‹ Le drapeau blancChapitre 27 sur 61 · LA BANNIÈRE DES INDÉPENDANS · texte numérisé non relu

LA BANNIÈRE DES INDÉPENDANS

Air : J'ai vu la meunière.

Z'B. croyais qu'aux indépendans

La France était ctière ; J'aimais presque les sentimens

De leur âme lière.

Mais, hélas, j'-^ connais leurs plans*, J'ai vu leurs étendards sanglans

J'ai vu la bannière Des indépendans.

""^^ Liberté , France , y sont tracés En ji,ros caractères.

Mais dans les replis sont placés

Ces mots sanguinaires:

« Laissez la charrue et les champs j Français accourez daus les camps, w

J'ai vu la hannière Des imlépendans.

« La gueite nous enrichissait^

Nous voulons la guerre-, La guerre nous ennoblissait,

jvfons voulons la j^uerre.

Du Nord jusqu'aux pays brûlans^ Soyons ilu monde les tyrans, m

J'ai vu la bannière Des indépemlans.

« Si la paix , pour nous sans appas f

Pourtant peut vous plaire , Ah ! nous ne balancerons pas

A vous satisfaire :

Donnez-nous les postes brillanSy L'or et les titres éclatans. »

TsLi vu la bannière Des indépeudans.

« Nous voulons aussi que le Roi ,

Vite en Angleferi^ Cha'îse , par une ju«te loi ,

La noblesse entière, Et les vilains , trop bonnes gens , Qui vrubnt carder leurs sermens. »

J'ai vu la bannière Des indépendans.

«f Ce<: messieurs ne nous plaisent pa»j

Er d'ailleurs leurs terres Nous formeront des majorais ,

Qui sont nécessaires Pour que nos rlerniers desrendans Soutiennent l'éclat de leurs rangs. »

J'ai vu la bannière

.', Des indépendans.

n La liberté , si chère airx sots,

N'est pas notre atlaire.

Troiivr-t-on che»les libéraux

De bons coups i^ fair#?

Nous qni somme» plats et rampnn», Nous aimons bien mieux les tyrans, r*

J'ai vu ja bannière Des indépendans»

et Mais pour trouver des partisans^

Soyons populaires, Contre (ics abus ppu choquans ^

Montrons-nous sévères; Bientôt, nf)us serons tout puissan», £t , comirip aufrelois, insoten». >»

J'ai vu 1^ baimière Des indépendant.

JDiscoursenJcnfeur du christianisme , prononcé dans une réunion sous Vinjluence de Minerve.

Collègues et amis ,

Plusieurs d'entre vous, se fondant sur la circonstance heureuse qui a fait monter à la tribune nar tionale quelques-uns de nos illustres, voudraient profiter de cet accroissement d'influence philosophique , pour porter les derniers coups à l'hydre du. christianisme. A les entendre , il serait utile que quelqu'un de i^os honorables députés fût invité à proposer l'abolition définitive des prêtres, des écoles chrétiennes, des missions, des églises et des fêtes et dimanches. Avec tout le respect que je dois à vos lumières , je ne saurais partager cette opinion.

Le premier avantage, selon vous, qui résulterait de l'abolition du christianisme, serait d'envelopper dans sa ruine toute religion en général , et, par suite , tous ces préjugés de l'éducation ancienne, qui, sous le nom de conscience , de vertu , de piété , s'opposent constamment aux progrès de notre raison et à la force de notre esprit.

Cette objection est spécieuse, et j'avoue qu'elle ne serait pas sans quelque fondement , s'il était prouvé qu'en détruisant les formes extérieures du christianisme , nous puissions , en même temps , extirper toute croyance religieuse de tradition ou de seiiiiment. Mais , hélas ! qu'ils sont vivaces , ces préjugés qui survivent encore au déluge d'encre corrosive que nous avons versée siu: eux depuis tant d'années ! L'expérience nous a prouvé, estimables collè-

L 5^ LITRAISON. l3

eues, que nous pouvions tout hier, liovs les consciences. Alors même que nous aurions obtenu ia suppression des costumes ecclésiastiques el des cérémonies religieuses, nous n aurions rien fait. Car soyez sûrs que tant que nous souffrirons dans la nature un Dieu et une Providence, certains rai.sonneurs subtils sauront en tii er des conséquences contraires à nos principes, et combattront, par des argumens irrésistibles/ cette liberté de penser et d'agir, ijue nous considérons comme la perfection de la raison humaine.

