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LIVRE II LES SYSTÈMES

Qu'est-ce que le genre tragique ? D'un critérium pour apprécier les systèmes divers : les conditions d'existence du genre ; le juste

. milieu, c'est-à-dire l'union de la plus grande somme de poésie et d'observation morale avec les nécessités théâtrales, le mélange raisonnable du général et du caractéristique. — II. Examen des systèmes : le système antique. — Représentation plastique et poétique de la vie. Action, lieu, temps. Séparation du tragique et du comique. — III. Le système espagnol. La tragédie née du Mystère. La convention scénique, absence de décor. La tragédie psychologique sort peu à peu du spectacle historique. Le comique et le grotesque dans le drame, restes du théâtre primitif. — IV. Le système shakesperien. Le drame historique et le drame psychologique. L'émotion poétique et l'émotion psychologique. Le caractéristique. Le grotesque servant d'antithèse et le grotesque traditionnel. Enfance du décor. — V. Le système classique. Les unités ; leur inutilité. Comment elles sont à la fois une invention des médiocres et une expression de l'esprit français. Nullité de lieu. — Beauté et grandeur de la tragédie classique. Le spectacle de la vie ramené à l'étude de la passion dans ce qu'elle a de général et d'éternel. Dialogues ; les confidents et leur nécessité ; monologues. Défaut de la tragédie classique : elle renonce a utiliser la scène ; sous sa forme la plus belle elle n'est point faite pour la scène. — VI. Shakespere et le théâtre allemand. Shakespere corrigé par Corneille. Retour au caractéristique, à l'émotion poétique. — VII. La tragédie française à la recherche du juste milieu ; ses efforts vains avant le romantisme.

Un drame n'est ni une épopée ni une ode. Et pourquoi ? Parce que le poète nous invite à venir au théâtre, et parce qu'il nous place devant une scène où vont s'agiter et se mouvoir, penser, parler, des personnages vivants. Il place donc son œuvre, son poème dans certaines con-

ditions ; il transforme la grande poésie en un spectacle. Il y a donc lieu d'étudier a priori quelles sont les conditions indispensables auxquelles la grande poésie pourra devenir un spectacle sans cesser d'être la grande poésie, et d'indiquer un juste milieu dont ne peuvent sortir ni poètes ni écoles sans produire une œuvre tronquée, incomplète, mal venue. Nous essaierons donc de trouver une sorte de critérium, afin de mieux apprécier chacun des systèmes. Nous pourrons ensuite comparer ces systèmes ; nous arriverons ainsi au système classique ; nous comprendrons mieux alors ce qu'il a d'élevé et aussi d'anormal, et comment se justifiait la réforme romantique.

Qu'est-ce qu'une tragédie, une œuvre tragique ? Il importe de le déterminer.

Nous partons, nous l'avons vu, de la grande poésie. Elle prendra la forme des passions humaines. Et ces passions seront exposées par des caractères. La tragédie chercherat-elle à reconstituer les caractères historiques ? Non, évidemment, mais seulement les passions idéalisées. Si le caractère historique est au-dessous de ce que la poésie peut imaginer, elle doit le grandir : l'œuvre d'art doit tendre à produire la plus grande somme d'émotion dans un cadre donné.

Pour faire agir les passions, une fable est nécessaire ; mais, première condition, la fable sera assez simple : l'action, comme l'époque, le milieu historique et les détails accessoires, ne doit servir que de cadre à la grande poésie ; tant qu'on peut dire d'une tragédie qu'il était possible d'y mettre plus de poésie, elle est médiocre.

Il s'agit donc ici d'un premier juste milieu : tout ce qui

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