‹ Le drame wagnérienChapitre 6 sur 18 · INTRODUCTION. O · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. O

naître que ce vers quoi il tendait, c'était un art nouveau, et le conduisit à découvrir les principes fondamentaux de cet art.

Un chapitre sera ensuite consacré à l'étude de ces principes, et on y verra qu'il ne s'agissait pas d'une réforme de l'opéra, mais bien d'une conception toute nouvelle du drame. On reconnaîtra aussi qu'il n'est possible de comprendre et d'apprécier pleinement les œuvres de la première période, qu'en les envisageant du point de vue de cette nouvelle conception ; car si l'artiste n'avait pas encore, au moment où il composa ces premières œuvres, la pleine conscience du but auquel il tendait, ces œuvres n'en restent pas moins les étapes qui l'ont conduit à réaliser plus tard en pleine conscience ce qu'il avait d'abord cherché tout d'instinct.

Dans le troisième chapitre, je passerai à l'examen particulier, mais sommaire, de ces œuvres de la première période. Je montrerai que ce sont de vrais drames, quoiqu'il soit parfois difficile de leur reconnaître cette qualité tout d'abord, en partie à cause de cette forme de l'opéra que leur a donnée Wagner, et en partie à cause de certaines hésitations, de certaines fluctuations, dans l'emploi des différents modes d'expression.

J'examinerai ensuite plus en détail, dans un quatrième et dernier chapitre, les grandes œuvres de la seconde période. Ici, Wagner était dans tout l'épanouissement de son génie, il se possédait lui-même pleinement, et, afl'ranchi de toutes entraves, il créa

enfin complètement et en toute conscience le drame vers lequel déjà il allait d'instinct depuis le commencement de son activité artistique. Je m'attacherai surtout à montrer que le poète, en créant une nouvelle forme de drame, avait non seulement le droit de s'écarter des règles du genre admises jusqu'à lui, mais qu'il y. était forcé, et que d'ailleurs il a ainsi ouvert à l'art dramatique tout un monde nouveau, dans lequel, comme il le dit lui-même, « la création poétique trouve un champ inépuisable ».

Par contre, toutes les considérations techniques, de quelque ordre qu'elles puissent être, seront exclues de ce volume. Wagner a enrichi nos moyens d'expression musicaux et poétiques par l'invention de procédés nouveaux. Mais la meilleure preuve qu'il n'est plus maintenant essentiel de s'arrêter à des considérations sur ce sujet, c'est que ses découvertes dans le domaine de l'harmonie, de l'instrumentation et de la versification, sont déjà passées dans le domaine public, tandis que le drame luimême, l'art nouveau, au service duquel furent faites ces innovations d'ordre secondaire, est resté jusqu'à ce jour sans influence réelle, et même presque totalement incompris.

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