‹ Le drapeau blancChapitre 35 sur 61 · DES CHOSES ET DES PEESONNES · texte numérisé non relu

DES CHOSES ET DES PEESONNES

Les instilulions fortes exercent promptemenl leur influence sur les hommes , et les soumeltent par leur propre intérêt , ou par la conviction des garanties quelles leur assurent. Ainsi les institutions de Sparte et de Rome formèrent le citoyen sur leur esprit : les premières renouvelèrent un peuple corrompu ; celles de R.omulus et de Numa posèrent les bases de cette grandeur qui n'eut de bornes que l'empire du monde : ainsi les institutions de l'antique monarchie française , depuis Charlemagne jusqu'à Louis XIV , devinrent la règle des actions , et placèrent notre illustre patrie au premier rang des nations modernes.

Mais quand les lois fondamentales , sans caractère et sans vigueur, n'inspirent ni confiance ni respect, -loule l'influence reste aux hommes investis de l'anlorilé. C'est ce que l'on voit en France depuis la révolution , dont les vices , d'abord inhérpns aux principes des choses , se communiquèrent naturellement aux personnes. Ces ilcux causes exercèrent l'une sur l'autre une corruption réciproque, lorsque nos réformateurs en délire , nos guides aveugles obéissaient tour à tour à cette n.ulliîudo furibonde qu'ils entraînaient et qui les poussait au-delà du terme où ils voulaient s'arrcler. M^is qu'est-ee donc qu'un ordre de choses qui corrompt et détrliit

tout, le principe du Gouvernement, les diefs et le. peuple? '■ 'JîfTv t

La révolution ressembla long- temps à ces asiles qui servent de refusée aux hommes coupai)les envers l'honneur, la justice et l'humanilé. Là se trouvaient posées les limilcs de toute juridiction; là, l'impunité devenait assurée; toutes les lautes et tous les attentats obtenaient leur solidarité; et loin de subir la honte ou le châtiment , réclamaient des éloges et des récompenses. Depuis ce temps, les chefs révolutionnaires turent sans cesse tourmentés d'une vague inquiétude qui ne leiir permit ni le repos ni la coniiance. En ce qui les concerne , les choses devinrent nulles, quand la solidarité des personnes n'en était pas la garantie. Le 18 brumaire, les constitutions impériales , l'assassinat du dernier rejeton des Coudé, le 20 mars, ne furent que des concessions et des garanties réciproques faites aux intérêts personnels de la révolution. Dès que ces garanties cessèrent , la défection se mit dans tous les rangs , afin de sauver les personnes et de les rallier ensuite contre la monarchie légitime.

Sous le despotisme , il faut subdiviser les fonctions, parce que tout est dans les personnes; parce que l'intérêt du maître est qu'elles se surveillent Tune fautre. Dans les monarchies tempérées et dans les Etals libres, fadministration reposant sur des institutions, on peut, sans inconvénient, concentrer Tautorité. Le Gouvernement le mieux servi serait incontestablement celui où les fonctions honorables deviendraient gratuites. Les emplois obtiendraient alors beaucoup de considération; alors les choses et les personnes placées dans leurs rapports convena- L Qr LIVRAISON. 17

( 25o ) blés, se mainliendraient réciproquement. Ce désintéressement patriolique ne sembla point du goût de nos réformateurs, car ils ne créèrent que des fonctions salariées. S'ils ont joint à la liberté qui maintient l'homme , la moralité qui l'élève à la vertu , no» contempoiains peuvent l'attester.

Cet ingénieux législateur (Brissot, auteur d'un livre sur le /^o/), indulgentenvers ceux qui dérobent, si redoutable à ceux qui possèdent, même en restant fidèle à ses préceptes, se serait bientôt vu forcé d'en changer TappUcalion , quant aux personnes. La fortune publique a passé dans les mains de ces prétendus réformateurs , arrivé» d'abord avec des plan» d'économie, et qui n'aiment les dilapidations qu'à leur profit. Ainsi les innovations laites sur les mœurs et sur le caractère de la nation , ont tout perverti dans les choses et dans les personnes.

La dépendance des choses, ditRousseau [Emile, liv. 2), ne nuit pointa la liberté, et n'engendre point de vices ; la dépendance de l'homme les engendre tous. Or, un pays oii l'ordre social se trouve en entier interverti, n'est-il pas dans la dépendance des hommes, et ne doit -il pas être livré à la plus désastreuse corruption? Il ne faut, pour en juger les effets , que se reporter à l'époque de notre histoire depuis 1791.

