‹ Le drame religieux au moyen âgeChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

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Bien que ce soit seulement dans la dernière période du théâtre religieux en langue française que le mot mystère fut communément appliqué aux représentations de cette nature, c'est néanmoins un usage consacré de désigner ainsi les drames français du Moyen Age de i*ordre le plus élevé.

Notre opinion est que dans notre pays, ou, plus

Î généralement, dans les pays de langue française, 'institution de représentations entièrement en langue

(1) ^céLi:fTAND DU Mbru , rocueil cité, p. 262 et suiv.

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vulgaire est l'œuvre de confréries pieuses, demiciéncaies, demi-laïques, et se rattachant, par leur origine ou par leur objet, aux églises et aux abbayes ui avaient été, (jui demeuraient encore les centres es drames liturgiques et des jeux scolaires. Malgré des différences très sensibles, Timitation des uns et des autres, et notamment de ces derniers^ nous

raît manifeste dans les plus anciens monuments drame français qui soient parvenus jusqu'à nous. Les traces d'un lien avec le culte, quoique de moins en moins apparentes, n*y sont pourtant pas mécon-* naissables. Et même ce sont encore, au début, les coutumes rituelles qui fournissent en partie le cadre et les procédés de la figuration et de l'exposition scénîques. C'est à la liturgie qu'on demande d'abord les éléments d'une dramaturgie.

Nul document n'est plus mtéressant, à cet égard comme à tous les autres» que le précieux texte de la représentation d*Adam (1), composée et jouée au xn* siècle en Angleterre, où l'invasion victorieuse de Guillaume de Normandie avait implanté les coutumes et la langue françaises, au point que celle-ci faillit demeurer pour toujours l'idiome de la monarchie et de la nation anglaises. Depuis la mise en lumière du manuscrit, conservé à la bibliothèque de Tours, où il était resté longtemps inutilisé, cette pièce a été maintes fois étudiée, analysée, citée. L'auteur, demeuré anonyme, un ecclésiastique sans aucun doute, chef probablement de la confrérie qui lui fournit le personnel nécessaire à son jeu, était un dramaturge habile et un poète de mérite. La scène de la tentation d'Eve, dont le démon capte fort habilement la bienveillance, en faisant l'éloçe de sa beauté et de son « grand sens » et en lui disant du mal de son mari, est devenue de nos jours presque

(i) La plus récente et meiUeure édition en a été donnée par M. Karl Grass. HaUe, 1891, in-8<>. — La première avait été due à M. Luzarche. Tours, 1854, in-S».

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célèbre. Combien de fois surtout n'en a-t-on pas reproduit et loué le passage suivant :

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€ Ta 68 faiblette et tendre chose ; — • tu es plus fraîche que la rose ; — tu es plus blanche que le cristal ; — que la neige tombant sur la glace en un vallon ; — mauvais couple fit en vous le Créateur ; — tu es trop tendre et Adam trop dur ; — mais néanmoins tu es plus sage; — ta volonté est de grand sens ; — aussi fait-il bon venir à toi... »

La figuration de la chute d'Adam et d'Eve est suivie dans cette représentation de celle de la jalousie et du crime de Gain, et le jeu se termine par le défilé des prophètes du Christ.

C'est également en Angleterre, dans la seconde moitié du xii* siècle, qu*a été versifiée, pour une confrérie, une Résurreetion française, dont une partie seulement nous est parvenue (1). Elle est conçue, selon notre avis, dans le système des anciennes récitations ou leçons liturgiques, dont les jeux scolaires avaient certainement conservé des traces. Le dialogue, d'ailleurs, y est tout à fait prédominant et les quelques phrases, versifiées aussi, de narration qui s'y intercalent, ne sont plus guère, en fait, que des indications scéniques, destinées à aider la mémoire des acteurs et l'intelligence des spectateurs. La pièce est précédée d'un très curieux prologue, où nous apparaît assez clairement décrit le système de mise en scène simultanée qui devait régner durant tout le Moyen Age et se perpétuer encore au delà.

c En cette manière récitons — la sainte résurrec-

(1) Noos en avons donné une traduction intégrale dans notre travail intitulé : Les plus anciens drames en langue française, inséré dans nos Origines catholiques du théâtre moderne. Voyez p. 145 et suiv. — On en trouvera le texte, ainsi que calui des pièces de Jean Bodel et de Rutebeuf, dans le recueil intitulé : Théâtre français au Moyen Age, publié par MM. Monmerqué et F. Michel. Didot^ g;r. in 8«.

