ITNCOURT QUI, A CET ÉGARD , *EST CHARGE DES ORDRES
DU PREMIER CONSUL. Vous ne pouvcz pas douter qu'en les exécutant, il n'observe tous les égards que S. A. peut désirer. Il aura Vhonneur de remettre à V. E. la lettre que je suis chargé de lui écrire. »
Les réflexions se présentent en foule à la lecture de cette lettre.
Et d'abord on remarque que le consul n'accuse que les agens anglais d'Offembourg , d'avoir pris part aux complots tramés contre sa personne. Relativement au duc d'Enghien et au général Dumourier , leur nom seul paraît être tout leur crime.
En second lieu , il n'attend pas que l'Electeur lui permette d'envoyer sur son territoire les ministres de ses vengeances 5 il lui annonce que deux détachemens se rendent à Offembourg et àEttenlieim, pour y saisir tous ceux qui lui paraissent suspects. Il est imposv^ible de pousser plus loin l'abus de la force et l'oubli de toutes les bienséances; Bnonaparte sent que , par sa conduite , il viole le droit des gens ; et , pour s'excuser , il présente comme instigateurs d'un crime , ceux contre lesquels aucun soupçon juridique ne s'est encore élevé; car le nom du duc d'Enghien n'a pas même, été prononcé une seule fois dans tous les détails déjà longue instruction à laquelle a donné lieu le procès de Georges et de Moreau.
On est fondé à croire qu'au moment oi^ cette lettre était adressé» aw ministre de l'Electeur de Bade ,
.quelque employé supérieur ou subalierne é(a/t chargé de rexéeution des ordres secrets de Buona- \>ârie , puise/ ue les détachemens avaient déjà reçu l'ordre de se rendre à Offembourg tt à Ettenheim.
A la vérité , la lettre porte que cest le général Caulincourt qui est chargé, à cet égard , de:s ordres du premier consul ; mais on a de la peine à s'expliquer comment ce général, qui était en(:i)re à Paris, pouvait avoir {\es ordres à exécuter à plus de ceut dix lieues de la capitale , surtout lorsque les détachemens étaient déjà dirigés sur Ettenheim et sur Oii'embourg.
Ce n'est pas la première fois que la conduite dei> minisires de Buonaparte présente des circonstances difficiles à expliquer. Tout doit être obscur et mystérieux dans la marche d'une politique affreuse qui ne médite .que des crimes.
Quoi qu'il en soit , c'est le lendemain \i mars, que le général Caulincourt reçoit une lettre contenant l'ordre de se rendre en poste à Strasbourg, de prendre des renseignemens près du préfet et du citoyen M é/iée-de-la- Touche , pour faire arrêter les agens du gouvernement anglais , qui sont à Weissembourg et à OfFembourg^; et de s'adresser au chef de bataillon Rosey , envoyé près ^çs ministres anglais, et qui a toute leur confiance, pour connaître les complots formés contre la tranquillité de l'Etat et la sûreté du premier consul.
Celte lettre ne renferme pas une mission expresse de s'assurer de la personne du duc d'Enghien; on y désigne seulejnent les agens anglais qui sont àJf cissembourg et à Ojfemhourg.
Caulincourt était-il en même temps porteur d'ina-
( 483 ) tractions secrètes, ou bien l'arrestation delaiigusle descendant des Condé devait -elle être le résultât <\vs renseignemens que le chef de bataillon llosey avait à lui donner? C'est ce qu'il ne nous appartient pas d'expliquer; car nous ne voulons présenter que des faits et non des conjectures.
Ce qu'il y a de bien certain , c'est que le duc d'Enghien fut enlevé de sa retraite , dans !a nuit du 3 5 mars , et conduit dans la citadelle de Strasbourg.
On attend les ordres du consul au sujet de cet auguste prisonnier ; mais le nom de Condé commande encore l'admiration et le respecta Le général de division et rétat-major delà place viennent présenter leurs devoirs au prince ; l'infortuné conserve encore cjuelque espérance ; il se flatte que celui qui cueillit des lauriers au champ d'honneur, ne voudra pas les souiller par un lâche assassinat...; confiance digne en effet d'un héros;.. ; un monstre pouvait seul la tromper.
Dans la nuit du 17 au 1 8 mars, le prince est arraché tout à coup au sommeil et à ses douces illusions. Les gendarmes l'obligent de s'habiller à la hâte : son fidèle valet de chambre , Joseph , réclame en vain la faveur de l'accompagner. On rejette la prière du serviteur et celle du maître, attendri par le dévoûraent de cet honnête homme.
A peine lui permet- on de recevoir les derniers adieux de ses compagnons de captivité; on le charge de chaînes; car les satellites du tyran craindraient encore le héros désarmé. Quatre gendarmes montent avec lui dans sa voiture; et fiers du succès de leur lâcheté , ils se hâtent de conduire cette grande victime au despote altéré de son sang.
C'est le 20 mars, vers les quatre heures du soii*, que le prince découvre cette capitale où, si jeune encore , il avait pu prévoir d'avance l'éclat de se& futures destinées (i). Quel changement! ô Dieu! Ce n'est plus cette allégresse publique avec laquelle on accueillait jadis les membres de son auguste maison. Le silence et la stupeur régnent autour de lui ; on se prépare à proclamer l'usurpateur , et l'on ignore encore que le sang le plus pur va couler pour signaler son triomphe.
Aux barrières de Paris , l'ordre était donné de faire conduire l'illustre captif au château de Vincennes : il y arrive à cinq heures , excédé de besoin et de fatigue. Le commandant du château ignore quel est le personnage qu'on lui confie avec tant de mystère et de précautions : sa femme s'approche et s'écrie , en reconnaissant le prince : Oest manseigjieur le duc d'Enghien ! cest mon frère de lait I
Après un léger repas, le prince veut goûter quelques instans de repos ; on l'éveille en sursaut sur les 1 1 heures, pour le conduire devant ses assassi ns , ayant Hullin à leur tête , et qui osent s'appeler ses juges.
Un appareil de procédure criminelle était préparé d'avance contre lui; il comprenait six chefs d'accusation, dont quelques-uns étaient les plus beaux titres de sa gloire , tandis que d'autres révoltaient par leur absurdité.
(i) A peine âgé de seize ans, monseigneur le duc d'Engliiea fut nommé cheralier îles ordres du Roi, et siégea au parlement parmi les pairs du royaume. Dans le discours de réception , M. le président observa que c'était pour la première fois que la cour des pairs réunissait , dans son sein, Je fils , le père et l'aïeul. On fit. la même remarque , lorsque ces trois héros rivalisaient d yoixe et de valeur sur Ic champ de Ijataille,
Tous exigeaient, du moins, une longue instruction , la recherche et Texamen d'une toute de pièces.
Enfin , le prétexte de son arrestation avait été sa prétendue complicité avec les conspirateurs dont on instruisait le procès; il fallait donc le confronter avec eux, pour établir, s'il était possible, une preuve juridique, dont on ne pouvait trouver les élémens dans la procédure instruite par le tribunal criminel.
Que de motifs pour surseoir au jugement du prince ! Que de motifs, du moins, pour y procéder avec une sage lenteur ! Mais le despote , jaloux d'imiter les régicides , avait donné l'ordre de l'assassiner, et non de le juger.
On le déclare coupable de tous les faits qui lui sont imputés. On prononce l'arrêt de sa mort : le jugement porte qu'il est condamné à Vunanimité.
Les exécuteurs de ce fatal arrêt n'accordent au -prince que quelques minutes de recueillement ; on semble crainxlre qu'au milieu de la nuit, chargée de fers, abandonnée de tout l'univers, cette grande victime puisse encore échapper : le héros forme d'autres vœux, embrasse de plus nobles espérances. Son front, chargé de gloire , s'humilie devant un ministre du seigneur; digne fils de saint Louis ! la mort ne peut ébranler son âme! il la désirerait même , s'il ne laissait après lui d'illustres parens , qui vont pleurer sa perte, des princes proscrits, dont son bras ne sera plus l'appui. Martyr de la tyrannie , il meurt avec la résignation d'un chrétien et le courage d'un soldat (i i. La même nuit,
(i) Voici , à ce sujet ,,une anecdote précieuse que nous poisons dans une estimable brochure pubb'ée en 1814 sous ce tiire ; D*
( 4S6 ) la même heure Voit rendre et exécuter son arrêt J(^ mort ; et c'est parmi des Français que le fils du grand Condé trouve ses bourreaux !
