DANS L HISTOIRE DU THEATRE 2O
toujours. Elle est un perpétuel devenir, commi; la pensée de l'homme agissant; c'est en un mot la mélodie infinie de Beethoven appliquée au drame. — L'unité des deux trames est plus profonde encore. Au moyen des motifs dominants de l'orchestre et de leurs combinaisons variées, la musique atteint jusqu'aux intentions les plus secrètes, voire même aux mobiles inconscients des personnages, surprenant et révélant le sentiment à sa naissance mystérieuse. Elle devient par là l'instrument et l'interprète de la psychologie intime du drame. — Quoi d'étonnant si la trame harmonique et mélodique, ainsi tîssue, peut embrasser et reproduire l'unité de l'œuvre poétique? Toute œuvre d'art en effet est, comme toute œuvre de la nature, un organisme à pari et complet, un microcosme. Lajnusique peut en giigl giie sp rtp nong. ■■n ^doi'j^'' i^^'"^j la monade vivante. Tel est certainement l'effet que produira sur beaucoup de personnes le prélude de Lohengrin et le motif du philtre dans celui de Tristan. Ce drame se rattache philosophiquement, non historiquement, à la tragédie grecque. L'analogie n'est pas dans la forme, mais dans l'esprit. Si celle-ci est sortie des cceurs dithyrambiques, le drame de Richard Wagner est sorti du génie de la musique moderne et s'est comme retrempé à sa source vive. D'autre part, il a incontestablement subi l'influence de Shakspeare et de l'esprit moderne, en ce sens que les caractères y sont plus creusés, plus fouillés que dans le drame athénien, et que le chœur y est remplacé par des
ago PLACE DE RICHARD WAGNER
. personnages agissants de la scène. Richard Wagner n'a donc pas inventé une musique nouvelle, mais il est le premier musicien moderne qui ait fait servir son art à l'invention poétique la plus hardie et qui ait fait entrer, par le drame musical, des personnages et des caractères entièrement nouveaux dans le domaine de la poésie. Je n'en veux pour preuve que les types frappants el désormais indélébiles de Tannhœuser, et de Lohengrin, d'Ortrude et d'Eisa, de Tristan et d'Iseult, de Wotan, de Siegfried et de Brunehilde.
Je viens de tracer en lignes générales le type idéal du drame que Richard Wagner a entrevu, défini et poursuivi sans trêve ni relâche depuis les débuts de sa carrière. Qu'il soit élevé et digne des plus grands efforts, nul ne le niera- Dans quelle proportion l'a-t-il atteint dans ses œuvre*? L'avenir en sera juge. Il serait étrange que, dans une tentative aussi difficile, un génie aussi impétueux que le sien n'ait point quelquefois dépassé la mesure, qu'en certains endroits, son harmonie n'ait pas débordé sa parole, ou sa parole violenté sa mélodie. Ce qui demeure certain pour nous, c'est que sa voie est la grande, la vraie, la féconde, celle de Tart vivant et idéal. Deux chefs-d'œuvre incomparables, chacun dans son genre, en témoignent à nos yeux : son Lohengrin et son Tristan. Il suffit de les approfondir pour s'en assurer. Quant à la vaste conception des Nibelungen, si elle n'a pas la même perfection, elle les surpasse en grandeur et offre