‹ Le drame religieux au moyen âgeChapitre 5 sur 11 · LB DÉMON · texte numérisé non relu

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Déseapéranoe (1).

Haiffré son succès, le composition de Greban, au bout de quelque temps, parut un peu démodée. Le

(1) LèUxte de la Passion de Qreban a été publié en 1878 par MM. Gaston Paris et Gaston Raynaud- Paris, Vieweg,

Î[r. in-8«. — Cf. notre étude sur oe sujet : Origintê cathoigues du théâtre moderne, p. 301 et sniT.

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sujet fut alors repris et remanié par « très éloquent et » . scientifique docteur, matlre Jean Michel »> un mé- l| jj decin aux aptitudes dramatiques, dont l'œuvre fut ■ représentée « triomphalement et somptueusement » ma dans la ville d'Angers, à la fin du mois d'août i486. ' ° Cette Pa55ion, en quatre journées, ne correspondait

Su'aux journées deuxième et troisième du mystère e Greban, et atteignait pourtant au chiffre de trente mille vers. On y juxtaposa plus tard la première et la quatrième journées de Greban, un peu rajeunies^ et on obtint de la sorte un drame en six journées et en soixante-cinq mille vers, qui fut représenté à Paris en Tannée 1507 (i).

Arnoul Greban lui-méme jugea sans doute un peu mesquines les proportions de sa première œuvre dramatique, car, ayant entrepris, en collaboration avec son frère Simon, de lui donner une suite, les deux auteurs atteignirent, ou peu s'en faut, dans leur mystère ^f^f^ Actes des Apôtres, le chiffre de soixantedeux mille vers, répartis entre près de cinq cents Sersonuages. Le succès de ce mystère fut, pour ainsi ire, inépuisable. La représentation donnée dans l'amphithéâtre de Bourges en 1536, avec le concours enthousiaste du clergé et de la magistrature et un déploiement de faste inouï, ne dura pas moins de quarante jours.

D'autre part, l'antique scène des Prophètes du Christ^ à travers toutes les extensions et remaniements qu'elle avait subis, aboutissait à la vaste compilation intitulée dans la première édition connue (vers 1500, il ne nous en est point resté de manuscrit) : « Le Mistère du Viel Testament par personnages, joué à Paris », et qui comprend, chiffre rond, quarante-neuf mille vers. Ce drame, ou, pour parler plus juste, cette série de drames commence par la création du ciel et de la terre, et se termine par l'an-

(i) Cf. PsTiT de JuLLBYiLLS, Lcs Mj/stéres, t. Il, p. 437 et

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nonce faite à l'empereur Octavien (c'est Auguste) de la venue du Messie par les douze prophétesses appelées sibylles (i).

Durant cette même époque d'exubérante splendeur du drame religieux en France, c'est-à-dire de 1400 et surtout de 1450 à 1550 ou environ, aux mystères du cycle qu'on peut appeler biblique, s'ajoutent, dans une proportion dont les textes ou les mentions subsistantes ne peuvent nous donner qu'une légère idée, les représentations consacrées aux vies et mi racles des saints, patrons des cités, des paroisses, des innombrables confréries alors florissantes. Ces représentations ont souvent le caractère d'une entreprise officielle et municipale. Des mesures administratives et même coercitives sont prises pour en assurer le succès. « Aucun événement, dit très bien M. Petit de Julleville (2), ne remuait plus profondément une ville que la représentation d'un mystère. D'abord le nombre immense des acteurs faisait qu'il y avait presi|ue un rôle dans chaque famille, qui se trouvait ainsi directement intéressée au succès de l'entreprise ; ceux qui n'étaient pas acteurs voulaient au moins être spectateurs ; et* durant les jeux, la population tout entière s'entassait dans ces immenses théAtres, pour voir, sinon pour entendre. La ville demeurait déserte ; il fallait en fermer les portes, et la faire garder par des gens armés qui faisaient partout des rondes, pour empêcher 3ue les maisons abandonnées ne devinssent la proie es voleurs. Qui eût voulu se désintéresser des jeux, n'en était même pas tout à fait libre ; l'autorité municipale faisait fermer les boutiques et souvent même défendait tout travail public et bruyant. »

Parmi les vies et miracles des saints, un certain nombre, ayant un caractère plus particulièrement

(i) Une excellente édition de ce mystère a été donnée pour la Société des anciens textes français par MM. James de Rothschild et Emile Picot. Firmin Didot, 1878 et années suivantes, in-8».

(2) Ouvrage cité, t. 1, page 3S4.