Ombre illustre, reçois ici le tribut de nos rcgrelsî nos 3' eux te cherchent vainement auprès de ces Princes chéris que la Providence nous a rendus ; tu serais Torgueil de ton père, tu serais l'orgueil lies Français.... Long-temps ton père et les Français verseront des pleurs sur ta tombe.
Qu'importe que notre douleur importune les vils esclaves qui ont applaudi à ce crime et qui en ont recueilli les fruits! Qu'importe qu'elle irrite ces hommes mille fois plus coupables encore, qui, après avoir assassiné le meilleur des rois, osèrent ordon-
r assassinat de monseigneur le duc d'Enghien, et de La justification de JM, de Cauimcourt ^ avec cette épi<^iaphe :
Quand un maître au sujet prescrit des attentait, Ou pré»ente sa tête, et l'on n'obéit pat.
M. N..., officier des gentîanncs d'élite, fat averti, dans la nuit, pour aller commander le détacheniet destiné pour Vincennes. Ce militaire avait été élevé dans la maison de Condé, et n*en avait pas entièrement perdu la mémoire ; il arrive, et apprend l'odieuse commission dont il est chargé. le jeune prince Taperç oit , le reconnaît , et lui témoigne sa joie de le revoir. Celui-ci baisse la tête , et ne fait que pleurer. On quitte ce repaire d'assassins; l'on descend dans le fossé par un escalier étroit, obscur et tortueux. Le prince se retourne vers l'officier^ et lui dit : Est-ce que L'on veut rue pLonger tout vivant dans un cachot? Suis- je destiné à périr dans les oubliettes? — Non, monseigneur, lui répond N... en sanglottanf, soyez tranquille. On continue l;i marche, et l'on arrive au lieu du massacre. Le jeune prince voit tout cet appareil, et s'écrie : yih! grâce au ciel, je mourrai de la mort d'un soldat!
L'auteur tic cette brochure raconte aussi que le prince , au moment d'être frappé, debout, et de l'air le plus iuhéj)ide, ayant dit aux gendaruu-s : ^d Lions , vies amis, une voix insolente et féroce, celle de Murai, qui était lu avec Savai7, lui répondis: Tu n'as jtoint d'amis ici!.,.
n^Ylaféie du 21 janvier , et ceux qui, obéissant à cet atroce décret, allèrent se réjouir avec eux, en commémoration d'un meurtre, où? dans une de leurs Glacières, sur riiorrible /;/rtce où la nature instruisit les animaux à déposer contre la férocité des hommes (i)? Non; dans un temple! dans un temple réunissant autrel'ois ce que la religion a de plus solennel et la vertu de plus pur ; dans un temple qu'on avait ravi à Dieu pour le donner au crime ; dans un temple dont ils avaient fait la dédicace au parricide !.. . Ah! celle poignée de misérables, dont nous avons su braver la haine, ne parviendra jamais à étouffer nos regrets. (Qu'ils se livrent tant quils voudront à des imprécations contre la mémoire du Roi sans tache , de l'auguste jGlle des Césars , de cet ange du ciel (2) sur lequel ils osèrent porter le poison de leur calomnie en même temps que le tranchant de leurs poignards , et de ce jeune prince immolé à l'ambition de leur maître ; l'immense majorité de la nation ne cessera jamais de maudire les auteurs de ces exécrables forfaits, et ses larmes déposeront éternellement en faveur de son innocence.
Mais puisque cet article est consacré à la mémoire du duc d'Enghien , nous ne le terminerons pas sans rappeler à tous les amis du trône la noble idée qu exprima M. le marquis de Courlavel^ dans la
{1) Dans une des fêtes allégoriques que i]ouï[a. Robespierre , les bœufs qui traînaient le char de la liberté, s'arrêtèrent tout court à l'entré de ]a place de la Révolution ^ répugnant à l'odeur et aux marres de sang tlont elle était remplie. Rien ne put los faire avancer. La populace , profondément frappée , racula comme eux , et déserta la fête.
(2) Est-il besoin de nômmet ua.d\u.e Elisabeth?
Chambre des députés , et qui fut immédialenient adoptée par les estimables Ibndateurs des Archives françaises , d'élever une statue à la mémoire du prince de Condé,
Déjà nos Princes ont souscrit pour Téreclion de ce monument; déjà Sa Majesté a daigné agréer un projet de statue qui lui a été présenté par M. Pigal; déjà une foule de Français fidèles , parmi lesquels on remarque un grand nombre de bjaves hahitans de l'Alsace, ayant leur préfet à leur tête , s'est empressée de répondre à cet appel ; nous aimons à croire qu'un si beau zèle trouvera des imitateurs , et que tous les bons, citoyens sentiront combien il t'st juste , moral et politique de décerner un pareil hommage au héros dont le nom rappelle tant de gloire et tant d'etforts pour faire triompher la cause sacrée de la légitimité (i).
Maurice-Méjan ,
UTOcat à la Cour royale.
Beleué des titres de M. Benjamin Constant aux suffrages électoraux, ou aperçu des doctrines politiques de ce publiciste.
M. Benjamin Constant, à qui il n'a manqué que quelques votes lors des dernières élections de Paris , pour monter à la tribune nationale , se présente, en ce moment , à la candidature des dépariemens. On prétend qu'un nombre considérable d'électeurs, disposés en sa faveur, semblent répondre d'avance de son élection prochaine. Je me suis
(i) La souscription pour cette statue, est ouverte au biueau ^es Archives françaises f ruc du lîac , n* 3o.
( 4fi9 ■)
tlpmandé souvent , avec ton le la bonne foi qu'on rnèt à s'interroger soi-même, quelle espèce d'intérêt podvait porter un si grand nombre cle citoyens à voter pour lui. Tout homme qui acquiert une grande popularité, me suis-je dit, doit y avoir des titres. Ces titres sont , en général , ou des services ren^llfs, ou des garanties morales de ceux qu'on rendra (Tans la suite. Si , dans l'absence de ces moyens légitimes , la faveur dont on veut se prévaloir n'était que le résultat des brigues, de l'exaltation âes passions , d'un concours de préjugés , et de l'adhésion de l'ignorance, il faudrait lui opposer la raison et les faits.
Les seuls titres de M. Benjamin Constant, ce sont ses écrits. C'est comme publicisle qu'il se présente au tribunal de l'opinion , et qu'il i éclame avec instance, et à tout propos, la récompense de ses travaux. Pour apprécier la justice de sa réctamation , j'ai donc été conduit à examiner ses œuvres politiques , à rechercher l'utilité que mes contemporains en ont retirée jusqu'ici , et à découvrir quelle confiance elles peuvent inspirer dans la conduite future de leur auteur.
M. Benjamin Constant s'est imposé depuis longtemps la mission d'éclairer les hommes sur leurs intérêts, et la fonction, gratuite ou non, de conseiller tous les gouvernemens qui se sont succédés. « Il y a. plus de vingt ans , dit-il, que je m'occupe « de considérations politiques, et j'ai toujours pro- « fessé les mêmes opinions , énoncé les mêmes u vœux (i).
Ces vœux, c'est «de voir proclamer les droits
(i) Principes politiques f «tatit-propos^ I. Il® LIVRAISON. 32
« de l'espèce humaine, la sûreté des individus, la « liberté de la pensée , la garantie des propriétés , « l'aboUlion de tout arbitraire (j). »
Cette profession de foi est honorable , mais elle n'est pas neuve. Les publicistes de tous les temps Font placée en tète de leurs ouvrages. Les législateurs de tous les pays se sont proposé le môme but. Il y a plus : cette profession de toi fut celle dont se servirent toujours les séditieux, pour abuser les peuples , et les faire servir à leurs desseins secrets : ce qui prouve qu'elle renferme tout ce qui forme l'objet des désirs des peuples j mais ce qui prouve , en même temps , qu'elle ne peut répondre des intentions de ceux qui la proclament, et qu'il faut, pour nous confier à eux, d'autres garanties.
M. Benjamin Constant nous apprend ailleurs,
que , « possesseur d'une fortune qui ne s'est ni
.t( augmentée ni diminuée pendant nos orages po-
;« litiques , il se trouve dans cet état d'indépendance
« si favorable pour discuter les intérêts publics (2). »
J'applaudis à ceci : d'abord parce que la richesse
est fort bonne en elle-même, ensuite, parce qu il me
semble juste que celui qui se propose pour gérer
nos affaires , nous fasse préalablement connaître la
situation des siennes.