L'homme est naturellement pressé de jouir; et chacun de nous voudrait avoir, avant de mourir, la consolation d'apprendre que nos principes triomphent, et que personne ne croit plus en Dieu. Mais, pour arriver à ce but, gardons-nous de rien précipiter. Un coup d'éclat pourrait être dangereux; la piété se ranime dans la persécution. Ne nous écartons point des règles de prudence que suivaient nos maîtres du siècle dernier. C'est pour avoir voulu , à l'époque de notre régénération, porter à notre ennemi des coups liop rapides, que nous n'avons pas réussi à l'anéantir. N'oublions pas qu'après l'avoir égorgé dans ses ministres, brûlé dans ses églises, proscrii à jamais dans nos décrets, ce colosse s'est relevé, pâle et dépouillé à la vérité, mais brûlant de vivre une nouvelle vie, et s'appuyant, dans sa faiblesse , sur un ministre des Cultes et sur un Concoidat.

Le second avantage qu'on propose, résulterait de la suppression du sacerdoce , qui produirait True économie de plus de quarante mille pensions de prêtres , curés ou évêques , dont le montant serait bien plus utilement employé, si on le réparlissait ,

( *95 ) par exeniplt^, parmi les lédacleiirs et les imprimeur^ chargés de propager les lumières de nos académies/

Sous ce point de vue, le projet a pour nous quelque chose de séduisant; mais peut-être ses avantages économiques, sont-ils exagérés; car en nous procurant par-là une branche nouvelle de revenu , nous en supprimerions une ancienne. Combien d'illustres parmi nous se procurent une existence aisée , sans autre peine que celle d'invectiver périodiquement, ou semi-périodiquement, les prêtres? Si ceux-cî n'existaient plus, cette branche de notre industrie ne serait-elle pas desséchée? Il est vrai que, par une fiction heureuse très-habilement employée parmi nous, nous pourrions les ressusciter pour les combattre, ainsi que nous le pratiquons avec la féodalité , enterrée depuis plus de quatre cents ans, contre laquelle nous luttons encore avec tant de hardiesse et de bonheur. Mais ne comptons pas trop sur de telles ressources , parce que le combat des vivans contre un mort, ne saurait intéresser longtemps les spectateurs.

Craignons surtout, en détruisant le sacerdoce, de nous priver trop tôt de celte mine inépuisable de satire, qui fournit à nos jeunes élèves tant de sujets d'émulation. Combien d'entr'eux, trop faibles encore pour attaquer avec succès Dieu lui-même, ou le Roi , ou même la noblesse , essayent du moins leurs premières armes contre les prêtres? Exercice d'autant plus commode, qu'il ne les expose à aucune espèce de dangers.

Mais que dis-je? les plus recommandables de nos collègues ne doivent-ils pas à cette sorte de guerre leurs plus beaux titres à la célébrité? Faut-il dcne

tarir la source où ils ont puisé , où ils puisent encore tous les jours le sel de leurs écrits? Que deviendraient les A. , les E. , les J. , si nous leur ôtion» le plus précieux mobile de leur gloire? Le mérite de leurs productions, si répandues, ne consiste-t-il pas principalement dans l'heureux choix du sujel? Si, au lieu de ridiculiser les prêtres , ils écrivaient par exemple en leur faveur, pensez -vous qu'ils obtiendraient les honneurs de la lecture?

Il me reste à vous présenter une dernière considération en faveur du sacerdoce. C'est qu'en détruisant tous les prêtres , il n'y aura plus de mauvais prêtres... Et qui de vous ne connaît les services éminens que nous rendent ceux d'entr'eux qui se sont déclarés nos amis? Ne comptons nous pas dans leur nombre de zélés propagateurs de nos doctrines? Orateurs d'autant plus dignes de nos hommages , qu'ils ont plus complètement secoué le joug de tout ce qu'on appelle sacré parmi eux. N'est-ce pas ré< cemraent encore de leurs rangs élevés qu'est sorti l'apôlrc le plus zélé de l'insurrection ? Je ne parlerai point ici de ceux qui nous ont donné cette marque de véritable dévoument qu'ils nomment apostasie , parce (}ue ceux-là ne font plus partie du corps. Mais je ne saurais cependant quitter le sujet qui m'occupe , sans témoigner hautement la reconnaissance que nous devons à ces eslimables citoyens qui ont abandonné les fonctions du sacerdoce pour exercer les fonctions conjugales , et qui ont fo|y;ni au monde , dans leur nombreuse postérité , une foule de monumens vivans du triomphe de nos principes.

