnerie est vouée à l'avortement. 11 faut tout différemment user d'influences individuelles soigneusement couvertes. » Donc pas d'ordres ; pas de « sommations officielles ». Des suggestions ; des « influences individuelles soigneusement couvertes » qui agissent sous l'inspiration cachée du Pouvoir occulte, souvent inconsciemment, mais constamment et dans le même sens, grâce au mécanisme que nous avons dépeint ; et cela, pendant autant de mois, autant d'années, autant de périodes d'années qu'il le faut pour que soient créés les états d'esprit dont on a besoin.

Il est nécessaire d'insister sur ce point, d'abord parce que c'est par là que s'explique la possibilité de fonctionnement du Pouvoir occulte ; ensuite parce que cela est ignoré du public et que la connaissance de ce fait est cependant d'une grande importance au point de vue du choix des méthodes de lutte contre la Franc-Maçonnerie.

LA FRANC-MAÇOISNERIE n'a PAS ÉTÉ CONSTITUÉE POUR

ÊTRE UNE LIGUE d'aCTION, MAIS UNE ÉCOLE DE

PRÉPARATION A l'aCTION.

Ceux-là seulement, en effet, comprendront bien le mode de combat du Pouvoir occulte et trouveront à lui opposer une méthode et des armes efficaces, qui se rendront compte que si, à certaines époques très rares comme celles où nous sommes, la Maçonnerie a pour consigne d'agir, la plupart du temps, depuis deux cents ans, elle a eu au contraire pour unique besogne de préparer des heures d'action brusque et rapide, par de longues périodes de propagande, de falsification de l'opinion, de création d'états d'esprit nouveaux, en usant de tous les moyens, mais surtout en se dissimulant comme le Pouvoir occulte se dissimule vis-à-vis d'elle. Elle n'a pas d'autre moyen d'action et elle ne peut réussir qu'à condition de ces très longues périodes de préparation par les suggestions.

C'est si vrai que, sur quatre grands exemples que nous avons maintenant d'une action engagée chez nous sous son inspiration depuis cent vingt ans, nous voyons les francs-maçons parvenir deux fois à s'emparer de la France, mais aussi échouer deux fois. Les deux actions qui ont réussi et qui sont la Révolution et l'envahissement actuel, ont été précédées de périodes de préparation fort longues. Les périodes de préparation avaient au contraire été insuffisantes dans les deux circonstances où la Maçonnerie a échoué : en 1848 et en 1871.

Avant de se permettre la phrase fameuse : « La maison est à moi, c'est à vous d'en sortir ! » Tartufe

doit attendre que ceux dont il se propose de faire ses victimes soient complètement aveuglés ou paralysés par suite de ses embûches. S'il se découvre trop tôt, il est perdu.

Or, Tartufe est la personnification exacte du Pouvoir occulte et de la Franc-Maçonnerie. Nous constaterons à quel point dans les chapitres qui vont suivre, où nous étudierons de près les méthodes employées dans les Loges.

On pourrait même aller plus loin encore et dire que le vrai rôle de la Franc-Maçonnerie, c'est seulement de préparer des périodes d'action et de s'effacer lorsque l'heure de ces périodes a sonné. Elle dresse des hommes en vue de certains actes, comme on dresse des chiens en vue d'une certaine chasse. Elle fait de leurs cerveaux des sortes de mécanismes obéissant à des déclanchements dont le Pouvoir occulte garde le secret. Lorsque celui-ci croit venu le moment favorable, il lâche les chiens qu'on tenait au chenil maçonnique, sûr à l'avance qu'ils se précipiteront sur le gibier à la poursuite duquel ils ont été dressés. Ou, si l'on veut, il met en marche le ressort des cerveaux qu'il a préalablement transformés en mécanismes inconscients. Plus de réunions maçonniques alors. Ce n'est plus l'heure. La Franc-Maçonnerie échappera ainsi aux responsabilités ; ce qui lui procure cet avantage : qu'en cas de besoin, elle pourra recommencer. Les échappés des loges prennent alors un nom quelconque; tel toutefois qu'il dissimule leur qualité maçonnique. Ils se feront appeler jacobins, septembriseurs, montagnards, terroristes, thermidoriens, communards, op-

portunistes, radicaux, blocards..., cela ou autre chose, peu importe, pourvu que ce ne soit pas francsmaçons. Ils auront l'air d'agir librement ; en réalité, ils seront poussés, comme les hallucinés d'un ordre quelconque par leur hallucination, et les hypnotisés par l'opérateur qui les a endormis. Quoi qu'ils fassent, quelques crimes qu'ils commettent sous l'empire de cette hallucination, la Franc-Maçonnerie pourra dire, une fois la crise passée et grâce à la précaution qu'elle aura prise de supprimer momentanément les réunions maçonniques : Ce n'est pas moi, c'est eux ! Et personne ne se doutera qu'elle seule, c'est-à-dire le Pouvoir occulte, aura agi par eux, en eux, en raison du travail de déformation intellectuelle et morale que nous étudierons bientôt, qui est poursuivi préalablement pendant vingt, trente, cinquante ans au besoin. En l'absence de ce travail préparatoire, pas de Pouvoir occulte possible. Et c'est pourquoi la connaissance de cette particularité est d'une immense importance.

Page 1