A dire vrai, il n'exista dans l'ordre politique, jusqu'à ta restauration , ni chartes , ni lois , ni institutions. Il y eut seulement des assemblées , des comités, des directeurs, un empereur. Dans Tordre judiciaire comme dans l'ordre administratif, il exista des juges, ^?s conseillers, des agens d'exécution; Vaines dénominations qui représentèrent rarement

l'jessence des choses pour lesqueliei elles furent instituées ; car les fonctionnaires dérogeant sans cesse à leurs propres lois, hâtaient eux-mêmes la* destruction de leur œuvre Tragi le. La révolution, des son origine , fut donc toute entière dans les hommes qui pervertirent avec connaissance de cause leurs propres principes, et n'en firent jamais qu'un moyen de domination. Une pareille dépendance ne devait-elle pas engendrer tous les vices! et la liberté pouvait-elle naître sous de semblables auspices?

Cependant ces mêmes hommes se proclament aujourd'hui défenseurs exclusifs des libertés publiques ; eux seuls demandent des concessions , eux seuls les obtiennent. Toutes leurs doctrines sont représentées dans les fonctions diverses. Chaque adepte étend ou circonscrit l'autorité monarchique ; et selon la mesure de son opinion et de ses erreurs passées , pose la borne des croyances religieuses et du dévoûment au Souverain. Enfin, il semble que les choses cessent d'exister, ou qu'elles sont entièrement subordonnées aux personnes. Dans la discussion des lois , dans le système administratif, dans l'instruction publique , ces inconvéniens s6 reproduisent sans cesse.

Le ministère qui commet des erreurs si nombreuses, par rapport aux lois fondamentales, les aggravé encore par le choix des personnes. Les concessions que fait une autorité forte, deviennent obligatoires envers elle. Les concessions qui résultent de la faiblesse et de l'esprit de parti, encouragent f insolen^ce et la sédition. Au risque de faire soupçonner son discernement ou sa fidélité ; on ne peut coftfier aux

ennemis avoués de la monarchie légUime, l'honneur exclusif de la défendre 5 c'est vouloir intervertir les choses par fintluence des personnes. Pour ceux qui savent juger les circonstances , le moment arrive où les opinions les plus divergentes peuvent se concilier ; mais après des exemples si terribles et si récens, il ne faut pas tenter la faiblesse humaine, mettre les opinions en opposition avec les devoirs, et dénaturer ainsi les institutions conservatrices.

Rien ne présente de plus grandes difficultés que de se faire chef d'un parti, et d'établir un système nouveau par rapport aux choses et aux personnes : c'est l'état de réaction où se trouvait le dernier ministère. Il y a succombé , et laisse encore à ses successeurs de plus grands obstacles que ceux qu'il croyait surmonter. Quelques hommes avaient à leur disposition le bonheur et la gloire d'une grande nation toujours prête à louer Vhonneur et l'équité. Au lieu de s'élever jusqu'à la hauteur de leurs nobles fonctions, ils voulurent tout rabaisser jusqu'à leur niveau. Semblables à des nains qui tenteraient de soulever le fardeau d'Atlas , ces hommes succombent tour à tour. La France les juge sur leurs œuvres , et leur retire enfin l'appui dont ils sont indignes. Si Ton veut nous séduire et nous entraîner, qu on se montre é(juitable et désintéressé, et prêt à conseiller des desseins généreux. Que les hommes disparaissent enfin, et cèdent à l'influence des institutions monarchiques.

Les principes et les lois de la révolution sont tellement vicieux, qu'ils pervertissent môme les hommes intègres (|ui les adoptent. Les erreurs de tant d1iommcs publics proviemient de ce qu'ils regardent sans

( 2t53 ) cesse le passé, au lieu de contempler l'espace iniliiense qui se découvre devant eux. Ainsi les petits intérêts de l'homme privé absorbent " les grandes pensées de l'homme d'état, et l'isolent des intérêts de la patrie. Ceux au contraire qui, distingués par un noble dévoûment à la famille régnante, n ont ni profané ni trahi leurs sermens , unis à ceux qu'une sage expérience désabuse des doctrines révolutionnaires , sont les appuis naturels du Gouvernement royal.

