‹ Le drapeau blancChapitre 55 sur 61 · I. 10^ LIVRAISON. 2 s · texte numérisé non relu

I. 10^ LIVRAISON. 2 s

volulionnaire en dispersa jusqu'aux derniers débris. Çu a-t il mis à leur place? Nous avons une justice salariée, au lieu d'une justice indépendante j mais après vingt essais contradictoires, nous ne sommes pas encore trop d'accord sur le nombre de nos tribunaux ni sur celui de nos juges en matière civile. Quant à la justice criminelle, les essais ne nous ont pas conduits à la perfection du genre ; nous la cherchons encore au dedans et au dehors. Au dedans , nous interrogeons nos échafauds; au dehors, nous consultons nos voisins , malgré TOcéan qui les sépare de nous j et après quatorze siècles d'existence, nous imitons ce peuple qui, au sortir des forêts, ne formant encore qu'une peuplade demi-sauvage, envoya emprunter ses lois aux villes policées de la Grèce. Cependant, ce nest pas la civilisation qui nous manque, puisqu'elle enfante chez nous des crimes inconnus aux Grecs ; nos prisons ne peuvent suffire aux condamnés et aux prévenus dont elles regorgent ; et entre Texécution des uns et le jugement des autres, tandis que l'institut fai^t un appel aux poêles pour célébrer le juri , un de nos juges fait un voyage d'outre-mer pour Tétudier, et revient chargé de recherches curieuses qui doivent nous apprendre à rendre la justice.

Que dire de l'organisation municipale? Le génie révolutionnaire a-t-iî rien épargné dans cette vaste carrière? N'a-t-il pas fait table rase? et que lui a-til manqué pour construire un édifice plus régulier sur les débris de l'ancien? Les essais se sont succédés ici comme dans tout le reste. Les plans les plus contradictoires ont, tour à tour, exercé les talens des admiaistrateurs, mis à l'épreuve la patience des

( 4^7 ) administrés; «t cependant que nous resle-t-il pour prix de vingt-cinq ans d'efforts, d'essais et de métamorphoses? Rien. L'organisation municipale est encore un problème à résoudre , et sur lequel M. Duvergier de Hauranne présente ses réflexions aux deux Chambres.

Que penser de la presse et de sa liberté, de sa licence et des délits de calomnie? Le génie révolutionnaire nous a-t-il donné assez de rapports , assez d'opinions, assez de codes, et la matière est-elle épuisée? Elle n'est pas même eflleurée; il est seulement reconnu que ce que nous avons est mauvais ; mais le changer a été impossible , et le problème paraît insoluble.

Je ne dirai rien des ifinances ni du recrutement. C'est ici le triomphe du génie révolutionnaire : l'art de faire dimmenses levées en argent et en hommes lui appartient; il Ta même porté au comble de la perlection ; et quoique nous cherchions encore un mode de répartir l'impôt d'une manière égale , cependant la matière imposable est si bien connue , et les progrès de la statistique sont tels, qu'il rie reste plus de découvertes à faire dans cette partie.

H n'en est pas de même de l'instruction publique, l'une Q\es matières les plus rebelles au génie de la législation. Ce qui existe est reconnu mauvais. L'ordonnance du l'y février 181 5 ne laisse aucun doute à cet égard; elle a frappé d'un juste anathème nos institutions actuelles, (( destinées àservir les vues poli- « tiques du gouvernement dohtelles furent l'ouvrage, :« plutôt qu'à répandre les bienfaits d'une éducation « morale et conforme aux besoins du siècle (i). »

(1) Préambule de cette^ordonnance.

( 4^8 ) Mais en vain cette ordonnance a promis les lois qui dohcnt fonder le système de l'instruction publique en France (i). En vain l'ordonnance du i5 août suivant a renouvelé la même promesse , et annoncé le dessein prochain à établir par une loi, les bases d'un système définitif dans le régime d'instruction (2). Plus de trois ans se sont écoulés depuis ces promesses réitérées , et nous en attendons encore l'exécution, qui n'était pas regardée alors comme fort éloignée (3). Le régime provisoire semble converti en système définitif; et la commission de Tinstruction publique , réduite aux dépouilles de l'université impériale , qu'elle a reçue 'lies en qualité de légataire universel , paraît s'accommoder d'une existence si précaire , et ne pas s'en préparer une plus stable et plus solide (4). Ainsi, nous vivons avec tout ce que nous condamifons , donnant pour toute instruction à la génération qui s'élève , le scandale de nos contradictions et d*un esprit de dii^ision qui sépare un peuple en deux corps , et dont l'influence u est fatale pour les mœurs et les opinions de tous « les hommes ; (car) elle renverse les idées de vertu , a et détruit le sens commun (5). »

Telles sont les réflexions que nous a suggérées un ouvrage nouveau intitulé : le Génie de la réi^olu- (ion , considéré dans l'éducation , ou Mémoires pour seîvir à l'histoire de l'instruction publique ^ depuis

(1) Même préambule.

(2) Préambule de l'ordonnance du iSaoût i8i5.

(3) Même ordonnance.

(4) La rédaction des deux ordonnances des 17 février et i5 août 18 15 , est attribuée au président de la commission de I'ib»truclion publique.

(5) Spectateur anglais ftom. Il j pag. 146.

( 4^-9 ) i^^g jusqu'à no^ jours. L'aulenr a considéré la révolution el son infernal s^cnie sous un point de vue extrêmement curieux. iNulle part ce génie ne fait mieux éclater que claus ses plans d'éJucation publique, le double caractère sous lecjuel nous l'avons signalé; je veux dire sa force invincible pour détruire, son impuissance absolue pour reconstruire. Rien ne fut plus facile que de mellre en vente les biens , et de proscrire les hommes consacrés à l'éducation publique ; c'est là que le ^énie révolutionnaire a brillé d'un grand éclat, et a fait admirer ses moyens de destructic.n. Mais quand il a fallu reinplacer ce qui avait diî>()aiu, c'est alors que le génie révolutionnaire s'est évertué; c'est alors qu'il a entante plan sur plan, système sur système, roulant de projets en projets , de théories en théories , d'essais en essais ; mais ne se fixant à rien , ne tondant rien , n'ayant rien de stable cjuo son instabililé même el c|ue son impuissance absolue , qu'on ne peut comparer (ju'au délire île son orgueil.

L'auteur du Génie de la réi^olulion , considéré danm téducalion , expose à nos yeux tous les plans d'éducation nationale que le génie révolutionnaire à conçus, discutés et décrétés depuis 1789 juscju'à nos jours. Il fait l'histoire de ses travaux sous l'Assemblée constituante , sous lAssemblée législative , sous la Convention nationale, sous les deux Conseils el le Directoire, sous le Consulat, sous lEiupire; il termine par lexamen des apologies de l'université impériale , publiées depuis la restauration , sans oublier l'éducation lancastrienne , qu'il soumet à une discussion approfondie. Rien n'est plus curieuJt qu'uae telle histoire , et en même temps rien n'est

plus utile, parce que rien ne met plus à découvert l'orgueil des novateurs , leur confiance niaise dan$ leurs propres œuvres , et le néant attaché à toutes leurs créations prétendues : c'est ce que prouvent toutes les pages du Génie de la résolution , considéré dans l'éducation (i) , ouvrage qui mérite d'être lu et médité par tous les pères de famille.

SUR l'espagne.

Les frondeurs de tout gouvernement légitime ne trouvent pas le champ de France assez vaste pour leur moisson satirique ; ils portent au dehors leur critique envenimée, et raccompagnent de leurs hautes conceptions pour le bonheur des peuples. Ferdinand VII est plus particulièrement leur point de mire : ils analysent tous ses décrets , et font passer au creuset de la civilisation du moment, tous les 'actes qui émanent du souverain des Espagnes. On trouve, dans leur jugement , cet acharnement qui existe depuis que la magie du trône a disparu , çt tjue les rois sont jugés avec amertume par leurs ennemis, et avec sévérité par les hommes qui sont le plus aveuglément soumis à leur volonté.

Le dernier changement opéré dans le ministère d'Espagne, a fourni une nouvelle matière aux réflexions amères des sages du dix -neuvième siècle, réformateurs ardens des mœurs antiques. A ces réflexions ont succédé des nouvelles alarmantes sur la tranquillité de TEspagne. Les bruits les plus ab-

(i) Trois vol. ïn-8o, prix , 18 fr. A Paris, chez le Normanî, libraire, rue de Seine , n» 8 , et quai Conti , n» 5 ; Rey et Gravier, libraires , quai des Augustins , n«<55 ;

Et chez J. G. Dentu, rue des Petits-Aupustins , n^ 5 ^ et au Palais-Royal , etc. •.*

surdes ont été répandus par les trompettes de révo-»' îution. On allait juscju'à dire que ces Castillans , qui ne savent que mourir pour leur Roi, avaient forcé Ferdinand à quitter Madrid , etc. , etc.

Avant de parler de la position actuelle de l'Espagne , qui prouve la sagesse de conduite de Ferdiijand, remontons à l'événement qui mit la couronne sur sa tête; événement amené par la libre volonté de Charles IV, et qui fut cependant considéré comme le résultat d'une combinaison ambitieuse et doublement coupable d'un fils contre son père, d'un sujet contre son Roi. Les personnes qui ont été à même de connaître le caractère de Ferdinand VII, ses principes religieux, son amour et son respect pour ses parens, n'ont besoin d'aucun raisonnement pour être convaincus de la fausseté de l'inculpation portée contre lui; mais celles qui n'ont pu apprécier les vertus de ce prince , celles surtout à qui le mot i^ertu est étranger , et qui n'ont d'autre régulateur que leur intérêt personnel; celles-là ont besoin d'une conviction prise dans le seul système qui ne leur soit, pas étranger , et qu'elles comprennent : le systèi^ie politique.

