LE SYSTÈME CORRIGE
le souci du détail caractéristique, d'une certaine couleur historique, d'une certaine quantité de décor et d'accessoires. Hugo a assagi Shakspeare et modéré Schiller : il n'a point profité des changements fréquents de lieu, son drame a cinq actes, le lieu ne change pas dans un acte. Ainsi se montre, même dans les excès du drame romantique, le caractère français, modéré avant tout, amoureux de clarté et d'unité. Le drame romantique a réglé l'emploi du grotesque, l'emploi de l'histoire, car depuis Cromwell Hugo n'a plus essayé de ces drames-chroniques dont Shakspeare avait donné le modèle et qu'on trouve aussi en Espagne. Si vous faites abstraction des passions du temps, du tempérament propre au chef des romantiques, de son amour pour le mélodrame, en somme, Hugo, c'est une façon de Shakspeare retouché par Corneille. Si les œuvres sont singulières, ce n'est point le système qui a égaré l'auteur et l'a conduit à la chute des Burgraves ; c'est son impuissance dramatique : il ne saura pas longtemps ni imaginer une crise et étudier consciencieusement des caractères, ni combiner une intrigue poétique, fût-ce une brillante ballade à délecter l'imagination ; il substituera vite à l'étude morale, le tableau vivant, le mélodrame, l'ode, et la prédication.