Çuel observateur éclairé ne reconnaît que les choses et les hommes de la révolution ayant subi toutes leurs modifications et leurs développemens, touchent à leur déclin. On juge de leur force par leur durée. Mais les unes et les autres sont usés , parce qu'ils n'ont produit que le désordre et la destruction. Si l'on n'avait à plaisir ranimé ces cendres éteintes , le moment d'anéantir les doctrines subver* sives était arrivé. Qu'il s'élève un homme doué de sentimens et de pensées énergiques , il posera d'abord le terme où doivent s'arrêter les choses et les hommes. qui causèrent au monde tant de calamités; il verra bientôt que l'honneur et la foi ne demandent point d'autre garantie de leur sacrifice et de leur dévoûment ; et fortifiant les choses par les personnes , l'autorité ne laissera d'espoir aux factieux que

dans la soumission.

Des statues élevées ou à éleifer en France dans les places publiques.

Tout, dans lesEtals bien constitués, doitconcourir à un même but, celui d'inspirer aux citoyens uii

atiflCjîement éclaire pour ié Goiirrrnement légitime. Ce principe aflmis, il ne faut rien négliger de ce qui peut concourir à son application. Examinons donc, «ousies rapports les plus importans, nos monumens publics. Ici, les talens des artistes, tout recommandables qu'ils sont, n'obtiennent qu'une place secondaire ; la première est due, de droit , aux grandes considérations politiques.

Avant ces révolutions si longues , si terribles , et dont nous sortons à peine, plusieurs statues décoraient les principales places de Paris et de quelques autres villes de France. Elles disparurent dans des jours de vertige. Il faut maintenant réparer, en ceci encore, le mal qu'on n'a pas eu la force d'empêcher. Les premières pensées, les premiers soins ont été avec raison pour la statue de Henri IV. La gloire nationale, d'impérissables souvenirs, toutes les convenances, tous les sentimens généreux le voulaient ainsi. Çu'elle reste donc devant nos yeux et ceux de nos enfans , jusqu'à la postérité la plus reculée , la noble image

« Du seul Roi dont le pauvre- ii.it gardé la mémoire. >»

Mais songeons aux choix que l'on pourrait faire pour orner les autres places publiques de nos principales villes , aussi bien qu'est ornée à Paris l'esplanade du Pont-Neuf.

A l époque où nous sommes parvenus, et lorsque nos institutions nouvelles tendent h concilier la puissance du Souverain avec les libertér, de la nation , la statue d'un monarque doit être à la fois un juste hommage» à celui qu'elle représente , et un sujet «intérêt, une source d'utiles réflexions pour les

citoyens de toutes les classes. Le moyen' d'allf indfj» ce double but. est sans doute bien facile : il ne s'agit que d'ouvrir nos annales.

Charlemagne brille au milieu d'un siècle encore à demi - barbare , et donne au nom français un éclat impérissable. Heureux si , dans le cours de sa longue et glorieuse carrière , il n'eût pas appesanti st> main sur les braves et malheureux Saxons! Mais qui voudrait n'admettre aux honneurs de cette sorte d'apothéose que des héros sans reproche, que des princes parfaits, connaîtrait peu la nature humaine , et deviendrait injuste , quand peut-être il ne se croirait que sévère. Laissons à l'ancienne Egypte ces austères examens (i). Distinguons, honorons la grandeur, l'héroïsme, sur-tout la bonté et le bien fait aux peuples , abandonnant à l'impartiale histoire les princes qui n'ont pas mérité d'être sans cesse offerts aux regards de la postérité.

Si quelque chose pouvait étonner parmi tant d'exemples des inconséquences de l'esprit humain, on se demanderait pourquoi Louis IX , objet de tant de panégyriques , n'a pas encore une statue dans la capitale de la France. Chef de la Race des Bourbons, saint aux yeux des catholiques , admiré

(i) «Les rois d'Egypte , dit Rollin (Histoire ancienne y liv. I.), « étaient épargnés pendant leur vie : le repos public le voHlait « ainsi-, mais ils n'étaient pas exempts du jugement qu'il fallait « subir après la mort ; et quelques-uns ont été privés delà sépul- « ture. Il se passait quelque chose de semblable chez les Israé- «I lites. Nous voyons dans l'Ecriture, que les méchans rois n'é- «taient point ensevelis dans les tombeaux de leurs ancêtres. « Par là ils apprenaient que si leur majesté les met, pendant leu^ «vie, au-dessus des jugemens humains, ils y reviennent enfin <» quand la mort les a égalés aux autres hommes. »

( 256 ) do loiis les amis de la verlu , quelles que soient d'ailleurs leurs opinions religieuses , n'avait-il pas sa place marquée depuis long -temps dans la ville où s'élevait le monument de Henri IV, dont il ne pouvait redouter le parallèle?

