AVEC LES DÉPARTE MENS
rs° II.
Paris, lo février 1819.
Vous me pressez de v^ous teaiir au courant de ce ^ui se passe dans la capitale, comme si réellement il s'y passait quelque chose d'extraordinaire. Vos tcles méridionales travaillent... travaillent... et ne conçoivent pas comment Paris peut être tranquille depuis le triomphe apparent d'un système qui ne vous paraît pas très-rassurant pour le maintien du liône légitiine. 11 n'y a donc pas de royalistes à Paris? me dlrez-vous. Au contraire, on n'y voit que cela j et je suis persuadé qu'ici presque tout le monde est royaliste , à l'exception pourtant de quelques hommes monarchiques que , Tort heureusement pour les royalistes , ou ne trouve ni dans les grandes, ni dans les petites places, et que bientôt on a l'espoir de voir disparaître tout à fait de la Chambre des députés, avec Taide de Dieu et de la loi des élections. Pour la Chambre des pairs , la chose sera un peu plus difficile, les hommes monarchiques ayant là, comme s'ils étaient royalistes , le privilégedelinamoN ibililé, et mcmederhérédité. Le Moniteur (le Londres^ journal U-qs- royaliste , cité j)ar la Minerve, aussi royaliste que le journal anglais, ne conçoit pas comment l'opposition peut être en majorité dans la Chambre ^\e,i^ pairs de France , tandis qu'elle ^cst en minorité dans la (Chambre des paiis d'Angleterre; c'est que le Monittiw (le Londres et la Minçrve ne voyent pas, ou ne-
veulent pas voir qu'en Angleterre on en est encore à ne faire qu'une seule et même chose des hommes monarcJiicjLies et des royalistes , lorsqu'en France, où tout se perfectionne , le ministère , devenu roya- Usle de ministériel qu'il était, a trouvé le secret de faire deux intérêts diiiérens du lioi et de la monarchie. Çuoi qu'il en soit, il est bien prouvé que le ministère étant rojaiis/e et non monarchique , les partisans du ministère sont royalistes, et que l'op- •position vient des hommes monarchiques. Ce qui nous amène pourtant à faire cette observation, que , si un beau matin il nous arrivait un ministère qui, au lieu dêtre royaliste, fût monarchique, le nouveau ministère aurait la majorité dans la Chambre des pairs , où les hommes monarchiques dominent; ou bien que, s'il nous arrivait un ministère qui fût, comme en Angleterre, à la fois royaliste et monarchique, il n'y aurait pas la plus petite opposition dans la Cham'bre A^?, pairs,- qui ne se compose, comme chacun sait, que de royalistes et à'hommes monarchiques.
Mais tant que le ministère ne sera que royaliste , il ne faudra pas songer à cela ; l'opposition des hommes monarchiques , qui se sont fourrés en majorité dans la Chambre des pairs , parce que ces gens là se fourrent partout , contrariera sa marche, et le fera peut-êti?e tomber lourdement, si , agissant contre l'intérêt monarchique et dans l'intéiêt royaliste , les ministres ne trouvent le moyen d'augmenter dans la Chambre àe?> pairs le nombre des royalistes , pour y former la majorité nécessaire au maintien d'un ministère royaliste. Il faut que cette addition de pairs royalistes s'opè/e, et s'opère bientôt, on
bien 1rs royalistes auront Textrême douleur àe voir triompher la monarchie, cç qui serait fâcheux pour les royalistes . Les écrivains royalistes, qui sentent iout^ rimporta«ce d'une mesure prompte et décisive à cet égard , demandent la réintégration d'une treniainte de pairs royalistes , que le ministère et les majorités monarchiques des Chambres de i^i5 avaient déclarés légèrement déchus de la pairie, parce qu'ils avaient abandonné la cause de la monarchie pour soutenir les prétentions du royaliste de nie d'Elbe. A ce si>jet , M. E. , qui n'aime pas plus la monarchie que les hommes monarchiques , et qui n en est que plus roj^aliste à raison de cela., invoque la Charte en faveur de ces bons et loyaux royalistes, dont le bt^oin de faire triompher les royalistes aux dépens de la monarchie , rend la pré^ ^ence indispensable dans la Chambre des pairs.
L'écrivain royaliste assure que les ex-pairs royalistes dont il prend la défense , ont élé inoonstiturtionnellement privés de leurs droits sous l'influence monarchique de 1 8 1 5 5 que la pairie ne peut se perdre que par un jugement; oubliant, ou ne sachant pas que le crime de félonie, constaté par la \ù\ d'amnistie contre tout individu qui avait précédemment trahi ses sermens , a bien pu , sans blesser le^ lois, être puni par la perte de quelques droits politiques , puisqu'il pouvait l'être de la perte de la vie , et qu'en aucun cas, personne n'a le droit d'invoquer le bénéfice d'une loi dont il aurait cessé de reconnaître la puissance.