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lion. — Premièrement disposons — tous les lieux et les demeures : — le crucifix premièrement — et puis après le tombeau. — Il doit y avoir une geôle — pour enfermer les prisonniers. — Que Tenfer soit mis de ce côté ; •— les demeures de l'autre — et puis le ciel, et sur les sièges — d'abord Pilate avec ses vassaux ;

— il aura six ou sept chevaliers. — Caïphe sera sur l'autre. — Avec lui soit la Juiverie. — Puis Joseph d'Arimathie. — Au quatrième lieu soit le seigneur Nicodème. — Chacun a près de soi les siens. — Au cinquième les disciples du Christ. — Que les trois Marie soient sur le sixième.^ — Que Ton pourvoie à figurer — la Galilée au milieu de la place. — Que Ton y figure encore Ëmmaûs» — où Jésus fut à l'hôtel conduit. — Et quand les gens sont tous assis

— et la paix mise de toute part, — que le seigneur Joseph, celui d'Arimathie, — vienne trouver Pilate et qu'il lui dise... 9

Vers la même époque, dans la France propre, le drame religieux en langue vulgaire se présente à nous sous une forme déjà singulièrement avancée dans le Jeu de saint Nicolas, de Jean Bodel d'Arras, poète distingué» qui a cultivé les principaux genres de la poésie d'alors. Il a traité dans cette pièce le même sujet qu'Hilaire et l'auteur ou l'un des auteurs anonymes des jeux scolaires de Fleury-sur-Loire. Bodel lui-même était, sans aucun doute, un lettré, un clerc, un écolier devenu trouvère. Il avait probablement pris part, quand il était étudiant, aux jeux dramatiques latins représentés, notamment à la Saint-Nicolas, dans la grande abbaye de Saint- Vaast. Il s'est inspiré de ce souvenir, mais d'une façon fort originale, dans son jeu français, composé pour une confrérie dont saint Nicolas était le patron et qui se rattachait peut-être à quelque corporation ou corps de métier. Son auditoire ne paraît pas avoir été d'un goût très austère et sans doute était fort mêlé. Les scènes de cabaret tiennent dans sa pièce une place énorme. En revanche, elle nous ofifre une scène d'un

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caractère et d'un mérite cornéliens et où a passé le grand souffle héroïque des croisades. Une armée chrétienne est en présence d'une armée païenne et sarrasine et le poète fait ainsi parler les chrétiens :

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« Saint Sépulcre, à notre aide! Seigneurs» songeons à bien faire ! — Sarrasins et païens viennent pour nous déconGre. — Voyez reluire les armes : tout mon cœur s'en éclaire de joie. — Or, combattons si bien que notre prouesse se montre. — Contre chacun des nôtres ils sont bien cent, à les compter.

UN GHRÉTIBN

€ ^Seigneurs, n'en doutez pas, voici pour vous le jour du jugement ; — je sais bien que nous y mourrons tous au service de Dieu ; — mais je m'y vendrai bien cher, si mon épée ne se brise ; — ni coifife ni haubert ne garantiront un seul païen. — Seigneurs, que chacun se sacrifie aujourd'hui pour le service de Dieu ! — Le paradis sera pour nous et eux, ils auront Tenfer. — Ayez soin, quand on en viendra aux mains, que leurs corps rencontrent nos fers.

UN CHRÉTIEN, nouvellement armé chevalier.

« Seigneurs, parce que je suis jeune, ne m'ayez pas en mépris ; — on a vu souvent grand cœur en wrps petit. — Je fraj[)perai le brigand, je Tai déjà choisi. — Sachez que je le tuerai, si tout d'abord il ne me tue. »

Alors un ange vient du ciel et s'adresse ainsi aux défenseurs de la bonne cause :

l'ange

« Seigneurs, soyez en toute assurance, — n'ayez doutance ni peur ; — je suis messager de NotreSeigneur, — qui vous mettra hors de douleur. — Ayez vos cœurs fermes et croyants — en Dieu. Il ne faut

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pas qu'à cause de ces mécréants» — qui vous viennent ici courir sus, — vous ayez au cœur autre chose que de l'assurance. — Mettez hardiment en

Séril vos corps — pour Dieu, car telle est la mort — ont doit mourir tout le peuple — * qui aime Dieu de coeur et le croit.

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c Qui étes-vous, beau sire, qui ainsi nous réconfortez, — et si haute parole de Dieu nous apportez ? — Sachez que, si cela est vrai, ce que vous nous dites, — nous recevrons de pied ferme nos ennemis mortels.

