I. 9® LIVRAISON
( ^94 ) de la toUiance^ si ce n'est pas en violer les principe*;, si ce n'est pas méconnaître la iiherlé des cultes , que de vouloir contraindre les ministres de la religion catholique à transgresser les lois qu'elle leur impose ?
Quoi! ils ont prétendu qu'un protestant ne pouvait pas être forcé de tapisser le devant de sa maison lors du passage du Saint-Sacrement! Quoi! ils ont crié, de toutes leurs forces , à l' intolérance , à la persécution , lorsque le contraire a été décidé par un tribunal de police correctionnelle!... Quoi! ils ont approuvé la doctrine erronée de M. Odillon-Barrot , qui, pour justifier son client devant la cour suprême, s'est permis d'avancer que tapisser sa maison , lors du passage du Saint-Sacrement , était un acte de culte interdit par la religion protestante î . . . Quoi! ils ont poussé des cris de joie lorsque cette cour a consacré , par son arrêt , cet étrange système (i)!... Et ils veulent que l'autorité civile, que le Roi TRÈs-CHRÉTiEN cxige du clergé le mépris des lois de l'Eglise?... Quelle contradiction! Quel fanatisme ! Quelle intolérance de la part des prédicateurs de la tolérance! ....
Examinons, au reste, la question sous un autre point de vue.
L'Eglise n'a j amais fait ni provoqué des lois de sang , pour sa sûreté ou sa vengeance. Elle s'est presque restreinte à confondre les enfans rebelles qui la renient, avec les projetons des familles étrangères qui la méconnaissent : ce n'est guère quà l'instant
(i) Le tribunal auquel l'affaire a été renvoyée vient de rendre un jugement conforme à celui qui avait été annulé -, et M. Paul- Roman s'élant pourvu de nouveau eu cassation, la question va être agitée devartit les trois Chambres réunies de la Cour.
( 395 ) qui suit la mort, qu'elle s'arme contre eux d'une inflexibilité justiGée par le mépris qu'ils ont fait de sa tendresse.
Tant qu'il leur restr un souffle de vie, elle ne désespère ni de leur docilité ni de leur salut. Elle leur otiVe, elle est sans cesse prête à leur prodiguer les consolations et les ressources spirituelles dont elle est dépositaire. Mais au moment où Texéculion de l'arrêt irrévocable de la nature ne laisse plus rien à son ministère, où le lit funèbre, arrosé de ses pleurs , n'est plus chargé que d'une masse insensible, à qui ses secours sont inutiles; si ses instances ont été rejetées, et qu'une opiniâtreté invincible, succédant à des écarts antérieurs, ait causé un scandale dangereux , elle s'allume alors d'une colère que la politique mùme doit approuver. Elle prononce un anathème , moins fàcJiewx pour les restes glacés qu'elle flétrit, qu'utile pour réprimer la contagion d'un exemple redoutable. Elle refuse h. l'individu qui a dédaigné ses larmes , les prières qu'elle accorde à ceux de ses enfans qui l'ont consolée par une fin plus édifiante : enfin elle frappe le mort pour l'instruction des vivans.
C'est assurément la plus douce de toutes les punitions; et si l'on veut la regarder comme une vengeance, ce sera encore la moins cruelle.
Ah! ne nous privons pas de cet appui salutaire que la religion prête aux lois; défions-nous de ces jongleurs qui , sous le masque de la philosophie , sont animés d'un fanatisme anti-religieux mille fois plus violent que celui dont ils accusent les prêtres ; des temps plus qu'extraordinaires nous ont fourni d'extraordinaires moyens de les Juger: nous con-
naissons les funestes ravages que leurs principe^ ont exercés depuis trente ans au milieu de nous ; resserrons, au lieu de les briser, ces liens imperceptibles , qui suppléent , par la conscience , aux règles de Ihouneur, qui donnent Dieu pour témoin des actions que Ton peut dérober aux yeux des hommes ; et rappelons-nous sans cesse ce mot énergique de Plularque, ce mott^u'on cita dans l'assemblée si improprement appelée Constituatiie , ce mot qui ne fit qu'exciter le rire de la faction qui dominait alors j ce iiàOt qu'on ne peut pas même proférer aujourd'hui sans être qualifié &ultrà par tous les roquets de la philosophie , mais qui n en est pas ïnoins d'une vérité éternelle : On hâtiraît plutôt une ville dans ^air, qu'on n'établirait une cité sans religion ;
Il ne s'agit pas, au surplus, de la part des prêtres , d'un refus arbitraire : ce refus est fondé sur les lois de l'Eglise ; et dès-lors , on voit que le Gouvernement, outre qu'il compromettrait sa propre sûîeté en leur ordonnant de les enfreindre , ne pourrait pas encore se le permettre sans violer les principes mêmes qu'il a consacrés en matière de tolérance.
