‹ Le drapeau blancChapitre 17 sur 61 · I. 3* LIVRAISON, B · texte numérisé non relu

I. 3* LIVRAISON, B

t( sont venus là que pour s'ouvrir le chemin à des « entreprises encore plus pernicieuses. Grands u dieux (i) ! » Jai l'honneur d'être, etc.

UN DE vos ABONNÉS.

LETTRE d'iTN AMI DE l'ÉQUITÉ ,

à M, le rédacteur du Drapeau blanc.

Mo>^siEUR , c'est une belle chose que la justice, quand die est juste, ce qui de notre temps ne lui arrive pas toujours. Je n'attaque point ici celle des tribunaux , ^vec qui je ne me soucie nullement d'avoir affaire ; jeparle de la justice, ou plutôt de l'injustice ministérielle. Je sais bien qu'il y a aussi quelques inconvéniens à traiter un pareil sujet : il prèle considérablement ; et si leurs Excellences ne sont point contentes de moi , elles peuvent me faire injurier dans quelques correspondances privées , me fourrer dans quelque conspiration royaliste , et, qui pis est , me tenir trois ou quatre mois au secret , près delà chambre des galeux; mais enfin j'en veux bieii courir. les chances... c'est à mes risques et périls.

Je suis ce qu'on appelle un ultra dans toute la force du terme ; mais avant tout, je suis un ami de l'équité : aussi n'ai-je été nullement édifié de voir , au second retour du Roi , les ministres qu'il avait alors., dresser deux listes de proscription , dans lesquelles ils ont glissé de petits conspirateurs obs-

(0 Quœ, si essent extrema , tamen esset riimium mali : scd eanatura reiest, ut hœc extrema esse non possini, Quid enint ros hœc ipsa per se delcctare possunl^ Nunquam hùc venissent, nisi ad alias res pestiferms adUus sild comparurent* £)ii intmwfa*, Jfis ! (Lib.il, «p. XYiï.) " •••^» ~

curs , pour ne pas y mettre les gi^nds, qui^etroai- Valent leurs cousins ou leurs ainis. Par ^a niêJT)^ raison, j'ai beaucoup applaudi le mojàe de U .Cha^;ibre des députés , qui a classé les coupables par catégories : ce mot , qui révolte tant me^^ieurs d,e ta tévûlution , qui , lorsqu'ils proscrivent , prq^çriyeftt en masse, ce mot , dis-je , indiquait rintention de j^ tpoint confondre l'homme égaré avec ç,ely^i qui ,1'^^- •vait égai'é ; c'était le seul moyen d'établir uoe justjC proportion entre la punition du crime et celle del'er- Ireur. Jugez, monsieur, si je dois être satisfait maintç- «ant que nos nouveaux ministres cassent de leur plei^ rX?hef', et pour flatter les passions révolutionnaire^ , rwne loi qui , selon la marche prescrite p^r la Charte, a été présentée au ngni du Roi , approuvée par l'uae et l'autre Chambre , et enfin sanctionnée par \^ signature royale : encore me çonspler^is-je, , si cette clémence inconstitutionnelle était ,^f^i\cée, avec quelqu'apparence de discernement, et .119^ jpojj^t opar esprit de coterie , pu,.pour .pailler yulg^ije|n.ent, par cowpèf^e et par comnière. JVIais , mo^^]i^i)f, pour tout homme qui a des entrailles jfV^^çpi^çfiS çt quelque sentiment d'équité , nlest-il p^is révoltjant de voir revenir, justement pour l'anniiv.ersaire du 9.1 janvier, des scélérats qui ont assassiné notçe Boi Louis .XVI , tandis jque de m,alheurf^^^|:>ayar(js restent expatriés !.}][e Je dernande , iqrsqu'xjn rappelle le citoyen Panis et consorts , y a - t - il conscience de laisser dehors MM. Arnaud, Bory, JJar^l , PJïxit,et autr^;s isubalternes? ,j^ •oous en som^nes , cinq ou six libéraux de pJus oa Ide moins ne feront rien à l'affaire; leur retour sera fort indifférent aux royalistes, qui se senjept