J'ignore , lorsqu'enfin sa mémoire recevra un juste hommage, si l'on adoptera, pour ce grand et bon Roi, l'invariable méthode d'une statue équestre. Oiioique aussi brave qu'aucun monarque français , Louis IX semble demander quelque autre monument. Ce serait d'ailleurs un moyen d'exercer le génie des artistes, et de jeter dans ces productions imposantes luie variété précieuse.

Le sage Charles /^ est aussi un de ces Rois qui paraissent accuser notre mémoire d'ingratitude. Quel Français n'aimerait à s'arrêter devant l'image de ce prince, qui répara les maux du règne désastreux de son père, et fut Tâme , le principe de tout ce qui se fit d'utile et de grand sous son gouvernement!

Et ce Roi , surnommé le Père du peuple , ce Louis XII, dont on jonchait les chemins de fleurs , «juand il se promenait , sans gardes , au milieu de ses enfans ; ce roi dont la mort causa un deuil universel , où avons-nous pu jusqu'ici montrer son image aux étrangers instruits de notre histoire? Si la coutume prévalait un jour de varier les nionumens élevés aux grands et bons princes, on pourrait voir dans nos places publiques Charles V, confiant son «^pée au guerrier le plus digne de la porter, à son bon connétable. Peut être encore la statue de Louis XII rappe.llerail-elle ces deux vers de la Henriade :

'* D'Amboise est à ses pieds , ce ministre fidèle, " Qui «cul aima la France , et fut seul aimé d'elle. »

Si Ton dit que la majesté royale ne permettrait pas de multiplier de tels groupes ; on conviendra du moins qu'il n'y aurait pas à craindre qu'ils fussent nombreux. ISotre histoire n'offre qu'un autre rapprochement semblable , et le lecteur l'a déjà indiqué : c'est celui d'Henri IV avec Sully.

On objectera qu'en ce moment sur-tout, il n'est guère possible de songer à des monumens nouveaux. Mais il ne s'agit que de demander une équitable préférence pour les grands hommes qui , depuis long-temps , auraient dû recevoir des hommages publics. D'ailleurs , rien n'ordonne que ces monumens soient élevés à très -grands frais. Le Vjronze n'y est pas indispensable. Les groupes que Ton vient d indiquer , et d'autres aussi intéressans , que la lecture de notre histoire saurait bien inspirer aux artistes , pourraient très-convenablement être exécutés en marbre , et dans des proportions non colossales. L'attention indispensable de les préserver des injures du temps , par des dômes que soutiendraient de légères colonnes , ajouterait peu à la dépense. Des inscriptions en français , des bas-reliefs rappelant les actions les plus mémorables des grands-hommes auxquels les statues seraient consacrées , achèveraient de donner à ces monumens tout l'intérêt dont ils seraient su&ceptibles. Alors un grand nombre de nos compatriotes apprendraient , pour la première fois , à quelle race appartenait Saint-Louis ; quelles plaies la sagesse de Charles V sut cicatriser , et combien Louis XII eut de droits à l'amour de leurs aveux.

Ces notions nliles , plus généralement répandues , produiraient l'excellent etfet d'attacher les citoyens

f 258 ) au seul gouvrinement qui puisse leur assurer la liberfé de leurs personnes , et la conservation de leurs propriétés. Rendant justice auxroisqui ont autrefois gouverné la France, ils n'en seront que plus empressés de témoigner au pouvoir légitime un attachement fondé sur la connaissance de leurs plus chers intérêts.

CORRESPONDANCE

Blois , 1 1 février 1819.

