‹ Le drame musical (volume 3)Chapitre 19 sur 33 · SIEGFRIED · texte numérisé non relu

SIEGFRIED

Sieglinde a mis au monde Siegfried au fond d'une forêt et est morte après sa délivrance. Elle a été secourue par Mime, le frère chétif du roi des Nibelungen, Albéric. Le nain peureux et rusé, subtil et tortueux, élève l'enfant, non par afl'ection, mais parce qu'il sait que ce futur héros peut seul tuer le dragon Fafner; le géant a pris cette forme pour garder le

trésor. Le nain faux et trembleur veut se servir de l'eufant héroïque pour s'approprier le fameux anneau. 11 l'élève donc dans sa caverne qui est en môme temps une forge. Siegfried n'est que gaieté, espièglerie, exubérance de force, spontanéité bondissante. Il ne sait rien du monde, mais il sait d'avance qu'il lui appartient. Il chante avec l'oiseau, dompte l'ours et apprivoise le chevreuil. Entre ses mains tout devient vie, mouvement, action. Pour égayer les hôtes silvestres il invente une fanfare allègre sur son cor d'argent. Au nain effrayé qui veut modérer son impatience il lance à .la tête sa chanson : « Sortir de la forêt, courir de par le monde, ne jamais retourner! Être libre, quelle joie, rien ne me lie, rien ne me dompte! Le lointain est mon chez moi. Comme le poisson gai nage dans le flot, comme le pinson iranc prend son essor, ainsi je m'envole, ainsi je m'échappe. Je m'en vais comme le vent qui souffle par-dessus les bois! » Mais ce n'est là que le prélude de l'instinct héroïque qui va se réveiller. Un jour Siegfried trouve entre les mains de Mime les fi'agmcnts

de l'épée paternelle, que celui-ci tient de Sieglinde, qui elle-même les avait reçus de Brunehilde. Aussitôt Siegfried s'en saisit, les fond dans un creuset et se reforge lui-même son épée. Debout près de la fournaise, l'adolescent devenu héros tient la lame rougie sur l'enclume et en fait jaillir des gerbes d'étincelles devant Mime ébahi. Au rhythme du marteau il chante à son arme un chant de bienvenue : « Délivrance ! Délivrance ! ma claire épée, dans ta poignée tiens ferme de nouveau! Tu étais en deux, je t'ai fait une, nul coup ne doit plus te briser, d

Mime, le nain rusé, avait appris bien des choses à Siegfried sauf une seule : la peur. Le jeune Velsoung nesait ce que c'est; il brûle de l'apprendre, se figurant que c'est une sensation agréable. Le nain pense la lui enseigner en le conduisant dans la partie la plus sombre de la forêt vers l'antre de Fafner. Mais Siegfried tue le monstre sans perdre l'entrain de sa gaieté. Dans la caverne il voit le trésor accumulé; il le dédaigne, et ne prend que le heaume magique et l'anneau dont il ignore complètement

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