assez forts pour combattre quelques ennemis de plus; et je ne suppose pas que nos ministres, qui sont de si grands politiques . puissent en rien les redouter; ils ne seront pas plus difficiles à gagner que leurs /7-é/'e5 et amis de Paris. Quand M. Arnaud travaillerait à la Minerve , je le défie d'être plus en^ nuyeux que MM. T... et J. P. P.... , plus menteur que M. A. J..., plus girouette que M. B. C... , plus impudent que M. E.... ; quand M. Harel irait pérorer sur les idées libérales chez Tortoni, n'avonsnous pas Agamemnon-Colson pour le rappeler à son devoir? Quant à M. Bory de Saint-Vincent, ce brave colonel qui vociférait à la pétaudière dite chambre des cent jours , pendant que ses camarades se faisaient rompre les os à la frontière , il a bien prouvé qu'il n'est dangereux ni comme militaire ni comme orateur. Reste M. Dirat ; et je défie qui que ce soit, même les ministres qui l'ont banni, de dire ce que c'est, ou ce qu'il a fait.

Un autre personnage un peu plus important que M. Dirat , mais qui a au moins autant de droit que luide jouir.du bénéfice de la clémence ministérielle, c'est le citoyen Fouché, duc dOtrante; il n'est sur aucune lisle , car c'est lui qui les faisait : de ministre il est devenu ambassadeur, d'ambassadeur, exilé j il me paraît, plus que tout autre, dans le cas de l'amnistie (i). Ma:is comme on a supprimé le ministère

(i) L'auteur de cette lettre pouvait ajouter que M. Fouclié n'd pas besoin (l'amnistie , et que s'il lui plaisait de prendre la poste, et de descendre à son hôtel de Paris , il n'existe aucune loi qui puisse l'en empêcher, et qu'il aurait droit, comme tout autre habitant de la capitale y à la protection de son commissaire de po> Ucc. .

("7) de la police , son retour gênerait peut-être M. le ministre de rintérieur ; je ne le pense pas. En faisant un premier rappel , on en a sûrement pressenti les conséquences. Il paraît donc de toute justice , puis-» qu'on fait revenir messieurs les régicides , de laisser rentrer le citoyen duc et les citoyens libellistes de la conspiration du 20 mars.

Voici pour les actes émanés du quai Malaquais ; maintenant permettez - moi quelques observation», sur ceux qui partent de la rue de fUniversité.

Depuis trois ans , on a cru qu'il fallait au Roi une armée composée des officiers qui lui étaient restés fidèles, et non pas de ceux qui l'avaient abandonné. Cela semblait assez raisonnable; mais main^ tenant il paraît qu'on a changé d'avis : je ne m'en plains ni ne m'en étonne ; les royalistes , depuis longtemps , ont dû s'accoutumer au sic vos non uobis. J& ne m'oppose donc point à ce qu'on replace les officiers du 20 mars , mais au moins je voudrais qïte leur mise en activité s'effectuât avec un peu plus d'équité. Les gros bonnets de l'armée de la Loire , les lieutenans-généraux , les maréchaux de camp , sont déjà sur les cadres de l'état-major-général de l'armée royale , et il n est point question encore d'y replacer les simples officiers. On conviendra qu'il n'y a rien de plus illibéral ; et puisque la Minen^ey qui, depuis qu elle est ministérielle, fait des bouchées doubles , ne s'inquiète pas de ceux de ses amis (|ui ne dînent qu'à moitié , qu'il me soit permis d'intéresser le Drapeau blanc en leur faveur.

