‹ Le drame maçonniqueChapitre 53 sur 78 · AUTRE CONDITION PREALABLE INDISPENSABLE · texte numérisé non relu

AUTRE CONDITION PREALABLE INDISPENSABLE

Il nous reste encore à attirer l'attention du lecteur sur une considération d'une portée maîtresse au point de vue qui nous occupe.

L'organisme maçonnique tend, comme nous l'avons vu, à établir un gouvernement invisible. C'est donc que cette préoccupation était dominante chez ses fondateurs. Mais nous avons montré que la réalisation d'une telle donnée exigeait la préexistence d'une autre société secrète dans laquelle devaient être formés les intermédiaires inconscients chargés d'agir pour le Pouvoir occulte qui, lui, était condamné à ne jamais paraître, à user toujours « d'influences individuelles soigneusement couvertes «. Dans ces conditions, une question se pose : La société secrète préalable indispensable, l'Angleterre l'avait-elle à. sa disposition?

Non ; elle ne l'avait pas.

Elle ne l'avait pas par les raisons que nous avons développées pour montrer que les sociétés secrètes

existant dans le monde chrétien antérieurement à la Franc-Maçonnerie n'étaient pas d'origine chrétienne.

L'esprit de discipline religieuse se trouvait dans la nation anglaise comme dans toutes les nations chrétiennes avant qu'elle se fût donnée au protestantisme. Les chrétiens anglais étaient donc, autant que tous les autres, ennemis de la société secrète en soi. C'est pourquoi si de telles sociétés ont existé en Angleterre avant le protestantisme, elles ne pouvaient être, comme celles dont on trouve les traces chez les autres peuples chrétiens que des sociétés d'origine non chrétienne, et par conséquent juive ; elles ne pouvaient donc avoir pour but la future constitution d'un Pouvoir occulte anglais.

Lorsqu'à lieu la constitution de l'Eglise anglicane, la situation devient tout autre, il est vrai. Alors le sol chrétien a reçu en Angleterre l'amendement nécessaire pour que la semence de société secrète y puisse germer, si elle est répandue comme il convient. Mais qui répand cette semence? C'est toujours le semeur juif. Lui seul a l'esprit tourné vers cette manière d'agir, qu'il a faite sienne. Il est là, comme il est ailleurs, toujours tenu en éveil par son besoin de servir son idéal national et par sa haine contre l'idéal opposé. Les yeux de ses fils sont ouverts partout. Par eux il est renseigné sur tout, prêt à saisir toutes les occasions. Aussi nous sommes convaincu que des sociétés secrètes composées de chrétiens ont existé en Angleterre avant qu'il en existât en France, non parce que les documents l'établissent — car nous n'avons aucune confiance dans les documents relatifs à cette

question, émanant tous de menteurs intéressés à nous tromper — mais parce que cela tombe sous le sens. Nous ne faisons même pas doute que des sociétés de ce genre, inspirées par les sociétés juives, aient contribué à la Révolution anglaise. Ce qui se passe maintenant nous fait comprendre ce qui s'est passé pour notre Révolution ; et ce qui s'est passé pour notre Révolution doit nous révéler ce qui s'est passé pour la Révolution anglaise.

Nous sommes également persuadé que ces mêmes sociétés, toujours inspirées par les sociétés secrètes juives, ont ensuite joué un rôle lors de la substitution de la monarchie protestante de Guillaume d'Orange à la monarchie catholique de Jacques Stuart. Ce que nous savons de l'avènement des Hohenzollern comme empereurs d'Allemagne au préjudice des Habsbourg doit aussi nous renseigner sur ce qui a pu se passer deux siècles plus tôt.

Le Pouvoir occulte juif ne pouvait pas ne pas agir alors, de même qu'il ne peut pas ne pas agir maintenant. Son rôle est en effet de servir l'idéal de son peuple, comme c'est le rôle de tout monarque de servir l'idéal de la nation à laquelle il commande.