La gloire est le but que se propose M. Benjamin
Constant. Son mobile est l'ambition, qui , selon lui,
est compatible a avec mille qualités généreuses, la
« probité , le courage , le désintéressement , findé-
« pendance (3). » Aussi conclut-t-il « qu'on ne
(1) Principes politiques, pageSai.
(2) Lettre aux électeurs.
(3) Principes politiques , page ioî^.
( 49' ) « peut écarter des emplois les hommes ambitieux. >' Certes, si des phrases plus' ou moins élégantes suffisaient pour prouver de bonnes intentions, et si des intentions suffisaient pbiit produire le bien... 5 s'il ne fallait , |idur être digne de gouverner les hommes , que posséder à iln certain point le talent d'écrire; les ressources de la dialectique, et l'art surprenant de tirer du même principe deux conséquetices diafnétralement opposées ; je ne balancerais pas à déclarer M. Benjamin Constant homme d'état , après la lecture de ses ouvrages.
Mais si le monde , qui n'apprécie que l'utilité , ne tient compte que des résultats 5 si le mérite d'un pUbliciste consiste principalement à découvrir dès vérités nouvelles , ou plutôt quelques applications des anciennes vérités aux besoins de son siècle, je pense que les efforts de M. Benjamin Constant ont été jusqu'ici infructueux, et je crains qu'ils ri'ayent été souvent nuisibles. Ceux qui vantent si prodigieusement ce publiciste , ont-ils lu ses ouvrages ? Et s'ils les ont lus , pourraient-ils me dire quel profit ils en ont retit-é ?
Avant de me livrer à cet examen, j'avais étudié avec toute l'application dont je suis capable, lés monumens de législation que nous ont laissés lespublicistes nos devanciers. Hobbes , Montesquieu, Puffendorf , ont approfondi leur sujet, classé les principes avec méthode , composé un système de doctrine complet et régulier. Je n'ai pas eu de peine à les Comprendre ; leurs œuvres sont celles du génie , et le privilège du génie est de s'exprimer avec clarté. En quittant cette étude pour me livrer à celle ^ês ouvrages de M. Benjamin Constant, je me suis
senti dans une situation nouvelle et singulière. Je retrouvais les mêmes principes 5 mais Tordre n'y était plus. Semblable à un général qui revo^^ant son armée, et apercevant tous les soldats mêlés confusément, ne saurait reconnaître les corps qui la composaient, j'ai vu tous les principes indistinctement confondus. J'ai bien aperçu quelques formes, quelques divisions de chapitres ; mais j'ai cherché les bases d'un système, le corps d'une doctrine, et je n'ai rien pu découvrir.
Les œuvres de M. Benjamin Constant ne sont à la vérité qu'une collection d'opuscules divers, écrits sous la dictée de la fortune, au milieu des vicissitudes politiques. Ce sont des œuvres de circonstance, et ce n'est point avec de semblables titres qu'on va à la postérité j mais il ne s'agit point encore de la réputation future de M. Benjamin Constant, il s'agit seulement de sa réputation actuelle et de ses titres h l'élection.
Il faut, avant tout, rendre à M. Benjamin Constant une justice qui lui est due. Nul homme ne montra dans une carrière aussi irrégulière, une plus grande flexibilité de caractère , une plus grande souplesse de talent. Nul ne se servit, dans l'eiisfMgnement de la science politique, d'une plus grande variété de raisonnemens , d'une plus grande quantité de principes. Ceux que l'esprit fécond de M. Benjamin Constant emploie, sont presque innombrables. Il prétend lui-même « que chaijue ciri( constance appelle un principe particulier. » Il n'est pas étonnant que d'une telle abondance naisse la confusion. Quel génie faudrait-il pour composer un monument régulier et durable, de cette immen-
site de matériaux hf^térogènes? Aussi M. Benjamin Constant les a-t-il laissés sans liaison ; en sorte qu'il peut toujours en composer à la hàle un édifice convenable iLux circonstances, et conforme aux besoins des puissances du jour.
Les principes fondamentaux sont éternels. Quel principe a été invoqué par M. Benjamin Constant, qui n'ait été exprimé avant lui? Et quelle application en a-t-il faite qu'il n'ait lui-même démentie quelque part ?
Je suppose que M. Benjamin Constant une fois député, monte à la tribune pour énoncer quelqup opinion que ce soit en matière de Gouvernement.' Je m'oblige à le réfuter complètement, sans autre peine que celle d'apprendre par cœur quelque chapitre de ses œuvres.
Ceux qui veulent charger cet écrivain de la défense des intérêts nationaux, c'est-à-dire de l'application des principes de la politique, approuvent-ils, en le nommant député, ses principes d'hier ou cepx d'aujourd'hui? Approuvent-ils par avance les principes nouveaux que cet inépuisable dialecticien adoptera peut-être demain? Ou bien, ne s'occuppant plus de ses doctrines , mais seulement de la place qu'il s'est choisie depuis peu parmi les hommes d'un certain parti, voudrait-on ne le considérer que sous le rapport d'un talent qui se prête à tout, et le ravalerait-on à la condition d'un instrument de parti? Penser ainsi, serait faire injure aux électeurs et à lui-même. J'ainie mieux supposer que ses admirateurs sont de bonne foi , et je me rends facilement raison de leur nombre; c'est qu'apparemment chacun d'eux ne se rappelle, de «es ouvrages, que
ïes passages conformes à son opinion et à ses vœuy;
Par exemple , l'homme véritablement attaché à la monarchie et aux Bourbons , peut croire qu'en donnant sa voix à M. Benjamin Constant, il procurera au trône un appui de phis , parce qu'il a lu là proclamation énergique de cet écrivain en date du Tg mars.
D'un autre côté, ceux auxquels le règne des enfâns de Saint-Louis est pénible à supporter, et qui n'ont point encore pardonné au successeur d'Henri IV l'impunité qu'ils en ont obtenue, doivent se persuader que , dans leur dessein de renverser la monarchie, ils ne pourraient trouver un auxiliaire plus zélé que celui qui a dit dans un temps où le retour de la royauté était désiré par le plus grand nombre des Français :
« Des opinions libérales sont attaquées par les « transfuges de la philosophie. On reconstruit le Iri- « pie édifice de la royauté , de la noblesse et du sa- « cerdoce. Oui ! la royauté , digne complément dQ « toutes les erreurs , vient couronner l'édifice des « préjugés royaux qu'on relève avec tant de soin. «Mais la cause des amis de la liberté et des lumiè- Wres n'est pas perdue. Ils ne composeront avec aucun •*<-' genre de réaction. Ils n'accepteront ni le despote tisme 7n une royauté mitigée qui cesserait bientôt « de l'être (i). »
Ce qui doit confirmer l'opinion de ces adversaires delà royauté, c'est que M. Benjamin Constant, amateur passionné de Constitutions , avait sûrement ap- "profondi le système qui nous régit depuis 1814.
— - — ■ ■■ — — r- ' ' "Tî
(1) Réactions politiques.