Un pauvre diable de sous-lieutenant qui suivait son colonel , était certes bien moins coupable que le colonel, qui l'était mille fois moins que le général»

Gelte Chambre de i8i5, contre laquelle il est à la mo(le (le se déchaîner , avait adopté ce principe dans ^es opérations. Elle voulait qu'on épargnât le faible et qu'on trapp.it le fort. Ce n'est pas sa faute, mais èelle des administrations , s'il n'en a pas toujours été ainsi. Il paraîtrait qu'aujourd'hui le principe diri- «;eant est tout contraire ; car lorsque MM. les généraux D. . . C. . . B. . . etc. , sont en activité , un seul di?s officiers de farmée ne devrait pas être en demisolde,

3y^ finirai mes réclamations par une petite obser-. vatioQ s,ur une ordonnance qui met à la retraite tout olîici.er- général ayant cinquante-cinq ans. Si à cet yge on n'est plus bon à rien , comme il faut dix fois moins de tête et de capacité pour commander tme division militaire que pour diriger un miiiislère , il semble juste de fixer à quarante-cinq ans l'âge auquel leurs Excellences passeront au âfcistère d'état, qui, comme Ton sait, est l'Hôtel d^s invalides du ministère.

Ces considérations étant non seulement d^accord avec la justice, mais favorables à la marche libérale du sièclie, il est probable qu'elles seront bien aciÈurillies; et j'espère que lès bannis qui rentreront, lés offic^iers ^ui resserviront , les ministres cfui remplaceront, me sauront gré de les avoir présentées au Drapeau blanc.

Agréez, m(^|isieur le rédacteur, tic.

.L'j?:: ]:• • •'♦■f <■ " j^tstin r>$; BoîJroiDS,

'-^^A messieurs les rédacteurs du Drapeau blanc.

J'ai lu avec le plus vif intérêt , messieurs , le& observations intinimeat judicieuses par lesquelles M. Sarran a combattu , dans votre dernier numéro, cette assertion mensongère répétée jusqu'à satiété par ]V}i\i. les MiNERViENS , que /e^ royalistes, ou, ppuf i>ie ^ervjr de leurs propres expressions , les HORîMES MONARCHIQUES étciJit en minorité , ne constituent qu^un PARU ; assertion dont le but secret ne peut èlre que de fortifier celles contenue^ dans les insidieux i apports de Fouclié.

1 Mais je crois cependant qu'il a commis une erreur en disant (page -jS ) : Je n^ vois pas trop com* ment ot\ pourrait adniettre la conséquence d'un raisqnfietjient qui repose sur un fait matériel, sur lot prew^e cfa nombre, que chaque opinion a la faculté d'im^oquer en sa faveur, parce quon n'a pas plus l» pouvoir de la lui contester , qu'clU n'a la possibilité de [établir.

Je vais démontrer, au contraire, .par des faits» authentiques , par des témoignages d'autant plus iifécusables, qu'ils émanent d'un homme bien cheri à nos adversaires , que rien n'est plus iacile que d© contester à MM. BïNJAiviiîî-CoîfsrANT e^ Etienne, le nombre qu'ils ini^oquent en leurjai>eur.

, $i }ç me bornais à dire , pour justifier ma propo.-. silion, que la France et l'Europe entière savent avec quels transports nos Princes furent demandés et accueillis , lors de la première invasion de notre territoire , il resterait à messieurs les libéraux la l'essource de répondre, eorame avait osé le faire;, dans

( ISO )

sa déclaration du 25 mars 1 8 1 5 , le conseil-d'étai , où siégeait M. Benjamin-Constant , que les amis de la légitimité furent favorisés dans Texpression de leurs vœux , par la présence des troupes étrangères au milieu de la capitale , et que leur nation, frappée de terreur, fut réduite à se taire.

Mais , outre que les innombrables adresses d'adhésion qui furent envoyées au gouvernement pro-^ visoire détruiraient cette objection , elle se trouve îéfutee d'une manière plus victorieuse encore , par un homme qui , certes , ne peut être suspect aux lédactenrs. de lu Mînefve , c'est-à-dire par le trop fameux Camot , dans sa proclamation à la garnison cVAnvers , sous la date du i8 avril i^i4 (i). Voici les propres expressions dont il se servit :

« Un gouvernement établi dans une ville occupée « par des armées étrangères , avec lesquelles il t« n'existe encore aucun traité de paix , a dû quelle que temps nous inspirer des craintes sur la liberté 1« de ses délibérations : ces craintes sont dissipées >( par le tœu unanime des villes éloignées du ihé^lre 1« de la guerre, n

