COMMENT CELA EST POSSIBLE
On n'a généralement pas cette idée de la méthode maçonnique ; et cela tient d'une part à ce que nous voyons la secte agir effectivement dans la période actuelle, et d'autre part à ce que les auteurs antimaçons nous ont dit qu'elle a agi à d'autres époques, par exem-
pie en 1793, sans nous expliquer comment. Il convient de préciser qu'en 1793, en 1830, en 1848, en 1871, les choses se sont passées comme nous venons de l'expliquer. La Maçonnerie a lâché ses chiens sans les tenir en laisse. Elle a changé de méthode à notre époque, mais c'est pour la première fois.Elleya été amenée par la constatation que les francs-maçons d'autrefois, une fois lâchés sur le pays, s'étaient tout naturellement laissé entraîner par les ardeurs de leur tempérament préalablement surexcité à l'extrême ; qu'ils avaient tout ravagé, et que des besoins de réaction s'en étaient suivis. Le Pouvoir occulte a cru plus sage de garder ceux d'aujourd'hui sous le fouet. Il les contraint à rentrer tous les soirs au chenil maçonnique. Nous voulons dire qu'il oblige les députés et sénateurs francsmaçons à n'agir au Palais-Bourbon et au Sénat que conformément à ce qui est décidé dans les loges sous son inspiration. Il peut ainsi mesurer les coups dont il frappe la France. Il procède avec une lenteur calculée, de manière à éviter l'effet des chocs en retour. C'est un avantage qu'il s'est ménagé là.
Mais cette manière de faire a aussi son inconvénient. Elle nous a permis de prendre la Franc-Maçonnerie sur le fait, de la voir et de la montrer en action, de nous demander ce qui la pousse à agir, de nous mettre sur la trace du Pouvoir occulte lui-même. De telle sorte que, s'il n'est pas trop tard, si nous, pouvons ouvrir les yeux de toute la France à temps, celui-ci se trouvera enfin désarmé, par cela seul qu'il sera démasqué.
Pour en revenir à l'absence d'ordres qui caractérise
la méthode maçonnique, nous devons constater que cette méthode est observée même à l'époque actuelle. Bien que le Pouvoir occulte ait considéré comme nécessaire de tenir en mains ses députés et sénateurs francs-maçons, il estime que tout son système d'attaques contre les nations issues du catholicisme se trouverait compromis si des ordres apparaissaient. C'est l'impersonnalité, l'irresponsabilité qu'il lui faut garantir avant tout. C'est la domination de l'invisible qu'il doit maintenir s'il veut sauvegarder la sienne. Donc pas d'ordres directement donnés, qui constitueraient des traces permettant de remonter jusqu'à la source. A la place d'ordres, des « influences individuelles soigneusement couvertes », selon le procédé indiqué par l'imprudente Revue maçonnique. Ou encore l'action indirectement exercée, par le moyen de circulaires confidentielles dans le genre de celles par lesquelles nous avons vu la Maçonnerie mettre les francsmaçons, sénateurs, députés et ministres « au pied du mur » en les tenant « par leur propre intérêt ». f*^', On n'enjoint donc jamais expressément à ces dé^ l)utés, sénateurs et ministres francs-maçons de voter et d'agir de telle ou telle manière. Aucunes « sommations ofTicielles » ne leur sont adressées à la veille de chacun des actes de leur vie politique. Pour les contraindre sans procéder ou faire procéder par ordres directement donnés, le Pouvoir occulte a eu soin de commencer par les élever au pouvoir dans des conditions telles qu'ils sont devenus, par la force des choses, ses mercenaires. S'ils tiennent à leurs intérêts, ils sont dans l'obligation de faire ce que le Pouvoir occulte dé-
sire qu'ils fassent, sans qu'il ait besoin de le leur dire. Or ils y tiennent, à leurs intérêts. Le Pouvoir occulte n'a aucun doute là-dessus. Il les connaît ; d'abord parce qu'il a déformé leur caractère en usant de l'organisme qu'il a créé tout exprès pour cela ; ensuite parce qu'il leur a inculqué des principes tels que la satisfaction de leurs appétits est devenue leur unique loi. C'est par la seule Maçonnerie qu'ils sont arrivés, grâce à ce que les moyens dont elle dispose ont été mis à leur service. Ils le savent. Ils savent aussi que sans elle, ils retomberaient « dans le néant d'où elle les a tirés ». Il faut donc qu'ils marchent comme elle veut, c'est-à-dire comme veut le Pouvoir occulte. Ils ne peuvent se permettre quelque indépendance sans s'exposer à être immédiatement brisés et remplacés par des néophytes plus soumis.
