‹ Le drame romantiqueChapitre 5 sur 120 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ce que nous entendrons par le drame romantique. Le vrai titre serait plutôt : la tragédie romantique. — II. La tragédie est un poème dramatique, c'est la grande poésie au théâtre; définition de la grande poésie. — Ses manifestations diverses. — Elle adopte le théâtre au xviie siècle. — III. Le xvme siècle : deux courants : la tragédie sans la poésie: décadence. — Les réformes les plus ingénieuses ne peuvent la faire revivre. Lafosse, Lamotte, Voltaire et les autres prétendus précurseurs du romantisme. — La poésie revient à la tragédie : renaissance. — Diderot et ses idées. Beaumarchais, Chénier, Ducis, Lemercier ; Abufar et Pinto. — IV. La grande poésie au xixe siècle. Elle n'est au théâtre qu'accidentellement, elle a surtout pris la forme lyrique. Raisons. — V. La grande poésie dans le drame romantique. Résumé.

L'objet de cet essai est d'étudier la tragédie romantique, 1 plutôt que le drame romantique. Le mot drame est un terme vague ; il désigne toute pièce de théâtre dont le fond n'est pas absolument comique, quelle que soit d'ailleurs sa portée. Le terme de drame romantique s'applique donc à toutes les pièces romantiques qui ne sont pas des comédies pures, et n'ont admis le comique dans une action sérieuse

i que comme complément nécessaire au tableau de la vie. Mais nous ne voulons pas éparpiller notre attention sur une foule d'œuvres très secondaires, car le moindre des talents peut se faire sa place au théâtre comme le plus élevé des génies ; les grandes œuvres nous occuperont seules.

A distance, la postérité, oubliant les productions médiocres où des centaines d'imitateurs ont pris au génie ses procédés sans lui prendre sa poésie, ne voit plus que les chefs-d'œuvre ; et même, en cherchant dans le passé, elle y aperçoit, non point des œuvres éparses semées çà et là dans les siècles au hasard de l'inspiration, mais des groupes de poèmes où. toute la poésie d'une époque s'est pour ainsi dire condensée. C'est ainsi que nous disons : la tragédie grecque. C'est ainsi que nous disons aussi : la tragédie classique, et que nous entendons par là cinq ou six tragédies de Corneille et celles de Racine, sans même y comprendre quelques pièces estimables de Mairet, de Rotrou ou de Voltaire.

En France, cette parfaite union de la grande poésie et de la forme dramatique, qui s'était déjà montrée au XVIIe siècle, a paru vouloir se manifester une seconde fois au début du xixe siècle. Les croyances changées, la société renouvelée avaient préparé un rajeunissement des passions, de la matière dramatique. Le plus grand poète de l'époque a voulu réformer le théâtre comme la poésie lyrique. A vrai dire, ses théories étaient moins neuves qu'on ne le crut ; et ses œuvres n'ont pas fait école, quoiqu'elles aient contribué à libérer le génie français, trop inféodé à la tragédie classique. Néanmoins à travers la liberté qui règne depuis lors, au milieu dune multitude d'œuvres dramatiques condamnées à vieillir plus ou moins vite, la postérité apercevra dans ce siècle le théâtre romantique ; en dépit de ses immenses défauts, il est pour notre temps l'équivalent de la r tragédie classique. L'école romantique, il est vrai, opposait les deux termes de drame et de tragédie ; mais, à son insu,

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