( 495 ) lorsqu'il écrivait peu de jours aprës le départ du Roi pour Gand :
« Ce Gouvernement s'est éloigné ; que devions* « nous faire? Suivre un parti qui n'était pas le nôtre, « que nous avions combattu lorsqu'il avait l'appa— « rence de la force , dont chaque intention , chaque" « pensée était l'opposé de nos opinions et de nos « vœux (i). »
En troisième lieu, ceux des électeurs qui tiennent à la noblesse , ne peuvent se dispenser d'élire celui qui a écrit ces phrases éloquentes en faveur des nobles :ii '^i'
- (( Les élémens du Gouvernement d'un seul , sont : 6 un homme qui commande , des soldats qui exécu- « tent, un peuple qui obéit. Pour donner d'autres « appuis à la monarchie , il faut un corps intermé-^ « diaire. Montesquieu l'exige , même dans la mo- « narchie élective. Partout où vous placez un seul « homme h un tel degré d élévation , il faut , si vous « voulez le dispenser d'être toujours le glaive en « main, l'environner d'autres hommes qui aient un « intérêt à le défendre (2). »
< Quel est ce corps intermédiaire que M. Benjamin Constant regarde comme indispensable ? « Je « veux', dit -il , une noblesse antique et brillante ; « riche de souvenirs , une noblesse qui repose sur u une traditibu respectable et presque mystérieuse, u Voulez -vous savoir ce que c'est qu'une noblesse ^ nouvelle? Durant la guerre des paysans de Sou abc M contre leurs seigneurs , les premiers revêtaient a souvent les arme» de-leiirs maîtres qu'ils avaient
-jii V« u'V
(i) Principes politiques, i^)Jbid., page 6S. «^^"^ "^^ ^^
^ tués. Qu'arrivait-il? Sous le casque doré du noble, « on reconnaissait le pa} san , et l'armure chevale^ « jfsque était un travestissement au lieu d'une pa- (( rure (i). »
lîjn quatrième lieu, les ennemi^ de la noblesse , cpux qui ont une horreur isnurmontable pour toutes les ^listinctions héréditaires, auront des motits puissans pour élire M. Benjamin Constant, lorsqu'ils auroni juce qui suit :
..H.J.a révolution a clé faite contre deux fléaux dont « se compose la monarchie, l'arbitraire et l'hérédité. « Elle a voulu détruire l'hérédité , parce que l'héré- (( dite ï^sl une insulte ai^ji; droits de la nature, de la isjkrce et de la raison , les seules puissances qui « doivent commander. Elle est un dernier ajrneau « de cette chaîne immense qu'a traînée pendaîit de* « siècles le genre humain dégradé... Cette hérédité «ne se relèvera pas, parce qu'étant démarquée,
K elle est vaincue L'hérédité n'est donc iplus à
u craindra?. Au moment où on prononce le mot maic.gique d'égalité , toutjçe .qui lui est opposé, s'é- <( croule ; et , depuis re;:?cemple de la France i, nous «voyons autçur, 4 çlK. disparaître les absurdes u distinctions de la naissance.... Nous ndws rai*- « lierons au Gouyernei^ent pour terra6s§v^e^:3«4>^(H « listes.... (2). » M ^ <•' '.t' •
En cinquième lieu, l^s électeurs qui Jbftt parti» de la classe des propriétaires ^ 4«iventélice. celui qui a voulu concentrer en eu^ ^Mls^les droits deciAoj'en > et qui a dit : ^X , aiijoxi^î^
« Pour être membre- d'and association:, il iaut
(ij De r esprit de conquête et de l'usurpaU^^M i^joith^l {t J (a) Discours prononcé au club de Sulni. ^,^ 'iîjrq .Vr-V
( 497 ) « avoir des Mérêts communs avec les membres de « cette association ; pour avoir des droits politiques , « il faut avoir des inlérêts politiques ; pour être « membre de l'Etat , il faut faire partie de forgatt nisation de l'EtaL Le mot de citoyen , appliqué à « tous, est devenu le synonyme de compatriote, et ic rien de plus (i). »
M. Benjamin Constant va plus loin , il déclare que ,
« Dans les horreurs de la révolution , les crimes « des propriétaires ne furent qu'une suite de Tinte flucnce des non propriétaires (2). »
En sixième lieu, les électeurs à patente, qui vivent d'industrie, trouveront en M. Benjamin Constant^ l'un des' rédacteurs de la Minen'e , le protecteur le plus zélé de la classe industrielle, ù où" résident, «dit-il, l'esprit d'égalité, le patriotisme , Timpar- « tialité , les lumières pratiques. )» ' vJ.i j:
En septième lieu , les parfoans de l'inviolabilité du jugement par juri, doivenf se prononcer en faveur de M. Benjamin Constaht,' l'un des plus éloquenS apologistes de cette institution'. ; ■
En hiiitièine lieu , ceux qui ne partagent p^as opinion sur lé juri , doivent élii-e le défenseur de ViUrid-Regnauit , l'écrivain <Jui a le plus vigoureusement combattu le principe de rinfaillibililé de lâ conscience des jurés.
En un mot, voulez-vous un apôtre de la liberté, dé régaîiîé, de la fraternité? prenez l'auteur des RéùctioTis politiques, et du discours prononcé au cltibdeSalm. l.;"^'|i .
-r-^ — ' r—. ifl'VlUiiJf^i' UUO iTitJiO
(i) Principes poliu'ques, • anhêSb
(a) Ibid.
Voulez-vous un royaliste constilutlonnel? Prenez l'auteur des Héjlexions sur les Constitutions et les garanties.
Voulez-vous i|n uUrà-noble ? Prenez l'auteur dç r Esprit de conquête , et de l'XJsurpation.
Voulez-vous un homme des cent jouis? Prenez l'auteur des Principes politiques, le conseiller d'état co-rédacleur de l'Acte additionnel.
Voulez-vous un antagoniste de la liberté de la presse? Prenez l'homme qui en a demandé la répression sous le Directoire , et pendant l'interrègne de i8i5.
Voulez-vous un défenseur de cette liberté? Prenez celui qui n'a cessé de la réclamer et d'en taire usage , depuis que son rôle politique s'est borné a celui d'un folliculaire.
Voulez-vous, enfin, un homme propre à tout? Prenez l'héritier en ligne directe de certain brouil-. Ion du seizième siècle, dont Sulli parle dans ses Mémoires , et qui se nommait Constant.
On voit que l'écrivain dont je m'occupç n'î^ riçç^ négligé pour mériter le suffrage universel des élec-^ leurs, quels que soient leur caractère , leur état, leurs opinions. La bannière que M, Benjamin Cons-, tant plante sur les Hustings de nos élections, est de la même étotfe que Vhabit d'arlequin j chacun des. électeurs peut y remarquer quelques morceaux de la couleur qu'il préfère.
Il me reste à parler d'une découverte que ce publiciste a faite , et qu'il regarde sans doute comme, un de ses principaux titres de gloire , car il l'a encore citée complaisamment,commeson invention, dans un des derniers n°* de la Minerve. Voici ce dont il s'agit-
Nous avions cru jusqu'ici , sur la foi des plus célèbres écrivains en droit public, qu'il n'existait, dans l'organisation sociale , quelle que soit la forme du gouvernement, que ces trois pouvoirs : le pouvoir législatif, ' le pouvoir exécutif et lé pouvoir judiciaire. M. Benjamin Constant en a inventé un guatrième , c'est le pouvoir ministériel. Ainsi nous ne considérerons plus les fonctionnaires comme les instrumens du pouvoir exécutif. Nous les regarderons comme un pouvoir séparé dans l'ordre moral. Et grâces à la fécondité de ce nouveau principe, nous pourrons en tirer une foule d'applications précieuses et nouvelles. Par exemple , nous distinguerons le pouvoir judiciaire de l'exécution des hautes oeuvres de la justice, et nous appellerons le bourreau un ;?oz^(^o/r.
4'ayais entrepris de combattre plusieurs doctrines répandues dans les œuvres de M. Benjamin Cons- }ant , mais je, me suis bientôt aperçu que cette tâche était au-dessus de mes forces. J'aimerais mieux réfuter Montesquieu . Je n'aurais , du moins , qu'à prendre le contre-pied de son système, et suivre une ligne drpitç. Avec M. Benjamin Constant , au contraire, jç ne saurais me tracer aucune route ; je ne pourrais faccuser de s'être trompé sur aucua point de doctrine, qu'il ne puisse aussitôt me donr* ner un démenti , en m'opposant quelque passagede ses œuvres, directement contraire à celui que j'aurais attaqué. Je me tais, et je m-e borne à conclure que personne ne possède de titres plus nombreux et plus variés que lui , aux suffrages des ré-' publicains, des royalistes, des buonapartistes, des ^<)t)les, des fièT'es çl amis, des propiiétaires', déi
( 5oo ) hommps d'industrie, des libéraux, et des sots de Unis les parlis.
Achille DE JOUFFROY.
Bf^/lexfons SU7' le classement des officiers,
Lfs articles 264 et 568 de l'ordonnance du Roi , du 2 août i8ï8, relatives à la hiérarchie militaire, et à la progression de l'avancement, portent :
At ticle 264. »' Il sera fait un tableau par arme et « par rang d'ancienneté de grade de tous les otriu ciers qui, d'après notre ordonnance du 20 mai t( dernier , seront susceptibles d'être rappelés au « service. )>
Article 268. « Les officiers rappelés à l'activité de u service dans un corps de l'armée, y prendront u rang d'après leur ancienneté de grade. » -<*Cest sans doute pour l'exécution de ces articles de l'ordonnance, que l'on a déterminé la classification des officiers, soit dails là Garde, soit dans la ligne .
Quelle a été la base de ce travail important , puisqu'il fixe la pos-itipn des officiers , et détermine le droit que la loi du to mars leur donne à l'avancement? D'après les détails qui nous soi^^ parvenus, il paraîtrait que, ferme dans le principe d'exclusion des serviteurs du Roi d'une fidélité éprouvée, on aurait élabii une distinction entre les officiers émigrés, ceux des armées royales, et les officiers qui ne sont dans aucune de ces catégories.
