‹ Le drame romantiqueChapitre 81 sur 120 · LA CLÉMENCE '. AUGUSTE ET DON CARLOS · texte numérisé non relu

LA CLÉMENCE '. AUGUSTE ET DON CARLOS

lui Octave. Dans Hugo il n'y a qu'un ambitieux qui tue en lui le libertin.

Le théâtre romantique, qui prend ses sujets dans le moyen âge, en montre sur la scène certaines mœurs, certaines vertus, qui caractérisent pour lui l'époque héroïque, et en cela il se prépare un clément de vraisemblance et de couleur locale, parfois même un ressort dramatique. Ainsi le respect de l'hospitalité joue un grand rôle dans Hemani et les Burgraves. Hemani, se donnant pour pèlerin, pénètre chez don Ruy le jour où celui-ci va épouser dona Sol ; il y pénètre afin de livrer sa tête, mise à prix, devant celle qu'il croit parjure. Mais voici qu'il a beau tenter les valets de son hôte par l'appât de la somme, son titre d'hôte le rend sacré et don Ruy se prépare à défendre le bandit contre le roi lui-même. La scène est très belle, et par le désespoir d'Hernani, qui crie en vain son nom proscrit, et par l'idée du devoir de l'hospitalité qui plane au-dessus. Nous sommes toujours émus quand nous voyons le devoir maître des passions. Quand don Ruy trouve les amants embrassés, le vieux seigneur est frappé dans sa religion hospitalière ; l'injure crie vengeance ; soudain survient le roi réclamant le bandit : don Ruy ne peut se résoudre à livrer son hôte ; il lutte pourtant, il hésite, et cette admirable scène des portiaits semble lui servir à lui-même pour s'affermir dans sa fidélité à la vertu des ancêtres ; il cite au roi, mais il se crie à lui-même les héroïques actions de chacun des aïeux peints sur la muraille ; et quand la revue est finie, il est prêt à donner sa tête pour celle de son hôte. Ici encore nous sommes émus, même si cet héroïsme, si cette vertu n'est plus de notre temps.

Aussi c'est parce que Hernani a manqué à l'hospitalité qu'il doit sa vie à don Ruy. Le respect de l'hospitalité n'at-il pas un peu trop de part ici ? Ce sentiment, qui a sa date,

est-il admissible pour des spectateurs modernes comme pivot de tout un drame ? Nous ne le pensons pas ; si Hernani ne mourait que parce qu'il a juré de mourir, nous ne serions pas touchés. Mais Hernani avait juré de venger son père, et ne Ta pas vengé ; il a vu le bonheur et s'y est abandonné: il n'en avait pas le droit. Hernani ne peut secouer la fatalité qui s'attache à lui : sa vie est de chercher Carlos et de le tuer ou de périr ; il a oublié un moment cette fatalité, elle le reprend brutalement. Le meilleur drame est là. Le poète a cru faire le drame de l'honneur, il a fait celui de la fatalité.

Le poète tenait à cette religion du serment et de l'hospitalité. On retrouve ces deux notes héroïques dans les Burgraves : elles servent au poète à donner une belle idée de la décadence des mœurs chevaleresques ; en voyant leur fils se moquer des serments et faire repousser les mendiants à coups de pierres, les aïeux rappellent dans de beaux couplets comment de leur temps ils tenaient les serments et pratiquaient l'hospitalité. Seulement ici nous n'avons qu'un horsd'œuvre lyrique et qui n'a nul rapport avec un drame où il y a d'ailleurs si peu d'unité.

Le théâtre classique nous intéresse par le seul développement des passions ; il s'adresse surtout à notre intelligence ; et quand il cherche à émouvoir notre sensibilité, c'est notre sensibilité d'artistes. A vrai dire, ce théâtre, essentiellement psychologique, est un enseignement plutôt qu'un spectacle ; il nous apprend comment les passions se comportent, plutôt qu'il ne nous les montre vivantes et agissantes. Supprimant le décor, c'est-à-dire ne localisant pas l'action, plaçant ses personnages dans un milieu idéal plus que réel, ou plutôt ne les plaçant dans aucun milieu, il les isole, pour ainsi dire, entièrement de la vie ambiante pour mieux analyser.

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