INos adversaires diront-ils encore que les refus d'inhumation peuvent troubler l'ordre public? Nous répondrons , avec M. l'abbé delaMennais, que l'ordre public n'est jamais troublé que par la faute de l'autorité chargée de le maintenir. C'est à elle à résister aux factieux, sous quelque étendard qu'ils se montrent ; Vést à elle à bien se pénétrer de fidée qu'elle ne doit, dans .\ucune circonstance, transiger avec eux , car le défaut de caractère ( le règne de finfortuné Louis XVI en offre assez d'exemples)
( 397 ) iBst aussi nuisible aux Empires que la scélératesse réfléchie 5 et Rome a autant gémi de l'insouciance de Claude, que de l'active férocité de Tibèi^ et de
Néron.
Mac/rice Méjan, avocat à la Cour royale*
Des alarmes du ministère , au sujet de la Proposition de M, le marquis Barthélémy .
Depuis long-temps la direction des affaires pubUr ques n'est qu'une mine exploitée au profit de quel-, ques hommes adroits. La science la plus difficile de toutes , celle de gouverner les hommes , est rabaissée à l'art de faire des dupes ; la politique moderne me paraît ressembler à une science , comme la phy-- ^que des escamoteurs ressemble à la physique des savans. La populace ébahie, admire les Cornus de carrefours, et paye sans mot dire; les hommes ins-i truits passent en haussant les épaules. Tel est le spectacle qu'offre notre organisation sociale , depuis que les charlatans nous font entreprendre des cours de politique expérimentale. Il y a cependant une différence ; c'est que les hommes de sens qui lèvent les épaules , n'en sont pas moins forcés de payer- Un nouvel exemple de ce charlatanisme vient de se présenter. Une lutte a eu lieu entre le ministère et la haute Chambre législative; cette lutte est remarquable , moins cependant par l'objet de la discussion que par la manière dont elle a été engagée.
La loi sur les élections , après la double épreuve qu'on en a faite , a paru à la Chambre des pairs,, sinon vicieuse, du moins imparfaite, et susceptible de
quelques améliorations. Usant simplement des droits fixés par laCharte constitutionnelle , et se renfermant rigoureusement dans les dispositions de notre Code politique, les pairs de France ont décidé qu'une délibération aurait lieu sur ce sujet.
Tout à coup les ministres se sont élancés a la tribune , et ont déclaré qu'ils vs'opposaient de toutes leurs forces, comme ministres et comme pairs, à la délibération proposée.
Qu'un ministre détende une loi à la rédaction de laquelle il aparticipé, qu'il regarde son œuvre comme impossible à perfectionner, rien de plus simple; la l'anité humaine peut siéger partout, même sur le banc des ministres. Qu'un pair de France soutienne que la loi est parfaite, son opinion est libre ; le scrutin seul prouvera s'il a tort ou raison. Mais qu'ayant même de connaître le» modifications proposées,, on cherche à entraver la liberté des votes par des moyens étrangers , et k détourner une discussion qu'on redoute, en employant des suggestions inconvenantes , voilà ce que j'appellerai ici du charlatanisme politique , pour éviter de lui donner un nom plus sérieux.
Un ministre s'écrie à la tribune , que cette délibération deviendrayù/?e5/e; un autre, enchérissant sur cette expression , déclare que des troubles se manifestent déjà de toutes parts. Aucun d'eux ne conteste la validité des motifs qui portent à désirer que la loi soit modifiée. Ce ne sont pas des raisons qu'ils opposent à des raisons ; ce sont des menaces, et quelles menaces ! Juste ciel! serions-nous donc venus à tel point, que les pouvoirs de l'Etat seraient paralysés dans leurs principaux membres ; que le&
( 399 ) Chambres législatives ne pourraient exercer leurs lonctions importantes sans danger ; que la voix des conducteurs de la pairie serait étouffée par la crainte?
Les ministres vous disent que les dispositions de la loi des élections sont , en tout , conformes aux vœux du peuple, et que la moindre atteinte exaspérerait les esprits. Pauvre peuple! on le traite encore ici comme on l'a traité dans tant d'autres occasions. On se prévaut de son témoignage, avant même qu'il sache de quoi il est question.
