‹ Le drame musical (volume 3)Chapitre 30 sur 33 · ET L'AVENIR DE L'ART · texte numérisé non relu

ET L'AVENIR DE L'ART

se construit son temple. Ce qui se passe et se révèle perpétuellement au fond de vous-mêmes, voilà la source du beau et du vrai. Faites -le rayonner au dehorsj c'est tout le secret de Tart. Par lui nous fûmes originaux et humains. Qui vous empêche de l'être? ))

Si d'aventure cette voix s'élève au fond de nousmêmes, quand, seuls en face de la nature, nous oublions pour un instant nos livres, nos théâtres, les sociétés et le mouvement fiévreux de notre civilisation, elle nous laisse plongés dans nos doutes et dans une incertitude profonde. Que sont, en effet, nos arts devant ces modèles étincelants dont l'éternel sourire nous confond, comme celui de leurs statues chaque fois que nous osons les fixer? Qu'est tout l'ensemble de notre culture esthétique et sociale devant cette civilisation depuis longtemps évanouie en qui la beauté fut la fleur de la véracité? Certes, ce ne sont ni les forces qui manquent, ni les aspirations généreuses. Mais peuvent-elles chasser le malaise qui nous ronge, changer la face de notre existence? Nos arts portent les caractères de notre

société : morcellenieiit, dispersion, marasme, frivolité, tâtonnements incertains à travers tous les sujets et tous les styles. Nous connaissons aujourd'hui toutes les civilisations passées et nous en étalons les curiosités comme dans un bazar gigantesque. Mais avec ces trésors savons-nous vivifier et embellir la notre, créer du nouveau? Nous sommes pauvres au milieu de ces richesses, nous avons faim et soif dans cette abondance.

Les arts plastiques, la peinture contemporaine particulièrement, nous offrent l'image frappante de cet éparpillement. La sculpture et l'architecture manquent de sujets inspirateurs et presque de raison d'être. Elles n'ont rien à sculpter ou à bâtir qui soit digne de ce qu'elles furent un jour. C'est que pour prospérer, ces arts ont besoin de recevoir leurs inspirations d'une religion vivante ou d'une noble philosophie, d'une grande poésie, d'une belle civilisation, et que toutes ces choses se tiennent. Qnant à la poésie, il faut le dire, quoiqu'elle soit réduilo au livre, à la parole écrite, c'est elle encore qui a le plus reiuué et le plus élevé les âmes en

ET L'AVENIU DE L'ART. ill

notre siècle. Mais lorsqu'elle veut se faire chair et verbe vivant, parler au peuple, lorsqu'elle se risque au théâtre, que de fois elle s'embarrasse clans l'hypocrisie de nos mœurs et de nos conventions sociales, dans nos lois mesquines et dans- toutes les misères de la réalité contemporaine. Déçue, elle retourne à son rêve solitaire, lorsqu'elle ne s'égare pas dans l'arène de la rhétorique.

En un mot, les arts constituent un ensemble solidaire. Ils ne sont vraiment féconds que lorsqu'ils agissent d'accord et se soutiennent réciproquement. Ce qui manque aux nôtres, c'est aussi ce qui manque à notre société frivole ou pédante, sèchement rationaliste ou niaisement cléricale. Comme elle, nos arts manquent d'un centre qui les relie, d'un foyer qui les échauffe. Ce centre sera-t-il créé par la pensée philosophique, le sens religieux humain, le culte de l'humanité libre et complète? Ces puissances seules le pourraient. Mais nous en sommes loin encore. Ce qui donne le ton dans la société et dans les arts, c'est encore l'esprit de salon et de théâtre. Or l'esprit de salon prend pour mesure des

choses raffrément et la distraction ; le théâtre ne s'élève guère au-dessus des plates réalités et de l'emphase vide de Topera. Le mal de nos arts est celui de notre société même, mal qui a été décrit en traits de feu par Alfred de Musset dans les premières pages de sa Confession iTun enfant du siècle et qu'il résume en ces mots : « Tout ce qui était n'est plus; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux. » Oui, notre âge, avec son industrie puissante, sa science prodigieuse, sa merveilleuse connaissance du passé, ses monceaux de livres, ses musées regorgeant des grandeurs passées, n'en ressemble pas moins à un désert aride rempli de décombres somptueux, mais où manquent les sources et les fleurs, les fleuves et les forêts, l'homme libre et la femme vraie.

Et pourtant au-dessus de ce désert plane un

-puissant génie qui pourrait le faire refleurir parce

qu'il renferme l'essence de la vie, c'est le génie de la

musique. Qu'il nous touche parfois du bout de son

aile frémissante, et il nous semble que la jeunesse

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