Pour les premiers, l'ancienneté de grade pour l'avancement ne date que de leur mise en activité depuis i8i4;j quels que soient leufrs titres antérieurs 5 mais la date du brevet détermine l'ancienneté des
ofTiciers qui n'ont ni éinigié ni aervi dans les armi'ifÉ
D après ce movle d exécution, qui n'est fi.xé par aucune décision royalf* parvenue à notre cnnai»sance , l'oflficier qui , par une impnUion d'honneur, ou par [instigation du Boi, alors Monsieur^ a quitté sa patrie pour se rallier à loriflcimme dlJemilV, quia combattu sous les yeux du régent, soit dans les plaines de Champagne, soit sur les bords ^a Rhin; celui qui a commandé les cohor/rs vendéennes, et qui a pu échapper à la boucherie de Quiberon ; celui enfin qui a reçu un brevet d avancewient pour les services qu'il a rendus à la cause sacrée, se verrait privé de l'ancienneté de grade que lui donne ce brevet, tandis que l'officier qui a entouré 1 échafaud du 2 1 janvier (s'il s'en trouve encore) conser\'erait tous ses avantages:' Non , c'est impossible; le Roi n'a point établi celte diflérencc , qui n'est quo la suite i\es principes dt^s bureaux. Si Sa Majr'slé avait cru, par raison d'élat, devoir s imposer ce nouveau sacrifice, dont son cœur eût jiaiis doute saigné, sa décision eût fait suite à l'ordonnance en vertu de laquelle on a formé la classifiiation; et ses ancien» compagnons d'armes, liabiluésà une résigna(ic»n respectueuse, ie fussent enveloppés de leur manteau, portant l'empreinte des bivouacs du royalisme, et eussent entonné le Nunc dinitltis.
Mais si la xolonté royale n'a pas sanctionné ce mode d'exécution , quel est donc le pouvoir plus fort que le pouvoir du Roi, qui décide que le brevet portant la signature de [^ouis ^ et déterminant l'épocjue à l.Kjuclle le titulaire i}inl prendre fvng , est un brevet de nulle valeur';' — (^)uoiî le Roi date de
la vingt-quatrième année de son règne, et on fràp-^ perait de nullité des actes de sa volonté, des acle^ signés de lui , pendant une de ces dix- neuf années antérieures à i8i4 î Dans nos anciennes institutions, on portait le respect dû au Roi à un si haut degré , qu'il était de principe que le Roi ne se troiripait jamais. Les erreurs commises par inadvertance de bureau , n étaient jamais rectifiées, lorsqu'elles étaient à l'avantage d'un officier; et maintenant, l'on voudrait anéantir des titres honorables, et donnés en récompense des services qui ont été rendus, du sang qui a élé versé pour la famille de saint Louis! ! ! La raison, l équité, la justice repoussent également cette idée,
Etyinologle du sobriquet libéral.
Je m'étais déjà demandé bien des fois, où les amis de l'égalité , de la fraternité et de la mort , avaient puisé le sobriquet qu'ils se donnent de libéraux ; j'avais déjà lu bien des dissertations sur €€! sujet, et j'avoue que , tout en comprenant parfaitement pourquoi ils avaient choisi un mot si sonnant à l'oreille, je n'étais pas bien convaincu de la source qui le leur avait iourni, car il ne pouvait entrer dan^ ma pensée qu'ils voulussent faire entendre par-là qu'ils étaient généreux, eux qui... ; mais ce dernier mot m'cloignerait trop de mon sujet : je parle des libéraux. J'étais donc incertain sur la véritable élymologie du mot libéral, lorsque parvinrent dernièrement à mes oreilles 1rs deux vers snivans :
Quoi ! je fe vois, ami , loin du ba^nc fatal ! Es-tu donc libérée — Non , je suis libéral.
Ctlte réplique fut pourraui un trait de lumière^ eri
effet, m'écriaîs-je , autrefois, c'est-à-dire dans lei temps gothiques, sous Louis XVI, pat exemple, on appelait libéré iin homme dont le temps de peine était fini 5 aujourd'hui, il s'appelle libéral, et rien de plus naturel. A quoi nous serviraient l'avancement du siècle et le progrès des lumières, si l'on n'avait la faculté de tout dénaturer, et si d'un coquin on ne pouvait faire un honnête homme? Il est vrai qu'alors, il faudra que l'honnête homme prenne un autre nom, car bien que lo coquin, parce qu'il est libéral , l'emporte de beaucoup sur Thonnête homme , qui n'est que généreux, il est pourtant bon de leà distinguer et de leur donner une dénomination particulière.
Mais ce n'est pas là tout ce que la classe des philosophes modernes nous offre d'hommes libératix, ou plutôt libérés. Celui-là n'est libéré que physiquement; mais ne se croyerit-ils pas libérés de tout respect envers la Divinité et les chefs de l'État, ces hommes audacieux et pervers qui foulent aux pieds toutes les lois divines et humaines? Mais ces écrivains turbulens et perfides, qui, véritables machines à révolutions , ne voyent de salut que dans la ruine de la patrie , et de prospérité que dans le malheur de leurs concitoyens , ne se sont-ils pas aussi libérés de la tâche que leur dictait leur vocation naturelle , l'instruction des peuples et non leur destruction? Mais ne se sont-ils pas depuis long-teftips libères des devoirs les plus sacrés que nous impose la nature , ces démagogues furieux et sanguinaires qui prêchent partout régalité , en dépouillant leurs compatriotes, et la fraternité , en faisant couler des flots de sang? Oui , c'est bien avec cette abnégation de tout senti-
(5o4) ment humain , que nos philosophf'S de moclerne fabrique sont parvenus à égarer les méchans et les faibles ; oui , c'est bien en leur prouv^ant qu'ils étaient libérés de tout devoir envers Dieu et les hommes , qu'ils ont réussi à leur faire partager leurs horribles systèmes. Les pauvres gens! on leur a dit qu'ils étaient libérés , et ils se sont crus libéraux. C'est ainsi que notre forçat , qui d'abord s'était cru libéré, apprit un jour, à l'école des nouvelles doctrines, qu'il était libéral.
D'où je conclus que le véritable premier nom des soi-disant libéraux, est bien libérés; qu'ils n'ont pris ce sobriquet de libéraux , que pour suivre le progrès des lumières , et porter un nom plus français.... (Autrefois, on eût dit moins français.)
Mais moi qui professe des idées gothiques , je pourrais même dire barbares , car je les fais remonter au siècle illibéral de ce pauvre roi , qu'on nommait, je crois, Louis XIV, et à qui la postérité, toujours injuste et cabaliste, a consacré le surnom de grand , on ne sait trop pourquoi j mais moi , disje , je m'en tiens à la langue que nous ont apprise Racine , Boileau , Molière , et autres bonnes gens qui vécurent dans ces temps d'ignorance et de barbarie : j'ose même la préférer à celle qu'enseignent tous les jours M. le docteur Tocsin et M. le professeur Pierre François Trissotin ; et je persiste à dire que tout homme qui est ou qui s'est libéré , est , non
pas libéral, mais bien libéré.
un de Tos abonné».
Extrait du journal anglais the Courier (^ mars).
« Nous n'avions parlé jusqu'ici de la nouvelle émission de pairs de France que sur le premier avis , aujourd'hui nous avons l'ordonnance même sous les yeux.
u Nous ne voyons pas encore sur cette immense liste, les traîtres bannis; mais telle qu'elle est, elle contient assez de noms qu'il est pénible d'y lire. Quel signe de conversion ont donc donné si subitement ces hommes qui furent toujours les ennemis de la monarchie légitime? Quoi! ce sont les individus qui déserlèrent et trahirent la cause royale en i8i5, que l'on appelle en 1 819 pour la détendre?
«N'est-ce pas un douloureux spectacle que dé voir un Roi-Bourbon cherchant un refuge dans les bras de la révolution, avouant, par un acte solennel , qu'il est réduit à la dure nécessité d'implorer l'amitié de ses ennemis? Ah ! nous le craignons trop, le triomphe de la révolution est assuré!
« Pourquoi iVey , pourquoi Labedoyère ont-ils été fusillés ? Pourquoi Lavalette a-t-il reçu sa sentence de mort? Etaient-ils plus coupables que leurs complices , qui sont appelés pour soutenir le trône chancelant ?
