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EFFORTS INUTILES DE RENOUVELLEMENT

1705 le grand succès du Siège de Calais ; voici les pièces de Ducis, un Hamlet, un Othel/o (1769-1773), voici une nouvelle traduction de Shakespere par Letourneur ; voici M. de Jaucourt qui écrit dans l'Encyclopédie de d'Alembert que Shakespere n'a pas d'égal, et Arnaud de Bacular qui dit : « Jamais tragique n'a plus ressemblé à Eschyle ! » Voici Mercier, un précurseur des théories romantiques, qui fait de Shakespere un dieu, qui, dans son Essai sur l'art dramatique, propose de substituer à la tragédie le drame, qui imite Don Carlos et Jeanne d'Arc. Voici Joseph Chénier qui pille Shakespere en l'injuriant, l'imite dans Brutus et Ca?sius.

Il y a longtemps que Diderot a exprimé ses idées sur la tragédie et, sans vouloir la détruire, comme on le dit communément, a proposé qu'à côté d'elle le drame bourgeois pût mettre à la scène les infortunes bourgeoises. Mme de Staël publie en 1800 son livre de la Littérature, en 1813 son livre de V Allemagne. En 1809, Benjamin Constant traduit Wallenstein ; l'impression est forte ; mais il faudra encore vingt ans pour que la vraie tragédie moderne soit acclimatée en France. En 1820 elle en est encore au Louis IX d'Ancelot.

C'est que les temps ne sont pas venus, la poésie n'a pas reparu ; les pseudo-tragiques font des tragédies en cinq actes parce que Corneille et Racine en ont fait ; la plupart de ces pièces sont sur des sujets mythologiques, que l'auteur a pris au sérieux pour eux-mêmes ; Lafosse et Crébillon n'ont vu dans Thésée, Codrus, Pohjxène, Electre, que des histoires de Grecs, sans voir que, pour Racine, sous Andromaque et Pyrrhus, sous Néron et Junie, il y a la cour de Louis XIV, et l'homme saisi dans ses traits généraux. De pareils titres dénoncent seuls le vide de ces postiches. De Beiloy et Voltaire ont confondu les sujets nationaux et la tragédie nationale ; ils n'ont pas vu que le Cid est une tragédie plus nationale que le Siège de Calais et Adélaïde du

r Guesclin. Le drame romantique n'a pas, sur ce point, par- I tagé leur erreur : il a mis en scène des Espagnols, des Allel mands et des Italiens plus souvent que des Français.

Ainsi malgré le coup de canon à? Adélaïde du Guesclin, le coup de poignard donné sur la scène dans Edouard III, audace de Gresset, malgré les tentatives timides des poètes empêchés par la crainte salutaire du public, malgré les

,n théories hardies des prosateurs, rien n'avance. Avec quelle poésie remplir la scène tragique, avec quelle vue de l'homme et de la destinée, car c'est là le propre de la tragédie ? Du

L mouvement, du spectacle, des décors, des hommes réels, vivants, habillés exactement, des duels, du poison, des coups de fusil ou d'épée, il y a longtemps qu'on en voit

U dans les comédies, dans les mélodrames. Des Français peints avec leurs mœurs chrétiennes, il y en a depuis longtemps dans Zaïre. Mais tout cela ne fera pas ressusciter la tragédie. Au contraire, à peine les troubles et les catastrophes de la Révolution ont elles ramené les grands problèmes des passions, les grands spectacles de la destinée, que déjà Mme de StaL:l trouve ce qui manque à la tragédie ; il n'est plus dès lors question des unités, ni des monologues, il s'agit de voir « la destinée humaine entrer dans la tragédie ». Cela veut dire qu'il faut au théâtre la grande poésie.

Une autre preuve que la poésie seule, la poésie vivante née de la vie contemporaine, peut vivifier la forme tragique, c'est que les vrais ancêtres du romantisme, ceux qui ont fait avancer la tragédie classique vers le drame compris à la fois comme Schiller et comme Shakespere, ce sont les vrais poètes du xvine siècle. A côté de Lafosse, Crébillon, La Harpe, Luce de Lancival, Arnault,qui ne peuvent ressusciter la tragédie, Voltaire, Beaumarchais, Diderot, Chénier, Ducis, Lemercier, la galvanisent au moins, non par les réformes qu'ils admettent, et dont nous avons vu l'inu-

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