Sfriez-vous assez bon , monsieur, pour fixer mes incertitudes sur un point que voici. Dans une de vos publications à propos du ministre des finances , je trouve le nom de M. Louis , que vous faites précéder du titre à'ahbé, ce qui suppose un ecclésiastique. Dans d'autres journaux que le vôtre , et à propos du même ministre , on parle aussi d'un M. Louis qu'on désigne par le titre de baron. Serait-ce le même individu qui réunirait ees deux titres? ce qui, à la rigueur, peut s'accorder. Mais ce qui ne s'accorde pas de même , c'est l'assurance qui m'est donnée par un de mes compatriotes qui a eu rhonnenr de voir monsieur le ministre des finances , et qui: prétend que c6 ministre porte un costume tout à fait laïque. Si cette assurance est vraie , >e ne sais plus oonmient la faire accorder avec celle qui m'a été donnée pour être aussi réelle , que Son Excellence le minisire des finances n'a point cessé de faire partie du clergé. A mon tour, j'aurai ^nussi l'honneur de vous demander, si vous le savez, monsieur, Ce que monsieur le ministre des finances

peut avoir de commun avec une personne du nom de Louis , née à Toul , appartenant à une famille de très-honnêtes gens , et ordonné prêtre à Beauvais , au mois de septembre 1779, pai" l'évêque de cette ville. MM. les abbés de Turpin , de Faudoas , Foullon, Montesquiou, La Rochefoucauld, du Breuil et autres , reçurent l'ordre de la prêtrise en même temps que M. fabbé Louis, qui, en 1781 , fut reçu conseiller-clerc au parlement de Paris. En 1790 , ce conseiller- clerc remplii les fonctions de diacre à la messe célébrée au Champ-de-Mars, lors de la fédération du mois de juillet. D'après ce que je crois savoir, il me paraît impossible que la personne dont je viens de parler soit la même que le ministre actuel des finances; car cette personne n'a3'ant rien fait , du moins que je sache, à quoi on puisse appliquer quelques-unes des dispositions du concordat de 1802, elle est donc nécessairement restée prêtre. Quoi qu'il en soit, exisle-t-il entre Tindividu conseiller de la 3® des enquêtes au parlement de Paris en 1789, et le ministre actuel des finances, quelques rapports? Vous m'obligerez beaucoup , monsieur, si cela est en votre pouvoir, de répondre à la question biographique que j'ai l'honneur de vous faire , et dont j'ai celui de vous prier d'agréer d'avance mes remercîjïnéns les plus sincères.

UN DE vos ABONNÉS.

,,, . Béponse du rédacteur.

Nous renvoyons notre curieux correspondant à la Biographie des hommes i^wanSj àoï\\ les deux derniers volumes viennent de paraître chez Michaud(i).

(i) TROISIÈME ET DBRNiàRE HVK AISON, composée de&

( a6o ) Ce livre est trop redouté de tous les hommes qui ont semé de mauvaises actions et qui recueillent de fâcheux souvenirs , pour qu'on n'ait pas employé tous les moyens d'en diminuer la publicité. Comme il est détendu aux journaux esclaves d'en parler, nous ne négligerons pas d'en rendre compte. En attendant, nous invitons notre abonné à consulter le livre au 4^ volume , à la lettre L. , il y trouvera Tarticle de M. ie baron abbé , ou abbé baron.

A Messieurs les rédacteurs du Drapeau blanc.

jVlais, 9 janvier 18 19.

Messieurs ,

Comme la Miiien^e, et principalement YErmîiQ t.n Vrovince ^ ne peuvent plus calomnier personne, nous aurions laissé mourir dans le recueil dégoûtant de tant de sales mensonges, la calomnie infâme dont l'Ermite a eu la prétention de flétrir, la Garde nationale d'Alais, Mais une voix amie de la vérité sétant élevée pour confondre l'imposture, notre silence serait une injure faite à celui qui a pris si noblement notre défense.

tomes IV et V, du même prix que la première pour les divers papiers.

Le prix de Touvrage entier , composé de cinq volumes , est de j5 Ir. ; 60 fr. grand raisin fin , et 120 fr. vélin grand raisin , broché en carton , avec les portraits.

Le prix des portraits, que l'on peut réunir à chaque volume de ta Biographie des hommes vivons y au nombre de vingt environ , « 8t le même que pour la Biographie universelle , c'est-à-dire de 'j fr. par volume sur le papier carré, 4 ir. sur le papier grand > aisin , et 3 fr. sur le vélin.

A Paris, chezL. G. Michaud, libraire-étliteur, rue des Bon»* "Enians , n» 34 ; Et chci J . G. Destu , rue des Petits- A u;^ustins , n" 5.