« Nous vivons dans des temps fertiles en évënemens bien étranges. Qui nous eût dit, il y a six ans , que Buonaparte serait notre prisonnier, et que Louis XVIII serait assis sur le trône de France ? Qui nous eût osé prédire , il y a trois ans , que les plus grands coupables des cent jours seraient invités à se ranger autour de la personne du Monar- C|ue, pour le mettre à l'abri du danger?
( 5oG )
kNous allions faire une troisième question sur les futurs contingens ; mais nous avons peur qu'elle n'entraîne pour réponse une conséquence nécessaire, au lieu d'une prophétie.
((Que l'on ne croie point, toutefois, (|uc nous voyons du même œil Tuniversalité des nouveaux pairs : il en est, nous aimons à le croire , qui; au jour de la crise, se montreront fidèles.
t( Comment ! on vient nous dire que la France entière est agitée par la seule idée de voir modifier la loi des élections? C'est-à-dire que voilà trente millions d'hommes agités pour une cause qui ne regarde , au plus , que cent mille d'entr'eux ?
c( Mais qui a donné aux ministres Tassurance que les nouveaux pairs, dociles créatures , voteront constamment pour eux? Et si celte majorité dont ils se hercent leur échappe encore , faudra-t-il donc encore offrir, par une seconde , par une troisième fabrication de pairs, de nouvelles scènes de ridicule et d'épouvante ?
«Nous voudrions que cette expérience pût suffire à ses auteurs ; mais nous mentirions à notre propre conscience, si nous ajoutions ici que les probabilités s'accordent avec nos vœux.
Caen a été , comme les autres villes , le théâtre d'ignobles manœuvres , de sales intrigues secondées par les insinuations ministérielles , et tendant à obtenir, à surprendre, à extorquer des signatures contre la proposition de M. Barthélémy. A Caen comme ailleurs, ce sont des gens flétris et n'ayant plus rien à perdre ni à gagner en fait de réputation, qui ont été les instigateurs et les colporteurs de ces adi esses
(5o, ) tévolutionnaires ; mais à Cacn , ainsi que dans toute la France , les frères et amis , nouveaux el très-dignes alliés des ministres , ont vu leurs esjiérances conionducs et leurs ell'orts déjoués par l'aditude calme el le silence méprisant des citoyens honnêtes, qui forment Timmense majorité. Cependant, pour empêcher quelques hommes probes, mais laibles et peu éclairés , de tomber dans le piège , on a fait circuler dans la ville l'avis suivant, qui a beaucoup iîiieux réussi que la pétition :
AVIS AUX nOÎÎNÉTES GENS.
Que veulent ces gens qui colportent partout une «dresse contre la proposition faite par M. de Barthélémy sur la loi des élections? Qui les pousse? qui les agite? La monarchie est-elle encore en péril? L'usurpateur s est-il de nouveau précipité sur quelqu'une de nos côtes, ou de nouvelles factions meiiacent-elles encore la tête d'un autre de nos rois? Ah! s'il en était ainsi, qu'ils seraient bien plus tranquilles! Ils ne feraient pas d'adresses, ou plutôt ils élèveraient la voix pour appeler de leurs vœux la dévastation de la patrie, le meurtre du Souverain légitime. Mais on veut, disent-ils , changer la loi des élections... Oui, on veut arrêter les abus qu'une courte, mais sévère expérience, a signalés dans cette loi. Oui, on veut, par exemple, qu'en payant le premier douzième d'une patente de trois cents francs, un décrotteur ne puisse point devenir électeur, et porter à la Chambre celui qui lui aura donné ces vingt-cinq francs. On ne veut point que l^assemblée électorale se tienne dans chaque chef-lieu de préfecture, de manière que plus d'un tiers des éiec-
( 5o8 ) teurs ne puissent pas s'y rendre, et que l'intrigue ou l'autorité dictent seules les choix ; de manière aussi que les bons habitans du chef-lieu soient obligés d'héberger des gens qu'ils ne connaissent pas , et qui se présentent chez eux un billet de logement à la main. Voilà ce que ne veut pas la Chambre des pairs; voilà les inconvéniens qu'a signalés M. de Barthélémy, dont le nom rappelle toutes les vertus. Qui veut perpétuer ces inconvéniens? Des intrigans qui , pour être élus , se flattent d'acheter des patentes et des patentés ; ou bien encore cette populace de fédérés, qui, pendant les cent jours, insultaient à la couleur sans tache, appelaient Buonaparte l'homme de la nation, redemandaient les échafauds et les confiscations de 1793 ; minorité avide et turbulente, qui jette encore un œil sanguinaire et jaloux sur ce qui reste de châteaux qu'elle n'a pas démolis , d'églises qu'elle n'a pas détruites, de nobles, de prêtres ou de riches qu elle n'a pas égorgés ; minorité qui se croit forte , parce qu'elle est sans remords. Quespère-t-on de démarches si honteuses? JNe voit-on pas que rien n'est plus inconstitutionnel et plus anarchique? La Charte a donné à la nation une représentation légale. Une des branches de cette représentation a émis un vote tendant à réprimer quelques abus résultant d'une loi. Ce vote sera soumis aux autres pouvoirs qui forment le Gouvernement. De (juel droit de simples citoyens, sans caractère public , interviendront-ils en masse dans ces débals, pour manifester une volonté? M'esl-ce pas comme si des plaideurs voulaient renverser leurs juges et se iuger eux-mêmes? Ces gens qui présentent de telles adresses à signer, connaissent-ils les besoins de W
«ociété? D'où savent-ils que la loi des élections esl si bonne? La plupart d'entreux ne sont pas même électeurs : ils ne la jugent , ils ne l'admirent que par ie scandale de quelques choix qu'elle a donnés; ils h'en voudraient plus eux-mêmes , si les noms des Lafayette, des Manuel et autres, en leur rappelant les beaux jours de la révolution, ne venaient leur offrir l'espérance d'envahir encore quelques dépouilles.
Vous qui n'êtes ni aveugles ni perfides , vous repousserez ceux qui vous demanderont des signatures que l'on donne souvent sans conséquence , ou vous vous hâterez de désavouer la vôtre, si vous aviez eu le malheur de la laisser surprendre. Vous vous rappellerez que ce furent des adresses qui préparèrent les époques les plus sanglantes de nos troubles, qui, en 1793 , appelèrent la hache du bourreau sur la tête du plus vertueux des Rois. Imitant la sagesse de vos autorités, qui attendent, dans un respectueux silence, que les pouvoirs de l'Etat se prononcent 5 instruits par une trop récente expérience , que le jour où les passions populaires s'ameutent pour maintenir leurs prétendus droits , n'est pas éloigné de celui où elles proscrivent ceux qu'elles en regardent comme les ennemis , et où elles veulent gouverner f Etat , vous ne verrez dans ces colporteurs de pétitions, que des fauteurs d'anarchie, que des factieux qui espèrent ramener le temps de nos discordes, que des fédérés qui cherchent à renouer les débris de leur ligue impie et sacrilège. Lisez leurs noms , ce sont ceux de ces hommes qui proscrivirent la légitimité et la Charte, auxquels nous devo;is le fléau de cette guerre qui ramena l'étrangeir
( ^iû ) dans nos villes. Quel confiance pourraient-ils vous inspirer? Et, pour être convaincu de lout ce qu'il y a de bon et d'utile dans la propo.Mlion de M. de Barthélémy , ne suifirait-il pas des efforts qu'ils lont pour la combatitre?
CORRESPONDANCE
Dijon, 12 mars 1819.
Vous me demandez, mon clier et ancien cauiarade , ce qu'est devenue l'Agilalion qui , après avoir régné dans la capitale, a dû marcher sur les départemens.
Nous connaissons ici deux Agitations ; Tune, aimable et douce , est toujours précédée du légitime espoir de voir renaître en France l'aménité , la justice et la paix 5 on la voit rarement dans Paris 5 ce n'est pas celle dont vous voulez parler sans doute ; Tautre est ce monstre politique , enfant chéri de la peur, que la volonté d'un despote avait enfoncé dans les cartons de la police secrète , et qui ne peut encore en sortir aujourd'hui sans une permission spéciale. Cette espèce de divinité domestique , è laquelle vous offrez chaque jour les plus pompeux sacrifices , n'a point marché , comme on vous l'a dit : elle se serait bien gavdé (Je le faire 5 en temps de carnaval , les uns l'auraient prise pour un masque; elle aurait eu beau crier : je suis l'Agitation ! on se serait moqué d'elle , et les huées des petits enfans en auraient fait justice, ou bien encore, quelques vieux ultras auraienl'p,u démêler dans son habit cha-* marréïes trois fameuses couleurs, et cela lui aurait attiré, chemixi faisant, quelques outrages impies.