Charles IV, d'un caractère doux et confiant , avait eu , depuis son avènement au trône , un règne difficile, fatigué parla révolution française, et par la guerre qui avait amené les ennemis des rois , et plus particulièrement des Bourbons , sur le territoire espagnol. Forcé de faire la paix avec la république, et de substituer à une guerre de baïonnettes, une guerre de ruse contre les intrigues des propagandistes , il avait donné toute sa confiance , il avait mis les rênes du gouvernement entre les mains d'un.

(43a ) niinislre. Jeune, enivré de la faveur de son maître, ambitieux, plein d'esprit, mais sans génie, et ne conj^aissant pas les hommes; incertain sur la marche à tenir pour conserver la faveur de la Cour , et mériter la confiance de la nation ; tantôt il flattait les grands , ses ennemis implacables , et tantôt il les bravait. Homme de tous les intérêts, il les favorisait tous suivant les circonstances ; et n ayant pas d'expérience , il était souvent l'esclave de ceux qu'il croyait dominer, et suivait leur direction lorsqu'il voulait la leur donner ; n'ayant point les qualités de l'homme d'état , il crut maîtriser les évënemens lorsqu'il était entraîné par eux. Tel fut don Manuel Godny : tel fut l'homme chargé de préserver le trône d'Espagne des atteintes de la révolution. Jouet tour à tour des promesses et des menaces de cefui qui gouvernait l'Europe par la force de ses armes , il avait fini , cependant, par voir l'abîme qu'on creusait devant lui; mais il était déjà trop lard; et l'Espagne allait s'engloutir, sans que le ministre-roi qui avait perdu la confiance et même l'estime de la nation espagnole, pût espérer de retarder la chute de la mo-« narchie. Il avoua celle position à son souverain. Charles IV était affaibli par l'âge; il n'avait plus cette énergie nécessaire pour gouverner dans des circonstances aussi critiques : il sentit que le sceptre était trop pesant pour ses mains débiles. Voulant transnietlre à son fils la couronne des Espagnes , il eut le ])on esprit de voir qu'un gouvernement jeune, vigoureux , pouvait seul sauver le royaume. Sacrifiant au bonheur de ses peuples les jouissances du trône, il abdiqua en faveur de l'héritier présomptif; et cet acte émané de la volonté libre du Koi , fut annoncé

( 433 ) par lui à Aranjnez, en présence de sa famille et des ambassadeurs des puissances étrangères. Charles IV termina la formule de son abdication, par ces mots précieux pour l'histoire : « Ce moment est le plus beau de ma vie. »

La reconnaissance et Tenthousiasme de la nation éclatèrent à cette nouvelle inattendue : ces sentie mens devinrent encore plus vifs , lorsque les actes du nouveau monarque annoncèrent des améliorations dans le système particulier à l'Espagne, et prouvèrent que Ferdinand avait des vues étendues dans le gouvernement des peuples. Tout présageait en lui une volonté ferme et nne énergie à laquelle fEspagnol n'était plus habitué. Le caractère national lut retrempé par la perspectiv^e d'un avenir heureux, que les sujets de Ferdinand confièrent sans restric-^ tion à sa sagesse.

Napoléon sentit le danger de ce rajeunissement d'une nation que , par suite de faux préjugés , on considérait comme étant dans un état de caducité. Il prévit qu'un mouvement révolutionnaire qui attaquerait directement le trône, qu'il voulait donner à lin membre de sa famille, trouverait une opposition inévitable dans le caractère d'une nation régénérée, et électrisée par l'amour qu'elle manifestait pour le jeune roi. Il prit le parti de substituer la ruse à la force , et il envoya à Ferdinand un de ses séides, pour lui donner les protestations les plus formelles de la sincérité de ses sentimrns à son égard. Après lui avoir annoncé la visite de l'empereur à Madrid, il l'attira à Bayonne en trompant la loyauté de Ferdinand et celle de ses conseillers intimes , qui repoussèrent tout soupçon de trahison 5 mais la tra-

hison fut complèie , et les {)rojets de Napoléon s'exé^ culèrent par l'abdication forcée, sous peine de mort, du roi légitime.

« Si une personne de confiance nous eût fait naî- « tre des doutes sur les intentions tie Buonaparle, « nous n'eussions jamais quitté Madrid, me disait tf Don Juan d'Escoiquilz (j). »

Nous ne parlerons pas de la captivité de Valençay , ni des raisons de circonstance politique qui rar menèrent Ferdinand en Espagne. Nous voulons tracer sa conduite seulement depuis qu il est rentré dans ses Etats.

Ferdinand remontant sur le trône de ses pères , a cru ne pas avoir le droit , ou n'a pas vu la nécessitt? de changer la Constitution qui lui avait été transmise avec l'hérédité légitime. Dès son apparition sur le sol espagnol, il a annoncé le projet de faire revivre les anciennes institutions , et de détruire jusqu à sa racine les germes désorganisateurs et philosophistir ques du Gouvernement de Joseph, qui voulut éta^blir un trône sur fiminoralilé, sur l'oubli de tous le§ principes religieux et sociaux.

Ferdinand , accueilli avec enthousiasme par les peuples de la Catalogne et du royaume de Valence , s'avance sur Madrid avec une faible division de son armée fidèle de Catalogne. Les cortès lui envoient unedéputation chargée de lui présenter une Constitution à signer (2). C'était lui dire : Acceptez, et nous

(») Il paraît cependant certain que le jeune tl'Hervas avait donné des avis qu'on négligea , parce qu'on en soupçonna peut-ôtre la bonne loi.

(2) C'est ainsi que le sénat conservateur, qui n'avait jamais rien ©8é, osa présenter une espèce de capitulation à Louis XVUI.

VOUS reconnaissons; sinon, non. Ferdinand, qui ne connaît pas les modifications philosophiques du siècle, qui ne croit pas qu'il soit de la dignité d'un roi de recevoir la loi de sujets révoltés, d'hommes sans mission légale pour régler les grands intérêts de l'Etat; qui est convaincu que la législation qui a fait le bonheur , la prospérité et la gloiie d une grande monarchie pendant des siècles, peut continuer à servir de boussole ; qui est persuadé que la Constitution de Charles-Quint vaut celle des cortès, pe daigne même pas jeter les yeux sur l'acte qu'on lui présente. Il le met dans sa poche, sans répondre à la députation. Il rentre dans son palais , fait arrêter dans les i^ heures les membres des cortès, et exile de la capitale les personnes qui témoignent le plus d attachement à cette espèce de Gouvernement. Le peuple espagnol applaudit à cet acte de fermeté de son Souverain : les partisans de la Charte révolutionnaire sont altérés , et poltrons comme le sont tous les conspirateurs, lorsqu'au lieu de crainte on leur montre de la vigueur; lorsque des mesures ferïnes sont préférées à des ménagemens qui ne démontrent que de la pusillanimité, défaut capital dans un homme d'Etat, et à plus forte raison dans un souverain ; ces partisans , loin de montrer la moindre opposition , qu oiqu 'ayant des troupes à eux, cèdent à l'empire de la justice et de la raison : ils abandonnent leurs ehefs, désertent leurs drapeaux , et vont cacher dans la retraite la hontede leur vaine et coupable entreprise. Ce premier acte de la souveraineté de Ferdinand se répand dans toute la péninsule. Les acclamations du peuple espagnol apprennent à Ferdinand qu'il règne dans tous les cœurs; et que

]a nation entière est groupée autour du trône de Philippe V pour le soutenir.

Ferdinand sait que la morale est la base la plus solide du bonheur des peuples : cette morale dérive de la religion. Son premier soin est d'en rappeler les ministres, et de rétablir des ordres religieu?^. L'inquisition, ce tribunal , la terreur des philosophes, si peu redouté des hommes éclairés et imbus des principes conservateurs, est réintégrée dans la plénitude de ses attributions (i) ; c'est-à-dire dans l'exercice d'une surveillance religieuse et politique, qui peut se comparer , sous le dernier rapport, à ce que nous connaissons sous le nom de police géné^ rate; avec cette diflérence , cependant, que cette police s'exerce par la conscience, au lieu d'être le résultat de l immoralité et des vices de toute espèce soldés aux moyens de frais énormes. Les agens de l'inquisition sont les personnages les plus recommandables par leur moralité et le rang qu'ils occupent dans l'ordre social. C'est un grand d'Espagne de première classe qui est le premier alguazil de l'inquisition, ce qui veut dire : porteur des ordres d'arrestation. Nous doutons qu'un pair de France ou d'Angleterre , qu'un prince de l'Empire en Allemagne, fût porteur et exécuteur d'un mandat d'arrêt lancé par le chargé de la police d'un de ces Etats.

Après avoir relevé les phares nombreux de la morale, et défendu les associations maçoniques que

(i) L'inquisition est un mot dont les fourbes font un épouvanînil pour les sots; depuis lon^-leinps l'inquisition d'Espagne est une administration de police mille t'ois plus douce que les miuiatères de police de Fiance , sans en excepter le dernier.

