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et en quelque sorte surnaturelle* Le tissu harmonique y est d'une transparence et d'une fluidité, le coloris instrumental d'un fondu et d'une morbidesse qui tiennent du rêve et de la vision. « On ne sait avec quoi cela est fait me disait un jour un illustre compositeur français; c'est du Corrège orchestré, » En effet l'harmonisation et l'instrumentation deviennent ici le dernier mot de l'alchimie des timbres et des sons. Cette musique nous fait vivre dans une réçfion intermédiaire entre la terre et le ciel, oii l'âme à' demi dégayée du corps est devenue moins opaque et pour ainsi dire translucide. Les passions infernales et les célestes ardeurs y vibrent avec des nuances subtiles et une intensité douloureuse. L'innocence naïve du héros vierge, du chaste fou, sa sympathie poignante pour tout ce qui souffre ; la rudesse grondeuse et loyale du vieux Gurnemanz; les séductions, les rires démoniaques, les repentirs et les sanglots de la pécheresse, les râles de son âme mourante et de son désir submergeant; les enchantements diaboliques du mauvais magicien qui ressemblent à des mouvements giratoires d'esprits élémentaires et de salamandres en des flammes agiles ; les remords lancinants d'Amfortas dont tous les efforts pour s'élever à la pureté spirituelle n'aboutissent qu'à le faire retomber sous le joug du désir; la montée laborieuse vers Montsalvat A travers les entrailles du rocher, où l'orchestre, en son rythme tragique de marche funèbre, semble soulever comme une montagne la douleur du
2bO L ŒUVRE DE RICHARD '
. monde entier; enfin les splendeurs de la foi, les cantiques ravissants, les extases du temple, où le sanj! vivant du Rédempteur reluit et fulgure sur les Initiés dans la coupe divine du sacrifice et fait descendre par son immense amour la
.Colombe du Saint-Esprit sur les âmes adorantes et palpitantes ; tous ces sentiments sont figurés par des motifs aux traits suaves et précis comme les peintures mystiques de Memling. Us traversent tout le drame en des formes presque invariables, mais ils se colorent et s'embrasent d'harmonies de plus en plus ardentes jusqu'à la
.transfiguration suprême. Et sur l'ensemble plane avec une mélancolie douloureuse, une douceur attendrie ia plainte du Sauveur qui se résout à la fm eu un hymne céleste.
Quand j'entendis pour la première fois Parsi- Jal — c'était en i883, peu après la mort du maître — j'eus l'impression d'écouter un Requiem que Wagner se chantait à lui-même. Et, dans le chant du cygne de ce génie prodigieux, il y avait une tristesse infinie, mais aussi une délivrance, une paix suprême. On y sentait comme l'ombre envahissante du tombeau, mais traversée par une grande lumière d'au-delà, par une blancheur sublime de résurrection.
DANS l'histoire DU THÉÂTRE
J'ai, fini de parcourir la série des œuvres dramatiques du poète compositeur. En voulant donner une image de ces créations avec le seul et faible secours de la plume, j'ai peut-être tenté un essai aussi chimérique que celui de faire voir une lanterne magique sans lumière. La lumière intérieure de ces œuvres, en effet, c'est la musique. C'est elle qui en anime les figures, en illumine toutes les parties, en fait resplendir le sentiment intime. Sans elle ces tableaux aux couleurs intenses risquent de n'être plus que de pâles grisailles. Ai-je réussi à mettre en relief leur côté plastique, à en faire deviner la vie impétueuse et variée, à en marquer le sens profond et souvent lumineux? Je ne sais. Quoi qu'il en soit, ces drames, où de hauts types humains se manifestent sous les formes énergiques et dans le cadre hardi du mythe, constituent un groupe à part et ae rangent parmi les plus élevés dans le monde
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des libres créalions poétiques. Embrassons maintenant l'ensemble de l'œuvre d'un seul coup d'œil; tâchons d'établir sa place dans l'histoire du drame en général, de saisir sa portée vis-àvis du théâtre contemporain. Résumons enfin la carrière de l'artiste et voyons l'idée qui s'en dégage.
On croit yénéralemenl que, dans sa réforme, il ne s'agit que d'un nouveau système d'orchestration et de déclamation dramatique. Mais ce n'est là qu'un détail, un côté extérieur dans l'œuvre de ce maître, La pensée qui l'anime est beaucoup plus vaste et plus audacieuse, le but qu'il poursuit bien plus élevé. Ce dont il s'agit n'est rien moins qu'une réforme de l'instilutton théâtrale elle-même, sa réédification sur une base nouvelle. Puisque cette idée est entrée désormais dans le domaine des faits, nous l'examinerons à (a lumière des deux grands exemples que nous a légués le passé et qui nous éclairent encore. ,
L'histoire du théâtre ne nous offre, dans la série des temps, que deux types principaux du drame, entièrement distincts, absolument originaux. Tous les autres pcocèdent de ces deux modèles incomparables et peuvent s'y ramener ; c'est d'une part la tragédie grecque, de l'autre le théâtre de Shakespeare.
La tragédie athénienne fut le fruit unique de la plus complète des civilisations, qui lui apporta le concours de toutes ses forces. Nous trouvons