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historique et patriotique, pouvaient ouvrir la voie à un développement nouveau du théâtre de nos pèree, qui, à côté du drame religieux, aurait ainsi donné place au drame qu'on pourrait appeler national. La transition vers ce genre à nattre nous apparat! dans des mystères comme la Vie de saint LouiSy dont il nous est parvenu deux versions distincles : Tune, composée au xv* siècle, peut-^tre pour les Confrères de la Passion, Tautre, au commencement du xvi*, pour la confrérie des maçons et charpentiers de Paris, par le poète Pierre Gringore (1). La marche en avant de ce côté nous semble indiquée encore dans une oeuvre telle que le Mystère du sièae d'Orléans^ re* présenté à Orléans même, assez peu de temps après la mort de Jeanne d'Arc, qui en est, ainsi qu'il convient, le principal personnage (2).

Une autre source de développement s'offrait encore à ce même tnéàtre de nos aïeux, que le drame religieux avait établi et où il tenait la première place : c'était la mise en œuvre dramatique des divers cycles de répopée du Moyen Age : gestes carolingiennes, geste de la Croisade, romans de la table ronde et d'aventures, récits légendaires sur l'antiquité grecque et romaine. Ce dernier cycle a fourni à un jeune étudiant de l'Université d'Orléans, au xv« siècle, la matière d'une œuvre curieuse : « L'Istoire de la destruction de Troye la grant, translatée de latin en francoys, mise par personnages par maistre Jaques Millet » en trente mille vers. Le tnéÂtre néo-celtique de notre Bretagne, s'il procède, comme tout conduit

(1) Ce dernier texte a été publié dans les Œuvres oom" plétes de Qringore^ t. II, par MM. A. de Montaiglon etJ.da Rothschild. Paris, Paul Daffls, 1877, in-i8. (Bibliothèque elsévirienne). Le premiern'a été l'objet que dune édition tout à fait spéciale et tirée à petit nombre, donnée par M. Francisque Michel. Westminster, 1871, in-4o (pour le Roxburghe- Qub).

{%) Le mystère du siège d'Orléans a été publié en 186S dans la Collection des dooumênu inédits par MM. P. f^uessard •t £. de Certain. Parts, imprimerie nationale, in-4^

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à le croire, de mystères franchis perdus, nous fournît la preuve que les autres cycles aussi avaient corn* mencé à être utilisés pour le théâtre. Nous y remarquons, en effet, à côté de drames religieux tout à fait analogues aux nôtres, des œuvres telles que celles-ci: c Mystère de Charlemagne et des douze pairs, mystère des quatre fils Aymon, mystère de Pierre de Provence et de la belle Magueloune, mystère de Jérusalem délivrée ou Godefroi de Bouillon, mystère de la conquête de Charlemagne, mystère de Robert4e- Diable, Vie de saint Guillaume, comte de Poitou » (1). Les perspectives ainsi ouvertes devant l'instinct, devant la passion dramatique de nos ancêtres de la fin du Moven Age, furent brusquement coupées par le triomphe de la Renaissance. Il n'en fut pas des mystères comme d*autres branches de notre ancienne littérature qui, lors de ce triomphe, étaient déjà mortes. Ils n'étaient même pas entrés dans celte période de décadence qu'avaient connue avant eux et à cause d'eux les drames liturgiques et les jeux scolaires. Jamais, au contraire, ils n'avaient été plus goûtés de la masse de la nation. Ils ne périrent pas de la difficulté de continuer à vivre ; ils furent assaillis, vaincus et tués par un adversaire que diverses circonstances rendirent plus puissant. On peut donc dire que la cause de leur fin leur fut, pour ainsi dire, étrangère. Mais il faut ajouter que cette cause n'aurait pas eu un effet si décisif et si meurtrier sans les défauts internes des derniers mystères français, qui diminuèrent singulièrement leur force de résistance contre un ennemi aussi redoutable pour eux que l'humanisme de la Renaissance avec son engouement sans bornes pour l'esprit et pour les œuvres de l'antiquité grecque et romaine. L'exubérance même, vraiment énorme et déréglée, des grandes représentations religieuses du XVI* siècle, attestait une vigueur

(i) Cf. flRMiti Omoxt, Catalogue de» manuscriu oeliiquee de la Bibliothèque naiiorMUe. Paris, 1890, in-8«.

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plutôt fiévreuse que réellement solide, et offrait à rattaque une surface pleine^ de points faibles. La naïveté première de ces exhibitions démesurées s'était de plus en plus mélangée et gâtée d'ingrédients fÀcheux, et la curiosité des spectateurs, autant et plus surexcitée que leur dévotioii|S'y repaissait trop souvent d'aliments de toute nature. EnGn la non contestable infériorité littéraire de ces compositions interminables présentait un contraste par trop frappant avec la juste mesure, avec la haute valeur de goût et d'art des chefs-d'œuvre de la littérature antique. Les mystères français avaient besoin d'une réforme ; ils furent victimes d'une révolution.

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