Il est donc vrai de dire que jamais la volonté nationale ne s'était manifestée, depuis la révolution , d'une manière plus libre , plus solennelle ; et M. Carnot nous en fournit lui-même une nouvelle preuve , par l'aveu qui lui échappa dans l'insolent Mémoire qu^il adressa au Roi en \\S\^: Le retour des Bourbons produisit un enlliousiasmc universel; ils Jurent accueillis avec une effusion de cœur inexpri-' mahle j il ne se trouvait personne qui ne fût réellement ^ans r ivresse,

(^] pToyez le Moniteur du a avril i8i4-

Dira- 1- on que cet enthousiasme unwersel y ccU« îuresse avaient fait place ensuite à des regrets?. . . Ah ! cette atroce imposture n'aurait pas plus do succès qife la première ; car l'Europe entière sait que la France n'ignorait pas (comme l'écrivait le 1 1 mars 18 1 5 M. Benjamin - Constant lui - même, dans le Journal des Débats ) qu'elle ne pouvait attendre aucun bienfait de Fauteur de la constitution la plus tyrannique sous laquelle nous eussions uécu; qu'il parlait de liberté , mais que c'était lui qui , durant quatorze ans , auait miné et détruit la liberté; qu'il n'aidait pas l'excuse des soutien irs , l'habitude du pouyoir ; qu'il n'était pas né sous la pourpre ; qu'il auak voulu et médité la tyrannie ; enjin , que nous étions mille fois plus libres que sous son empire.

Aussi , au premier bruit du danger qui menaçait le Roi , plus de trente mille citoyens de toutes les classes s'enrôlèrent-ils i'olontairement a Paris , pour une défense qui n'aurait pas été sans succès, si l'on avait eu le temps d'utiliser leur zèle ;

Aussi , dans la matinée même du 20 mars, c'està-dire quelques heures a\^ant Farrii^ée du tyran, un général qui traversa les Tuileries avec une cocarde aux trois couleurs , fut-il exposé aux insultes d'une foule immense, navrée do douleur du départ de son Roi , et ne dut-il son salut qu'au zèle de la garde nationale ;

Auisi l'entrée du bourreau de l'espèce humaine , dans la capitale , répandit -elle la consternation la plus profonde ;

Aussi ne parviot-il k composer un corps deyè'dérés , qu'en menaçant tous les hommes de peine cjui ont besoin d'une médaille de lu police pour se

livrer à leurs travaux , de la leur retirer , s'ils refusaient de s'y enrôler;

Aussi les habitans de la Vendée , de la Normandie et du Midi se distinguèrent-ils par la plus courageuse résistance 5

Aussi (et- c'est le fait le plus propre ^ démontrer que J^ous ayons incontestablement le dioit de contester à l'opinion de ^(IM. Benjamin-Constant et consorts /e nombre qu'ils im^oqucnt en leur faveur ) ne put-il faire consacrer sa seconde usurpation que par douze cent mille suffrages , en y comprenant ceux de l'armée, de certains fonctionnaires publics qui turent assez dépravés ou assez faibles pour ne pas sacritier leurs intérêts à leurs devoirs ; et ceux de cette foule d'employés qui trouvant ^u mqinsi u,ne excuse dan^ le besoin qu'ils avaient de conserver leurs places pour exister et l'aire exisler leurs familles.'

Douze cent mille suffrages^ suç une population de TRENTE MILLIONS d'hommes !... Ycilà , voilà la preuve la plus forte, messieurs àe la Minerve , de votre imposture ! La question est désormai's irrévocablement jugée. Les royalistes sont en majorité , et cette majo'.i rite est iovnefise. -^ g,^| ,

Que messieurs les libéraux, habitués depuis près de trente ans à lutter contre les principes conservateurs des Etats, et à voir des conspirateurs dans les lîommes qui se sont distingués par leur courageuse fidélité, continuent de les poursuivre et de les calomnier , on le conçoit :