L*ANOn

c Je suis un ange de Dieu, bel ami ; — pour vous réconforter il m*a ici envoyé. — Soyez en assurance, car, dans les cieux, — Die« vous a mar(][ué place entre ses sages élus. — Allez, vous avez bien com* mencé, — pour Dieu vous serez tous massacrés ; — mais vous aurez la haute couronne. — Je m'en vais, demeurez à la garde de Dieu. x>

Sous les règnes de saint Louis et de Philippe-le- Hardi, un étudiant paresseux et joueur de l'Université de Paris, déjà florissante, jeta bas, lui aussi, sa robe de clerc, et se fit non seulement trouvère, mais jongleur. Il se nommait Rutebeuf et mena désormais dans la capitale la vie affamée d*un poète et d'un amuseur de profession. Connu pour son talent de versificateur, il lui arrivait de temps en temps quelques aubaines. De grands seigneurs, de riches bourgeois faisaient parfois accueil à ses poèmes lyriques, didactiques ou satiriques. De hautes dames lui commandaient la rédaction de pieux récits. Il reçut, un jour, d'une dévote association parisienne une commande analogue, mais dans le genre dramatique. 11 consentit volontiers à mettre pour elle en rimes et en représentation la légende célèbre du clerc Théophile, qui avait vendu son âme au diable.

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mais que la Sainte- Vierge, touché de son repentir, avait arraché au pouvoir de Satan. Ce miracle de Notre-Dame avait déjà, cela est plus que probable, été dialogué en langue française, et avait même, sans doute, à une date encore antérieure» fourni le sujet d'un ou plusieurs jeux latins dans les écoles épiscopales ou monastiques. Comme nous ne possé* dons pas ces versions anciennes, le drame de Ruta* beuf, assez médiocre d'ailleurs, est pour nous très

f»récieux^ comme le premier spécimen d'un genre qui, iéà la dévotion envers Marie, si particulièrement chère à nos ancêtres du Moyen Age, demeura en grande faveur.

Nous en avons la preuve dans Tample et remarquable collection de miracles de Notre-Dame par personnages (tel est le nom propre de ce genre particulier de mystères) que contiennent deux beaux manuscrits de la Bibliothèque nationale, et qui furent représentés au xiv* siècle pour Tédification et le divertissement d'une sorte de petite académie, d'un caractère à la fois religieux et littéraire, dont le siège paraît avoir été fixé dans le voisinage des Halles de Paris (i). Deux siècles plus tard, le même genre de pièces était encore goûté dans la capitale, comme l'atteste un autre manuscrit de la même bibliothèque, lequel renferme douze autres miracles de Notre-Dame, représentés presque d'année en année» de 1536 à 1550, par et pour les membres de la confrérie parisienne de Notre-Dame de Liesse, à l'occasion de la fête de la Nativité de la Sainte-Vierge. Cette confrérie avait son centre religieux à l'église de

(1) Le texte des quarante pièces de cette collection a été

Snblié pour la Société des anciens textes français par [M. Gaston Paris et Ulysse Robert. Paris, Firmin Didot, 1876-1893, in-8«. — Il a fait l'objet d'une intéressante étude de M. Hermann Schnell : Ueber der Abfcusunasort der Mi" moUt de Nottre Dame par personnages. Marburg, i886« in-8^. — Cf. le récent et remarquable ouvrage de M. Bmile RoY, Etudes sur le théâtre français du XIV* et du XF« siècle, p. Gxx et suiv.

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l'hôpital du SainUEsprit-en-Grëve et son siège social dans une maison de la rue de la Vieille Tixeranderie. Son dramaturge attitré, Jean Louvet, était un ofticier judiciaire, un sergent à verge du Chàtelet, qui exerçait en outre f cumul notable) la profession de grainetier-fleuriste (t).

Nous ne manquons pas, comme on le voit, d*échantillons du théâtre religieux en France aux xiu* et xiv^ siècles. Mais ces quelques débris sont bien peu de chose en comparaison des pièces qui ont existé, des représentations qui ont eu lieu, et dont rien n'a subsisté pour nous que çà et là quelques mentions en des documents d une autre nature. Celte vaste lacune est particulièrement regrettable pour ce qui concerne les mystères français se rattachant par leur origine aux anciens cycles liturgiques et scolaires des Prophètes du Christ ou de V Ancien Testament^ de la Nativité^ de la Passion et Résurrection du Sauveur. Un mystère de la Passion en dialecte gascon où la Résurrection est comprise, et qui, con* serve dans un manuscrit du xiv" siècle (2), remonte peut-être, quant à son type originaire, à la seconde moitié du xiii% nous donne un aperçu, mais bien peu suffisant, du progrès qui s'était accompli à cet égard dans le mouvement dramatique. C'est seulement par des inductions et des conjectures que nous pouvons essaver de nous faire une idée de la façon progressive dont s'opéra chez nous cette extension, d'une part, et de l'autre, cette concentration des matériaux du drame religieux qui, tout en laissant place aux représentations séparées de telle ou telle partie du cycle biblique et évangélique, considérée

(i) Emile Rot, ouvrage oité, p. 147.