Qu'entend-on ici par le peuple? Est-ce la masse de la nation? Sur deux cents Français, il yen a cent quatre-viMgt-dix-neuf qui n'ont aucun intérêt dans cette affaire. Sont-ce les électeurs? Plus du tiers d'entr'eux n'a pas pris part aux dernières élections , ce qui prouve que la loi leur est au moins indifférente. Sont-ce en6n les fonctionnaires? Ceux-là influent sans doute sur l'esprit public... Mais leur prem.ier devoir est de faire respecter les pouvoirs établis ; et la faculté qu ont les Chambres de délibérer sur les lois anciennes ou nouvelles, n'est-elle pas une des bases de notre Constitution?
On nous parle au nom de l'opinion publique : qu'on cesse une fois de confondre cette opinion avec Tesprit public. Celui-ci est l'écho des intérêts , des passions , quelquefois des erreurs de la multitude. L'opinion publique est l'expression de la saine raison. L'esprit public est souvent corrompu par des brouillons investis d'autorité. L'opinion publique est formée par les hommes revêtus de^ hautes fonctions de l'Etat. Dans notre gouvernement, cette opinion n'a pas d'asile plus sûr que la Chambre des pairs, parce que la pairie est indé-
( 4oo ) pendante , que son existence est attachée à la durées de l'Etat , et qu'après le trône , cette institution est la plus élevée au-dessus de tous les intérêts.
Si la mesure constitutionnelle que les ministres combattent entraînait du danger, il faut convenir que c'est une grande maladresse de leur part de nous avoir annoncé ce danger, eux qui sont spécialement chargés de nous en préserver. Cette maladresse paraîtra plus étrange encore , si l'on songe qu'ils se sont empressés de déclarer que le péril existait , avant même que de savoir si les changemens proposés déplairaient aux parties intéressées. En se prononçant ainsi d'avance , ils ont évidemment parlé au nom d'un parti. S'ils peuvent prévoir que l'esprit public soit égaré au point de méconnaître les droits des Chambres , c'est à eux à le ra^ mener : eux seuls en ont les moyens.
Pour moi , je conviens qu'ils ont dû apercevoir un danger, danger réel , évident , effroyable , celui de n'être plus ministres; et leur attachement à leurs fonctions ne permet pas de douter qu'ils en aient été vivement affectés.
Pour comprendre leur frayeur, il faut se rappeler que les ministères précédens , et, entr'autres, celui qui nous donna cette fameuse loi des élections , forment, avec le ministère actuel , un tout icleniique. Rien n'est changé , si ce n'est qu'un seul ministre a succédé à onze de ses collègues , vemplacéb successivement, à mesure qu'ils taisaient mine de vouloir s'écarter des principes reçus dans le niinistère un et indivisible.
Dans notre Gouvernement constitutionnel, pour qu'un ministère subsiste, il faut qu'il soit iwjèè par les Chambres législatives 5 celles-ci n'ont qu uu
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moyen de faire connaître leur approbation ou leur opposition à l'ensemble d'un ministère ; c'est d'adopter ou de rejeter les propositions qu'il leur soumet ; en sorte quun ministère qui n'obtient pas la majorité des voix dans les Chambres , doit tomber nécessairement , et faire place à un autre ; faute de quoi , le Gouvernement, qui est une machine qu'il faut remonter chaque année, ne marcherait plus.
Or , le vœu exprimé par la majorité de la Chambre dps pairs , étant une désapprobation d'une loi qui appartient au ministère actuel, par droit de copropriété et par droit de survivance , celui-ci a pu voir dans cet acte une annonce de sa déchéance. Il s'est emporté; il a çu tort. Dans ces sortes de cas, il vaut mieux entrer en accommodement ; car on peut être fort, actif, alerte, et honoré d'une faveur particulière, sans pouvoir, avec tout cela, faire changer de couleur les boules d'un scrutin, surtout à la Chambre des pairs, où le ventre n'est pas la plus grande portion du corps.
Si j'ai réussi à me faire entendre, on ne demandera plus si la paix de la France tient à la querelle élevée au sujet de la proposition de M. Barthélémy ; on pourra seulement rechercher si le salut de la France est attaché à la conservation d'un ministère , qui peut se réduire, en dernière analyse , à un seul ministre.