Par les discussions qui ont lieu dans les loges et les convents, discussions que le Pouvoir occulte domine — nous avons vu comment — les francs-maçons, sénateurs, députés et ministres, doivent comprendre, sans qu'il soit besoin de peser sur chacun d'eux, quelle est la politique que la Maçonnerie veut les voir servir. Ce n'est que dans certaines circonstances qu'on prend la peine de les réunir pour préciser la ligne qu'ils ont à suivre. S'ils ne comprennent pas, ou si, ayant compris, ils ne font pas ce qu'on attend d'eux, on les réduit à merci, mais toujours sans que des injonctions leur soient adressées personnellement. Ainsi en est-il advenu pour le F.-. Morinaud, ancien député de l'Algérie. Ou bien on s'arrange pour les annihiler, comme on a fait pour les
F.-. F.-, de Mahy, Doumer, Millerand et tant d'autres dont le public ne sait pas l'histoire. Si la Maçonnerie ne donne pas d'ordres, elle a quand même des sanctions à sa disposition, et elle vient d'autant plus facilement à bout des réfractaires qu'au besoin tous les moyens lui sont bons. Il n'en est pas devant lesquels elle recule, lorsque les circonstances le permettent ou l'exigent.
C'est ainsi qu'en raison du travail de préparation accompli par le Pouvoir occulte depuis trente ans, et en raison de cela seulement, nous en sommes actuellement au point que le Président de la République, même s'il n'est pas franc-maçon est obligé d'obéir à la Franc-Maçonnerie, tout comme s'il l'était, sous peine d'être déposé. Et cela, tout simplement parce qu'autour de la première magistrature du pays comme autour de tout le reste en France ont été créées les conditions dont nous parlions tout à l'heure.
Un président, en effet, n'arrive plus à la présidence que par la Maçonnerie, sauf des cas absolument exceptionnels qui peuvent évidemment se présenter, qui le pouvaient du moins encore il y a quelques années. Sans elle, il retomberait instantanément, comme les vulgaires députés, sénateurs et ministres, dans le néant d'où il a été le plus souvent tiré. Il se trouve donc dans cette alternative vis-à-A'is de la Franc- Maçonnerie : se soumettre ou se démettre. Et toujours sans qu'aucun ordre lui soit donné.
Prenons comme exemple le cas de M. Loubet. L'ancien Président était-il franc-maçon ou ne l'étaitil pas? Le fait est sujet à controverse. En réalité, il
n'a aucune importance. Dès lors que le Pouvoir occulte le tenait, mieux valait que M Loubet ne fût pas franc-maçon. C'était moins compromettant. Or il le tenait par la majorité maçonnique parlementaire. Il le tenait en raison de son caractère qu'avait révélé complètement le rôle joué par lui à une heure périlleuse, celle de la crise panamiste. Le Pouvoir occulte avait vu là son Loubet à l'œuvre dans l'affaire Arton. Il avait dressé sa fiche psychologique. Il avait jugé jusqu'où pouvait aller la complaisance du sauveur des chéquards, et que tout ce qu'il faudrait signer, celui-ci le signerait. Y avait-il eu pacte conclu entre le Pouvoir occulte et M. Loubet avant que celui-ci fût poussé à la Présidence? C'eût été imprudent, et ce n'était nullement nécessaire. Il suffisait que le président fût tenu par ses intérêts, qu'il sût que le lendemain du jour où il refuserait une signature, on lui supprimerait ses gages. Admettons même, par égard pour les vertus cachées de M. Loubet, qu'aux heures décisives on lui fit comprendre en se servant « d'influences individuelles soigneusement couvertes » que s'il ne signait pas, on mettrait à sa place un président beaucoup plus mauvais que lui. C'est possible. On lui fournissait ainsi un prétexte pour donner des signatures criminelles, des signatures de trahison,... par dévouement au pays. Le malheureux président signait d'une encre mélangée de larmes, nous a-t-on dit plusieurs fois ; de larmes que contribuait sans doute à sécher rapidement la poussière d'or du sablier présidentiel. C'est parce que M. Loubet a donné toutes les signatures qui lui ont
été demandées qu'il est resté à l'Elysée tant qu'il a voulu. Mais jamais d'ordres directs. La dignité de M. Loubet n'aurait eu qu'à se révolter !...
En regard du cas de M. Loubet, mettons maintenant celui de M. Gasimir-Périer. Ce second exemple est d'autant plus significatif qu'exceptionnellement ce n'était pas à la Franc-Maçonnerie que M. Casimir- Périer devait son élévation. L'impressionnabilité des sénateurs et députés au lendemain de l'assassinat de Carnot l'avait emporté sur les suggestions que le Pouvoir occulte n'avait pu que jeter hâtivement, alors que cette méthode des suggestions exige forcément le temps comme élément indispensable. C'est à cette impressionnabilité, passagèrement surexcitée, que fut due l'élection de M. Casimir-Périer.