Voilà, collègues et amis, ce que j'avais à dire

( '97 ) en faveur des prêtres. Je conclas qu'aucun danger ne nous menace de leur part; que leur suppressioQ ne nous serait, pour le moment, d'aucune utilité , et que nous devons nous reposer, pour l'affaiblissement progressif de leur influence , sur la sagesse des ministres et sur les favorables effets d'une Constitution qui protège tout , jusqu'au christianisme.

Quant aux écoles ch-rétiennes , aux missions et à l'observation des dimanches et fêtes , j'en ferai le sujet d'un autre discours , où vous trouverez la même bonne foi que dans celui-ci , et la même conformité aux règles de la logique particulière que nous avons adoptée.

Les libéraux aiment-ih réellement la Charte ?

Ce serait une chose fort édifiante et un bien grand motif de sécurité , que l'attachement dont ces messieurs se disent pénétrés pour la Charte, si leurs contemporains n'existaient plus , ou si le Moniteur n'était pas là pour nous éclairer sur le degré de confiance que méritent de si belles protestations.

Mais plus on se rappelle leur conduite dans d'autres circonstances , plus on consulte ce monument historique , et moins il est possible de se défendre d'une inquiétude qui s'accroît même en proportion des efforts qu'ils font pour la dissiper.

Déjà nous avons fait remarquer à nos lecteurs, dans un article relatif à l'horrible journée du 21 janvier 1793 , que le Roi-Martyr avait offert lui-même, dans la séance du 2 3 juin 1789, précisément iouf ce

( M)8 ) (lue son ans^iistc frère nous a accordé par sa Charte ; ri que ces bienfaits, accueillis avec la plus vive reconnaissance par les amis du trône, n'avaient été repoussés que par les Hommes funestes qui ne voulaient ni d'un Roi vertueux ni d'un peuple libre.

Jetons maintenant les yeux sur ce qui se passa dans l'Assemblée législative , et nous y trouverons une leçon plus forte encore. Le jour même de son installation, chaque membre monta à la tribune, et , la main posée sur VEuangile de la Constitution (c'est ainsi qu'ils la nommaient, pour mieux faire croire à leur respect pour elle j , proféra ces mots : Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du royaume , décrétée par V Assemblée constituante, aux années 1789, i']^o et i^^\ \ de ne rien PROPOSER ni CONSENTIR dans le cours de la législature, qui puisse y porter atteinte , et d'être^ en tout , Jîdéle à la. nation , à la loi et au Roi.

C'était le 4 octobre 1791 que l'Assemblée législative avait prêté ce serment; et le 10 août 1792 , le "Rof était prisonnier dans l'enceinte de l'AssembléB léf!;islative : le i3, il était dans la tour du Temple par ordre de cette nwme assemblée, et la Constitution n'était plus !...

Peu de temps après, les parjures se vantèrent de leur perfidie 5 ils firent trophée de leurs actions. Chabot , membre du comité de surveillance de l'Assrmbléelégislativedès l'instant de sa création, Chabot, haranguant à la tribune des jacobins, le9scptcn)fcre «79?., pendant que les massacres des prisons duraient encore, s'avoua l'un ^es auteurs du plan d'insurrection qui a^ait amené la journée du 10 août; et le ïo octobre suivant, Cawbo7i, l'un des oracles do

l'Assemblée législative, rendant compte de la concluite de cette assemblée, à la tribune de la Convention nationale, s'exprima en ces tetmes :

u Cette assem.blée , révolutionnaire dès ses pre- (( inicrs instans , prit les moyens de préparer indi- « rectementuneinsurrection qu'elle regardait comme « nécessaire, mais qu'elle ne pouvait opérer directei( ment. En conséquence , elle désorganisa elle-même (I la force armée de Paris; elle cassa Télat-major; t( elle renvoya les troupes qui se trouvaient ici; elle « ferma les yeux sur limpuissance des autorités « constituées ;«e//e arma tous les citoyens dépiques ; t( elle leur oui^ rit les portes des Tuileries , oli le tyran

i( s'était enfermé Elle avait voulu faire venir

(( vingt mille hommes à Paris Le despotisme

K avait vu avec efitioi cette réunion Malheureu-

(' sèment les vingt "mille hommes n'étaient pas veu nus... l,es volontaires nationaux furent appelés.,.» t( Ceux que mon département a fournis avaient fait

