‹ Le drame musical (volume 3)Chapitre 10 sur 33 · II. — li · texte numérisé non relu

II. — li

splendeurs et les harmonies de cette nuit solennelle. Mais à travers ses arpèges magiques se prolonge en notes graves l'avertissement du destin, la voix de Brangienne qui veille invisible au haut de la tourelle : « Solitaire, je veille dans la nuit. Yous à qui sourit le rêve, prenez garde! prenez garde! » A peine l'entendent-ils.

(( Entends-tu, bien-aimé? — Laisse-moi moui^ipî — Garde jalouse! — Ne nous réveillons jamais. )) Ils se demandent si la mort pourrait détruire leur lien. Mais ses coups pourraient-ils atteindre l'amour qui est en eux? Non, elle ferait tomber les dernières barrières qui les séparent, elle serait le signal d'un mariage plus ardent encore. Au comble de l'exaltation ils se lèvent, s'embrassent plusieurs fois avec une recrudescence d'enthousiasme en face de leur nuit sacrée et entonnent sur un mode nouveau un hymne à cette mort chérie qui sera leur vie nouvelle, à cette Ilamme inextinguible dans la conscience d'une éternelle unité.

Comme des noctambules qui auraient gravi des

pics escarpés et qu'un cri strident ferait rouler dans Tabîme, ainsi la réalité les réveille et les précipite de leur hauteur vertigineuse dans un gouffre de malheur. Le jour défié se venge. Mark poussé par Mélot a pénétré dans le jardin avec sa suite. En un clin d'œil les deux amants sont entourés; Brangienne et Kourvenal accourus en hâte sont venus trop tard pour les avertir. L'aube blafarde éclaire ces groupes. Iseult s'est assise en détournant la tête. Tristan regarde d'un œil hagard toutes €es figures qu'il prend pour des ombres : (c Fantômes du jour, s'écrie-t-il enfin, hors d'ici, disparaissez ! ))

Le roi Mark n'a rien d'un mari jaloux ou d'im tyran vindicatif. Le poëte a voidu l'élever au niveau et moralement au-dessus de ses deux héros en lui donnant l'âme la plus noble et la moins égoïste qu'il soit possible d'imaginer. C'est un de ces êtres que les passions n'atteignent point, le renoncement leur est naturel, leur vie s'absorbe dans les affections calmes, et leurs moindres actions sont empreintes d'une douceur que la foule taxe

212 L'ŒUVRE DE lUCHARD WAGNEH.

(îe faiblesse, mais qui n'est que magnanimité. C'est (■afin ce type du roi pacifique, souvent rêvé par le j'euple, rarement ou jamais réalisé parl'histoire. Le roi Mark n'avait point recherché la main d'Iseult. A son aspect, son cœur avait battu, mais en voyant sa tristesse et son embarras, il s'était généreusement tenu à l'écart et ne lui avait témoigné (;i:e le respect d'un père. Aussi bien son sentiment plus fort n'est pas son amour pour Iseult, mais son amitié pour Tristan, l'élu de sa vieillesse, l'idole (h sa vie.

Ce n'est donc pas l'infidélité d'Iseult, c'est la trahison de Tristan qui le frappe au cœur. Dans les paroles qu'il lui adresse, il n'y a ni colère ni menace, mais l'affliction d'une grande âme qui voit tomber de son piédestal l'objet de son culte. « Ceci — Tristan à moi? Que devient la fidélité si Tristan m'a trahi? Honneur et loyauté, où sont-ils, si Tristan les a perdus? La vertu dont Tristan se fit un bouclier où donc a-t-elle fui puisqu'elle a quitté mon ami et puisque Tristan m'a trahi? » Pour les natures vraiment idéales, natures

d'une excessive rareté, la plus grande douleur que leur cause l'ingratitude n'est point la blessure qu'elle leur fait, mais la déchéance de l'humanité qui semble en résulter. « Pourquoi me créer cet enfer? Ah! ce mystère insondable et terrible qui donc le découvrira au monde? »