Joseph avait multipliées , afin de prupager l'iinmoia-» lité politique et religieuse , Ferdinand se montre imbu du grand principe de justice qui condamne les crimes à la punition, et réserve des récompenses pour la veitu. Il sait que dans le 'pacte qui unit \es peuples aux monarques , si les premiers doiveik àes services , les seconds doivent des récompenses. Mettant la fidélité au nombre des vertus , il ordonne qu'on recherche, et qu'on lui fasse connaître toutes les preuves de dévoôment que lui ont données ses sujets , et tous les genres de sacrifices qui ont élé laits pour sa cause. Rien n'est sans intérêt pour lui : il apprécie tout j et il prouve que si la reconnaissance disparaît de la terre, on doit l'aller chercher dans le cœur des rois. Chaque bataille a sa dislinction particulière; et on lit sur le cœur de l'Espagnol les témoignages de fidélité qu'il a donnés à son souverain captil , quel qu'en soit le nom*bre. Les novateurs ont cherché à ridiculiser cette création d'ordres mililaiies , civils, judiciaires et religieux existant maintenant en Espagne. Ils disent avec le sourire du sarcasme , sous lequel ils essaient de déguiser l'empreinte du dépit : «qu'il y a déjà cinq volumes de la description de ces ordres." Qu'il est heureux le souverain qui peut se Ibrnter une bibliothèque des archives de lafidélilé!! Je crois devoir citer un trait qui prouve combien le roi d'Espagrw; sait apprécier la constance et l'honneur, qui souvent dans un autre pa} s ne sont que des titres de délaveur. Le comte de CaUiagues, émigré fiançais , a servi avec distinction en Catalogne. Fait prisonnier, il est rentré enP'.spagne. Au 20 mars i8i4, S. M. C le destina à suivre S. A. R. Mgr. le duc d'An*

( 438 ) goulême. Ce prince le nomma lieutenant-général « et lui donna le commandement de la lo^ divisioii militaire (Toulouse ). Le comte de Caldagues ne croyant pas pouvoir être attaché au serxice de deux puissances , met sa démission aux pieds de S. M. C. Le roi , loin de l'accepter, le nomma lieutenant-général en activité à Tarmée de Catalogne, avec autorisation dé servir S. M. T. C. 11 a été mis en France à la retraite de maréchalde-camp.

Quel imposant spectacle pour l'observateur qui traverse l'Espagne, de trouver, sous le chaume comme dans les palais, des témoignages aussi multipliés de la constance des peuples et de la gratitude du souverain! Quelle confiance réciproque s'établit entre le monarque et le sujet ! Quel encouragement pour l'homme qui ne tut qu'égaré, et qui revient de bonne foi aux principes immuables de la gloire des nations , le droit et \ci fidélité II Cet accord heureux du peuple et du souverain , cet échange des services et des récompenses , voilà le sublime , qui n'est pas le beau idéal en Espagne. Aussi les Espagnols confondent dans leur amour le roi et la royauté.

Ferme dans ses volontés , sans oscillations dans sa conduite politique, suivant un système posililet conservateur , Ferdinand a appelé auprès de lui i\^s personnes qui lui ont paru propres à le seconder. Jl n'a pas cru qu'il fût dangereux d'employer les ros a listes qui avaient défendu sa couronne j il ne Ta pas livrée à ceux qui l'avaient combattue. Il a donné toute sa confiance aux premiers, et a mis les seconds dans la position de faire oublier leur égarement. Il a souvent changé de ministres, et on rie peut attribuer cette variatioa qu'à des causes qui

( 43i) ) tiennent plutôt à la lenteur d'exécution, défaut assez général du caractère des Espagnols, qu'à des motiis de haute importance. Il parait que les retards qu'a éprouvé l'armement contre les insurgés d'Amérique , a occasionné la disgrâce des ministres de la guerre et de la marine. Le ministre des finances Eguia, a conçu un plan vaste et hardi. Assujettir l'Espagne à un impôt territorial, d'après une répartition cadastrale, supprimer les privilèges et exemptions , était un coup de force, un vrai coup d'état dans Un pays habitué au système féodal. Ferdinand, en conservant les bases de la monarchie , s'est rapproché du système qui met en équilibre les intérêts, et a voulu taire supporter par les grands , par le clergé et par les peuples , les charges de la couronne , dans la proportion L\es fortunes respectives. Il a adopté le projet d'Eguia; mais le caractère de ce ministre n'étant pas assez ferme pour l'exécution de son plan , il a été confié à un homme qui saura vaincre tous les obstacles qui pourraient se présenter. Convenons donc que Ferdinand , loin de flotter entre des systèmes politiques , suit avec calme , persévérance et énergie, le gouvernement de ses pères, auquel il n'a apporté que les modifications qui tiennent moins à l'entraînement des opinions du siècle , qu'à un calcul raisonné et appuyé sur la prospérité des peuples. Cette marche relèvera l'Espagne de la décadence progressive dans laquelle elle était entraînée.

C'est avec la même persévérance que S. M. C. poursuit son plan de soumission des possessions d'Amérique. Maître des côtes et des points princîcipaux de f intérieur des provinces , il ne lui reste qu'à détruire; soit par force, soit par lassitude,

ces restes de bandes révollées qui ne doivent leur exisleiice précaire qu'à l étendue du pays, à la difficulté des conunuiiicalions ; et dont les seuls résultats se bornent au pillage de quelques villages isolés. Mais ces bandes seront bientôt atteintes par les trou* pas royales, qui sont alimentées par les renforts que Ton envoie de la jnétropole , tandis que les révoltés ne sont recrutés que par quelques aventuriers étrangers qui vont cacher ou risquer dans les foi èts d'Amérique leur honteuse ou coupable existence. La province de Buenos - Ayres est la seule qui soit soumise à un Gouvernement régulier ; une partie de l'expédition que l'on prépare à Cadix, et qui sera forte de quarante mille hommes , se dirigera sans doute vers ce point. Il est présumable que l'effort que tente Ferdinand sera couronné du succès , et que les colonies insurgées seront ramenées à une soumission que commandent ses intérêts, ses relations et ses affinités avec la métropole.

Création de soixante pairs de France , en mars i B j 9.

Le procès entre le ministère et l'opinion publique est jugé sans retour. Pour s'opposer à l'exécution de la sentence , le ministère vient de lever une armée; il s'est entouré de soixante champions; à défaut de raisons, il a cherché des mains dociles; et il prétend , par leur moyen, faire dominer dans l'urne de nos destins politiques , la couleur qui convient à ses intérêts.

Ainsi, pour obtenir une majorité artificielle, on em^^oye, aux yeux de tous , l'artifice le pUis grossier. L'Europe entière est appelée à juger de la détresse où se trouvaient nos régens politiques, par U

rature des moyens auxquels leur desespoir les a forcés (le recourir.

La Chambre des pairs s'était expliquée. Le rejet de la loi fiuancière avait coufirjné au ministère l'annonce de sa chute ; il ne s'étonne point : il nvon- Jre que, qui sait faire les menaces, sait aussi le^ braver. A l'opinion qui s'avance pour le renverser, il oppose (les brevets d'honn^'urs héréditaires. Il ne se déguii.r plus: il dit avec franchise : Le nombre fera ma (brce . et la force sera mon droit.

V^oilà de grandes dispositions, un ordre de bataille imposant ; mais les ministres se croyent-ils assurés de la victoire? Ont-ils oublié le mémorable exemple donné jadis dans un état voisin du nôtre? Un ministère attaqué par l'opinion , obtint l'entré» de la Chambre haute , pour une douzaine d'hommes de son choix. A peine installés , ces nouveaux pairs se réunirent aux anciens pour mettre un ministre en jugement.

Dans notre Ciiambre des pairs , la majorité antiministérielle était de i)4 contre j8. Si les nouveaux pairs volent a\ec les ministres, ceux-ci auront une majorité de vingt-quatre voix. Si , sur les soixante nouveaux paiis, Ocize seulem^'nt se réunissent à la majorité piécédente, celle majorité sera contre le ministère (i).

Qu'on parcoure la liste des nouveaux élus , et on se rassurera sur les suites de cette mesure. O^ y verra sans doute quelques noms qui seraient sur-| pris de se trouver eiuenible, si fou n était accoutumé depuis long- temps aux disparates de ce geJU^j

(i) l>i mînîsfr^H ont prcWiJ ceTto rh.int<», et, pour îa^atcr, iJs «ont i!ùipo!>és ci Uire une secuade /uurrté^ '

L lO* LIVRAISON. 2y

Mais il est beaucoup de ces noms qui portent avec eux leur garantie ; et l'on citerait assurément plus d* treize nouveaux pairs auxquels les amis de la monarchie pourraient tenir avec confiance ce langage:

u Vous venez d'être placés au sommet des dignités constitutionnelles; nous aimons à croire que vous méiiliez ces distinctions 5 mais nous regrettons , pour vous , la circonstance qui vous les a fait obtwiir. C'est à vous de prouver que vos nouveaux honneurs ne furent point acquis aux dépens de votre gloire. Dans le chemin que vous allez parcourir , faites-nous perdre de vue la porte par laquelle vous êtes entrés. Songez que vos contemporains, témoins de votre élévation im.prévue, oublient en ce moment votre mérite, vos titres et vos services; ils ne vous considèrent que comme des poids jetés avec précipitation dans le bassin d'une balance où le ministère se trouvait trop léger; et vous savez que pour un semblable usage , le plus vil dès métaux équivaut ûu plus précieux.

« La cause que vous êtes appelas à défendre est évidemment maùt^aise. Si elle était bonne , vous n'eussiez point été appelé.s. On n'eût point dérogé aux formalités précédemment établies pour vous lancer dans les rangs comme âes projectiles de

guerre Le bon droit serait-il jamais du côté dç

ceux qui, réduits au silence devant des argumens , veulent se servir de vous comme de machines d'artillerie? Faudra-t-il écrire pour devise , au four de voà écussons de pairs : Ultîma ratio,., laèeruière êaï-

fiON DES MiNrSTRKS?

" Ferez-vous à ceux dont vous allez partager les fonctions , l'injure de croire qu'ils aient été égarée

OU séduitâ? Ne dégraderiez-voiis pas vous-mêmes \à haute dignité (]ue vous dfivGz transmettre à vos descendans, si voUss laissiez supposer que, dans quelcjUè temps que ce soit, le véritable intérêt de la patrie n'eût pas dicté la détermination du premier corps de l'Etat? Voulez-vous laisser croire au peuple , que rinslitu-tion.la plus élevée après le trône, a pu être soumise un seul instant à l'influence des partis? Ne serait-ct5 pas ternir cette même institution dont vous alle^ partager le lustre ? Où chercherait-on désormais les guides de Topinion publique , s'il était vrai qu'ori pût convaificre la Chambre des pairs d'avoir pris une fausse route?

t( Tout vous engage à i'ous féutiir à la majorité qui existait avant votre arrivée. Dans l'intérêt dé votre réputation , vous ne devez pas permettre que le monde dise que , ambitieux et serviles , vous avez vendu vos votes par avance , et payé des honneurs par des promesses. Autant votre élévation sera glorieuse, si vous y paraissez brillans d'indépendance, autant elle serait honteuse, si vous y figuriez comme les créatures dévouées de ceux qui vous ont élevés.