. Nous déclarons donc à la i'ace de l'univers , que rErmlte en Province , fidèle au système qu'il s'est fait de ne rien respecter de ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes, s'est rendu coupable de la plus impudente calomnie, lorsqu'il s'est permis d'avancer, dans la 4^*^ livraison de la Minerve, page 2-^0, qu'w/2e insurrection dans la garde nationale ( d'Alaiis ) avait été complotée pour le dimati" elle 2 août ( i8i8 ).

Nous vous prions, monsieur, de vouloir bien insérer dans votre estimable recueil, la présente déclaration, ainsi que les certificats délivrés par M. le maire et par M. le sous-prétet d'Alais.

Agréez , etc.

Les anciens officiers de ^ancienne Garde nationale d'Alais :

Martin, ex-lieutenant commandant de la cavalerie; Charles de Retz , ex-capitaine, chevalier de Saint- Louis ; N arhonne Loro y ex-o^cier '^ Charles- de- Bois'Robert , ex-capitaine des chasseurs, chevalier de la Légion d'honneur ; Le baron de Pclissier . ex-capitaine; Durand, ex-officier, i^"* bataillon ; Daude , ex-adjudant-major, i^^ bataillon; Roure, ex-porte-drapeau ; Reynaud-Labarèze , ex-souslieutenant de la cavalerie 5 Gustave Pages , exfious-lieutenant; Auguste Pœ^talès , ex-lieutenant; Firma$ de Perrier , ex-capitaine ; Bourgogne , exlieutenant; Julien , ex-sous-lieutenant ; Bonnaud, ex-sous-lieutenant; PwecA, ex-lieutenant; L. P. de Retz, ex-lieutenant; Emile Guiraud , ex-soiis-lieutenant;Z)a/z/e/, ex-capitaine de la 3® compagnie; Rénaux , capitaine des sapeurs-pompiers ; L» Gillj,

lieutenant des sapeurs-pompiers; hyppolite Gain iier , ex-sous-lieii tenant; A. Harel , ex-sous-lieutenant de chasseurs; Soustelle, ex-capitaine de grenadiers; Maurin , ex-adjudant sous-officier; R. Bigarrât, ex*sous-lieutenant de grenadiers; /. Rénaux, ex-lieutenant de la 4*^ compagnie ; Pierre Renaud, ex-sous-lieutenant de grenadiers ; ~ J. L. Boisson , ex-commandant du bataillon de la Garde nationale d'Alais ; Du Roure , chevalier de Saint-Louis , ex-commandant d'arrondissement de la Garde nationale d'Alais.

Le Maire de la ville d'Alais , chevalier de la Légion d'honneur, certifie qu'il est de notoriété publique que Tex-Garde nationale de cette ville a eu constamment une conduite régulière; qu'elle s'est acquis des droits k la reconnaissance publique, par le zèle et l'activité qu'elle a toujours mis à exécuter les réquisitions de service ; que si quelques individus prirent part aux désordres du 2 août dernier , le corps fut étranger à cet événement; que les détachemens requis pour concourir avec la garnison à rétablir la tranquillité publique, méritèrent les éloges de leurs concitoyens, des autorités locales et de M. le préfet.

Délivré par duplicata, sur la demande de MM. les

ex-officiers de la Garde nationale.

Dhombres-Fibmas .

Alaisy 7 janvier 1819.

Le sous-préfet d'Alais certifie la signature du sieur Dhombres-Firmas, maire d'Alais, et se plaît lui-même à reconnaître les services signalés qui lui ont été rendus dans la journée du 2 août, par

MM. les officiers de la Garde nationale et par la

Garde nationale, et que cest à leurs efforts réunis

cjue le sous-préfet a dû le retour de la tranquillité.

DE Sainte-Colombe.

AlaiS) 9 janrler 1819.

