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LA VERSIFICATION

Ce vers nouveau, que nous appellerons romantique, pour l'opposer au vers classique, n'est pas particulier au drame; mais Hugo l'a trouvé à propos du drame ; le vers de Cromwell n'a déjàplus de rapports, pour la souplesse etla liberté de l'allure, avec le vers qu'Hugo lui-même employait dans ses poèmes lyriques avant 1827. Mais, une fois constitué, ce vers sera d'un emploi général ; la métrique française aura poussé à l'extrême, et parfois même à l'excès, ses qualités et ses moyens d'effet.

L'alexandrin classique était théoriquement césure au milieu, et dans la pratique les poètes s'écartaient rarement de la règle de l'hémistiche. L'enjambement est interdit d'une façon absolue (l'enjambement proscrit par Malherbe était surtout l'enjambement d'un demi-alexandrin, qui était fort vicieux, on le conçoit facilement).

Ce vers a des césures secondaires ; ces césures sont proprement, non pas les césures du vers, mais celles des hémistiches.

Le vers romantique (et les vers classiques qui sont déjà romantiques, si l'on peut ainsi parler) diffère en ceci : il met la césure forte à la place de n'importe quelle césure faible ; la césure de l'hémistiche subsiste ; il le faut, car sans elle point de compte : numerus ; mais il suffit que l'oreille la sente, le sens passe outre et s'arrête plus loin ; il y a discordance entre le sens et la césure, ou, si l'on veut, entre la césure ou les césures du sens et la césure du vers. Cette discordance plaît en elle-même. Dès lors, les coupes diverses du sens peuvent se combiner pour former une période aussi rythmée, aussi variée que la période latine.

La période antique était composée en grande partie par la discordance des repos du sens et des repos qui marquent la fin du vers. La partie comprise entre la fin d'un vers et le repos du sens situé dans le vers suivant s'appelle rejet.

Ce sont les romantiques qui ont retrouvé cette période savante; avant eux, lapériole n'était guère q.i'un groupe le drame: uoMAvr. '21

de vers, sans lieu rythmique à la vérité. Malherbe avait interdit l'enjambement pour renforcer l'hémistiche. Un souffle puissant lance l'un après 1 autre les alexandrins trop disposés à tomber deux à deux, les presse et les entraîne jusqu'à la fin de la période. Quant aux membres de cette période, ils sont tous égaux à un vers, ou faits de deux vers. La période est ainsi comme un peu essoufflée ; le poète est un jongleur qui joue avec des poids. Il semble qu'on entende le souffle régulier et fort de l'hercule.

Puissent tous ses voisins | ensemble conjurés | Saper ses fondements | encor mal assurés ! || Et, si ce n'est assez | de toute l'Italie, | Que l'Orient contre elle | à l'Occident s'allie, || Que cent peuples, unis | des bouts de l'univers, | Passent pour la détruire | et les monts et les mers ! || Qu'elle-même sur soi | renverse ses murailles, | Et de ses propres mains | déchire ses entrailles ! || Que le courroux du ciel | allumé par mes vœux | Fasse pleuvoir sur elle | un déluge de feux ! || Puissé-je de mes yeux | y voir tomber ce foudre, | Voir ses maisons en cendre | et tes lauriers en poudre, | Voir le dernier Romain | à son dernier soupir, | Moi seule en être cause, | et mourir de plaisir !

Les vers ici vont deux à deux, sauf les 4 derniers que 1 élan de la pensée a réunis : il y a là pour nous aujourd'hui quelque chose de monotone que l'énergie de ia passion ne suffit pas à déguiser ; il est facile de s'en convaincre en plaçant à côté de ce morceau un morceau analogue écrit en latin, les imprécations de Didon :

Tum vos, o Tyrii, | stirpem et genus omne futurum Exercete odiis, | cinerique haec mittite nostro Munera ! || nullus amor populis, nec fœdera sunto! || Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor, | Qui face Dardanios ferroque sequare col on os, | N-unc, | olim, | quocumque dabunt se tempore vires. | Littora littoribus contraria, | fluctibus undis Imprecor, | arma annis : |l pugnent ipsique nepotesque !

On voit quelle énergie donne à la passion le tissu serré

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