«L'intérêt de l'institution elle-même vous prescrit celte réunion. Car si chaque fois qu'un ministère chancelant voudra se soutenir , il augmenté votre nombre d'un tiers, la dignité de pair se déconsidérera de plus en plus, pat la raison que lés distinctions les plus précieuses cessent de l'être lorsqu'elles sont prostituées.

« C'est à vous d'empêchef qifuh pareil scandale puisse se renouveler. En vous ralliant franchemen! à ceux dont on ouvre les rangs pour vous y placef , ôt^z tout espoif dé succès à ceux qxxï seraient

tentés (le les ouvrir de nouveau dans la suite. Que le ministère actuel, qui compte sur vous, soit trompé dans son espoir, et qu'il serve d'exemple pour ceux qui lui succéderont.

i( Vous êtes pairs de France; votre sort est irrévocablement fixé. Vous n'avez plus de faveurs à désirer^ plus d'intrigues à craindre. Les ministres n'ont aucune influence sur vos fortunes ; Ils en exonéraient une funeste sur votre gloire , si vous remplissiez leurs vues. Nous vous considérons dès aujourd'hui comme les colonnes héréditaires de la monarchie, ne vous regardez point comme les appuis passagers de fonctionnaires éphémères.

« L'acte de la Chambre des pairs qui a précédé et provoqué votre nomination , doit vous mettre à même d'apprécier les desseins auxquels on espère vous faire servir. Il s'agissait de maintenir intacte une loi reconnue vicieu^se, même par les adversaires les phis éloquens de la révision. Les ministres ont parlé de dangers : dites -leur que les plus redoutables viennent de leur impérilie. Ils feront arriver des pétitions sans nombre; mais fussent-elles revêtues d'un million de signatures, etfVvt-il possible d'en vérifier Tauthenticité, les royalistes pourraient leur répondre : Donnez -nous des télégraphes, de«, préfets, et quatre cent raille employés, nous vous fournirons dix fois autant de souscriptions eu sens contraire.

a Après fabus qu'on a fait de ce moyen pendant nos troubles, n'est-il pas honteux d'y recourir sous le règne du Roi légitime? Les pages les plus sanglantes de nos annales révolutionnaires sont couvertes de ces signatures qu'on réclame encore aujourd'hui. N'est-on pas laji 4e calomnier la nation!

Lors de l'assassinat çle Louis XVI , on remplit des registres de signatures mendiées (i). Etait-ce là fe vœu de la France ? Comment s'exprimait alors la majorité? par le silence de l'effroi.

u C'est une jonglerie devenue ridicule, que d'invoquer ainsi la majorité d'une nation. On sait bi'.Mi que les destins d'un grand peuple sont toujours régis par une minorité. La raison , les lumières, les vertus sont le partage d'un petit nombre. Heureux le pays où ce petit nombre est à la direction des alFaires ! Le peuple approuve et ^e lait. Malheureux celui où une minorité factieuse, corrompue, sanguinaire, chasse l'autre de ses sièges , et opprime les peuples sous toutes sortes de formes , ainsi que nous l'avons éprouvé depuis trente ans !

« Lorsque les ministres ont parlé de l'opinion publique , lorsqu'ils l'ont invoquée en leur faveur, ils ont insulté les Chambres ; car cette opinion ne peut s'exprimer légalement ailleurs que dans leur sein. Quant à l'esprit public , s'il est aujourd'hui errant, indécis , égaré, la faute en est toute entière au ministère. Les Chambres indiquent la roule à suivre; le devoir du ministère est d'y rallier les esprits. Le ministère n'est que l'instrument de l'opinion publique; aussitôt qu'il entreprend de la combattre, aussitôt qu'il forme la prétention de la diriger, il s'arroge un droit qu'il n'a pas. Il monte les premiers (^egrés vers la tyrannie... Souvenez-vous , pairs de France, que vous êtes institués pour garantir nos libertés.

i( L'espoir que la France fonde sur vous va se

(i) Le maire d'une petite commune pleurait à chaudes larmes ton lui demande la cause de sa douleur : « Hélas ! dit-il en sanglotant, on ngus a t'ait signer pour la mort de ce paurre tyran.

yéôliser ou s^» détruire dans le premier sçrujin oh vous donnerez vos suffrages. Le jugement qu'un portera de vous va sortir de l'urne en même temps que le sort du ministère actuel. Songez que vous faites désormais partie essentielle de la puissance 5TionarcUique, que les vrais fimis du trône comptent sur vous , que TEurope vous regarde , et que 1^ postérité vous attend. >>

Achille DE JouFTnoY.

J.ettre du comte de B*** , ex-chambellan de S. M, U empereur et roi, et Pun des mdépendans de 1819, à M. le lieutenant-général , comte F*** ^ compris dans l'ordonnance de if\. juillet (i).

« E^iCORE une victoire, mon cher comte! nouij gagnons tous les jours du terrain; et maîtres des positions avancées , c'est au cœur de la place qup xious porterons bientôt nos coups. Çui osera mettre en doute aujourd'hui la toute-puissance, et l'éaernelle jeunesse de la révolution? Trois mois sq sont à peine écoulés depuis que le duc de Richelieu revint d'Aix-la-Chapelle, perverti, je n'en doutepas , pour y avoir trop vécu avec les rois, et résolu à arrêter nos progrès. îl paraissait difficile de se débarrasser d'un ministre qui venait d'attacher son nom à l'affranchissement du territoire ; mais les imbroglios politiques ne nous étonnent pas ; nous avons ménagé, tout à la fois, au noble duc des ré-

(î) Celte leilre, trouyëc dans un porte-feuille, avec une cocarde Ivicolore et d'autres lettres en chiffras, a été remise au l)ureau «it4 Drapeau blanc ^^ai un indiscret qui n'a pu résister au plaisir 4e laire connaître au public comment certaines gens aiment I9 i«b^rié> ^^ te.qupjnous prépare l^ tûomphe Uâ9 libéraux de iSi9>

compenses et dts adieux ; et , grâce à nous, libre dé* sormais du souci des affaires , il se promène à loisir dans le beau midi de celte France qu'il est toujours k propos de connaître , même quand on n'a pas sij la gouverner.

i> Mais, comnie nous l'avions prévu, l'opinion royaliste exclue du Gouvernement , devait se retrancher dans les Chambres ; et le nouveau ministère, entraîné par nous , n'a pas tardé à venir se heurter contre ^eux majorités imposantes , l'une toute formée dans la Chambre des pairs , et l'autre se montrant déjà dans celle des députés. Notre situation devejiqiit critique ; il s'agissait de la loi sur les élections , de cette loi, première cause de notre résurrection politique , et des alarines de nos ennemis. Des traditions reçues dans le Gouveriiement représentatif, veulent, vous le savez, que les ministres tombent devant les majorités, et non \ts majorités devant les ministres. Eh bien ! le contraire est arrivé; les portes de la Chambre des pairs ont été ouvertes à deux battans, pour la plus grande satisfaction du ministère , qui y établit ses amis par vingtaine , croyant y établir son opinion.

M C'est un singulier spectacle; imaginez-vous , cher comte , une redoute emportée , dans laquelle le rainqueur fait filer ses troupes; un semblable succès est inoui ; on en donne ici toute la gloire à l'ancien ministre de la police, toujours le même sous le nom de ministre de l'intérieur. Quoique bien jeune encore, il entend à merveille les coups d'état, beaucoup mieux que l'administration. On regrette seulement que, dans ce dernier triomphe , il ait beaucoup trop donné à des intérêts de famille. Sans doute il

faut cive bon parent ; mais son excellent cœur a-t-il voulu envelopper son beau-père , son beau-frère , ses amis , les amis de ses amis , tous les siens , en un mot, dans le même manteau comme dans les mêmes affections? Du reste , il est pénétré des torts;qu'il a eus envers nous en i8ï5, et ne laissera point échapper l'occasion de les réparer, il le dit hautement.

((Vous comprendrez, mon cher comte, toute l'importance de ce dernier succès ; c'est ce que vous appelez, vous autres, couronner les hauteurs. La révolution, ainsi placée jusque dans les institutions de nos ennemis, devient inexpugnable; et bientôt, je Tespère, de nouvelles élections ouvertes sous de tels auspices, appelleront dans la seconde Chambre, ceux de nos amis qui ne sont point encore placés dans la première ; alors la tribune nous appartiendra j nos amis s'asseoiront au banc des ministres ; nous livrerons au système électit la nomination des îTjaires et des officiers de la garde nationale ; le peuple recouvrera ainsi la faculté de se requérir luimême ; nous saurons réveiller ce Souverain endormi , l'avertir de ses droits , et lui mettre malgré lui; s'il le faut, son sceptre en main.

u Alors aussi nous rappellerons dans le sein du pouvoir législatif, cette Cliambre des pairs qui n'^n n'a été distraite que par une combinaison profitable à la seule oligarchie ; mais je ne cesse de le répéter à nos amis, n'oublions pas que ce que nous venons de faire est une pointe en politique.

« Le système que suivent actuellement les ministres, n'est déjà plus en rapport avec l'esprit des lét^ions et de la Garde. Avant de passer outre , il faut donc , au plus vite , épurer les légions, et convertir

cette Garde. La faction civile se compromettrait, en laissant trop loin derrière elle la faction militaire. Cette Garde, surtout, troublé le sommeil de nos amis. Quelques ultras en sont déjà sortis j mais il ne faut pas s'en tenir là.

