‹ Le drame musical (volume 3)Chapitre 29 sur 33 · ET L'AVEMR DE I/ART · texte numérisé non relu

ET L'AVEMR DE I/ART

liberté, dit expression pleine et entière de l'homme, expression qni parle à la fois anx sens, à l'âme, à l'esprit, et provoque en nous la plus haute activité par leur ébranlement harmonique. C'est par là que la réforme et les œuvres de ce maître ont une portée lointaine qui s'impose aux réflexions du poëte et de l'artiste autant que du musicien *.

Quittons maintenant cette œuvre particulière, et, nous souvenant du chemin parcouru depuis la Grèce jusqu'à notre monde moderne, emportons avec nous les vérités qni peuvi^nt nous servii- de flambeaux dans le labyrinthe où nous errons aujourd'hui. Tentons de jeter un regard lucide surie

1. Les(Euvres de R. W. offrent d'autre part un côté essentiellement germanique, qui sera toujours difiicilement accepté ou accessible à l'étranger et cela tient à Tintensilé même de la fusion qui s'opère ici entre la langue et la mélodie. Privée de la parole d'où elle est sortie ou appliquée à une autre langue, raccentuation mélodique de R. \S . perdra parfois son sens ou sa force incisive. Disons donc que chaque langue emporte avec elle un autre genre de mélodie dramatique, chaque nation un autre genre de drame musical. C'est dans son propre génie et dans ses traditions originales que chaque peuple doit en chercher les éléments primordiaux. Mais ce qui subsiste au-dessus de toutes ces variétés de race, de langue et de nationalité, ce sont les principes généraux posés par Gluck et développés par Wagner. Ils sont universellement applicables.

présent et de soulever un coin du voile qui recouvre l'avenir de l'art.

Quelque chose ressortira, je l'espère, de ces études, c'est l'unité originaire, indestructible, qui rejoint la poésie et la musique par leur essence, et se manifeste dans leur développement historique; c'est aussi la fdiation profonde qui relie l'art moderne à l'art grec et la nécessité de nous ressaisir perpétuellement dans ces hautes origines. La Grèce, non celle des Ptolémées ou des Romains, du xvif siècle ou des pédants, mais la Grèce héroïque, jeune, vue face à face, comprise en ses profondeurs et ressuscitée dans sa beauté plastique, voilà l'éternel modèle qui nous montre où l'art aspire et jusqu'où il peut atteindre. « 0 Grecs, Grecs, vous êtes des enfants! o disait à Hérodote un prêtre égyptien pétrifié dans l'immobilité de sa sagesse funèbre, au milieu de ses momies et de ses sphinx. Enfants,

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ils l'étaient en effet; mais clans leurs jeux divins ils créèrent ce dont nous vivons encore. Seuls les Hellènes surent faire de Tart le plus puissant des éducateurs et embellir par lui toutes les parties de leur existence, depuis le foyer domestique jusqu'à la frise du Parthénon. Ainsi pénétrée par la beauté, leur vie entière révélait perpétuellement son sens caché et s'ornait d'un ravissant symbolisme. La tâche la plus élevée des temps futurs serait de refaire à la pleine lumière de l'esprit, avec nos traditions propres et nos idées, ce que firent d'instinct et comme en se jouant les heureux enfants de la nature. Tel est certainement le désir plus ou moins vif, la pensée plus ou moins claire qui perce depuis la Renaissance chez toute une famille de penseurs, de poètes et d'artistes, qu'ils se nomment Giordano Bruno, Raphaël ou Corrége, Goethe ou Beethoven, Shelley ou André Chénier. Quelque jour peut-être se formera-t-il dans l'humanité des groupes, qui las d'abstractions et de pédantisme, de vulgarités et de laideurs, se décideront à suivre ces traces lumineuses et à considérer le beau coninîc un principe

essentiel au développement de Tindividii, à la dignité et à l'harmonie de la société. L'art sous toutes ses formes ne sera pas pour eux une distraction é])hémère, mais la plus puissante des activités et une sorte de religion. En attendant, les Hellènes de la belle époque nous parlent toujours parleurs sages et leurs poètes, par leurs marbres divins et l'édifice merveilleux de leur civilisation unique. Ils nous disent : (( Pour vous élever au plus haut degré de l'existence, faites de vos forces un équilibre, une hai'inonie; de votre être une unité, de vos groupes des organismes, de vos œuvres des actions, de l'art une seconde vie, supérieure à la première. La nature fut notre institutrice; mais pour la comprendre il lant l'aimer, pour l'ennoblir il faut la vénérer. Elle vous apprendra k vous débarrasser du faux, de l'iiHilile et de l'insigniliant. L'histoire n'est qu'un kaléidoscope où se heurtent par secousses toutes les formes possibles, la réalité qu'une aveugle stupidc ({ui mêle des dés sur une table. De ces puissances soyez non les esclaves, mais les maîtres. Elles ne sont pour l'esprit qu'une matière brute dont il

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