‹ Le drame romantiqueChapitre 95 sur 120 · LE PERSONNAGE DE MÉLODRAME : SIMON RENARD · texte numérisé non relu

LE PERSONNAGE DE MÉLODRAME : SIMON RENARD

afin d'épouser Jane. Or ces papiers, le Juif les a ; il vient pour les vendre contre dix mille marcs d'or, somme royale, mais que Fabiani peut lui donner en lui donnant certain blanc-seing, dont le Juif connaît aussi l'existence, blancseing donné par la reine à Fabiani comme preuve d'amour. Fabiani, pour garder blanc-seing et papiers, le tue, et ne trouve pas les papiers ; le Juif mourant appelle au secours, Gilbert survient, l'homme a le temps de lui apprendre que Jane est fille de lord Talbot, lui montre les papiers qu'il a jetés loin de lui et lui dit : Venge-toi ! ce que Gilbert comprendra quand Fabiani, après l'avoir forcé à jeter avec lui le cadavre à l'eau, voudra le chasser pour entrer chez Jane. I/explosion de fureur de Gilbert inquiète Fabiani, qui a pris parti ; il donne à Gilbert sa clé pour que Gilbert entre chez Jane, Gilbert ramasse le poignard de Fabiani, accessoire qui va bientôt être utile, et comme dans son désespoir il s'écrie : Qui veut me venger de lord Cambrassil et prendre ma vie pour paiement ? survient Simon Renard qui, « faisant un pas », dit fort à point: Moi ! Et il emmène Gilbert. Or vous saurez que Simon Renard a ourdi à l'instant tout un plan ténébreux suggéré par le dieu du mélodrame : il dénoncera à la reine la trahison de Fabiani, la reine voudra se venger par la mort de Fabiani, une séduction n'est pas un crime suffisant pour le perdre, il faudra un crime de lèse-majesté ; c'est alors que Simon Renard soufflera ceci à la reine ; Gilbert abandonnera sa vie et son honneur pour sa vengeance; on lui fera jouer le rôle d'assassin aposté par Fabiani pour tuer la reine, il accusera Fabiani, tous deux seront mis à mort. Ce plan compliqué se réalise en effet, et le poignard de Fabiani, conservé par Gilbert jusque chez la reine, sert de preuve décisive (?) contre Fabiani. Mais Simon Renard n'a pas fini son œuvre» Fabiani condamné, la reine contre tous veut le sauver, elle croit pouvoir se fier à Jane qui aimait Fabiani et lui donne pleins pouvoirs ; or Jane fait évader Gilbert au lieu de

Fabiani avec la complicité de maître iEneas. Simon Renard, qui a compris la faiblesse delà reine, excite une émeute que la promesse de la tête de Fabiani pour cette nuit peut seule apaiser ; mais la reine a rendu la tête de maître iEneas responsable de celle de Fabiani, et maître iEneas a rappelé le batelier qui sauvait Gilbert. En sorte que c'est Gilbert qui est sous le drap funèbre. Mais est-ce Gilbert ? A partir de ce moment on ne comprend plus rien. Il semble que Simon Renard, qui soupçonne Gilbert sous le voile, et qui sort en disant : « Voyons donc », ait fait opérer une dernière substitution, et fait placer en effet Fabiani sous ce fameux voile, car c'est en effet Fabiani qu'on exécute, et Simon Renard, le deus eût machina, et quelle machine ! avoue à la reine qu'il a tout conduit. Mais comment se fait-il que Jane croie avoir reconnu Fabiani sous le voile et parle de la voix de son cœur, alors que c'était bien Gilbert qui marchait à la mort, avant le dernier tour de passe-passe qu'opère Simon Renard ? Mystère et romantisme, le lecteur y perd son latin et le spectateur encore davantage.

Don Salluste,dans Rxiy Blas,esï le pendant de Simon Renard ; il conçoit un plan d'aussi loin, mais pour le mal : c'est la quintessence du traître. Jamais Dumas lui-même n'a créé de personnage mélodramatique aussi invraisemblable. Il veut perdre la reine qui le chasse et fait venir don César pour lui proposer d'aider à le venger d'une femme. Il lui propose de lui payer ses dettes, et de refaire de lui « un beau seigneur d'amour. » César refuse ; mais quand Salluste entend la conversation de Ruy Blas et de César, le récit invraisemblable que fait le valet de son amour pour la reine lui inspire cette fois un plan bâti de toutes pièces. Voici ce plan.

Se servir de ce valet ambitieux qui aime la reine, le faire passer pour don César, qu'il va faire enlever et vendre aux corsaires d'Afrique, le pousser en cour, faire de lui l'amant

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