Je ne dis pas positivement que ce ministre soit en péril; car enfin c'est lui seul, jusqu'ici, qui a tiré le canon d'alarme ; et il se pourrait qu'il eût éprouvé une terreur panique ; mais ma crainte , à moi, serait qu'il eût quelque peu gâté ses affaires, et dans ce cas je ne voudrais pas que les nôtres s'en ressentisseuL
Je no dis pris non pins que les dangers dont il nous menace soient imaginaires. Nous savons qu il est des circonstances où les moyens d'exciter le trouble se trouvent sous la main. Je veux seulement inférer de tout ceci, qu'il serait bien fâcheux que la France fût agitée, et que cette agitation marchât, comme le dit son collègue, dans les départemens , sans autre but que de conserver dans le ministère un liomme qui , sans doute , vaut son prix , mais qui, en définitif, ne vaut pas la paix d'un royaume.
Je m'occuperai, dans la suite, du fond de la question. Je n'ai voulu que faire comprendre ici le véritable motif de la scène inconvenante qu'ont jouée les ministres. Quant aux moyens qu'ils emploient pour justifier leur prédiction, je les examinerai dans un prochain article.
Quel que soit le résultat de la proposition de M. Barthélémy , ma conclusion subsistera toujours , et j'espère que l'on conviendra avec moi, qu'il serait honteux , pour une nation éclairée par l'expérience et le malheur, de se laisser duper par i\es jongleurs politiques, au point de croire que fintéihl particulier d'un ministre, ou môme d un ministère, représente les intérêts de cette nation.
Achille DE JOUFFROY (i).
Les ministériels ont donné l'exemple ; les correspondances priées font fortune. Voici ce qu'on lit dans la gazette allemande de Francfort, n° 4^-
(0 C'est du même nom que «levait être signé l'article sur V honneur militaire , qui a paru dans la 6* livraison.
. fff'r.- Paris, 2 ffcviifcr.
a Les ministres sont donc enfin arcouchés d une •ici; mais, en y regardant de près , ce n'est qu'une iausse couche. Analysez cette loi sur la responsa^ hititc des ministres , qui n'est pas même une loi , et vous trouverez qu'avec ce morceau de papier, on ne parviendrait jamais à pendre un ministre , ce qui peut cependant avoir son prix dans l'occasion.
« Je veux vous taire mettre le doigt sur les plus grosses fautes commises , avec ou sans dessein, par nos grands labricateurs de lois.
i< Suivant l article.}, la Chambre donnr huit jours, au moins, au ministre accusé , pour s'expliquer sur les griefs dont il est l'objet. Il en résulte que la Chambre ne peut le ibrcerà parler avant huit jours, mais qu il peut , lui , la forcer à attendre pendant des mois , et même pendant des années. On ne saurait mieux protéger un homme contre la précipitation de ses accusateurs, et laisser un cliamp plus libre à une conscience qui ch'^rchn des échappatoires !
<( Quelle verbalité dans la rédadion de l'ailicle 9? Pourquoi ces enquêtes de huit en huit jours? Combien de temps faut-il donc à un ministre pour faire son paquet et se mettre en route ?
»( L'article i3 renferme, sans en avoir fair, un artifice profond. Qu'un ministre sache bim l'entendre, et quand il se verra menacé d'une accusation et d'un jugement non équivoque, il dissoudra tout simplement la Chambre accusatrice, et en formera aussitôt une autre qui le déclarera plus blanc que neige.
•« Art. 14. — Ce n est qu apics que les deux cent
eînquante-huit députés ont admis les charges comme réelles , c'est-à-dire après trois ou quatre mois de débats , que la Chambre des pairs peut lancer contre le ministre accusé un mandat d'arrêt. Mais com-r ment punit-on un coupable autrement que dans s^ personne ou dans ses biens , par des peines corporelles ou des amendes? Pendant les trois mois de débats , votre ministre n'aura-t-il pas eu cent fois le temps démettre sa personne et ses biens en sûreté? Proposer des lois aussi dérisoires , îi'est-ce pas donner la mesure de sa conscience ?
