L'AMOUR LIBERTIN : DON CARLOS
pereur ont bien d'autres pensées en tête : l'amour sera donc une distraction.
Don Carlos avant l'empire est un libertin doublé d'un despote ; il s'introduit, après avoir espionné les entrées secrètes, et prêt à jouer du poignard; chez les vieux seigneurs qui ont une nièce belle et jeune; il est vrai qu'il a pris tous ses renseignements ; il sait que la grande dame a un amant sans barbe*qu'elle reçoit <( à la barbe du vieux », comme un libertin cynique il en a conclu que toute dame qui a un amant peut en avoir deux, et, en chevalier mal appris, brutal et insolent, il le dit devant elle, avec une ironie qui est plutôt d'un goujat que d'un roi.
Partageons, voulez-vous ? J'ai vu dans sa belle âme Tant d'amour, de bonté, de tendres sentiments Que madame, à coup sûr, en a pour deux amants.
Tant de discourtoisie est une sévérité grande du poète démocrate pour les rois. Enfin don Carlos, avec une prestesse sans égale, surpris par le vieil oncle de la dame, ouvre son manteau ; le roi sauve le libertin et se joue adorablement du vieillard trompé : c'est lui qui maintenant tance sévèrement le vassal, et, après une conversation politique, se fait héberger pour la nuit. D'ailleurs il espionne les amants, surprend l'heure du rendez- vous qu'ils se donnent, arrive le lendemain sous le balcon de dona Sol, fait le signal convenu, et cherche à se faire passer pour Hernani; reconnu, il emploie la persuasion, il offre son empire ; repoussé, il emploierait la force :
J'ai là pour vous forcer trois hommes de ma suite...
si Hernani ne surgissait tout à coup. Il manque absolument de grandeur d'âme et de délicatesse en amour. Hernani est son rival, et aimé de dona Sol ; ce serait assez, selon la casuistique chevaleresque, pour que don Carlos croisât le fer avec lui, sans se déshonorer ; mais, tout au
contraire, il le met au ban de l'empire, et le poursuivant jusque chez don Ruy, exige qu'il lui soit livré, malgré l'hospitalité ; et comme don Ruy refuse, le délicat amoureux se saisit de dona Sol, qui fort heureusement est aussi Espagnole que lui et porte un poignard sur elle.
Il n'est point étonnant que ces passions de libertin, car c'est bien l'amour libertin qui est dépeint dans don Carlos, s'en aillent, soit avec l'âge, soit devant des préoccupations plus graves; empereur, à peine a-t-il un mot de regret sur ce doux collier des bras de l'amante, « qui manque au rang suprême ».
Carlos est un roi libertin, François Ier sera un rci débauché.
Il est entouré de gens qui encouragent ses vices ; Triboulet le pousse dans la turpitude, et se moque de lui ; les femmes de sa cour lui rendent facile la satisfaction de ses caprices ; rien ne s'oppose à ses désirs ; il est riche et toutpuissant, aussi le sentiment qui domine en lui, qui met de la belle humeur dans cette corruption, c'est la joie vulgaire de vivre et de courir au plaisir ; il ne s'arrête parfois au milieu de sa course que pour exprimer cette satisfaction, ce contentement de soi et des autres :
Ah ! n'importe, excepté ce jaloux, tout me plaît. Tout pouvoir, tout vouloir, tout avoir! Triboulet, Quel plaisir d'être au monde et qu'il fait bon de vivre ! Quel bonheur !