Or il y avait plusieurs raisons pour que le nouveau président ne pût être le serviteur docile du Pouvoir occulte. La première de toutes était que M. Casimir- Périer, jouissant d'une grande situation de fortune et en possession de la première magistrature de la République, n'avait plus rien à ambitionner. Dans ces conditions, sur quoi s'appuyer pour l'asservir? Si par hasard un président placé dans de telles conditions était parvenu à s'apercevoir de ce que tout le monde ignorait encore alors : le complot ourdi contre la France, quel rôle s'offrait à lui ! Quelle tentation d'en accepter les risques et les responsabilités, s'il était par hasard homme de caractère ! Et, dans ce cas, quel danger pour le Pouvoir occulte, qui pouvait être ramené à la situation dans laquelle il se trouvait à l'époque de la présidence du maréchal de Mac-Mahon
et qui risquait, cette fois, de ne plus se tirer d'affaire comme il l'avait fait ! Le Pouvoir occulte jugeait que M. Casimir-Périer n'était pas homme à se soumettre ; il n'avait donc qu'à manœuvrer pour l'obliger à se démettre. C'est ce qu'il fit. Et c'est pour cela que, dès les premiers jours de son arrivée au pouvoir, sans d'ailleurs qu'on puisse s'expliquer pourquoi, la popularité fit défaut au nouveau président. Dès les premiers jours, soyez en sûrs, toutes les forces occultes, toutes « les influences individuelles soigneusement couvertes » travaillaient contre lui dans l'ombre, dans le silence et dans le secret. Nous ne nous en doutons pas, mais c'est par ces forces occultes que se font ou que sont empêchées de se faire les popularités. On sait d'ailleurs dans certains milieux que, dès le début, l'exercice du pouvoir fut rendu impossible à M. Casimir-Périer. Le Pouvoir occulte l'acculait ainsi à la démission. Là est sans doute la principale raison de la brusque retraite de ce président. Ne pouvant remplir son rôle, se sentant contrarié, empêché, arrêté en tout, il a saisi l'occasion de s'en aller dès qu'elle s'est présentée, sans se rendre compte qu'il désertait en quelque sorte un poste que lui avail confié le bon Génie de la France et qu'il abandonnait sa patrie à l'ennemi qui la tenait à la gorge.
Il en est des ministres, des sénateurs et des députés comme il en a été de M. Loubet, de M. Casimir- Périer, et comme il en est de M. Fallières, ce président tiré, comme son prédécesseur, du néant dont parlent les circulaires maçonniques. Se soumettre ou se démettre, et toujours sans que des ordres soient donnés,
telle est l'alternative qui leur est imposée à tous. Personne ne va dire à l'un ou à l'autre d'entre eux : « F.-, un tel, vous agirez de telle façon dans telle circonstance », ou : « vous mettrez tel bulletin dans l'urne lors de tel scrutin ». Si cela peut avoir lieu quelquefois, c'est parce que la domination maçonnique est actuellement si bien établie qu'on en arrive à négliger les précautions. Le procédé généralement employé est celui que nous avons dit. Par la direction donnée aux discussions des loges, des congrès et des convents, on fait savoir aux députés, sénateurs et ministres francs-maçons quelle est la politique maçonnique. On déclare que celle-là est la seule que puisse servir un bon maçon. Or, il faut être bon maçon ; ou bien, gare « au pied du mur » ! Et même, on ne va pas jusque-là. Car il ne faut pas s'exposer à ce qu'il soit question de la Franc-Maçonnerie dans le monde profane. On use d'un subterfuge. On dit : Voilà quelle doit être la politique républicaine^ la seule que puisse servir un vrai républicain. Et il suffit que ce mot d'ordre ait circulé pour qu'ensuite, au seul appel d'un frère qualifié, au premier signe de détresse exécuté par lui, tout se passe comme si un planton était allé porter un ordre cacheté du Grand Orient à chacun des sénateurs, députés et ministres francs-maçons. Ils ne se le font pas dire deux fois. Une seule suffit. Ils savent trop ce que pourrait leur coûter une simple distraction. Dans une occasion qui n'est pas trop loin de nous, le F.-. Lafforre, président du Conseil de l'Ordre, s'est écrié du haut de la tribune : « A leur vote, la République reconnaîtra
les siens ! » Et tous les députés et sénateurs francsmaçons ont compris ce que voulait dire le F.-.Lafferre. Ils ont fait en sorte qu'à leur vote, la Maçonnerie, et non pas la République, reconnût en chacun d'eux un des siens et qu'elle continuât à le gaver.
Nous avons, d'ailleurs, donné dans la troisième partie du Pouvoir occulte contre la France des documents qui ne laissent aucun doute sur la sujétion absolue des sénateurs, députés et ministres à la Franc- Maçonnerie, derrière laquelle nous savons maintenant que se cache le Pouvoir occulte ; et nous avons pu constater la nature des moyens par lesquels cette sujétion est assurée.