« Cest vraiment quelque chose de prodigieux pour les royalistes , que la création de cette Garde. Trois armées, celle de Condé , celle de la Vendée et la nôtre, s'y trouvent réunies; et tout cela dans un seul et même esprit; tout cela marchant sous le drapeau blanc , comme si tous n'eussent fait autre chose de leur vie. Comme rempart militaire , il faut donc craindre celte Garde ; et surtout Comipe exemple dangereux de la réunion de tous les partis, qu'il était possible d'opérer au profit de la monarchie qu'ils appellent légitime. Mais il est écrit que rien ne sauvera nos ennemis ; le pouvoir nous reviendra, mon cher comte ; et quelque loin que nous ait jetés cette échatllTourée du 20 mars, ne comptons pas moins sur un meilleur avenir.

« En attendant , nous échauffons les partis , nous nous agitons, nous fouettons pour faire mousser, nous vivons aux cabarets avec les libéraux, nous donnons de la philosophie aux moustaches, et des moustaches à la philosophie ; nous sommes philantropes , doctrinaires, indépendans , spéciaux, positifs , rationels. Nous plaignons les classes intermédiaires, nous discourons des droits du peuple; c'est merveille. Dans les premiers momens nous bredouillons un peu ; mais aujourd'hui nous tenons Yargot , et devenons étonnans en démagogie. Il y a vraiment, dans ce genre-là, des gens qui m'effrayent parfois : où tout cela se fourrait -il sous l'empereur?

( 45o ) ïU ont des visions raarales et politiques comme le duc de BrogUe. Ils rêvent des bourgades fédératives : ce sont de vrais songes creux ; n'importe , cela fait nombre , et nous les entraînons avec nous. Notre œuvre de prédilection, la Minerve j continue à faire beaucoup de bien. Jamais la démagogie ne monta sur de plus hautes échasses , et n'empoisonna ses discours d'une bile plus amère et de poisons plus subtils. Le mal est , qu'à l'exception d'un seul rédacteur qui a passé toutesa vie à radoter constitution , le patriotisme des autres n'en impose h personne. On craint pour l'un d'entre eux , surtout, cette première éducation de la police. Cela serait fâcheux; car ces messieursi parlent très-agréablement touchant la liberté , aussi bien que possible, pour une chose qu'ils n'ont jamais aimée. Ce sont de nouveaux oints de cette sauvage déesse ; mais elle a répandu sur eux son huile sainte, €tla trace des anciennes chaînes a disparu : il se sont relevés, comme s'ils n eussent jamais été courbés.

«Malgré cela, vousl'avouerai-je, mon cher comte, sans l'espoir d'un succès prochain, une telle vie ne serait pas supportable. Qrielquefois, en voyant cetto génération que nous infestons, et qui béga^'e pour l'insurrection , avant d'avoir levé les yeux vers le ciel, je crains que nous-mème§ n'en puissions venir à bout par la suite; et je m'ébranlerais , si je ne savais que fexcës de la corruption nous préservera toujours de celte impertinente liberté que je ne saurais aimer.

«Je VOU5 ai souvent ouvert mon cqpqr , mon chei: ^omte; les révolutions ne me plaiseni qu'à leur déclin , quand elles s'enveloppent dans la pourpre , et jpUcQût sur leurs fpiisceaua: plus d'çr que de feuilles

p« chêne ; oh ! Cunus, je ne veux ni de ton écuelle, pi de tes poischiches; mais je suis pour la couronne fi les aigles de César. Adieu /vénérable banni j aidez-nous, et songez souvent que si le but est beau, les moyens sont pénibles; il faut s'encanailler, mai* je ne vois que cela pour être encore grand seigneur. Quand reviendront ces jours où la liberté , savamment organisée , fortement constituée, siégeait dans toute la beauté de ses attitudes antiques , à la porte du temple, et n'entrait jamais dans la loi. Adieu, encore une fois , donnez-nous des nouvelles d'Allemagne, je vous en donnerai des régions australes. Tout à vous , etc. , e\c. , etc. »

Le comte de B***.

C 0 R R E s P O N D A IN G E.

Cours de M. Tàsot,

Monsieur ,

Je navais point encore entendu d'orateur de club : j'ei) ai vu bjer un parfait modèle dans M.Ti^- $ftt , professeur de poésie latine au collège de France. Je puis certifier qu'il possède dans un hçut degré toutes les qualités requises pour un bon ora-r teur de club» révolutionnaire : vif amour de la liberté , et , par suite , zèle ardent pour l'insurrection ; patriotisme déjà éprouvé en 98 , enfin , et par-dessus tout, haine furieuse contre les Bourbons. J'ai pensé, jiionsieur, qu'il serait curieux et important de recueillir les phrases de ce chef de nos indépendans; fiUes feront connaître au:ç vrais ami» du trpne jus-

qu'à quel point est déjà parvenue Taudace de ses f\us arclens ennemis , et montreront si, en effet, les royalistes sont des alarmistes qui sonnent le tocsin lorsque tout est dans une paix profonde. Voici donc quelques-unes de ses phrases , telles qu'il les a prononcées dans sa chaire , ou plutôt dans sa tribune. Virgile dit qu'Enée devançait tous les jours l'aurore, se matutinus agcbat. A ce sujet, M. Tissot s'est écrié : «Napoléon, le vainqueur de l'Europe , se M levait , lui , à trois heures du matin 3 tandis que les « rois, ensevelis dans leur pourpre, attendent jus- « qu'à neuf heures que leurs courtisans viennent les »f avertir qu'il est temps de se lever. »

On sent , et tout le monde dans l'auditoire a bien senti, tout ce qu'il y a d'indécent et d'amer dans ce rapprochement aussi faux d'ailleurs qu'injurieux. Mais qu'importe la vérité à M. Tissot , si le mensonge et Timposture servent mieux sg& desseins ! Voici un trait plus hardi encore : Vénus vient d'apparaître à Enée : plein de confiance, il menaceTurnus, et l'appelle au combat.

(« Cet Enée est bien fier, maintenant qu'il a des «armes à l'épreuve. Allons, Turnus, allons au « combat ! Il ne craint plus rien , parce que le bon « Dieu le protège. Pour avoir le droit de parler « ainsi , il faut déjà avoir vaincu à léna , à Ma- « rengo, à Austerlitz , et tant d'autres lieux célèbres « que je pourrais nommer. C'est alors que l'on peut « dire : Allons , à vous , monsieur fempereur de « Russie , à vous, monsieur le roi de Prusse , à « vous , monsieur l'empereur d'Autriche, on va vous « en donner sur les ongles. »

Quelle trivialité d'expressions î Est-ce que M. Tia*

( 453 ) sot veut nous ramener aussi son langage de ^à? Il est vrai que c'est en parlant des tyrans et des despote? ; et qu'il faut bien d'ailleurs rabaisser les rois à r égalité.

Ap* s avoir chanté les louanges de l'usurpateur, il ébit bien juste que M. Tissot fît l'apologie de finsurrection. C'est ainsi que lorsqu'il arrive à la révolte des Toscans , il s'écrie :

u L'insurrection , cette dernière raison des peu- « pies , comme le canon est la dernière raison des « rois. ))

Voilà , j'espère , une belle phrase de clubs , et Ro-^ bespierre lui-même n'aurait pas mieux dit. Mais c'est surtout contre les nobles et les émigrés que M. Tissot exhale toute sa rage. Le fidèle Achate et l'intrépide Gyas le font entrer en fureur. Comme il voit des émigrés dans tous les gens fidèles, à peu près comme dans un autre temps il voyait des suspects dans fous les riches , ce malheureux trait de ressemblance attire bien des injures au pauvre Achate :

« Encore ce Jidelis Achaies, cefortîsque Gyas! « mais , encore une fois , qu'ont-ils donc fait? C'est « la racaille d'Ilion , ceux qui avaient échappé au fer « d'Achille , ceux qui s'étaient cachés dans les caves : « et il y a une foule de gens comme cela. Demandez- « leur ce qui leur vaut leurs titres , leurs honneurs. « Ils ont servi en tejle année, vous répondent-ils; « mais où est la marque de leurs services ? Nulle M part ; tandis que nos braves sont connus par toute « la terre , en Egypte , en Russie, en Espagne, par- « tout leurs noms sont connus comme leurs ex- « ploits. »

Des compagnons du Roi au Roi lui-même il n'y avait qu'un pas. M. Tisiot n'a pas craint de le faire, et nous souffrons à répéter sea odieuses pait)les.' Evandre regrette que ses infirmités el sctr ^rancî âge lié lui permelteiit pas d'accompagner Kaée* M. Tissot a commenté ainsi ces \^ts de Virgule , et chacun saisira aisément l'injufieuse illusion.

« Vous voyez bien (}tie moi je ne suis pas bon à

« grand'chose : je suis si loLird , h\ peSatif je ne

« peux pas vous être de grande utilité; mais ^oyei « tranquilles , j'ai là des alliés à mes ordres, qui sont « de fiers lurons, et qtii o »

Et plus loin : « Ailneaddë ihjèfrum pro libertate « ruebant.