En somme, la genèse des sociétés secrètes fut en Angleterre ce qu'elle fut dans les autres pays chrétiens : d'abord sociétés purement juives ; ensuite sociétés mi-juives mi-chrétiennes; en troisième lieu, sociétés secrètes chrétiennes. Seulement, celles-ci, bien que constituées par des Anglais, n'obéissaient pas ou n'obéissaient que dans une mesure restreinte à l'influence anglaise, de même que notre Franc-Ma-

çonnerie, bien qu'elle soit composée de Français, n'obéit pas à une influence française. Elles procédaient des sociétés secrètes juives qui leur étaient superposées, sans qu'elles s'en doutassent, comme les ateliers de hauts gradés sont supjrposés aux ateliers de bas gradés, et par conséquent, elles ne pouvaient avoir pour objectif la constitution d'un futur Pouvoir occulte anglais.

L'Angleterre n'avait donc pas la société secrète préexistante indispensable.

Elle l'avait d'autant moins que cette première société secrète aurait dû être instituée à une époque assez reculée pour qu'au moment de la naissance de la Franc-Maçonnerie, ses membres eussent eu le temps d'acquérir l'expérience et l'habileté que dénote la construction de l'organisme maçonnique. Quelle extraordinaire complication de la question 1 Une société secrète qui naît, non pas par l'effet d'une nécessité, mais tout exprès pour enfanter une autre société secrète, deux ou trois siècles plus tard 1 Donc un politique anglais, comme Bacon, mais bien antérieurement à lui, c'est-à-dire par conséquent lorsqu'il n'y avait pas encore de protestantisme, aurait eu l'idée d'une pareille création ; ce politique aurait rêvé l'établissement lointain d'un Pouvoir occulte mondial au profit de son pays ; il aurait eu action sur le gouvernement auquel il aurait fait comprendre sa conception et partager sa conviction... Mais qui donc aurait pu imaginer à la fois l'idée de la Maçonnerie destinée à assurer dans un avenir indéterminé la domination du monde à l'Angleerre et l'idée de la société

secrète destinée à créer cette Maçonnerie? Qui, ayant assez creusé le problème pour se rendre compte par avance de la nécessité de ces deux créations successives, aurait encore eu la puissance de persuasion suffisante pour faire des adeptes en vue d'un but dont la réalisation comportait un tel détour? Qui, rassemblant en sa personne cette force de réflexion et cette puissance de persuasion eût avec cela disposé du nombre d'années qui étaient nécessaires pour qu'il rendit une telle création capable de durer après lui? Qui enfin, la première création accomplie, eût été capable de recruter dans tous les pays les concours nécessaires pour que partout les premières loges se soient un jour trouvées fondées avec la facilité que nous savons ?

Tout cela est évidemment impossible. Et encore n'avons-nous pas envisagé une autre impossibilité : celle de la transmission et de l'exécution d'un pareil plan malgré les bouleversements résultant de la révolution religieuse opérée par Henri Mil, de celle de 1648 et de celle de 1688.

En somme, l'auteur du Secret de la Franc-Maçonnerie a tout simplement supposé résolu le problème de l'introduction d'une société secrète dans le monde chrétien, alors que la solution d'un tel problème est tout ce qu'il y a au monde de plus compliqué, alors que là réside le vrai secret qu'il s'agit de pénétrer.

Lorsqu'on saisit la question corps à corps, on s'aperçoit que le rassemblement de toutesles conditions préalables indispensables était impossible du côté anglais, tandis qu'au contraire, nous l'avons montré, ces

conditions se trouvaient remplies naturellement et par le fait des circonstances qui caractérisent si particulièrement la destinée du peuple juif.

Là, les sociétés secrètes dont l'existence devait précéder l'enfantement de la Franc-Maçonnerie telle que nous la voyons, étaient la conséquence de la situation si extraordinaire où s'était trouvée la nation depuis tant de siècles. Par cela même, tout le travail de gestation était fait en raison du cours même des choses.

Et l'on irait chercher les inventeurs de la Franc- Maçonnerie là où tant de difficultés, tant d'impossibilités se rencontrent, au lieu de les prendre là où la création de cette association apparaît comme la conséquence naturelle des faits existants !

Au lieu de reconnaître qu'une taupe doit avoir pour mère une taupe, on s'ingénierait à se persuader qu'elle est née d'un brochet !

Non ! La logique n'est pas là. La vérité ne saurait donc y être non plus.

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