Tristan revenu au sentiment de la réalité baisse les yeux et répond avec une tristesse non moins profonde : « 0 mon roi, ce mystère je ne puis te le dire et ce que tu demandes tu ne pourras jamais l'apprendre. )) Puis, se tournant vers Iseult, il lui demande à voix basse si elle le suivra dans l'exil. En le voyant familièrement penché sur la reine, Mélot, dévoré de jalousie, éclate : « Vengeance! dit-il au roi. Peux-tu supporter cela? »

Heureux de mettre fm à une situation insupportable, Tristan s'écrie : « Qui risque sa vie contre la mienne? Défends-toi, Mélot! » Celui-ci oppose brusquement la pointe de son épée à l'assaillant, qui tombe grièvement blessé. Le roi empêche Mélot

d'achever son adversaire, Iseult s'est jetée sur Tristan et le rideau se baisse sur cette scène.

Nous voici en Bretagne, dans la cour du château paternel de Tristan qui s'élève sur une hauteur au bord de la mer. Les murs massifs du vieux castel occupent la gauche, une tour d'observation se dresse à droite, et par dessus le parapet du fond s'étend au loin la ligne monotone de l'immense Océan. Demeure et paysage portent l'empreinte de la solitude et de l'abandon. Des pierres écroulées gisent çà et là, les broussailles croissent sur les murs ébréchés et le désert illimité des flots enveloppe le tout de sa grande désolation. Tristan est couché sur un lit de repos, à l'ombre d'un vieux tilleul. Souffrant d'une blessure mortelle, il dort d'un sommeil léthargique. Kourvenal, le fidèle est agenouillé devant lui, attendant son réveil, épiant son souffle.

Une teinte sombre, une morne tristesse domine ce paysage et cette scène. Elle s'imprime dès la pi'cmière mesure du prélude par un profond san-

glot des instruments à cordes, qui semble jaillir d'un gouffre de souffrance et qui monte à nous comme le désir éternel de Tristan du fond même de sa léthargie. Elle se prolonge sous une forme plus naïve et en quelque sorte inconsciente dans la mélodie d'un chalumeau qu un pâtre joue derrière la scène au penchant du coteau. C'est au son de cette phrase traînante et plaintive que le malade ouvre les yeux : « La vieille mélodie pourquoi me réveille-t-elle ? Kourvenal, dis, où étais-je, où suisje? y> Celui-ci tressaille de joie aux premières paroles de son maître et lui montre avec orgueil le château et les murs, la colline et le troupeau paisible, l'héritage paternel fidèlement conservé par ses vassaux. Mais Tristan a de la peine à reconnaître toutes ces choses, il ne saisit pas le fd entre le présent et le passé. Le serviteur dévoué répond gaiement à ses questions. Kourvenal a emporté son maître blessé et sans connaissance dans un canot et lui a fait passer la mer. « Et te voilà dans ton pays, le vrai pays, le pays natal, la terre aimée, la terre de joie, aux rayons de ton vieux soleil, où

bienheureux tu dois guérir de blessure et de mort! » La réponse du maître contraste avec la confiance robuste du brave écuyer par son caractère étrange et sombre qui donne le frisson. On dirait un esprit émergeant des limbes au grand jour, écartant comme un linceul les ténèbres de sa face. « Croistu cela? dit-il. Moi, je sais autre chose, mais je ne puis te le dire. Là où j'étais je n'ai vu ni soleil, ni terre, ni âme qui vive. J'étais là où je fus de tous temps, où je retourne à jamais, dans le vaste royaume de la nuit des mondes. Une seule science là-bas nous est propre : le divin, l'éternel, l'originaire oubli. Gomment ai-je perdu ce pressentiment? Comment t'appeler toi qui me ramène au jour? Ce qui seul m'est resté, le fervent amour, me chasse à la lumière. Car Iseult est encore dans la lumière dorée ! Iseult est encore dans le royaume du soleil ! » Le besoin de la rejoindre pouvait seul l'y ramener. « Si elle ne vivait plus, dit-il avec certitude, je ne me serais pas réveillé. y> Cruel réveil; avec la conscience de lui-même renaît la flamme intérieure qui est devenue l'essence de son être.