V Agitation , qui a de rexpérience , savait cela , elle n'ignorait pas non pins qu'une multilude d'innocens provinciaux ne sont point encore assez éclairés pour faire une dislinclion délicate entre un manteau rayé de bleu , de blanc , de rouge, et une écharpe tricolore.
1j' Agitation a donc trouvé prudent de se caclier sous une épaisse enveloppe , et de voyager incognito, à côté du 3Ioniteiir, qui proclamait partout son départ solennel. Arrivée sans éclat à l'hôtel des Postes, puis transportée , sous la simple forme d'une lettre , chez un de ses plus fougueux adorateurs, la déesse crut alors qu'il était temps de paraître au grand jour. Dans une cité comme Dijon , qu'avait-elle a redouter ? Dans presque tous les temps , cette ville polie n'avait -elle pas encensé ses autels? Mais, hélas ! après la cérémouie d'usage pour sa réception, il lui fut humblement représenté qu'une loi sanguinaire du 9 novembre i8j5 , qui force les citoyens a vivre entr'eux paisiblement , sous peine de payer — jusqu'à çingt mille francs de don. mages à VEtat; qu'une loi si contraire à l'article 5 de la Charte , qui permet le libre exercice de tous les cultes; qu'une loi enfin , depuis plus de deux ans oubliée dans Paris, vivait encore dans l'antique Bourgogne ; impossible d'obtenir aucun triomphe public ; impossible de prêcher les variables doctrines , sans s'exposer aux vexations insupportables des tribunaux inamovibles. Il lui fut dit enfin qu'une masse innombrable de faces monarchiques, au front calme , aux yeux sévères , était là , et que sa pesante immobilité suffirait seule pour arrêter tous les élans d'une sainte joie....
( 5ia )
({ C'est assez, s'écria r^^//rt//o/i fu rieuse ;y'af ^'oulu y.oir,j'ai vul La plus éloquente déclamation ne peut rien sur ce peuple a^eug/é par le bon sens. hajbix:e ^eule peut le soumettre à mes inconstantes lois. Eh bien ! tendres amis , je pars ; mon séjour en ces lieux vous serait inutile : conservez précieusement le feu sacré di^nl vous fuies toujours les zélés détenseurs ; je reviendrai , n'en doutez pas , avec les bataillons nécessaires pour prêter à toules vos paroles la plus douce persuasion. Je n'ai pu m'entourcr de cette escorte embarrassante dans un simple voyage ; mais je vous donne ma parole d'honneur... » On n'a pas entendu le reste du discours, prononcé à voix basse.
Ce qui paraît certain, c'est que \ Agitation a demandé la liste de tous ses serviteurs, avec la désignation de leurs hautes , moyennes et basses fonctions, afin de pouvoir , dans ses nobles loisirs , calculer sûrement le progrès des lumières. On doit, sous peu , la lui remettre , franche de port , à son hôtel 5 et pour rendre le paquet un peu plus présentable , le registre contiendra grand nombre de ces noms qui se doublent , se triplent ou s'effacent , selon les circonstances.
Enfin , Vuégltatlon , après avoir laissé à ses adeptes quelques instructions qu'un profane vulgaire doit toujours ignorer, n'a pas jugé à propos de pousser plus loin son voyage : elle a repris son obscure enveloppe , s'est remise à la poste , et retourne ù • Paris. Vous entendrez vanter au café de la Mineive les prodiges opérés par son magique pouvoir , et ce sera à vous dorénavant, mon vieil ami, à me douuei:. ' de ses nouvelles.
Nismes ; iimarfi.
On ne saurait se faire une idëe de l'obstination da parti toujours vaincu. Elle commence même à sortir des bornes de la vraisemblance. Vous en jugerez par le fait que je vais vous raconter, et que les journaux de la capitale auront sans doute déjà peint avec lescouleurs delindignation, avant que ma lettre vous parvienne. Il y a en effet de quoi faire dresser les cheveux sur toutes les têtes et toutes les perruques du côté gauche. Voici ce dont il s'agit : horresco referens....
Ces jours derniers, à une heure très-indue ( c'était pendant le spectacle) , un attroupement considérable, formé de deux ou trois personnes , a parcouru, en sortant du café, la place principale de Nismes. Parvenus sous un réverbère , à la lueur duquel on a pu discerner leur attitude menaçante (le principal de ces séditieux était armé d'une baguette de jonc), ces misérables ont proféré un cri qu'il faut bien que je rapporte pour l'exactitude de la narration : ils ont crié vwe le Roi! On va jusqu'à dire qu'ils Tout même répété; ce qui exclut l'hypothèse d'une distraction excusable , et donne au délit le caractère le plus grave. Cependant, comme il était difficile de supposer qu'il y eût maintenant en France quelqu'un d'assez hardi pour se livrer à de pareils excès , sans quelque espérance d'impunité, Talarme s'est aussitôt répandue dans la ville. Bientôt la Renommée , prompte à nourrir de bruits exagéré* les terreurs paniques des citoyens , a semé les nouvelles les plus étranges. Les uns disaient que l'armée invisible de M. le comte Lanjuinais venait d'arriver
par ie lëlégraphe. D'autres assuraient posilivemeiU que dix-huit voltigeurs de Louis XIV avaient été détachés du quartier de réserve du café Valois, pour faire, dans le Midi, une Saint-BarlhélcmL de patriotes ; et qu'afin de ne pas donner l'éveil sur leur démarche , ils avaient eu la perfidie de faire tout le voyage dans un ballot de la Minerve , où Ton venait de les trouver endormis , mais si terribles encore , que personne n'avait osé en approcher. Bientôt toutes les maisons furent illuminées , tous les gendarmes sur pied , toutes les cloches en mouvement , et les indépendans , frappés d'épouvante , se recommandèrent à Dieu pour la première fois.
Cependant les autorilés constituées, toujours prêts à manifester l'excellent esprit qui les anime, se transportèrent sur la place publique, avec un courage digne des plus grands éloges , et firent cerner le groupe tumultueux , qui n'était plus que d'une personne. Le coupable fut d'autant moins difficile à reconnaître , qu'il était seul ; et que persistant effrontément dans sa criminelle témérité , il criait encore : Fiïe le Roi! vivent les Bourbons! ce qui pourrait indiquer , vu les circonstances , une sorte d'aberration mentale. Enfin , grâce au zèle des principaux magistrats qui dirigeaient l'attaque sur tous les points , et semblaient se multiplier pour se trouver par-tout où était le danger, ce factieux fut saisi, garotté , et traîné, sous bonne escorte, en prison, où il attend le châtiment dû à ses forfaits. Il est inutile de dire qu'on n'a pas négligé de s'assurer de sa montre, de sa bourse, de son porte -feuille et de tons les objets qui pouvaient receler des armes ou des voltigeurs. On espérait bien trouver les cent
( 5.3 ) mille fusils anglais dans un étui de fabrique anglaise fermant à secret; mais après en avoir brisé le ressort , on a eu le désappointement de n'y découvrir qu'une espèce de poignard d'argent , extrêmement aigu , de la forme et de la grandeur d'un cure-dent. Il est clair que cet événement est une ramification de la conspiration du général Canuel; et je suis sûr qu'à Paris on aura remarqué que les ultra se promenaient sur la terrasse du bord de l'eau plus long-temps que durant l'hiver, et qu'ils avaient l'air d'y prendre plus de plaisir. Quoi qu'il en soit, les faits que nous venons de rapporter doivent décider le Gouvernement à substituer des mesures vraiment acerbesd.\\ système de rigueur mitigée dont il use envers les royalistes , et qui ne sert qu'à consolider la fidélité séditieuse de ces âmes opiniâtres. Il ne sera embarrassé que du choix ; mais il faut en finir d'une manière ou d'autre , soit que Ton se conforme à l'opinion de M. Tissot , qui veut en faire des ilotes; soit que , passant outre sur l'opposition du club d^s dames libérales, on les soumette à l'opération proposée par \ Homme gris, après avoir fait fessai des instrumens incisifs sur le volumineux excédent de %^s> oreilles.
Je vous salue, L. deG...
(( Monsieur,
«Voici des renseignemens positifs sur ce qui se passe à f Ecole de Droit.