« Art. 1 8.-^ Mais c'est ici que se montrent à nu, et tout ensemble , l'impudence et l'absurdité les plus inconcevables : les auteurs de la loi se sont rappelé qu'une disposition du Code récuse les juges. qui sont parens des parties, jusqu'au quatrième degré : ils ont donc eu soin d'insérer cette clause dans leur rédaction, n'oubliant qu'un point : c'est que ce ne sont pas cinq ou six individus qui accusent le ministre , mais une Chambre entière , mais un être moral qui n'a point de parens. D'ailleurs , si or% prenait la chose à la lettre , combien de pairs peuvent avoir des parens dans la Chambre des députés : ceux-ci étant accusateurs, ceux-là se récuseraient comme juges; de là confusion, embarras, incompétence , enfin une foule d'obstacles qui , corroborés par l'article ^4 , fourniraient à l'honnêle ministre bien plus de délais et de subterfuges encore qu'il ne lui en faudrait pour se tirer d'un mauvais pas. Il y a ici , a\i reste, une objection tonte morale à taire en faveur du projet de loi. Serait -il décent qu'un beau -père, par exemple, se vît exposé à envoyer son gendre aux galères ou à féchafayd ?
X^yirt. 23. •«- Les débats judiciaires seront puk( blics , les pairs voteront à haute voix.» Que àtà (précautions pour intimider les gens faibles !
^i.Art. i»5. — Cinq - huitièmes des voix sont né- « cessaires pour la condamnation ; » et pour condamner un i.omme k la mort , il suffit des septdouzièmes d'un juri. Les ministres sont- ils donc moins liommes ou plus hommes que nous , simples mortels ? Pourquoi ne sont - ils pas soumis aux mêmes lois ?
« Art. 27. — Cet article laisse aux juges toute la latitude possible; car où est la définition exacte des mots trahison ^ concussion 7 C'est aux juges mêmes à donner cette définition , et à appliquer la peine selon leur bon plaisir. Il serait assez difficile , à la vérité, peut-être même impossible, de spécifie^ tous les genres de trahison et (\e concussion; mais il n'est pas moins vrai que c'est une législation barbare , que celle qui ne restreint pas , autant que pos* sible, l'arbitraire du juge : il faut mettre sa cons* cience à couvert derrière la loi même , toujours plus impartiale que l'homme le plus intègre.
Extrait du Journal anglais The Courier ( 26y^me7')*
Nota. Ce que l'on va lire n'est point tiré d'une corresponchince privée ; c'est l'éditeur de ce papier ^emi-qfficiel qui parle.
« Nous apprenons la motion faite à la Chambre des pairs de France , par M. le marquis Barthélémy^ relativement à la loi des élections.
« Le plan favori des auteurs de la révolution française, pour assurer sa. permanence ^ fut d'opéret
un changement total dans la propriété foncière , afin que chaque propriétaire n'ayant d'autres titres que ceux qui résultaient delà révolution , se vît contraint par l'intérêt personnel à soutenir ce nouvel ordre de choses.
(( Tous les biens du clergé , de la couronne et des émigrés furent vendus , par lambeaux , aux boutiquiers des villes de province , aux fermiers et maîtres de poste des campagnes. Ce système s'est même étendu sur des gens qui , loin d'avoir émigré, pen* chaient pour la révolution : il suffisait d'être riche , pour être proscrit et dépouillé.
« En France , tout se fait par le Gouvernement , et c'est lui qui est censé pourvoir à tout. Ainsi , au lieu de payer, comme nous , sur les terres, différentes taxes partielles, pour des objets qui ne sont point du ressort immédiat du Gouvernement , les Français ne payent qu'une imposition foncière unique , mais extrêmement forte. Pour un petit revenu , par exemple , de i5 à i,8oo francs , uli homme en paye 3oo au Gouvernement , et le voilà électeur.
« Le poiwolr d'élire les membres de la seconde Chambre est donc totalement abandonné à des propriétaires qui n'ont d'autres titres que ceux qui déri- Jent des crimes de là révolution (i) , et qui , par con-
(i) Nous sommes loin àe partager l'opinion de l'écrivain anf^lais , qui confond tous les petits propriétaires dans la même catégorie : beaucoup d'entr'eux ne sont petits propriétaires, que parce que la révolution les a dépouillés ou ruinés. Dans ceux qui n'avaient rien et qui ont quelque chose ) un grand nombre a bien acquis sa petite fortune, et tous ont intérêt à conserver ce qu'ils ont obici'.u ou ce qni leur reste.
séquent, tiendront ^ jusqu'à l* extrémité ^ à laré^'olu" tion et aux réi^oîutionnaires .
« La loi des élections fut fabriquée en conséquence ; le droit de suffrage fut détourné du principe de la population , pour être transféré sur celui de la taxation directe.