Kourvenal Ta deviné, il a envoyé un marinier fidèle chercher Iseult en secret. Aujourd'hui môme, espère-t-il, une fine voile l'amènera. A cette nouvelle, Tristan presse son écuyer avec transport dans ses bras et dès lors ses pensées se fixent sur ce but. Sa vie est suspendue à l'idée du navire, il le sent venir, il supplie son ami de fouiller l'horizon du regard. L'écuyer regarde de tous côtés et répond tristement : (( Déserte et vide, la mer. » Son maître retombe dans un abattement lugubre.

La mélodie du pâtre se fait entendre de nouveau au loin, plus rêveuse encore. Elle prend ici un sens bien particulier et se mélange singulièrement aux pensées intimes de celui qui l'écoute et qui reprend après un long silence : « Dois-je ainsi te comprendre, vieille et sérieuse mélodie, avec l'accent de ta plainte? Par l'haleine du soir, inquiète tu venais à moi quand jadis à l'enfant on annonça la mort du père, par faube grisâtre plus inquiète tu me cherchais quand le fils apprit le destin delà mère... Elle me demandait alors, elle me demande encore aujourd'hui pour quelle destinée je fus mis au monde.

•218 L'ŒUVRE DE RICIIAIID AVAGNER.

La vieille mélodie me le dit de nouveau : désirer et mourir. Non, hélas ? elle ne dit pas cela : désirer toujours, ne pas mourir à force de désir! y> Ainsi le lien frêle de cette mélodie rustique rattache pour Tristan le présent au passé et lui rappelle le fond tragique de son existence. Elle lui apparaît comme la trame sombre dont sa vie entière est tissée et sur laquelle se relèvent les images douloureuses du présent. Ce qu'il éprouve maintenant, c'est le martyre de l'absence, l'enfer de la séparation, cette soif du revoir qui lui brûle la moelle des os. Il a connu les enchantements sublimes de l'amour, il doit sentir sa puissance destructive. L'effrayant est que le moment actuel semble rassembler toutes ses douleurs passées en une douleur unique pour le pousser jusqu'au délire et le terrasser. « Ce philtre terrible qui m'a livré aux tourments, moi-même je l'ai préparé avec la détresse de mon père, les douleurs de ma mère, avec des larmes d'amour d'autrefois et d'aujourd'hui, des rires et des pleurs, des voluptés et des blessures; sois maudit, terrible breuvage, maudit qui t'inventa 1 »

TRISTAN ET ISELLT. 219

Après cette malédiction échappée au paroxysme de la souffrance il retombe évanoui sur sa couche. Kourvenal croit qu'il a cessé de vivre, mais bientôt il remue les lèvres et d'une voix faible : « Le navire, ne le vois-tu pas encore? » L'écuyer hésite à quitter son maître, mais Tristan affirme avec l'assurance du visionnaire qui perce les distances que la voile approche. Au même instant le pâtre, au lieu de sa phrase mélancolique fait entendre une ronde joyeuse. « Monte à la tour... Ce qui resplendit dans mon âme il faut que tu le voies! — Joie et bonheur! Un navire! Il vient du nord. — Xe le savais-je pas? Ne le disais-je pas quelle vit encore? Comment Iseult ne serait-elle plus de ce monde? Comment le monde serait-il sans Iseult? — Comme il navigue vaillamment! Comme les voiles se gonflent! Comme il court, comme il vole! — Le pavillon? — Couleur de joie, il danse au vent. » Un instant après la voile s'efface derrière un récif, la musique s'assombrit, déjà Tristan croit au naufrage, mais soudain le navire reparaît aux fanfares de tout l'orchestre, qui a suivi la ronde du pâtre

dans sa progression frémissante. Kourvenal voyant la voile entrer dans le port et Iseult lui faire signe descend de la tour et s'élance hors du château vers la plage sur l'ordre de son maître impatient pour aider la reine à le rejoindre plus vite.