: « Messieurs , Voilà le devoif des peuples auxquels « on veut imposer un maître. Toujours, dans Tan- « tiquité, les peuples ont pris les armes dafis de sentu blables occasions , et toujours la victoire a sC- « condé la juslice dé VeUr c^use. Les fils de Bfutùs « veulent trahir la cause de la liberté, ç\ atfiref sur « leur pays la guerre élrangère : nova bella moveii- « tes. Aussitôt leur arrêt de mort est prononcé : ad « pœnampulchrâ pro Ûbcrlate vocaBit. )>

Que M. Tissot, rédacteur de la Minerve , imprime, dans cette feuille, tout ce qu'il lui plaira d'imprimer, permis à lui, puisque la loi ('autorise, et que les ministres le payent même pour cela 3 maii^ que M. Tissot , lecteur et professeur royal , dans tine chaire où la main du Roi l'a placé , vienne entonner réloge de l'usurpateur, et lancer d'aussi outrageantes invectives contre la personiïe même du Roi ; que dans une cMiCeritte où il ne doit faire entendre que les leçons paisibles du goût, il ose pre-'

cher , h une nombreuse jeunesse , des doctrines în*cendiaires, faire le petit Diderot , et ressusciter lç$. maximes des plus fougueux révolutionnaires, Voilà ce qui étonne même aujourd'hui, voilà ce que nô* lecteurs mêmes voudront à peine croire , et surtout^ voilà ce qui atteste la faiblesse d'un Gouvernement > qui , par tout ce qu'il fait et laissé faire, semble appeler à grands cris sa propre destruction ; et certes, si sous le règne de Buonaparté, un éloge, une larme , un souvenir donné à la mémoire dei Bourbons eût été regardé et puni comme un crime j pourquoi aujourd'hui est -il donné au professeur d'un cours public , de faire impunément l'apothéose de l'auteur de tant de maux, lorsqu'il insulte à la fois et à l'autorité du Roi légitime , et à la France entière, qui, après plusieurs années, ressent encore , avec utie douleur si vive , les plaies qu'il lui a faites ? Mais quel sinistre avenir nous présage une pareille audace ? On entend déjà le rugissement de la bète féroce.

^ ^Editeur du Drapeau blanc.

Monsieur ,

Par une de ces méprises qu'il n'est pas extraordinaire de voir se renouveler, un honnête homme qui paraît aimer beaucoup sa pûtrie, au lieu de m'a»^ dresser une lettre dans laquelle probablement il me donnait quelques leçons sous le voile de l'anonyilie, sn'a adressé une autre lettre qu'il écrivait à un de ses amis. En ce qui mè regarde, je regrette peu Is perte que m'ocèasioânc ce (fuiproquo i mais il se.

( 456) peut que 1 ami à qui devait parvenir la leltre que j'ai reçue , s'étonne de ne la pas voir venir. Si je connaissais son nom et sa demeure, je la lui transmettrais sur le champ ; n'ayant aucune donnée sur son compte, je prends le parti, dans la vue d'obliger ce digne citoyen , de vous prier d'insérer dans votre prochain Numéro , la lettre datée de Dijon , qui fait l'objet de mon embarras. En lisant votre journal, il pourra s'instruire des particularités que sans doute il désirait connaître , et il me saura quelque gré de mon attention.

Dijon, 3 février 1819.

« Monsieur et ami ,

« Nous étions depuis quatre jours dans le plus « profond accablement au sujet de la proposition « funeste et très-funeste qui vient d'êlre présentée •< à la Chambre des pairs , quand votre leltre est « heureusement arrivée pour relever notre courage. M Vous pensez donc sérieusement qu'il y a des « moyens de parer le coup, et de conserver intacte « cette loi admirable, qui sait tirer de la Ventlée « même des députes amis de la révolutioh. Ces « moyens, vous avez la bonté de nous les indiquer, m. et vous nous engagez fortement à les mettre en <( œuvre. Mais d'abord, il est assez difficile de pren- « dre une attitode menaçante , quand on a la mort « dans f âme 5 d'un autre côté, il n'y a pas moyen « de songer pour ce pays à quelques semblans d'un « mouvement populaire. Dans un Paris , ces choses- « là peuvent se tenter; mais ici , le bout de loreille M percerait; et eût-on des millions à sa disposition, « on ne pourrait pas monter une insurrectioti paS" w sabk. N0U3 soniii\es donc réduits à user de la

« ressource de la pétition; nous tâcherons, sur ce <i point, de remplir toutes vos vues; ainsi nous y «parlerons très -fièrement : les mots de Jéoclaiùé tt t< de liberté s'y placeront à toutes les lignes ; nous « aurons soin de faire entendre que nous parlons «f au nom de tout le département , et même au nom i( de tout le peuple français. Nous croyons pouvoir u compter sur quelques centaines de signatures , t( car il y a l'ancien rôle de la fédération qu'on s'oc- « cupe à dépouiller en ce moment, et il y aura uri \i appel fait à toiit ce qui s'est conservé pur. Vous « voyez que, dans ce que nous pouvons faire, nous « agissoris avec ^èle. De votre côté , tâchez de vous « démener de votre mieux; car il ne faut pas vous « le dissimuler, si nous reculons sur ce point, nous « irons loin. L'esprit révolutionnaire a bien perdu « de son énergie ; le peuple n'est plus qu'une masse a inerte qu'on ne remue qu'avec de grands efforts ; V j'ai vu des acquéreurs de biens nationaux me rire « au nez quand je leur voulais inspirer quelques ic craintes , et des officiers à demi-solde bâiller sur « des couplets dont le refrain amenait toujours « ia gloire accompagnée de la victoirci D'ailleurs , f la caisse s'épuise , et les rentrées ne se font plus K que très-diftîcilement ; en un mot, il n'y a plus « moyen d'aller, si vous ne fixez pas le sort de « notre malheureuse France en maintenant la loi u des élections, et provoquanw quelque grande me- « sure qui procure des à présent la jouissance des « bienfaits sans nombre qu'elle promet ; ne vous « endormez donc pas , et comptez toujours sur tt notre coopération.

« Les frères et amis se joignent à moi pour

L ]0^ J.IVRATRON. 3o

(458) «fvous saluer, et vous renouveler Tassurance de

V leur éternel attachement : ils attendent bientôt de

V vos nouvelles. »

De Naples.

On coniiiuie avec le plus grand succès les déblais et les fouilles de Pompeïa. Depuis la découverte de TApollon et des supeibes vases de bronze incrustés d'argent , on a trouvé dans la rue dite des Tombeaux , près de ceux des Gladiateurs, le tombeau de la famille Liberalis.^

Il est «^n marbre travertin; sur un des côtés on a incrusté un bas-relief en marbre de Paros.

On lit l'inscripîion suivante :

MLnervœ galUcœ nntalia.

On voit en etf'et Jupiter assis sur une espèce de chaise ouverte par en bas; au-dessous de lui s'agite une petite femme coiffée à la Gojgone , ayant à la main un flambeau ; les Furies , la Calomnie et autres déesses (\v\ même genre , s'empressent de recevoir ia nouvelle divinité.

Au lieu de Vnlcain avec sa hache, représenté à côté de Jupitfr, lors de la naissance de la Minerve grecque, on voit Hippocrale avec une seringue. La Minerve française n'étant pas sortie du cerveau de Jupiter, le visage de ce dieu n'a pas sa majesté ordinaire ; il paraît soucieux, et le dieu semble eflfVayé de sa progéniture.

Sur un autre côté on lit l'inscription suivante, c\\\\ a dû être faite pour unLiberalis né du temps de César, et qui a été conservée avec soin, et a servi aussi à ses descendans.

. Dits manibus £. J. C. Libéra lu, Hominuni paradoxotator, Reipublicce ail tory Tirannidis assertory MobiUtate vigens ; Rhetovy scriptor y aulicus , Discussity scripsity adulavity Nunc sileU

Gaspard l'u^ulsé , au rédacteur du Drapeau blanchi Villependu , près Domfrout, ce lo naavs 1819»

Mon doux monsieuPv ,

Balai à balai, et fagot à fagot, j'ai amassé une jolie petite somme de quarante mille francs , que je fais valoir à un joli petit intérêt de cinq quarts pour cent par mois , et en dedans, avec renouvellement de mois en mois. On appelle cela, dans notre endroit , prêter à la petite semaine. C'est un métier honorable, car il a fait plus de- sept cents électeurs dans notre département.

De plus^ je continue le commerce de ma denrée', que je fdis , comme on sait , d'une manière spéciale. Bref, ma fortune est h présent la pelote déneige; elle doublera au moins tous les ans ; ainsi, dans sept ans, j'aurai deux millions quatre -cent mille francs, et même plus; car si on vend les forêts de l'Etal, je m'en donnerai une.

Quand on a plus de cent mille livres de rente , oix peut se lancer dans les honneurs ; et comme c'est aussi une affaire de calcul, je veux vous soumettre le mien , et vous prier de me rendre un petit service.

Oa m'a dit que la Minen'e annonce qu'on va faire des adresses du peuple ci-devant souverain , pour

( 46o ) demander que tout le monde devienne pair de France, afin que chacun soil bien sûr d'être fils d ' son pair. Passez-moi ce mauvais calembourg , c'est un tic que j'ai contracté au Vaudeville. Mais si la Mineire le dit, il faut que cela ne soit pas vrai.

Quoi qu'il en puisse arriver , il paraît certain qu'il y aura beaucoup de promotions ; et il y a gros à jurer (car je ne paiie jamais) , que l'on commencera par choisir dans les hommes à cent é«us , dont il y a, dit-on, quatre-vingt mille en France. Je pars delà; ci 80,000

Mais sur cela, il faut déduire , 1^ (en comptant ceux qui ne se présentent pas aux assemblées) au moins un tiers ; en nobles et roturiers ultras, dont on ne fera jamais rien, en attendant qu'on les emploie à battre l'eau des fossés de nos châteaux j ci ... . 26, Gt)^

1^ Pour les mineurs, les interdits, les absens , les ban- \ ^ ....

queroutiers (i), les condamnés aux travaux publics, etc., autant (2) ; ci ^Çi,e>Q>i:)

Reste net en indépendans (jouissans

de leurs droits) et en ministériels , . . . îa(>,6(>8

Maintenant, on peut calculer hardiment que ton» les huit mois nous aurons ou un nouveau ministère, ou un mouvement de bascule dcî la part du minis^

(1) Il y aurait peut-être une bonification si, ilans le cas donné , on dispensait les banquiers de jeu et les joueurs de la bourse de déposer leur bilan.