« De là les réçolutionnaires , à chaque sortie d'un cinquième des députés , se sont vus en état de le remplacer par un nouveau cinquième àeréi^olutionnaîres ; et il est à présumer que les élections prochaines achèveront de remplir entièrement cette Chambre d'individus de ce genre.
u Le duc de Richelieu s'aperçut enfin du résultat infaillible de cet ordre de choses : il tenta de replacer les élections dans la population, et cet eff'ort entraîna la chute de son ministère. Il attendit la retraite des troupes alliées , afin de ne point sembler agir par aucune influence étrangère.
« Les fauteurs du mode actuel d'élections ont triomphé. Ils ont appelé à leur aide les plus atroces révolutionnaires et buonap artistes , les plus violens ennemis des Bourbons y qu'ils ont fait revenir de leur ban.
« Ils ont essayé d'allonger l'année de six mois , afin de n'être plus obligés de redemander de l'argent à la Chambre , avant qu'il n'y ait eu encore deux- cinquièmes remplacés par \^s^ hommes de la révolution.
« Le premier ministre DE FAIT, comte Decaze , 86 montre vivement alarmé de la résolution prise par la Chambre des pairs. La question est, en effet, de la plus haute importance, puisqu'elle va nous apprendre si les royalistes auront quelqu'influence
dans le Gouvernement , ou s'il sera entièrement abandonné aux etifans de la l'éuolution,
« Les ministres sont occupés des moyens d'arrêter ce grand mouvement dans ses développemens ; et si nous en croyons ce que l'on nous mande de Paris , nous devons nous préparer à de grandes et immédiates résolutions de la part de ceux qui forment le Gouvernement actuel. »
Sur la création des noui^eaux pairs et le rappel des pairs parjures,
Loksqu'a la fin de notre dernier numéro nous annoncions que la création d'un grand nombre de nouveaux pairs et le rappel des pairs parjures éloignés en i8i5 , était une nouveWe ^vraisemblable , mais non encore officielle ^ nous n'avions pas même la consolation du doute qui flattait certains esprits , trop naïvement portés au bien pour supposer lidée du mal , même chez les hommes envers qui l'expérience du passé rend cette supposition toute naturelle, toute innocente, toute raisonnable.
Lorsque nous demandions si une institution à laquelle tient essentiellement la conservation du trône , serait , sinon détruite, au moins avilie , déconsidérée pour satisfaire le dépit , le caprice et Vambilion de quelques hommes , nous prévoyions trop bien , hélas ! la réponse que l'évènejnent allait nous faire. Cest le jour même oii la huitième livraison du Drapeau blanc a.\)SiYi\ , que le Moniteurnoiis a donné la liste des soixante noms desquels va se recruter la Chambre des pairs. Parmiles soixante, nous comptons M. de Grcti'ulhe, pair in petto depuis long-
temps , puisque l'ordonnance secrète jusqu'ici, qui lui confère la dignité de pair de France , est datée du i5 septembre 1818 , et contresignée Richelieu,
M. le comte de Grefïulhe ne doit être que médiocrement flatté du soin mystérieux qu'on a pris de retarder sa promotion publique, puisqu'aulieu d© recueillir seul tout l'honneur d'une distinction glo^ rieuse, il va partager, avec la Journée de ses nou-' veaux collègues, le sin-gulier éclat d'une dignité désormais banale et jetée avec une prodigalité hasardeuse , qui ne peut que lui ôler beaucoup de sa valeur.
On remarque encore dans la liste des soixante , deux noms en blanc 5 on sait seulement que les deux inconnus sont deux comtes. C'est la série des comtes qui gagnera ces deux lots; les numéros des billets ne sont pas encore tirés : c est pour piquer les comte» d émulation (1).
Mais qu'ont donc fait déplus ou de moins que les autres , les sept honorables pairs des cent jours qui ne sont pas renommés : MM. Clément-de-Ris , Fabre de l'Aude, le comte Gassendi, le duc de Praslin, Casa-Bianca, le comte de Ségur et le comte de Valence? Est-ce que par hasard ils auraient eu la pudeur de refuser la nomination? Ce refus les réhabiliterait.
A propos de refus , on assure que les ministres distributeurs de pairies à pleines mains , en ont es-^
(1) Quand Chamtort roulait exprimer son mépris pour quel'
qu'un, il oisait de lui : « C'est l'avant-dernier des hommes.
Et pourquoi ne pas dire le dernier^ lui demandait-on. — Oh ! ii ne taut décourager personne ; il faut toujours laisser ijme place vacante. Aujourd'hui on en laisse deux.