« deux cents lieues en onze jours Ils étaient ici

t( pour le 10 août La révolution se fit. »

On n'est pas peu surpris, je crois, de voir dans cette relation si bien circonstanciée , que le tyran était ce malheureux Monarque à qui on n'avait pas mêine donné f autorité affermer sur lui la porte de son palais , et que les opprimés étaient ceux qui désorganisaient, qui renvoyaient , qui appelaient , qui cassaient , qui armaient , ç^u\ faisaient les révolutions. Mais laissons ces souvenijs pénibles: ne retraçons pas des malneurs que nous ne verrons», sans doute plus renaître, et passons à un exemple plus récent.

En i8i4, et jusquesau 20 mars î8i5, les Carnoty Jes Félix- Lepelleticr , les Benjamin Constant^ les

MchéC'cJe-Loiouche e1 les rédacteurs du Nam jaune lîo se disaient-ils pas animés des sentimens tes plus purs? Ne se constituaient-ils "pas aussi les défenseurs, exclusifs de la Charte? Cependant ils ne négligeaient rien pour favoriser le retour de l'usurpateur , ou pour se ménager les moyens d'obtenir ses bienfaits; et des le lendemain de son arrivée , on vit les rédacteurs ^w Nain jaune, imitant l'impudente audace des révolutionnaires de 179^, se vanter dans leur ini'ànie journal d'auoir puissamment contribué au renversement de Tauguste dynastie quelaFrance entière avait appelée de tous ses vœux.

ÎSe nous laissons donc pas séduire par de fausses apparences ; les masques sont tombés encore une fois au 9.0 mars i8i5; et tous les hommes qui n ont pas résisté à cette épreuve , tous les hommes qui ont sacrifié la Charte et son auguste auteur au fléau de fespëce humaine , ne sont pas plus dignes de notre confiance quand ils se disent les amis de nos lois fondamentales , que ne le seraient un voleur rt ime prostiluée qui nous parleraient de leur probité ou de leur vertu.

Remarquez, d'ailleurs, avec quelle opiniâtreté its entretiennent les défiances, avec quelle audace ils exigent, chaque jour, de nouvelles concessions; et voyez si cette marche ne suffirait pas seule pour démontrer leur arrière-pensée! Quand un gouvernement est établi, quand une Constitution est garantie, il n'y a plus qu'un même intérêt pour c^x qui vivent- de leurs propriétés et d'un travail honnête. C'est alors que l'on distingue ceux qui veulent un ordre de choses stable , d'avec ceux qui ne veulent que révolution et changement, parce qu'ils

grandissent dans le trouble, comme les insectes dans la corruption.

Et ils s'étonnent de ne pas être exclusivement appelés au pouvoir !... Et ils osent demander toutes les places î . . . Ah ! si nous pouvions être condamnés à neles voir remplies que par ceux qui ont joint à toutes leurs usurpations , celle de s'approprier le nom du peuple; à toutes leurs perfidies, celle de le calomnier ; à tous leurs crimes, celui de le flétrir; si Vhonlieur, \sl fidélité j le respect pour la religion et la mO' raie ne devaient être comptés pour rien , il faudrait prononcer que le monde a été fait pour être la proie du vice ; qu'il ne reste plus aux hommes de bien d'autre parti à prendre que de s'enfermer, comme Timon , dans un anire solitaire , de s'interdire tout commerce avec l'espèce humaine , et de ne penser à elle que pour la charger de mélédictions f '

Mais il ne saurait en être ainsi sous le règne d*un Prince dont les lumières égalent la justice. Dans sa haute et paternelle sagesse, il saura ne pas confondre les hommes auxquels l'on ne peut reprocher que des erreurs , avec ceux qui se sont distingués par tous les genres d'excès; mais il ne négligera pas non plus d'honorer de sa bienveillance les citoyens dont la conduite a été constamment irréprochable , parce qu'il sait mieux que personne que le meilleur moyen de faire croître le mérite est , comme dit le proverbe persan, de semer les récompenses ; que la honnr. cité est , selon Plutarque , celle où les bons commandent, et ou les méchans n'ont aucune autO" rite y et qu'en un mot , si c'est avec les intrigans et les ambitieux qu'on fait les révolutions , ce n'es^t qu'avec les hommes de bien qu'on les termine.

Maurice-MéJAN, ayocat à la Cour royale.

CORRESPONDANCE

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