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LE MÉLODRAME

Le mélodrame est, dans le théâtre romantique, un plus grave défaut que le lyrisme, et le mélodrame vient du lyrisme. C'est toujours le poète qui substitue le tableau de la vie extérieure à celui de l'âme. Quand il corse trop pour la foule ce tableau de la vie extérieure, quand il substitue à des vues philosophiques sur la vie, des inventions qui font la vie étrange, semée de périls et de coups de surprise : il y a mélodrame. Un mélodrame, c'est un drame dont l'intrigue est ténébreuse, les situations inattendues, les passions surexcitées, le style emphatique et favorable à la déclamation vibrante ; en un mot, un drame fait pour agir violemment sur les nerfs du spectateur.

Il a existé un genre de mélodrame qui fut dès le xvin* siècle un mélange de tragédie, de drame bourgeois, de comédie, de musique et même de danse, avec son affreux tyran, sa victime persécutée, et son tendre amant, avec son dénoûment moral, où le vice est puni et la vertu récompensée.

Il existe aujourd'hui un autre mélodrame qui n'est que le premier transformé par le romantisme, mais conservé dans ses éléments essentiels parce qu'il a toujours eu le même public, et qu'il faudra toujours au peuple illettré cette grossière pâture d'émotions violentes. On a varié les intrigues en abandonnant le tyran classique et la princesse persécutée pour les grands scélérats du couteau, du revolver ou du poison, pour les grands manieurs de lame et coureurs de duels, et aussi pour les pièces à spectacle où l'on voit des espions, des traîtres, des régiments qui défilent à cheval, des batailles qui remplissent le théâtre d'une odeur de poudre et d'un fracas de mitraille.

Le mélodrame avait toujours joui des libertés que récla-

mait le draine romantique : aussi le mélodrame était- il une sorte de modèle que les poètes romantiques avaient sous les yeux : ils le regardèrent trop. Le drame a fini par ressembler au mélodrame.

Le mélodrame chez Hugo ne se présente pas seulement comme accident ; le mélodrame se trouve souvent à l'ori gine même, à la racine du drame.

Le mélodrame naîtra tout d'abord de l'antithèse ; l'opposition violente de deux personnages trop différents le produira, n Ain si opposer le bandit au roi dans Hernani n'était pas seulement faire une antithèse trop peu naturelle ; pour braver le roi, le dominer, il faudra que le bandit outre sa passion ; cette passion outrée, cette haine surexcitée, cette grandeur d'âme, qui haussent le bandit à la hauteur du roi, touchent au mélodrame par l'excès même Y il y a quelque chose de mélodramatique aussi à montrer une fille noble éprise d'un bandit ;}}e drame, il est vrai, vit de la passion, dont le propre est de ne pas connaître les barrières sociales! mais entre un bandit et une duchesse il y a trop loin, le mélodrame existe déjsty La scène où Triboulet s'emporte contre les seigneurs et se hausse à leur taille à force d'indignation est très belle, parce que précisément il les amuse par là, et, pour eux, ne sort pas de son rôle, mais il y a déjà tendance au mélodrame quand Triboulet crie en parlant du roi, en s 'installant dans le cabinet du roi :

Dites-lui de ne pas entrer, que je suialà,

quand il se place dans le fauteuil du roi, quand il dit à M. de Cossé, qui n'est pas sorti sur son ordre :

M'avez-vous entendu, monseigneur ?

et le mélodrame s'accentue au Ve acte, quand le bouffon croit mettre le pied sur le cadavre du roi ; la situation est heureusement d'une beauté étrange et puissante ; mais pour

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