NOUVELLES DIVERSES

Encore un duel! encore du sang? encore une mort! Quels qu'aient pu être les torls de celui qui vient de succomber , ils ne sauraient étouffer la compassion qu'inspire le sort d'un jeune otficier qui aurait pu servir long-temps et avec distinction son Prince et son pays , si Teffervescence de l'esprit de parti ne lui eût fait commettre une action lâche , odieuse, qui a fini par attirer sur lui une punition juste peut-être, mais affligeante pour la société, qui pleure même le trépas d'un homme légalement condamné. Il y a deux ou trois mois qu'il parut un pamphlet intitulé Oraison funèbre du duc de Feltre. Ce titre seul était une atroce el sacrilège ironie. Cette oraison funèbre ne contenait qu'une diatribe virulente contre le maréchal de France dont la tombe venait à peine de se refermer. Ce libelle scandaleux était signé Saint- Aulaire. Le député de ce nom , qui trouve assez forte la responsabilité de certains écrits publics non encore oubliés , s'empressa de déclarer que l'auteur de X oraison funèbre n'était pas de la famille qui a l'honneur d'être alliée à celle de M. le comt6^ Decazes.

Le jeune duc de Feltre, h peine âgé de dix-huit ans , regarda comme le premier des devoirs imposés à sa pieuse douleur, de venger la mémoire de sott

( 2G4 ) père des outrages du libelliste. Le sort des armes se déclara pour la cause la plus juste ; et après avoir reçu une blessure fort légère , le jeune duc porta à son adversaire un coup d'épée très -vigoureux qui lui traversa l'épaule , et le jeta pour quelques semaines sur son lit. On devait espérer que celte leçon ne serait pas perdue, et que de sages réfle.xions ou ^es conseils prudens engageraient M. de Saint- Aulaire à retirer au moins les exemplaires du libelle qui pouvaient rester encore chez les libraires. On parut, au contraire, le distribuer avec plus d'ardeur; on en diminua le prix; on le donna pour rien. La résolution bien formelle d'aggraver l'outrage, loin de s'en repentir, fut manifestée avec éclat ; enfin un jeune officier, Irlandais d'origine, qui vient tout récemment de passer de la Garde à l'état luajor , et qui a l'honneur d'appartenir à la famille de M. le duc de Fellre , après avoir tenté plusieurs démarches polies et conciliatrices qui furent mal accueillies , demanda vengeance à son tour , et laissa le choLx des armes à M. de Saint - Aulaire , qui donna la préférence au sabre d'infanterie, vulgairementnommé briquet. Le cortibat ne fut pas long ; au troisième dégagement, M. de Saint-Aulaire reçut un coup de pointe qui lui traversa le corps : il expira au bout de dix minutes. Beaucoup de personnes s'accordent -pour assurer que cet infortuné est mort victime d'un sentiment respectable jusque dans ses écarts. (>e n'est pas lui , dit-on, qui avait écrit l'inlanie libelle; et il n'en acceptait la révoltante et périlleuse responsabilité, que pour la détourner du véritable auteur , ijuquel il croyait devoir tous les sacrifices , U^èmc celui de son honneur et de sa vic^.

«^Pendant qu'on destitue sans pitié le petit iiombré *le royaliistes qui avaient obtenu des places , on y t'appelle les hommes funestes des cent jours. Cest ainsi qu'on vient de nommer, tout récemment, à la

50us-préfecturede D , M. T***, qui, remplivssant

la même plac^ dans une petite ville non loin de Pa^ ris, à l'époque de la restauration, et y ayant été confirmé parla bonté du Roi, trahit ses sermens, le 20 mars i8i5, en courant à Essonne au devant de l'usurpateur, pourle complimenter sur son retour; ordonna, le soir , une illumination générale ; fit luimême, à 9 heures , le tour de la ville pour prendre note de tous les individus qui n'avaient pas éclairé la façade de leurs maisons , et mit enfin le comble à SSL félonie , en faisant proclamer Napoléon II empereur, le lendemain même du jour où la Chambre des prétendus représentans avait agité la question de savoir s'il succéderait à son père.

Certes , si le ministère qui fait de pareils choix n'est pas trompé , on peut lui demander oii il veut nous conduire, et s'il espère terminer la révolution, comme le veut le Roi , comme le désire la France entière, en intervertissant toutes les idées, et en accordant aujourd'hui ses faveurs à ceux qui eurent besoin, le 8 juillet i8i5, de la clémence royale pour ne pas être arrêtés et livrés à la justice.

Si ce qui était alors un crime affreux pouvait devenir, en ce moment, un titre à la bienveillance du ministère , il faudrait en conclure que la révolution continue ses ravages, et que nous sommes encore menacés de voir triompher , malgré la volonté royale bien formellement exprimée dans le diîicours prononcé par S. M* , lors de Touverture des Cham-

Page 1