‹ Le drame musical: Richard Wagner, son œuvre et son idéeChapitre 5 sur 29 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

Oui, je suis fier d'avoir défendu presque seul, il y aura bientôt vingt ans, la cause de l'Art pur et de l'Idéal, en un temps où nous vivions écrasés sous le joug de fer de la science positiviste, où sa fille légitime, la littérature naturaliste, nous étouffait de ses vulgaires épopées et de ses miasmes malsains. La science avait décrété la fin de tout mystère et la critique la mort de la poésie. Quiconque voulait encore y croire devait se réfugier au plus profond de luimême et se conforter aux conceris du dimanche. Car là, les grands maîtres de la symphonie parlaient en accents divins des merveilles de l'âme, et la musique de Wagner nous secouait de ses fanfares annonciatrices d'un monde nouveau.

Aujourd'hui tout a bien changé. La science positive règne encore sur beaucoup d'esprits, mais ne gouverne plus les cœurs. Le naturalisme expire, et une nouvelle génération se lève qui s'est révoltée contre ses maîtres au nom des puissances éternelles de la jeunesse et de la vie. Elle ne rêve que d'âme, de musique et de poésie. Ses yeux ne sont plus tournés vers la science de la matière, mais vers la source des idées et des sentiments. Elle a délaissé l'antiquité classique pour la Galilée ou l'Orient lointain; et plus encore la fascine, de ses froides aurores boréales, le septentrion, patrie des Sagas et du Songe, Cette génération sera plus radicalement idéaliste que

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