Les pairs qui Tétaient d'après la Charte , et qui ont abandonné ce titre, pour le devenir en vertu de l'Acte additionnel aux Constitutions de l'einpire ,
ne peuvent être revêtus de celte haule dignité, quo sous le régime de la loi qu'ils ont préterée. Or^ ajoutent les hommes monarchiques , à qui ce raisonnement appartient, si l'on veut faire entrer dans [a Chambre les trente royalistes pairs selon l'Acte additionnel aux Constitutions de l'empire, il faudra nécessairement en laire sortir tous les hommes monarchiques et même tous les royalistes j pairs selon. la Charte j car la Chambre des pairs ne peut exister à la fois en vertu de la Charte et en vertu de TActe additionnel aux constitutions de l'empire; et cependant les royalistes n'invoquent que la Charte ; s'ils invoquaient tout bonnement l'Acte additionnel, ils se feraient mieux comprendre. Sans vouloir décider cette question entre les royalistes et tes hommes monarchiques, j'engagerai un de ces jours les rédacteurs du Drapeau blanc ( afin que le public possède une parfaite connaissance des titres que les cliens de la Mineri^e ont à la bienveillance des royalistes) à dresser un tableau historique de tous les anciens pairs nommés en i8i4 d'après la Charte , devenus , pendant les cent jours , pairs d'après l'Acte additionnel aux Constitutions de l'empire, et rejetés après les cent jours loin de la Chambre des pairs , créée d'après la Charte, parce qu'ils faisaient partie de la Chambre des pairs créée d'après l'Acte additionnel aux Constitutions de l'empire. En attendant cette petite biographie politique , qui jetera un plus grand }our sur l'état de la question, les hommes monarchiques demandent à l'écrivain royaliste si, en supposant que l'on dût admettre dans la Chambre des pairs d'après la Charte, les pairs qui avaient renoncé à cette ip5titutioa constitutioanelle, pour
( 2o6 ) prendre leur titre d'après l'Acte additionnel aii:î ConstiliUions de Tempire, le seul que maintenant ils puissent faire valoir , on ne devra pas aussi admettre au même honneur les autres pairs d'après l'Acte additionnel, qui précédemment ne l'avaient pas été d'après la Charte. Cela serait de toute justice , puisque les uns et les autres ont le même titre à taire valoir, et serait un moyen iniaillible d'organiser dans la Chambre des pairs cette immense majorité royalisle à laquelle la Minerve tient singulièrement... Les hommes moîiarchiques et la monarchiQ n'auraient qu'à plier bagage , et les royalistes, n'auraient plus à douter du succès , si Ton voyait arriver en masse et sans distinction , à la Chambre des pairs , cette foule de royalistes qui composaient la Chambre des pairs des cent jours. Cette idée n'est pas mauvaise , nous ne doutons pas un moment que M. E. , qui lire parti de tout, ne la tourne et ne la retourne de la manière la plus avantageuse à la cause dont il sVst déclaré le défenseur.
Je ne suis si ce ne serait pas pour acheminer les esprits vers cette douce espérance , que l'on a pressé le rappel en France de quelques-uns de ces royalistes à qui les majorités monarchiques de i8i5 avaient cru faire grâce en les bannissant. Quoiqu'il en soit, les rédacteurs de la Minen'c et les autres écrivains royalistes ont Tair de n'être pas salistaits de ce qu'on laisse encore loin de leurs foyers plusieurs de ces royalistes ; mais les plaintes de ces messieurs ne seraient pas raisonnables , si elles étaient sincères. Comment ne sentiraient-ils pas que, pour rendre à chacun ce qu'il mérite, il fallait commencer de préférence par le rappel des plus roya^
listes? Voilà pourquoi nous avons' vu arriver déjà une soixantaine de régicides, et que tant d'autres, qui ne le sont pas, restent en arrière; c'est tout simple : il faut avoir fait ses preuves pour forn\er l'avant-garde. Voilà pourquoi M. Cambacérès est à Paris , tandis que M. Arnaud , dont le nom inscrit sur la liste fatale du royaliste Fouclié, a étonné les hommes monarchiques comme ceux qui ne le sont pas, est encore à Bruxelles, afin de consacrer les droits de la justice distributive, et que la Minerve ait quelque chose à dire sentant un peu sa vieille indépendance.