« Une pétition contre la proposition de M. Barthélémy, a été rédigée par quelques élèves, et déposée chez le portier de l'Ecole ; mais M. Delvincourt , doyen , ayant demandé qu'on la fit passer sous ses yeux, les auteurs la retirèrent j et la remirent en
(5,6) dépôt chez le libraire Plée, voisin de l'Ecole; déjk deux cents signatures y figuraient, lorsqu'un élève, soutenu de quinze bons enfans, demanda à \a lire , la prit, la déchira, et s'enfuit, sous la protection de sa petite escorte : grande rumeur parmi les auteurs et signataires. Une seconde pétition est rédigée, de nouvelles affiches sont apposées aux colonnes ; et de peur de nouvel accident , plusieurs hommes armés de bâtons, font sentinelle, et veillent à la garde de la pétllion et des affiches. De notre côté, nous faisons une protestation , par laquelle nous déclarons fausse toute pétition qui tendrait à nous donner une part dans les discussions politiques , comme questions qui ne sont pas encore de notre compétence : cette protestation, soigneusement gardée, est déjà revêtue de quinze cent signatures. Je vous dirai, de plus, qu'on a vu un espion de police , aux paroles mielleuses , au regard artificieux , engager les élèves à faire ce que doit faire tout bon Français , selon le ministère ; tandis qu'un officier à demi -solde, et décoré d'un ruban rouge, menace, tempête, crie et ordonne, au lieu de conseiller. Ces faits sont certains : aussi depuis quelques jours , l'Ecole de Droit se remplit de rassemblemens pour et contre; on se toise, on se mesure des yeux, et je n'oserais garantir la fin de tout ceci.
« On assure que M. Manuel donne des leçons de droit politique, et qu'il a lui-même écrit à la femme d'un banni, pour qu'elle lui confiât l'éducation de
son fils. ))
ëludiant en tlroit et volontaire royaU
MÉLANGES
On a remarqué que rautorité, jusqu'ici muette sur les duels , et qui même a souffert que le meurtrier de M. de Saint-i\Iorys trainât sa veuve et sa fille devant les tribunaux, ne s'était réveillée qu'après la fin déplorable du calomniateur du duc de Feltre. Tant que des royalistes succombaient , il n'y avait pas de mal ; mais voici le tour de messieurs
du parti Eh ! vite , coupons court au mal : il n'y
aura jamais trop de ces braves gens. Les brigands ont trouvé trop lentes les poursuites du ministère public cpntre M. Harty, qui a vengé la mémoire du duc de Feltre, son parent. Cinq ou six assassins déguisés en soldats, l'ont assailli en plein jour, dans une rue, et lui ont porté plusieurs coups de sabre. Ce jeune et brave officier, quoiqu'il eût déjà reçu plusieurs blessures dangereuses, a eu la force d'arracher le sabre des mains d'un de ces scélérats ; et dès qu'ils l'ont vu armé, les autres ont pris la fuile.^ Ce sera merveille si on en arrête un. On propose des paris pour la négative.
— Nous insérons dans l'article mélanges ^ un petit fait qui aurait été mieux à sa place dans les bigarrures. Lorsque les nouveaux pairs de France ont été présentés au Roi, on a remarqué que, soit par économie, soit par distraction, M. le comte L. C. P. D. portait, sous un habit neuf de pair, sa vieille veste de sénateur.
— Si l'on doutait encore que le cours deM. Tissot fût autre chose qu'un club ad iisu/n studiosœ ju^ ventutis , on pourrait citer l'exclamation suivante
écliappée àFindignatioii d'un desliabitues qui venait (le lire le dernier numéro duDraf/eau blanc. Entrant mardi dans la salle où se taisait attendre le successeur de M. Delille : u Messieurs, dit -il en brandis- « sant sa canne , nous sommes trahis î il y a ici de M faux frères! » Est-ce que par hasard le cours pu- ])lic du dcmagogue Tissot, professeur royal ^ est une société dont les membres sont liés par un serinent ?
— On a reconnu toute l'utilité du droit de pétition, en lisant celle de la dame Gavez (de Calais) , qui demande que les femmes de militaires absens depuis longues années, et qui n'ont pas donné de leurs nouvelles , puissent se remarier, u La com- « mission, a dit monsieur le rapporteur, a su apprc- « cier la position d^unt femme condamnée au célibat ù par fabsence ou l'oubli de son mari ; mais des <( considérations d'un ordre majeur s'opposent foru tement à une pareille demande. » C'est dommage ! Une loi à ce sujet aurait dignement figuré à côté du décret par lequel la Convention , de morale mémoire, appréciant aussi la position des jeunes citoyennes célibataires, décernait des récompenses nationales ?iw\ filles mères.
• — Des liasses de pétitions a l'effet de demander le maintien de la loi des élections, ont été déposées sur le bureau de la Chambre des députés par MM. Lafilte, Manuel, Hernoux^ et par les marquis de la Fayette et de Chauvelîn. Le patronage de ces noms illustres est un puissant préjugé en faveur de la bonté de la loi.
— Tout je fait , dit-on , par compère et par commèrej on peut ajouter, aujourd'hui, par cousin et
( ^'9 ) par cousine. En effet , comment s'empêcher de rire , en voyant l'immense influence du cousinage dans la nouvelle promotion des pairs de France ? On assure que le suprême arbitre des dignités, ne connaissant pas dutout les gens qu'on lui proposait d'honorer de la pairie , demandait sur chacun d'eux des renseignemens , et recevait toujours pour réponse: « C'est mon cousin , c est mon allié, c'est mon pptilcousin, c'est mon oncle à la mode de Bretagne, c'est mon arrière cousin. » Fatigué de cette réplique monotone , mais assez bon pour dissimuler son ennui: «Voilà qui esta merveille, dit-il; mais parmi tant de cousins, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de placer mon cousin le duc d'Esciignac? »
— Tandis que la France entière se réjouit de l'événement qui lui permet d'espérer un rejeton d'une race auguste et chérie , une autre fécondité fait grand bruit dans quelques hôtels. On assure que déjà l'illustre père de l'illustre enfant à venir, loin d'appeler , avec une édifiante modestie , un parrain et une marraine de sa petite ville de Guyenne, les a cherchés sous la pourpre royale; on ajoute même que la princesse n'a répondu à sa demande que par ces mots : « Monsieur, je n'ai point reçu d'ordre du Roi à ce sujet. »
— Une lettre dont la signature commande la confiance, nous affirme, et nous sommes heureux de le croire , que la personne désignée dans la 9^ livraison du Drapeau blanc , par ces mots 31, de Ch. , loin d'avoir insisté pour ne devoir le titre de pair qu'à des lettres expédiées à une autre époque, a reçu avec la plus respectueuse reconnaissance cette faveur du Roi.
FÂITHFUL (i),
CHANSON TRADUITE DE l' ANGLAIS.
Air. : V'ià c' que dest qu* d'avoir du ccÈur,
Faithful portait d'heureux liens.
Via c' que c'est qu' d'avoir des chiens» Tout passant, qu'il aimait à suivre.
Lisait sur le cuivre ,
Comme dans un livre :
a A Charles premier j'appartiens, »
V'ià c' que c'est qu' d'avoir des chiens.
Toujours fort pour les grands mo^rens, Vlà c' que c'est qu' d'avoir des chiens y Il mord son bienfaiteur esclave ,
Et demande, en brave,
Collier oii l'on grave :
«e Au bon LeveUer (2) j'appartiens , »
V'Ià c' que c'est qu' d'avoir des chiens.
Quand un des plus chauds citoyens , V'Ià c' que c'est que d'avoir des chiens y Du trône anglais s'ouvre la porte.
Monsieur cherche- apporte y
Sur son collier porte :
« Au seigneur Cromwel j'appartiens, »
V'Ià c' que c'est qu' d'avoir des chiens.
Après les règnes plébéiens ,
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des chiens,
Il craint qu'au passé l'on ne songe.
Mais collier sans longe ,
Garni d'une éponge , Porte : « A Charles deux j'appartiens, » V'Ià c' que c'est qu' d'avoir des chiens.
Faithful, bien gras et sans liens, Vlà c' que c'est qu' d'avoir des chiens, Croit que du nécessaire il chôme;
Du tond du royaume
Il flaire un Guillaume Pour lui dire : « Je t'appartiens, »
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des chiens^
Guillaume, sitôt que tu viens ,
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des chiens.
D'espoir sa queue en vain Irclille,
Ton limier l'étrille,
Si bien que le drille Crève en disant : « Je le soutiens, »» Via c' que c'est qu' d'avoir des chiens.