(2) Ce manuscrit, acheté naguère par M. Ambroise-Firmin Didot, est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. — A la Passion gasconne se rattache, comme a l'une de ses sources, la collection de mystères an dialecte du Rouergue, puhliée par MM. A. Jeanroy et H. Teulié : Mystères provençaux du XV* siéeU. Toulouse, Edouard Privât, 18i^3, in-S».

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isolément, produisit^ dès les premières années du xv" siècle tout au moins, ces grandes, ces immenses, ces énormes compositions* dont la vogue extraordinaire alla toujours croissant durant ce même siècle et la première moitié du siècle suivant.

A un autre point de vue, mais convergeant avec celui-là, un fait capital se produisit dès le début ^1402) de cette même époque. Une confrérie parisienne, dont l'origine est obscure, avait, à ce qu'il semble, depuis un certain temps, adopté pour son œuvre propre et son exercice capital, la représentation en diverses occasions propices de mystères dramatiques, et notamment de ceux qui avaient pour sujet la Passion et la Résurrection du Sauveur. Elle eut la bonne fortune d'intéresser à ses jeux le roi Charles VI, en quête de distractions à la maladie mentale dont il était affligé, et elle obtint de lui à la date susdite, au mois de décembre, des lettres patentes lui accordant une autorisation officielle et perpétuelle et une sorte d'investiture en qualité de théâtre royal et de théâtre public. Le siège religieux de la confrérie de la Passion était à l'église de la Trinité. Elle établit son siège dramatique dans un hôpital voisin, portant le même vocable et alors abandonné, à ce qu'il semble. La grande salle du rez-de-chaussée, large de six toises, longue de vingt et une toises et demie, et solidement construite en pierres de taille, fut disposée par les confrères en théâtre permanent. Des représentations d'une périodicité fixe et régulière y furent données par eux, moyennant paiement des places, aux habitants de Paris, grands partisans déjà de ce genre de plaisir, que le clergé, dans son ensemble, eu égard à l'origine et au caractère général de ce théâtre, non seulement permettait aux fidèles, mais même encourageait et ne craignait point de partager.

Un nouvel et vif élan fut imprimé aux compositions dramatiques par cette institution définitive des Confrères de la Passion en compagnie théâtrale, et.

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en même temps, comme nous Tavons dit, le goût des représentations publiques de mystères se déve* loppa de jour en jour davantage sur toute la surface du sol français. C'est alors qu'on voit se produire ces drames de plus en plus étendus, annoncés par nous tout à l'heure, et où se concentre et se délaie tout ensemble la matière du drame religieux. Eustache Hercadé, bachelier en théologie et docteur en droit canon, officiai deCorbie, compose et fait représenter, dans le premier quart du xv* siècle^ une Passion en quatre journées et vio^t-cinq mille vers, où la Natù vite est comprise, aussi bien que la Résurrection et Y Ascension (i), et il y ajoute encore ensuite un mystère de la Vengeance en trois journées, où sont représentés, évidemment d'après des modèles antérieurs, le châtiment des Juifs déicides et la prise de Jérusalem par Titus.

Vers 145Q, un maître ès-arts de la grande Université parisienne, étudiant à la Faculté de Théologie, Arnoul Greban, composa, sur la demande o d'aucuns de Paris », peut-être des Confrères de la Passion, un mystère divisé en quatre journées comme celui de Mercadé e.t comprenant à peu près la môme matière, mais comptant près de dix mille vers de plus. C'est, du reste, une œuvre bien supérieure, beaucoup plus personnelle et plus littéraire, qui passa en son temps pour un chef-d'oeuvre et valut à son auteur une immense renommée. Malgré le réel talent dont Greban çà et là fait preuve, il faut aujourd'hui quelque courage pour lire son drame tout entier. En deux endroits seulement il a touché presque au grand art : d'abord, dans ce chœur des démons, dans cette lamentation dantesque des suppliciés éternels :

(i) La Passion d'Eustaoha Mbbcàdé, oonservéê dans an mannscrit de la bibliotbèqnê d'Arras, a été publiée en 18^ par M. J.'M. Ricbard. Arrai, imprimerie P.-M. Laroctie, jn-4*. L'attribution de ce texte a Mercadé, auteur de la Vengeance, est très vraisemblable, mais non absolument certaine. Cf. ouTrage cité, Introduotiont p. vi et suiv.

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La dure mort étemelle

C'est la chanson des dampnés;

Bien nous tient à im cordelle

La dure mort éternelle ;

Nous Tavons detsenry (mérité) lelU

Bt à lui sommes donnés :

La dure mort éternelle

Cest la chanson des dampnés.

En second lieu, et plus encore, dans oe dialogue entre Judas et le démon que le traître a évoqué dans son désespoir :

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