Tristan resté seul s'abandonne à un délire de joie qui dévore ses dernières forces. Au comble de l'attente éclate la puissance redoutable du dieu qui le possède. L'amant en lui a absorbé le héros, il voudrait dépenser ce qui lui reste dévie dans la fête de ce revoir suprême. « Ma blessure saignait quand jadis je fondis sur Morold. Saigne encore ma blessure, aujourd'hui je conquiers mon Isenlt. -» Les sensations brûlantes, les joies impétueuses dupasse, bouillonnent, se pressent pêle-mêle dans son cœur et sa tête, le fleuve de sa vie est prêt à rompre sa dernière digue pour tomber dans l'éternité. Lorsqu'il entend la voix d'Iseult qui l'appelle du dehors, il dit : « J'entends la lumière! » et se lève pour aller à sa rencontre. Elle entre hors d'haleine par le fond, le reçoit dans ses bras et le ramène chancelant à sa couche, où il s'affaisse doucement. Elle

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s'agenouille près de lui, soutient sa tête de ses mains et ne le quitte pas des yeux. Il boit ce regard avec une joie ineffable. « Iseult! » dit-il d'une voix expirante et son dernier souffle s'exhale avec ce nom qui contient toute son existence, au baiser de cette mélodie d'amour surgie de leur premier aveu et qui maintenant vient cueillir son âme sur ses lèvres.

Cependant, à la disparition de la reine, Brangienne avait tout dit au roi IMark. A son récit il avait compris la puissance du philtre, la fatalité de cette passion. Touché des épreuves des deux amants, il avait résolu généreusement de leur pardonner et de les unir et avait suivi au vol le navire d'Iseult. Déjà ses gens frappent à la porte du château et envahissent la cour malgré Kourvenal. Mais en entrant le roi aperçoit le corps inanimé de Tristan et voit qu'il est venu trop tard. Iseult évanouie sur le sein de son ami est restée insensible à ce tumulte. A la voix de Bransfienne elle se relève lentement et jette autour d'elle des regards indifférents. Entre elle et son entourage il n'est plus rien de commun,

ses yeux nagent dans une tranquille extase ; comme l'oiseau qui se balance sur sa branche avant de prendre son essor, elle semble prête à quitter la terre. Enfin son regard s'attache sur Tristan et d'une voix douce elle commence : « Quel sourire doux, suave; son œil s'ouvre grand, limpide. Voyez, amis, regardez! » Elle continue sur cette ample mélodie qui avait jailli de leur union profonde au sein de leur nuit enchantée et qui avait emporté sur ses larges ailes leur hymne de renaissance. Elle ne voit plus les restes de Tristan; elle voit sa forme éthérée et lumineuse s'élever ceinte d'étoiles dans les airs, elle entend la mélodie merveilleuse sortir maintenant de ce cœur courageux et sonore, se communiquer à toute chose et l'envelopper ellemême de ses ondes croissantes. Elle s'y fond, elle s'y noie; soutenue par Brangienne elle retombe enfin lentement et sans vie sur le corps de son ami. Ce dernier chant d'Iseult est le chant du cygne de l'amour, la transfiguration de l'amant par l'amante, le mariage de deux âmes sœurs avec l'àme du monde.

TRISTAN ET ISEULT. 22:j

Dans cette mer que je me pâme, S'épanouisse enfin mon âme ; Dans les flots submergeants, Dans les sons grandissants, Dans ton souffle vivant, Univers!