Il est des naturels qu'on ne réforme point ;

mais qu'importent leurs clameurs et leurs basses manœuvres? Le peuple auquel ils prodiguent lea

expressions d'un faux respect, et dont ils veulent faire encore le jouet de leui^s caprices, Téchelon de leurs grandeurs et la victime de leurs passions , les connaît aujourd'hui trop bien pour se laisser encore séduire; il n'a oublié ni la nuit horrible du 5 au 6 octobre , ni le sommeil de l'homme qui devait s'op" poser aux forfaits qui souillèrent le palais de nos Rois, ni les affreuses journées du 20 juin et du lo août, ni l'assassinat du plus vertueux des Prince^s , de son auguste compagne et de sa sœur , ni ces lois atroces des suspects et des otages , si unanimement vouées à Texécration des siècles, ni ces temps déplorables où Ton voyait, chaque jour, amoncelés sur la fatale charrette, 40? 5o et 70 individus qui marchaient ensemble à la mort , et qui cependant se trouvaient ensemble pour la première fois de leur vie ; qui avaient été condamnés en masse , en une heure, sans témoins, sans défenseurs , sans avoir même été interrogés , et dont les échafauds avaient été dressés sur les places publiques avant même qu'ils eussent paru devant leurs premiers bourreaux, je veux dire leurs juges! Le peupleest également las et des héros barbares de cette désastreuse époque, et de ces censeurs atrabilaires, de ces réformateurs ridicules qui voudraient ériger encore une fois la France en république ; en un mot , ie peuple VFtJTStDNROi, comme ie ditsiéloquemment, en i8i5, M. t^e Vaublanc , alors ministre de l'intérieur ; et rien n-e pourra altérer sa confiance daijs le^ intentions bienfaisantes d'un Prince qui lui a déjà donné tant de gages de sa sagesse, de sa justice, de sa boiïté et de son amour.

i\j AURICErMÉJAN . avocat à la Cour ro\rnl<-.

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ISPRIT DES JOURNAUX.

Tel fut, il y a trente ans, le titre d'un recueil qui paraissait une lois par mois , et où l'on trouvait un extrait assez curieux de toutes les gazettes de l'Europe; le nombre en était fort limité; il s'imprimait alors moins d'ouvrages politiques dans dix royaumes , que maintenant dans une seule de nos provinces ; il est vrai qu'à cette époque nos pères vivaient dans l'esclavage, on ne connaissait point la liberté de la presse : témoins Voltaire, Rousseau, Diderot, d'Alembert, etc., qui n'ont jamais pu. réussir à publier une seule ligne contre la religion, les rois et les lois ; mais , de nos jours, quelle ditférence ! Aucune gêne , aucune séduction même ne vient atteindre la pensée. Il existe bien une censure , mais pour la forme seulement; et la preuve qu'elle n'exerce point sa maligne influence, c'est que tous les journaux montrent la plus franche unanimité d'opinions sur certaines matières ; en etïet, ils s'acn cordent merveilleusement dans leurs refus d'annon^ cer un livre, quel qu'il soit , que l'on pourrait soup^ çonner d'être suspect.

Un article par jour et par feuille , en faveur des institutions démocratiques , au profit des monar-^ chies; une diatribe au moins par semaine , à propos du Conservateur ^ c'est à peu près le récitatif obligé auquel chaque rédacteur est condamné par sa cons^ clencej et les plus braves , à cet égard , n'ont pas outrepassé la témérité du silence ! (^ne l'on dise, après cela, que les journalistes libéraux ne sont pas les jurés- interprèt«s de l'esprit public? Mais enfin, tout

excellentes que soient leurs productions , on peut n'avoir pas le temps nécessaire pour les lire , pour peu que Ton ait un procès en calomnie à soutenir, une comédie à faire recevoir, un emploi à solliciter, une réputation à vendre, et souvent à perdre gratis. Il reste à peine quelques minutes pour s'instruire : on achètera bien la Minen^e et la Boussole , les Lettres françaises et normandes , l'Homme gris , l^ < Censeur et le Politique , on s'abonnera volontiers à toutes les feuilles périodiques; mais entouré de tant de richesses , ne se trouvera-t-on pas jeté dans l'inextricable embarras du

Devines si tu peux , et choisis si tu l'oses î

OU faudra-t-il ressembler à cet avare mourant de faim à côté de ses trésors ? Nous avons conçu l'utile projet de tirer nos lecteurs d'une aussi pénible anxiété. Pour parvenir à ce but , nous publiero^ns chaque mois quelques pages destinées à faire connaître l'esprit des journaux et des autres ouvrages libéraux qui se rapprochent le plus de la perfectibilité du siècle.