Cet ouvrage semi-périodique, qui de son aveu a été tour à tour indépendant , officieux , royaliste , va toujours son train , défendant le ministère en faisant semblant de ne pas remarquer l'inconstitutionnalité du projet de loi sur la responsabilité ministérielle , dont il ne dit que quelques mots , qu'on peut tout aussi bien prendre pour une approbation que pour une censure adoucie , attaquant longuement les hommes monarchiques dans l'intérêt des royalistes , et les missionnaires , pour la plus grande satisfaction des amis de la religion.
Trop gratter cuit et trop parler nuit , dit le vieux proverbe. Je conseille à M. E. de l'avoir un peu plus présent à la mémoire. S'il s'en fût souvenu , il n'aurait point à regretter d'avoir laissé glisser dans sa correspondance quelques petits traits ingénus , que je nommerais autrement , si M. E. étant reconnu pour un homme d'esprit, n'avait pas le droit d'être ingénu idini qu'il lui plaît, sans être obligé de s'entendre appeler par son nom. L'écrivain royaliste, tout en parlajit et déclamant contre les missions, qui
fonl tant de mal en prêchant l'oubli des ofl'enses f contre les ecclésiastiques , qui refusent rinhumation à ceux qui ne sont pas morts , et contre les cu-rés , qui favorisent le schisme, parce qu'ils ont besoin de manger pour vivre , nous raconte , à l'appui de cette dernière assertion , une petite anecdote que je vais rapporter en entier , puisque la Mine/vc , qui est répandue partout , n'est pas encore parvenue dans votre ville, même gratis, a II y a cinq ou six ans , « dit M. E. , que les habitaus d'une commune du « Jura refusèrent d'acquitter une taxe qu'avait im- « posée le préfet, pour le paiement de leur curé ; ils « s'adressèrent au conseil-d'état , qui rejeta leur re- « quête. Savez -vous ce qu'ils firent? Ils s'assera- V blèrent sur la place publique , et signèrent une « délibération unanime , par laquelle ils déclaraient « qu'ils se faisaient protestans. n L'historien n a-t-il pas manqué son but? N'y a-t-il pas de ringcnuité à représenter ces bons habitans du Jura se faisant protestans par esprit d'économie , comme si le ministre protestant , père de famille , ne devait pas avoir aussi bon appétit que le curé catholique , célibataire? On dit assez souvent d'une historiette: Se non e vera , c beii tros^ata. Que dira- 1- on de celle-ci?... Au surplus, si elle n'est ni vraie ni bien trouvée, elle est toujours à sa place; elle est dans la Minerve , qui est bien obligée de remplacer par quelque chose , n'importe quoi , ses longues critiques ^Q% actes du ministère, critiques qui lui sont interdites depuis que la Minerve , devenue loyaliste , a cru le ministère aussi royaliste qu'elle , depuis que des motifs préfjondérans ont rendu dépendante l'inciépendante môme.
( 2iô^ )
Il y a tant de choses que la 3Hneive ne renferme' que pour remplir , bien ou mal, ses quarantehuit pages par semaine, qu'il y aurait peu de générosité à donner un démenti à JVL £. , au sujet de ce qu'il dit que , dans le département du Gard , on arbore la cocarde verte sur un simple article de journal. Je conseille à ceux qui pourraient se formaliser de cette petite équipée de Vècnvd^n royaliste, de vouloir bien se mettre dans la tête que M. E. a écrit cela comme il aurait écrit autre chose , et que , dans tous les cas , on aurait grand tort de se croire calomnié par ce que dit M. E. , qui , dans le fond , n'est pas méchant. Pour moi, qui suis bonne personne, j'apprendrai à M. E. , qui s'en étonne , pourquoi le département du Gard a cessé pendant quelques jours d'avoir un administrateur.
On se rappelle sans doute les dernières élections , époque heureuse pour les royalistes, sur -tout à Nîmes , où l'on vit leur influence l'emporter sur les hommes monarchiques , qui furent vaincus dans cette lutte pénible , dont le résultat mémorable fut l'élection de trois royalistes , bien et dûment reconnus pour tels. Comme tout est permis aux royalistes pour écarter les hommes monarchiques , on prétend que de hauts et puissans personnages firent , au nom de qui de droit et par ordre , les promesses les plus brillantes aux personnages les plus influens dans les élections du Gard : h celui-ci^ telle place, à celui-là telle autre; on devait nommer tel royaliste , qui avait abandonné ie dtjc d'AngoitxïTme, lorsque ce Prince défendait si héroïquement la monarchie à la tête des hommes monarchiques du Midi, en remplacement de i^X homme monarchique ,