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LE SYSTÈME CLASSIQUE. PSYCHOLOGIE

Il y a un lien commun entre la philosophie et la poésie d'une époque : c'est la manière dont cette époque envisage b monde et l'homme ; et pour le dix-septième siècle c'est une manière de voir le monde par l'homme et en l'homme, et de ne considérer dans l'homme que le moi conscient ; ce ■moi conscient résume l'univers ; il est, au milieu de l'accident universel, le seul objet digne d'étude. Or ce système, devenu avec Corneille celui de la poésie, n'eût-il pas trouvé les unités établies, qu'il les eût en partie inventées ; elles éliminaient d'un seul coup deux accidents, deux éléments de contingence, le lieu et le temps ; c'est pourquoi l'unité de lieu, absurde en elle-même, est devenue la nullité de lieu, qui est raisonnable ; c'est pourquoi aussi les classiques se sont donné une peine inutile pour arriver à l'unité de temps de vingt-quatre heures ; il suffisait, là aussi, de la nullité de temps, d'une durée non définie, qu'aucun détail n'eût précisée ; il suffisait que tout eût l'air de se succéder sans interruption ; il ne fallait pas plus marquer que Rodrigue avait battu les Maures et vaincu don Sanche en vingt-quatre heures, que laisser voir qu'il avait pris plus de temps pour le faire.

Les unités trouvèrent donc en France un terrain préparé, alors que partout ailleurs le théâtre fut réfractaire. Et, à vrai dire, il fallait toutes ces tendances de l'esprit du temps pour qu'elles fussent acceptées ; autrement la conspiration des médiocres eût-elle été plus forte que le génie, s'il avait été d'accord avec le goût public ? Les chefsd'œuvre, possibles sans les unités, eussent parlé plus haut que des théories, et le génie n'eût pu se plier à des exigences qui eussent été toutes gratuites ; il eût lutté au moins en attendant le triomphe. Au contraire il se soumet. L'auteur de Cromivella imaginé (Préface de Cromwell) un Corneille gêné par les règles, jeté malgré lui dans l'antiquité et les unités, et qui autrement eût été un Sakspeare. Mais c'est là une illusion : il faut se résigner

à ce que Corneille ne soit que Corneille. La mauvaise humeur du bonhomme Corneille est évidente contre ceux qui viennent, quand sa pièce est faite, et que ce grand génie un peu gauche s'est appliqué consciencieusement, lui faire des chicanes sur des vétilles. C'est alors qu'il subtilise sur les règles ; mais il ne songe jamais, quand il fait une pièce, à s'en affranchir. D'ailleurs les plus grandes chicanes vinrent après le Cid, et il nous sera facile de voir que dès le Cid le système classique, avec sa force et ses défauts, existe déjà de toutes pièces.

En quoi consiste le système classique dans le Cid ?

Nous avons déjà vu le théâtre,, dans l'antiquité, dans l'Espagne moderne et en Angleterre, subordonner la peinture dramatique de la vie à la peinture des passions humaines : le théâtre classique va, non pas subordonner, mais réduire toute peinture de la vie à la peinture de la passion ; c'est le premier travail que Corneille, pénétré de l'esprit de son temps, fait subir à Guilhem de Castro. Il n'y a plus dans le Cid de spectacle extérieur, plus d'épisodes de la vie chevaleresque ; il n'y a qu'une action psychologique.

Le spectacle de la vie ramené au spectacle de l'âme humaine, tout ce qui nous frappe dans la vie n'est étudié que par le contre-coup produit sur l'âme. Ainsi, plus de rois, de chevaliers, mais des hommes qui ont des passions. Le Rodrigue qui dort à côté du lépreux, le Rodrigue moyen âge, le Rodrigue religieux, le Rodrigue moitié condottiere, le Rodrigue armé chevalier, est supprimé. Il ne reste que Rodrigue amantde Chimène, qui a tué le père de son amante. Il suffit au poète que le personnage vive moralement. Il voit, lui, la scène dans une ville, tantôt sur la place, tantôt dans un palais ; mais il ne tient pas à ce que tout cela existe pour les yeux. Rodrigue est un chevalier espagnol, parce qu'il est tel dans la légende ; mais peu importe, c'est un homme de guerre et d'amour, voilà tout ; le roi est le roi d'Espagne, puisque la légende le dit ;mais ce ne sera, si vous

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