(2) Un (le mes voisins prétend que j'ai évalué à trop peu ce dernier article; mais il iaut être juste , la proportion de Dowfront serait trop forte pour le veste de la France.

tère qui voudra jouir encore un terme; ce qui , eu sept ans, donne dix mutations et demie (i). Je défie M. le baron abbé Louis, de nous faire, avec ses années de dix-huit mois , des comptes plus clairs que cela.

Il faut , à tout ministère qui veut durer seulement trois mois , la majorité dans les Chambres. Pour celle des députés, cela est bien simple : si elle ne marche pas à la mode du jour, on la casse; on frappe une médaille ; et les hommes à cent écus , et même à vingtcinq francs , sont là pour aller prendre de nouveaux bullelinsàlaPréfecture, et pourlesporter dans l'urne.

Mais pour l'autre Chambre, il n'y a d'autre moyen que de faire des additions successives de pairs , en sens inverse les unes des autres.

Au premier aperçu^ il semblerait que quand oa vient de créer cinquante pairs , par exemple , et qu'avec cela on a la majorité d'une voix , il suffirait d'en nommer deux autres, pour avoir une aussi brillante majorité en sens contraire.

Ce serait compter sans son hôte : honores mu-' tant mores , à ce que dit M. le curé de Villependu. Certains ministres savent cela mieux que personne ; et aucun n'ignore que toutes ces valeurs de voix finissent par se déprécier rapidement pour les émissionnaires , comme les assignats et les mandats , pour le défunt directoire, de basculeuse mémoire ; et que, pour servir utilement pendant huit mois , il

(i) Cela a été plus lent d'abord; mais avec le mouvement de plus en plus accéléré de l'esprit du siècle, il est certain qu'au bout des sept ans (si tant est que ce gmnd siècle dure encore dans sept: ans, chose douteuse, au train dont il court), n>on calcul sera plua <^ue juste.

fant que chaque éniission soit au moins double de l'émission précédente.

Ainsi, sur le pied de dix coups de bascule , et en commençant par le nombre cinquante, il nous faudrait en sept ans, moins quatre mois, une fourniture complète de pairs de (i) 4'>^^^

En supposant, par impossible , qu'il y eût quelques fournées de royalistes, par ce que je porterai même au tiers ; ci iSj-^.TO

Resterait encore à prendre dans l'é-

toflfe moelleuse ou indépendante ; ci . . a-^/^/jo

Et nous avons vu qu'il n y a de disponible en la bonne matière électorale, que 26,668

Déficit à prendre au Texas , Ait^le-

ville , etc 77^

Vous voyez donc, mon doux monsieur, que pour peu que le: système dure, il est certain qu'avant même que ma fortune ait atteint le taux auquel' je vjenx bien la fixer par pure modération philosophique , je deviendrai pair de France à mon tour. Pourquoi pas? Aux termes iies articles 1 et 3 de la (charte, )e suis du bois dont on les fait ; et j'y ai peut-être plus de droits qu'un autre , pour peu qu'il se rencontre un ministère qui ne sache plus de qnel bois faire flèche. ^^

(1) De bonnes gens qui s'effraient de tout , disent qu'il eu rcftrera de sommes énormes pour promulguer ces listes , m^me en taisant des éditions compactes du IniIIetin des lois. Qu'ils se rassiiretit; on vient de découvrir dnns los carrières d'Aubipny^ Tpféa Falai.se, des pierres lithographiques de la plus grande déjnension. (Voir le rapport fait k la Société d'agriculture et de commerce <le Caen , dans sa dernière séance. )

D'après cela , je vous prie , mon doux monsieurv de vous entendre avec M. Willaume, pour me trouver de bons partis pour ^j. et pour mademoiselle Gaspard , qui sont en âge d'être pourvus.

Il est vrai que mes enfans ne savent pas encore lire tout courant; mais de généreux souscripteurs du Cliamp-d'Asile vont ouvrir, dans notre endroit (aux frais du département) , une école d'enseignement mutuel ; de sorte qu'avant trois mois , mon fils sera capable d'écrire des lettres normandes^ et ma fille aura des talens aussi libéraux qu'aucune demoiselle de Paris.

On a voulu me faire , contre ma spéculation , une objection tirée de ce que je n'ai pour tout nom xle famille qu'un prénom. Une liste qui circule en ce moment me tranquillise. Mais, en tous cas, il est plus prudent (ne fût-ce que pour faciliter nos mariages vis-à-vis des gens à préjugés) de prendre dès à présent un petit titre avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obeissant serviteur,

le comte Gaspard -de-l' A visé.

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MÉLANGES

M. p. F. Tissot nous apprend, par la voie du Journal du commerce ^ duquel il est un des rédacteurs-propriétaires-fondateurs, qu'il est allé trouver, à son bureau, M. Dupont, dont nous avons inséré 'une lettre dans la 5^ livraison du Drapeau blanc. « M. Dupont s'est empressé de me déclarer, dit « M. Tissot, qu'il n'avait prétendu ni m'imputer

X. une mauvaise action ni me faire aucune injure, 4( et qu'il n'avait voulu dire rien autre chose, sinon « que, comme tous les habitans de Versailles, j'avais « eu connaissance de l'événement dont il s'agit. »

L'événement dont il s agit est tout simplement le massacre des prisonniers d'Orléans, égorgés à Ver-^ sailles. Nous ne pouvons qu'approuver la déclaralion de M. Dupont, et nous sommes prêts à en l'aire d'office une toute semblable. M. Dupont se souvient, et nous n'avons pas oublié qu'après un long procès à la police correctionnelle, il en a coûté à M. Barruel- Beauvert vingt-cinq francs d'amende pour avoir re^proche au rôtisseur Biennet je ne sais quelle peccadille dont il ne pouvait présenter la preuve légale, par la raison toute simple qu'on a négligé de rechercher et de punir ces petites fautes patriotiques, qui portaient avec elles leur excuse, ainsi que nous l'a dit le journal de M. Tissot, et que la terreur de i8i5 a d'ailleurs bien effacées. Discite justitiam moniti.

' — La Minewe d'Aigleville est plus nulle, s'il est possible, que la Minerve àe. Paris. Nous en avons sous les yeux trois ou quatre numéros qui contiennent les pièces officielles de l'établissement du Texas , et qui ne vaudraient pas la peine d'être lus , n'était qiCils sont ni plus ni moins bien écrits que les articles de M. Lacretelle aîné. Nous en offrirons cependant au publie un échantillon qui semble joindre la légèreté de M. Jay , à la protondeur de jVI. Etienne ; et la puissante logique de M. Jouy , à la grâce anacréontique de M. Aignan. Nos lecteur» •n jugeront.

^cte de soumission d'une certaine quantité de débris (i) , au soi-disant propriétaire du Texas.

Sire ,

« Pénétrés de reconnaissance pour l'asile que V. M. a bien voulu nous accorder sur notre bonne réputation , nous venons lui déclarer , avec le plus profond respect , que nous lui avons volé une partie de ses Etats ; et que nous sommes décidés à tout garder, en vertu d'un nouveau droit des gens , dont elle a déjà ressenti quelques efl'ets en Europe.

« De légers scrupules nous avaient d'abord retenus; mais les casuistes politiques, qui brochent au. carrefour Bussy un cours de morale élémentaire pour les nations, ont apaisé le murmure de nos consciencestimides. Ils nous ont prouvé que vous s&» riez bien aise d'être chassé du Texas , pour conserver les mines qui se trouvent près des rives de la Trinité, et que le gouvernement américain regarde avec une convoitise républicaine. Ainsi, nous avons la douce satisfaction de penser qu'en vous affranchissant d'une partie des soins pénibles du devoir, nous pourrons contribuer à votre bonheur en ce monde, comme . nous Pavons fait dans l'autre.

« Nos frères et amis du Pérou , de Buenos-Ayres et de Caraccas , qui partagent nos sentimens pour votre personne sacrée, s'empressent, de leur côté, de vous délivrer des soucis attachés à la couronne. - 11 était dans notre intention de rendre les mêmes services au roi de France j mais S. M. T. C. , alors, entourée de conseillers tout à fait aveugles sur ses

(i) Nom poétique des réfugiés , dans la langue des frères et itrnU,

( 466 ) intérêts , ne daigna pas agréer nos propositions libéi aies , refus lieiireux pour V. M., qui tievait en profiter, sans le savoir, au moins jusqu'au moment où il nous sera possible de taire tourner nos iacullés à l'avantage de notre pays lui-même.

A tous les cœur bien nés , que la patrie est chère î

« Il est vrai que nous avions juré d'abord que nous étions prêts à nous soumettre au gouvernement d'Espagne , à lui faire hommage et à lui payer des impôts; mais V. M. ne peut pas ignorer que nos sermens n'ont qu'une valeur conditionnelle , et lés engagemens contractés par celui-ci expiraient précisément au jour de la prise de possession.

«V. M. peut donc se reposer sur nous avec confiance du soin d'exploiter ses mines k la barbe ded Américains. Nous avions ici des gens qui devinent l'ôr d'une lieue, et qui l'exploitent avec une rare perfection.

c( Sire , nous nous résumons. V. M. n'aura du Texas ni vivres, ni soldais, ni argent; mais nous sommes prêts à la seconder dans ses vues , si Texpérience lui a fait sentir, comme nous l'espérons, la nécessité de constituer l'Espagne à notre manière. Nous pousserons l'attention jusqu'à la recommander à notre grand ami le Rabbin Jamin, dit Constant, par anti-phrase , qui a toujours cinq ou six constitutions dans sa poche , et qui sait fort bien y recoudre des actes additionnels , quand la matière constitutive manque. Cela ne coule qu'un habit brodé garni de ses manchettes. On ne peut guère donner des lois à meilleur- marché.