Mois de janvier 1 8 1 9 .

( Extraits des journaux de Paris , du Commerce , Annale» politiques , etc., etc. )

Bercé de rêves plus ou moins agréables, on s'abandonnait à une confiante sécurité ; on croyait nos droits et nos devoirs fixés depuis quatre ans par la loi du royaume, octroyée par îe Souverain légitime que la France a reconquis. Point du tout ; nous n'étions sûrs de rien, nous marchions sur un volcan 5 ce n'est que de la première quinzaine de janvier 18 19, que date notre résurrection politique; le ministère qui nous a donné la loi des élections et celle du re-

crutement , est tombé ; et seulement depuis sa chute, nous allons entrer franchement dans la Charte , ï édifice social va s' asseoir sur les intérêts nationattXj et nous voilà pleinement rassurés sur notre tranquilrlilé intérieure. lAùis depuis 89 , on entend répéter autout de soi : Tout allait très-mal l^année dertiièrt, tout va bien à présent; aujourd'hui, nos destinées sont irrévocables. Cependant , que d'hommes ne sont plus à leurs places , que de choses ont changé ; nos renies réduites au tiers, voilà tout ce que nous avons vu de consolidé !

— La chaire de TAthénée a maintenant un professeur de maximes politiques à l'usage des indépendans; \e Journal du Connnerce en iaitlbi ; il s'est chargé même d'expliquer les explications de M. Bérvngersur un double principe du droit iiahirel , qui n'est que liberté, égalité. On sait ce qu'entendent parlà, et le savant démonstrateur, elMiVi. les rédacteurs du Commerce ; nous sommes moins heureux lorsqu'il s'agit de comprendre leurs définitions ; je n'en citerai qu'une choisie entre mille, et je pense qu'elle suffira. « Ce qui distingue l'homme, c'est la convention formelle etraisonnée, claire et durable, la convention par lu paix>le Cette convention entraîne 1 égalité , qui est à la fois un fait et une abstraclio|i.; l'entière égalité , rigoureusement vraie en unsens, n'est, à d'autres égards, qu'une supposition, mais «ne supposition inévitable ; à la vérité , les droits naturels différent dans leurs suites proportionnées , et » et voilà ce qui fait que votre file

est muette!

Au reste, après avoir eu beaucoup à souffrir i\es fixons de la liberlé et du désordre tle Tégalilé , oa

( I9.n ) se cont(?nte d'en offrir la métaphysique ; à la bonne heure , pourvu qu'on s'en tienne là ; l'ennui n'est mortel que chez nos voisins d'outre-mér.

— On cesse de garder de vains ménàgemens avec les ultrà-royalistes ; on les appelle par leurs noms : ce sont des furieux , des inconstitutionYiels , des eni^ahisseurs d'autrefois (ici nous convenons qu'il Serait préférable d'être les envahisseurs d'aujoaf'-^ d'hui)'^ on les représente comme dès ennemis irré-^ conciliahles de la Charte ^ et pourtant ils continue!*»! d*y conformer leurs écrits et leur conduite ; à entendre les libéraux , la Charte ne compte de véritables défenseurs que parmi ceux qui, au aom-ars, l'ont rejetée avec mépris, qui, du haut de leur tribune populacière, protestaient indécemment contre elle, lorsque le Roi , auteur auguste du Codé nouveau , le rapportait à la France désabusée ! ËnRh>, ceux qui ne veulent ni de la religion de l'Etat adoptée par la Charte , ni de la noblesse conservée par là lettre même de cette Charte, qui prétendent en interpréter le sens , en changer l'esprit évidemment aristocratique , ceux-là donc s'en proclament exclu" sivement les soutiens et les amis.

