VINGT ET UN MARS
DE l'assassinat DU DUC d'eNGHIEN.
Lows-Antoiiie- Henri de Bourbon- Condé , duc d'E>:ghien , avait (ait plusieurs campagnes brillantes sous les yeux de son père et de son illustre aïeul. Après le traité de Lunéville, en i8oi, l'armée de Gondé ayant été licenciée , ce jeune prince dut renoncer à l'espoir de rétablir, par les armes , son auguste famille sur le trône de France.
Un miracle de la Providence pouvait seul rendre le bonheur à sa patrie, et la couronne de Henri IV à ses descendans j le héros désarmé ne se croyait plus appelé à combattre ; et depuis près de trois ans il vivait sans aucune influence sur les destinées de l'Europe ; dans une propriété qu'il avait acquise à .Ettenheim, dans le Brisgaw.
Comme cette ville dépendait de l'électorat de Bade, le jeune prince avait obtenu l'agrément de l'Electeur pour s'y fixer; et l'Electeur lui-même aurait craint de se compromettre , s il avait accordé un asile à ce héros , sans en prévenir l'homme funeste qui goavernait alors la France , sous le titre de premier consul.
Plein de confiance dans l'inviolabilité d'un territoire étranger, le duc d'Enghien fortifiait son âme contre le malhear de sa destinée, dans l'étude et
( 48o ) 'dans le repos de la vie solitaire. Le pass* ne lut présentait que des souvenirs honorables , le présent était embelli par les sentiment les plus tendres et les plus purs; l'avenir lui-même était exempt d'orages.... Mais le sang des Bourbons coulait dans ses veines ; et le misérable qui voulait usurper leur trône, aspirait à l'horreur de le répandre, afin de n'éprouver aucun obstacle de la part des monstres qui avaient assassiné le malheureux Louis XVL
Le II mars 1 8o4 , Buonaparte fait adresser à M. le baron d'Edelsheim, ministre d'Etat à Carlsruhe, liiie lettre conçue en ces termes :
« Monsieur le baron, je vous avais envoyé une note dont le contenu tendait à requérir l'arrestation dû comité d'émigrés français siégeant à Offembourg, lorsque le premier consul, par l'arrestation successive des brigands envoyés en France par le gouvernement anglais , comme par la marcke et les résultats des procès qui sont instruits ici, reçut connaissance de toute la part que les agens anglais à Offembourg, avaient aux terribles complots tramés «outre sa personne et contre la sûreté de la France. Il a appris même que le duc d'Enghien et le général EHimourier se trouvaient à Ettenheim ; et comme il est impossible qu'ils se trouvent en cette ville sans la permission de S. A. E. , le premier consul n'a pu voir, sans la plus profonde douleur, qu'un prince auquel il lui avait plu de faire éprouver les effets les plus signalés de son amitié , pût donner un asile h ses ennemis les plus cruels , et leur laissât ourdir tranquillement des conspirations aussi inouies.
u En cette occasion si extraordinaire, le premier consul a oru devoir donnera deux petits détachemens
Tordre de se rendre à Offembourg et à EUenheim, pour y saisir les instigateurs d'un crime qui, par sa nature , met hors du droit des gens tous ceux qui manifestement y ont pris paft. C'est le général Cau-