Et comme un vil intérêt ne gouverne pas les Ames

( 467 ) libérales, nous allons faire à V. M. un cadfau magnifique : nous lui offrons notre riDÉLiTÉ ? De Votre Majesté,

SiRÉ , etc.

Suivent les signatures .

Du champ d'Atlrappe , 1816.

Pour copie conforme :

PorOCAMBOU , l'un des rédacteurs re.sponstbles dé la Minerve d'Aigleville.

— On vient de publier à Londies une caricature fort bizarre dont nous ne sentons pas bien le sel. Honni soit qui mal y pense. Elle représente un grand bâtiment très-majestueux , mais dont plusieurs parties semblent demander une prompte réparation. Il parait qu'on a déjà entrepris d'en prévenir la chute tolale, mais il n'en menace pas moins ruine, vu qu'on ne l'« élançonné qu'avec des tuyaux de pipe. On lit ces mots sur le fronton : M ot^archie française. La porte principale est fermée, soit qu'on n'ait pas juf'é à propos de l'ouvrir , soit que l'on n'ait pas remarqué que la clé était dans la serrure ; au devant , la Monarchie personnifiée est assise sur une espèce de trône , dans ses vêtemens et 'avec ses attributs iconologiques, c'est-à-dire bottée, cuirassée et casquée , mais la visière basse, ce qui l'empêche d'y voir distinctement, et de remarquer les progrès d'un incendie qui vient de se manifester depuis les fondemens justju'au taîte de l'édifice , quoique la flamme commence visiblement à la gagner. La droite est occupée par un groupe immobile qui cno au Jeu! Les travailleurs arrivent tous da coté gauche avec des seaux vides , mais armés de bonoes

(4<38 ) torches qu'ils appellent des flambeaux, et qu'ils prétendent ne porter que pour le maintien de l'ordre. Une douzaine d'ultras s'efforcent inutilement de les étouffer sous des éteignoirs de papier. Un beau jeune homme qui est debout sur les marches du palais, et dont les flammes semblent s'écarter avec respect, les excite en ricanant, avec un bon soufflet de forge, sur lequel sont écrits ces mots : Propagation des lumières du siècle. Enfin , sur le premier plan, un autre personnage en grand déshabillé aninistériel, qui tourne le dos à la gauche, tait ses efforts pour attirer l'attention de la figure principale, en lui criant : Youareto burnyour stoc/cings I... (i) stockings I s'écrie la châtelaine. And my boots then!,.. (s>.) T/iey are burnt (3)! reprend humblement l'orateur, qui paraît regretter de ne s'être pas avisé plus à propos. Au dessus de sa tète voltige une petite renommée qui n'a que le souffle, parce que la lumée de Tincendie commence à lui oouper la respiration, et qui se tue de crier : Mieux vaut

lard que jamais et cœtera desunt.

— Les heureux parens qui ont procuré à leurs filles l'inappréciable avantage de l'éducation lancastérienne , apprendront avec salislaction que leurs progrès passant toutes les espérances , une seule langue ne leur suffit plus. M. Tissot, professeur au collège royal de France , a bien voulu accommoder à leur intelligence les baisers de Jean Second , qu il a, comme on sait, traduits et coimnentés à l'usago de ses élèves. Ces demoiselles auront le choix du

(i) Vous allez brûler vos bas !

(2) Mes bas î et mes bottes donc !

(3) Eilea sont brûlées.

( 469 ) Moniteur y et cette augmentation de connaissance^ ne coûtera rien à leurs familles. Elles se la procureront elles-mêmes dans leurs momens de récréation. Le Journal du commerce a bien raison de s'écrier : Encore un bienfait de l'enseignement mutuel l

— On prépare une collection des discours les plus remarquables qu'ont prononcés Robespierre, Marat , Danton , Saint-Just , Couthon , Collot-d'Herbois et autres hommes d'état de 1793 et 1794» Les premiers exemplaires de cette édition sont même déjà délivrés à certains de nos orateurs. Jusqu'à ce moment , ils n'en ont emprunté que les parties les plus faciles à accommoder aux circonstances ac»tu elles; mais au fur et à mesure que les évènemens se précipitent, cet ouvrage devient de plus en plus utile. D'ici à très peu de temps, ce sera un manuel indispensable ; certaines harangues pourront être employées toutes entières ; il ne s'agira que de chan-» ger les noms et les dates.

— Le tailleur L... , de la rue Vivienne, a fait der-» nièrement une spéculation très-adroite. S'étant ménagé des intelligences dans les hautes régions , il s'est livré depuis trois semaines à la confection de 60 habits de pairs, qu'il a coupés sur trois tailles ; il est arrivé si juste, que dès le lendemain de la fournée, ces messieurs ont été habillés de pied en cap par cet artiste tailleur, qui a fourni jusqu'à la petite oie. Ses prix sont très-raisonnables. Il lâche même la main quand on le marchande un peu. Il assure à chacune de ses nouvelles pratiques qu'il perd sur le marché ; mais aussi il convient qu'il se sauve sur la quantité.

— Un pair de l'émission frappée au nouvçau coin j

(4:oj

se lioiivait hier dans un salon où l'on parlait du projet du ministère de nommer de nouveaux pairs, s< la mojorité restait dans cette Chambre au côté droit. « Les ministres ont donc perdu la tête! réplique avec chaleur le nouveau dignitaire 5 est-ce qixiis veulent avilir la pairie ï »

— Ondà que l'Académie française va être augmentée de 60 membres, et voici ce que l'on raconte à ce sujet. Il paraît que la commission du Dictionnaire était partagée d'avis sur la rédaction de l'article serment, M. C. prétendait que ce mot avait un singulier et un pluriel , tandis que M. J. soutenait qu'on ne l'employait plus qu'au pluriel : sic i^oliut usus. L'Académie a adopté, à la majorité, l'avis de M. C. Mais comme dans toute assemblée délibérante, la minorilé doit toujours avoir raison , Son Excellence le ministre de 1 intérieur a nommé d'office 62 nouveaux académiciens , et a décrété , en outre, qu'ils étaient dispensés de toutes les formalités d'usage, et qu'ils siégeraient immédiatement. Espérons qu'avec un tel renfort, nous verrons enfin se terminer l'interminable Dictionnaire. Les académiciens éliminés par une mesure inconstitutionnelle , pendant la terreur de iBj 5 , sont rappelés ; et parmi les nouveaux élus, on cite des noms aussi recommandables en littérature que ceux de beaucoup i\v nouveau*, pairs le sont en politique.

— OnkMÙ (|ue Ton va faire un service expiatoire pour la mémoire du prince de la Moskwa. L'oraison funèbre du maréchal sera prononcée par M. J^

-*«■ On du qu'il va paraître une ordonnance qui crée encore i "j pairs de France. En conséi[uence, à dater du mois (/eyWn prochain . la Chambre tiendra

ses séances dans le Champ-de-Mars. Plusieurs des nouveaux membres pourront reprendre les places qu'ils y occupèrent , lors du Champ-de-iVJai.

— On dit que la reine Hortense vient d arriver à

Paris....

«... L'on revient toujours « A ses premiers amours. »

— Les indépendans disent que.... ça ira, et les royalistes répètent ce mot si connu : C'est le commencement de la fin.

— On assure qu'un général élevé déjà au comble àes honneurs militaires, et qui vient d'être lancé au faîte des dignités constitutionnelles, se présenta fièrement dimanche dernier aux Tuileries. Un Prince eut la bonté de lui faire compliment sur la nouvelle faveur qu'il avait reçue : « On ne m'a point fait de faveur, dit-il, on ne m'a rendu que justice, et bien tardivement. »

LE LIBÉRAL COMME IL Y EN A TANT, ou

X»IAi:.OGI7£,ENT)(B MM. DESLTTM^ÈRBS ET BONITEROUTE.

AzB. : On dit que je suis sans malice.

i>;e;si;.VM i£res.

Vous à Paris ?

fiPI{K£I<.OUTE.

Mai oui; mo\-fm&M&.,.

J'y suis toujours mon vieux système...

DESL^mClERES.

Moi je suis libéral... i

BONNEROUTE.

Vraiment I Je le suis aussi

DESLITXflâRES.

C'est charmant!

Soyons amis ; que vous en semble %

B0KSrEROVT£. '

Ayant de nous lier eiLsemble y

Voyons ^ c'est un point capital ^

Comment vous êtes libéral 1 . .♦ ( $is. )

DESLUMIÈRES.

Autant que moi personne en France

Ne se prête à la circonstance}

J'ai pour louer, sans vanité,

La p'us piande t"a<.iliié!

Tour à tour d'une voix légère

On me tait chanter Paul ou Pierre.^^

BONNEKOrt E.

Vous avez donc l'esprit vénal?

DESLVMIÀRES.

KoD ; mais j'ai l'esprit libéral !

Tout entier à la politique > J'aimai d'abord la république ; Puis d'un despote tout puissant J'aimai le sceptre éblouissant !

Si le diable eût été mon maître ^ Je l'aurais adoré peut-être....

BONNEROUTE.

Vous avez donc le cœur bannal?

DESLVMIÈRBS.

Non ; j'ai le cœur d'un libéral !

Habile à faire la grimace, Rampant auprès des gens en place, Dans l'omlne je soufle le feu ; lie jour je suis blanc , rouge ou bleu !

BONNEROWTÈ.

D'après le portrait que vous faites,

Je vois clairement que vous êtea

Un Caméléon sans égal.... ' ^

• DESLUMIÙI^BS.

Non; ie suis un vrai libéral !

bonneroute.

Cessez, cessez, homme coupable^ De flétrir un nom respectable !...

Clianter les lîayards pleins d'honneur ^ Gu^'iir les autres «e l'erreur, A sonjloi comme à sa patrie Consacrer sf s taens , sa vie, Et ne. jamais taire le mal....

C'est ainsi qu'on est libéral !

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