‹ Le drame romantiqueChapitre 97 sur 120 · LE TRAITRE DE MELODRAME '. HOMODEI · texte numérisé non relu

LE TRAITRE DE MELODRAME '. HOMODEI

geance de podesta, le billot et la hache dans la chambre de Catarina transformée en chambre ardente. Mélodramatique encore le procédé qu'emploie Tisbe pour sauver Catarina : ce narcotique qui la fait passer pour morte ; aussi tout cela ne va-t-il pas sans de grandes invraisemblances ; comment Angelo, si soupçonneux, confie-t-il le soin de sa vengeance ? Comment accepte-t-il le poison de Tisbe, alors que Tisbe lui a raconté l'histoire de ses deux flacons ? C'est bien le même homme qui, sachant que le nom de l'amant de sa femme flotte entre Roderigo et Pandolfo, ne soupçonne pas ce Rodolfo qu'il connaît, le frère prétendu de Tisbe.

11 y a deux manières de comprendre l'intérêt tragique, surprendre le spectateur ou l'émouvoir.

Prenons un exemple : la situation de Mérope levant la hache sur l'étranger qu'elle ignore être son fils. Le poète tragique a le choix entre deux genres d'intérêt : ou le spectateur ne sait pas non plus qu'Egisthe est le fils de Mérope, et il n'est point ému, mais il sera surpris avec Mérope ; ou il le sait, et il voit une mère lever la hache sur son fils qu'elle ne connaît pas ; il est évident que l'émotion est préférable à la surprise : et remarquez que le spectateur n'en sera pas moins ému par la surprise de Mérope.

Aussi le théâtre antique ne changeait pas les légendes connues du spectateur dont l'esprit, tranquille sur les incidents, était tout entier aux passions analysées. Euripide, qui change parfois la légende, nous avertit dans un prologue de ce que nous allons voir sur la scène.

Shakspeare fait comme l'antiquité. Où est le mélodrame dans Hamlet ? Le spectateur ne sait-il pas d'abord ce qu'ignorent les personnages de la pièce ? Ne connaît- il pas

les meurtriers du père d'Harnlet ? Le drame est tout entier dans l'âme d'Harnlet, sans autre incident que ses irrésolutions. Le roi tente un piège à Hamlet, il nous en prévient, Hamlet flaire le piège et se méfie. Hamlet tue Polonius, mais nous savons comme lui que Polonius était caché là. Dans le duel nous savons à l'avance que le fleuret est empoisonné. Quel imbroglio eût fait de tout cela le théâtre romantique! De même pour Macbeth; l'âme de Macbeth est à nu devant nous, nous voyons à quel crime il va se porter. Quand la vengeance arrive, elle n'est point un coup de théâtre ; le poète nous a transportés là même où elle se prépare. Dans le Ciel, nous connaissons le mariage projeté, nous voyons la discussion naître, le soufflet venir. Un seul duel est le pivot de toute une action morale. Dans Hernani, ce ne sont que duels, surprises nocturnes, complots avortés, conspirateurs arrêtés , bandits courant dans les villes . Qu'est-ce que ce bandit, ce bandit plein d'honneur, aimé d'une grande dame ? Nous ne le saurons qu'au IVe acte par un coup de théâtre soudain. Qu'est-ce que cet inconnu qui se trouve aux prises avec lui, que surprend don Ruy Gomez ? Attendons qu'il ait produit son coup de théâtre en ôtant le grand chapeau qui lui couvre le visage, ou le grand manteau qui cache son costume : Dieu ! le roi ! Qui sera empereur ? Nous ne le saurons, comme don Carlos et palpitant avec lui , qu'au troisième coup de canon. Qu'est-ce que ce pèlerin qui vient chez don Ruy ? Attendons qu'il ait encore produit son coup de théâtre en s'écriant d'une voix « tonnante » : « Qui veut gagner ici mille carolus d'or ? » Le roi survient. Hernani va être pris !Non, il y a une muraille à double fond. Mais don Ruy, menacé de mort par le roi, va vers son portrait, il va livrer Hernani ? Non, il continue son discours. C'est le bal chez Hernani. Quel est ce masque sinistre ? Attendons ; le bal finit ; voici les époux tout à leur bonheur ; mais quoi, encore le masque? Enfin nous allons le reconnaître. 11 est temps. Au denoû-

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