<t Et voilà les vengeurs armés pour sa querelle ! »>

Viennent, au travers de ces ridicules déclamations, des homélies en forme d'énigmes , pour l'amusement des Œdipes abonnés. Nous donnerons le mot de celle qui va suivre, dès que, pour nous servir de l'expression de madame de Sévigné, on aura, jeté sa langue au chat.

* « Repentans de vos erreurs passées ! éprouveriezvous quelque peine à voir retracer vos anciens égare/tiens? Ah\ si VQU5 les avez abjurés de bonne foi;

iie craignez rien, les Français ont la vertu et même la faiblesse de l'indulgence. On pourrait leur reprocher parfois l'injustice du pëie de famille, qui traite mieux l'enfant prodigue que ses autres eufans restés Jîdèles , etc. , etCi »

A qui s'adressent ces paroles remplies d'onction? sans doute aux révolutionnaires long-temps endurcis , mais que vingt-cinq ans d'expérience du crime ont pu conduire enfin à des opinions moins funestes?...— Vous n'y êtes pas. — C'est donc aux partisans du despotisme, qui ont ramené Vhomme du destin , dont la subite apparition a coûté à la France rélite de ses vieux soldats , et les restes de la fortune publique?.. — Pas davantage; il est ici question des royalistes purs : ainsi les égaremens qu'on leur reproche, ne peuvent être que ceux de l'honneur et de la fidélité , pro'h pudor!

— Avant l'insurrection du collège Louis-le-Grand, une révolte avait éclaté à l'école de la Flèche. Un libéral de ce pays écrit pour se plaindre « qu'on ait eu l'imprudence de faire insérer dans les journaux toutes les absurdités que nous avons lues ; il n a fallu que vingt-quatre heures , njoute-t-il , pour apaiser la petite sédition, et messieurs les écoliers ont eu la modération de ne briser des fenêtres et de ne déchirer des livres que pour la bagatelle de 600 fr. » Croyez maintenant aux calomnies que l'on cherche à répandre contre le système actuel , ou le mode d'instruction publique ; 600 f'r. de vitres cassées , voilà le fond de l'affaire 5 cela vaut-il la peine de s'en inquiéter!

— L'Asie ne doit pas tarder à commencer sa révolution, et nous ne donnons pas cent ans au Grand-

( i^^9 ) Turc , pour qu'il se détermine à mettre la réforme dans les institutions monarchiques de la sublime Porte. Déjà les libéraux de France flattent sa Hautesse;ils honorent du titre de dosfangis , les paisibles gardiens du jardin des Tuileries ; c'est une louange détournée , mais délicate , accordée au Grand -Seigneur ; cependant il est permis do douter qu'un de nos journalistes eût osé, il y a sept ou huit ans , parler i\es bosfangis du palais occupé par Buonanarle : les indépendans d'aujourd'hui se contentaient pour lors dètre les muets du sérail.

— Voulez -vous du galimatias double? on en a mis par-tout ; lisez plutôt. " L'opinion est une puissance invisible e\. présente; son tiône est l'espace, et son sceptre la pensée; elle peut dire le fameux per me Jicges régnant. En effet, les Rois ne régnent que par elle. )) Cette maxijue est tant soit peu contraire à la légitimité. ISos pères , tout giossiers , croyaient tout bonnement que leurs Souverains régnaient par la grâce de Dieu. Il est vrai de dire aussi qu'ils ne les détrônaient pas.

(( C'est l'opinion, dit-on dans le même article, qui ai^-ait fait tomber Buonaparle. » D'accord , aitiée.de douze cent mille Russes , Allemands et Anglais; cela rappelle la maitresse du ci-devant jeune homme, jnorle d amour et d'une lluxion de poitiine.

— Or, écoutez petits et grands* Vous croyez que l'on a tort d'appeler la défiance et ranimadvcrsion

^^ir les nobles entichés de leur gothique féod.ilité'i^

T^hbien! les Annales nous apprennent qu à dix lieues

de l^aris, ni plus ni moins, tlu côté dp iN. . . . , il

existe un ancit^i beigiicur qui exige que la nouvelle

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