Je plonge, je m'abime, Sans conscience ^ suprême joie î

Dans Tristan et Iseult la poésie et la musique fondues en une seule puissance sont parvenues à exprimer la tragédie de l'amour avec une énergie de passion, une plénitude de sentiment, qui sont peut-être sans égales ^ . Les événements que le

1. Il n'y a que deux alternatives à l'audition de cette œuvre; il faut la subir ou la repousser entièrement. Qu'elle vous saisisse au début, on la suivra jusqu'au bout ; sinon elle restera lettre close. J'ai assisté par hasard aux premières et mémorables représentations de Tristan et Iseult à Munich, en mai 1865. L'ineffiiçable impression que j'en reçus m'amena plus tard à une étude approfondie des œuvres de Richard Wagner. Tout dans ces représentations portait un cacliet exceptionnel : fermeté plastique dans le jeu des acteurs, puissance et naturel de la déclamation mélodique, fusion de la parole et du clianl qui semblaient ici ne faire qu'une seule et même chose. Cette perfection avait été obtenue par l'étude minutieuse de l'œuvre sous la direction du maître lui-même. Les deux rôles principaux étaient remplis par M. et ]\I™e Schnorr de Karolsléld. Je n'ai jamais revu depuis une telle identification des acteurs avec leurs personnages. C'était un oubli complet du monde réel qui se communiquait au spectateur. Les deux héros semblaient subir leur situation avec une telle force, ils jouaient avec un abandon si absolu qu'on pouvait craindre par moments de

poëte a traduit en scènes si plastiques, en accents si incisifs, sont tout intérieurs. Ni intrigue, ni convention, ni hasard. Tous agissent spontanément, fatalement. Le sentiment ici est roi. Erôs, le dieu flamboyant et terrible, qui ailleurs n'apparaît que par éclairs, a rempli ce drame de sa torche embrasée. On avait bien peint les effets tragiques ou sublimes du grand amour, on n'en avait pas exprimé l'essence avec cette intensité, cette persévérance de passion. Romanciers, moralistes, peintres, poètes et musiciens en ont décrit les ravissements, les dangers, les péripéties et les catastrophes. Ce qu'on

les voir succomber à leurs émotions presque surhumaines. Pendant ([uatre heures je restai suspendu au jeu de Forchestre, aux lôvres des acteurs, à hîurs moindres mouvements. L'illusion était complets. Je ne philosophais pas, je ne critiquais pas, je vivais en moi-même le drame qui se passait sur la scène. De telles représentations, il faut l'avouer, sont presque aussi rares que les œuvres de génie qui les provoquent. Elles ne sont possibles que par l'union de tous les exécutants en une seule pensée, et, disons le mot, par la puissance de l'enthousiasme. 5Iais, objectent certains critiques, à quoi bon des œuvres qui réclament tant d'etforts et qui d'ailleurs sont comprises de si peu de gens ? A cela on peut répondre : Tout ce qui est grand est difficile et rare; ou mieux encore par ce mot de Berlioz : « Il serait vraiment déplorable que certaines œuvres fussent admirées par certaines gens. »

n'avait jamais rendu au même degré, c est ce mélange complet de deux âmes, cette fusion de deux êtres sous la magie du plus subtil attrait (symbolisée dans le philtre). Si grand est leur désir d'unité, que la loi de l'individualité leur est une gène, l'existence séparée un poids; ils ne trouvent leur délivrance que dans la mort. Ainsi deux météores qui se rencontrent dans l'espace continuent leur course d'une force redoublée et se consument à belle flamme dans l'éther.

Pour rendre de tels sentiments, la musique de Tristan a dû à la fois soulever les dernières profondeurs de l'harmonie et pousser l'expression mélodique que renferme la parole humaine à son dernier degré d'intensité et d'amplitude. La musique de Tristan est la mélodie infinie, elle exprime l'àme dans son éternel devenir. « Tout coule » (-âvra ôjît), disait Heraclite des forces de l'univers, et cette fluidité éternelle est aussi l'e? sence de l'être humain. Dans Lolwngrin déjà k trame harmonique et les motifs dominants décèlent les caractères; ici leur tissu plus délié

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