‹ Le drapeau blancChapitre 16 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

les défendeurs , dans leur Mémoire ( page 64 et 6^ ) , contre ce refus, devient la massue d'Hercule.

« Ou la publicité donnée le l'j juin , à des dé- « nonciations du même jour, ne peut être que Toute vrage des personnes qui , disent-ils , ont fait les « dénonciations... » En ce cas, que risque M. lé procureur-général à les nommer , lorsqu'un arrêt de la Cour souveraine à laquelle il est attaché , les constitue en état de calomnies mises au jour par la voie des papiers ébxingers 7

« Ou la publicité n'est pas l'ouvrage des personnes qui ont fait les dénonciations ; alors elle est nécessairement celui des personnes qui les ont reçues; alors aussi la publicité ji'a pu s'opérer que de deux manières , ou par le fait des dénonciateurs-, sur le consentement ou la demande des autorités , ou par le fait des autorités elles-mêmes. Dans ces deux cas, le secret d'une procéduje criminelle ayant été violé par des magistrats , il y aurait lieu contre eux à l'action en prise à partie.

(( Alors s'expliquerait la résistance de M. le procureur-général à nous livrer nos dénonciateurs. Il n'aurait étouffe notre action en calomnie contre eux , que pour en étouffer les conséquences.

(c Si donc M. le procureur-général esfc jaloux de ne pas prêter matière à d'injustes ou malignes conjectures , il doit , plus encore dans l'intérêt d'autrui que dans le nôtre , nous désigner nos dénonciateurs. Il le doit, pour la justification des magistrats qui ont reçu les dénonciations. Il le doit, pour l'honneur de nos lois et de jios institutions. Il le doit, enfin, dans Tintérêt du ministère de la police générale, pour convaincre l'Europe que la cri-

miiieUe publicité donnée à notre procès > n'est pas son ouvrage, ni celui de ses agens; car on n'ôtera pas de l'esprit de beaucoup d'hommes sensés et clairvoyans, que la police française n'est pas étrangère aux scandaleuses publicités du Times et da Morning-Chrojlicle , C'est donc au ministère public , plus particulièrement , qu'il appartient d'effacer de si fâcheuses impressions. »

Quant k moi, monsieur, qui n'aime à croire qu'à l'impartialité protectrice des magistrats, je me garderai bien de commencer à revenir aujourd'hui de ma confiance, précisément à l'égard de M. le procureur-général de la Cour royale de Paris. Qu'il se soit d'abord trompé , c'est ce dont il va sans doute s'empresser de contenir. S'il en était autrement , et que nous fussions condamnés à voir la raison impuissante devant son refus , il sait mieux que moi , s'il faut du moins en croire le Répertoire de jurispi^udence (/^'.dénonciateur), qu'un procureur du Roi qui refuse de nommer le dénonciateur, dans le cas où il en existe un, est tenu personnellement des dommages-intérêts des accusés.

Pardonnez , monsieur, je vous prie , l'ennuyeuse longueur de cette lettre, à l'extrême intérêt qu'inspire , à tous les vrais amis de la monarchie légitime, la demande dont je viens de vous entretenir. De son issue dépend peut-être plus qu'on ne le pense, le

sort de votre antique Drapeau C'est peu que la

Cour royale de Paris ait confirmé la conviction publicjue , en reconnaissant que des serviteurs zélés du Roi n'avaient nullement conçu l'horrible dessein d'attenter à la personne sacrée du Roi. C'est peu , pour rassurer désormais la France contre reflVoi

de ielles inventions , que ceux qui s'en trouvèrent frappés soient libres : il faut venger solennellement la société dans leurs personnes. Quoi! le général Canuel pourrait être encore, pendant dix ans, selca la doctrine de M. le procurer -général , poursuivi comme conspirateur , et le général Canuel vient d'être compris parmi les officiers généraux formant Tétat-major-général de l'armée î Qu'on ne dise pas qu'il ne doit cette faveur qu'à fancienneté de son grade. C'est , avant tout , du dévoùment et de hi fidélité que le trône a besoin : l'ancienneté seule n« vaut pas ces deux garanties : le 20 mars l'a prouvé. Tous les cœurs français se soulèvent d'indignation, en considérant ce que cette affaire présente d'incroyable. L'aurait - on entreprise pour s'assurer si la prétendue opinion publique est réellement une puissance gui peut avilir les hommes jusques sur les marches du trô/ie (^i)? . . . Notre amour, s'il était possible, n'en serait que plus inviolable envers le personnage auguste qu'on avait conçu l'abominable, la sacrilège espérance de rendre suspect. Mais quel serait pourtant notre avenir, si le consul qui sauva Rome n'eût fait que résumer aussi l'histoire de nos propres misères, torque, s'entretenant avec Atticus des dangers de la république , il s'écriait : « Quand « le mai ne devrait pas aller plus loin, c'en serait « toujours trop 5 mais il est d'une nattire à n'en pou- « voir rester là. En effet, que leur reviendrait -il de « tout ceci , s'ils n'avaient pas d'autres vues? Ils n'en

■ : . -Lu-

(1) Introduction à i'ouyrage intitulé De l'administration des finances de France , par M, Necker, ntorcsau vraiment curieux à lire aujourd'hui.

Page 1