‹ Le drame romantiqueChapitre 75 sur 120 · LA POÉSIE DE L'ENFANT DANS HUGO · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DE L'ENFANT DANS HUGO

époque où la vie de famille s'est développée grâce à la Révolution.

Les émotions du foyer modeste, plébéien, les gentillesses de l'enfant, la joie dont il remplit la maison, le deuil qu'il y laisse en partant, Victor Hugo a exprimé tout cela. Comment ? En traduisant ses impressions à lui, et chacun s'y reconnaît. Il suit le cours de sa vie. Qu'est-ce que la vie ? C'est l'imagination, qu'éveille la première culture, c'est ensuite l'amour, c'est l'union avec la femme choisie, l'affection du foyer, la paternité ; c'est l'homme devenant citoyen, servant son pays de son intelligence, entrant à son tour dans la grande œuvre du progrès, s'intéressant aux problèmes sociaux ; c'est peu à peu la vieillesse qui ramène au foyer, au milieu des petits enfants, le grand-père, dont les enfants sont hommes à leur tour. L'imagination, elle est dans les Odes et Ballades ; avant d'être un homme, l'auteur était déjà un novateur littéraire de génie ; l'amour, il est épars dans les Odes, les Orientales, les Feuilles d'automne ; les émotions du père remplissent les Feuilles d'automne, les Chants du crépuscule ; le citoyen est dans les drames, les discours, les Voix intérieures , les Châtiments, les Misérables, qui reflètent tour à tour les élans, les orages, les inquiétudes, les découragements et les colères de la vie politique ; les douleurs du père attristent les Contemplations, et les dernières joies de la vieillesse éclairent Y Art d'être grand-père : voilà l'œuvre d'Hugo dans son déroulement simple et naturel.

La grâce de l'enfant, le poète ne l'invente pas, il dit avant les mères ce qu'elles allaient dire. Qui ne s'est trouvé à une conversation autour du feu, coupée soudain par l'entrée de l'enfant ? Chacun s'arrête, la causerie s'interrompt ; voilà tout le monde occupé de la tête blonde et des yeux bleus :

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être Se dérident soudain, à voir l'enfant paraître

Innocent et joyeux

c'est de la poésie exquise.

Le père travaille ; à côté les enfants jouent et font du bruit ; survient un domestique ou la mère : il faut aller jouer ailleurs ; mais le père s'insurge, il réclame les enfants pour lui et pour sa poésie :

Oh ! que j'aime bien mieux ma joie et mon plaisir, Et toute ma famille avec tout mon loisir,

Dût la gloire ingrate et frivole, Dussent mes vers, troublés de ces ris familiers, S'enfuir, comme devant un essaim d'écoliers

Une troupe d'oiseaux s'envole.

0 mes amis, l'enfance aux riantes couleurs Donne la poésie à nos vers, comme aux fleurs L'aurore donne la rosée.

Après les travaux du jour, vient l'heure du repos. Le père prend les mains de l'enfant, les joint et lui dicte la prière touchante qu'elle fera pour tous, pour la mère, pour le père, pour la famille vivante et la famille morte ; la prière faite, l'enfant s'endort dans son berceau, et le poète reste encore là, rêvant de la vie qu'il fera à sa fille. « La prière pour tous » (Feuilles d'automne, xxxvn) est le poème de la famille. Ainsi partout, de ces scènes intimes autour du foyer, dans le cabinet, dans la chambrette de l'enfant, naît une poésie suave et si naturelle qu'on a peine à la croire toute nouvelle pour notre âge. Partout aus-i le poète dans son bonheur paternel exprime un vœu touchant qui paraît une crainte et comme un pressentiment des malheurs futurs :

Moi, quel que soit le monde, et l'homme et l'avenir, Soit qu'il faille oublier ou se ressouvenir,

Que Dieu m'afflige ou me console, Je ne veux habiter la cité des vivants

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