‹ Le Drapeau canadien-françaisChapitre 4 sur 16 · AYONS UN DRAPEAU · texte numérisé non relu

AYONS UN DRAPEAU

Le chaud et religieux discours du vieu.t drapeau français, nous voulons qu'il se répète aujourd'hui, devant nous, devant nos enfants, à l'école, à l'église, sur la rue* sur nos maisons, partout. Et, voilà pourquoi nous agitons la question du drapeau, d'un drapeau de race* d'un drapeau traditionnel, d'un drapeau canadien-français,

Le drapeau est un centre de ralliement \ ce centre nous manque ! Nous avons des drapeaux : ils rallient les yeux, ils ne rallient pas les coeurs !

Et encore, le drapeau par son évidence est une affirmation — nécessaire en cesjours- — j cette affirmation nous fait défaut !

"Que les Canadiens soient fidèles à eux* "mêmes— s'écrie F. X. Garneau, à la fin de son "Histoire dû Canada- — car pour nous, une "partie de notre force vient de nos traditions" Le drapeau est le symbole de la fidélité tradi* tionnelle : ce symbole, dont Garneau prêche indirectement l'importance* n'existe pas encore chez nous S

Qu'ils étaient beaux ces jours où tous les Canadiens Pour conquérir leurs droits, unis comme des frères* Aux bords du Saint- Laurent, comme autrefois leurs

( pères, Savaient donner encore et leur vie et leurs biens :

Qui nous rendra ces jours de lutte et de grandeur

Où toujours réunis sous la même bannière,

Ils bravaient les efforts d'une race étrangère,

Et gardaient fièrement leurs droits et leur honneur ?

Cette bannière que Crémazîe idéalisait, il y a bientôt cinquante ans, cette bannière qui n'était qu'une métaphore dans l'idée du poète, cette bannière, il est temps de la faire> il est temps de la déployer ! Ce n'est qu'un vol au vent, direz- vous ! oui, mais un vol au vent qui réveille ! un vol au vent qui réjouit ! un vol au vent qui donne des ailes ï un vol au vent qui

remue les indifférents, tout comme le "vin fumeux qui fait sentir sa force même aux plus sobres/'

Jeune peuple.

—S'écrie l*abbé Gingras, à ^occasion de la messe dite sur les plaines d'Abraham, le 24 juin 1880,

Jeune peuple,.,.

Je le sais, ton grand cœur me devance, et ta voix Jure d'aimer toujours l'autel en qui tu crois ! Autour de ton clergé, plus que jamais tu jures De resserrer tes rangs pour les luttes futures : Tu veux respirer d'aise encore, sous ce drapeau Dont la majesté sainte ombragea ton berceau !

C'est le rêve de Créma^ie, plus vivant encore.

Le drapeau, le poète le dit bien, c'est une majesté ! Notre premier drapeau fut une majesté sainte \ Où est-elle, chez nous, la majes-^ té du drapeau ? Où est-elle, pour le Canadien français, la majesté sainte ?

Chapman dans son épitre à PHble. Real Angers :

Nous chérissons toujours notre mère patrie Quoiqu'elle nous vendit ainsi qu'un vil troupeau. Oui, nous Tainions encore avec idolâtrie Et rien n? émeut nos cœurs comme son vieux drapeau.

Voilà de l'histoire ancienne, de l'histoire vécue î elle a le don de nous émouvoir.

Faisons donc maintenaut de l'histoire moderne, de l'histoire vivante ; foulons le drapeau ; voyons-le de nos yeux ; touchons-le ; hissons le sur nos chaumières, sur nos palais, sur nos clochers : ce ne sera pas moins émouvant !

t)ans la brochure la plus patriotique de motre littérature : Si les Canadiennes le voulaient, mademoiselle Angers trace ces lignes :

"Nous ne sommes pas nés pour rien de "la France chevaleresque et chrétienne. 11

cy a des germes de force, de générosité, il y a "même des germes d'héroïsme parmi nous ; et, lsi nous savions les cultiver, nous aurions des 'patriotes, des forts, des magnanimes entre les "bras de qui la patrie pourrait s'abandonner".

Tout est vérité dans ce langage ; nous ne ferons que développer la matière en ajoutant que la force, la générosité et le patriotisme sont cultivés, non seulement par la femme forte dont parle Laure Conan, mais encore, à sa manière, par le drapeau. C'est qu'il y a . dans tout drapeau une chaire, et un maître qui, du haut de cette chaire, cultive le patriotisme, par les enseignements de l'histoire, par la voix des ancêtres, par le langage gai ou triste du présent, car le drapeau joyeux, aux jours de gloire, s'affaisse, en berne, aux jours de deuil !

En face d'un patriotisme qui ne tend qu'à grandir et à s'épanouir, mais qui a besoin d'être dirigé, M. J. C. Magnan s'écrie, Vérité de novembre 1903 : "Nous avons un beau passé "et de glorieuses traditions ; ayons donc un "patriotisme à nous, comme nous devrions "avoir un drapeau à nous"

Du reste, nous sommes ici. chez nous.

Cédés politiquement, nous sommes restée fondamentalement ce que nous étions.

Nous avons changé de régime, nous n'avons pas changé substantiellement de religion, de langage, d'idées? de sentiments, de traditions : si nos pères ressuscitaient, ils reconnaîtraient encore en nous leurs enfants !

Ce sol, cette religion, cette langue, ces traditions qui nous rattachent à nos pères, par une suite non interrompue, c'est la patrie.

Le drapeau, c'est l'âme vibrante de la patrie.

Nous avons une patrie, ayons donc u»

drapeau î

Quels sont DE DROIT les éléments du drapeau canadien=français ?

Tout drapeau a sa définition qui fonde son droit. Il faut évidemment s'arrêter au drapeau de la définition.

Qu'est-ce qu'un drapeau ?

Une couleur, des emblèmes.

Quelle doit être la couleur de notre drapeau ?

La couleur du berceau, la couleur des origines, la couleur du vieux drapeau.

Quels doivent être les emblèmes de notre drapeau ?

Les emblèmes traditionnels universels, et anciens, tels que fournis par l'Histoire et par la Providence.

Notre histoire, partie sous la France, partie sous l'Angleterre, est la double source où nous devons puiser ; quiconque oublie Tune ou l'autre renonce à sa race ou à l'ordre providentiel.

Nous vivons depuis trois siècles, notre drapeau n'est donc pas à créer ; les parties en sont faites, éparses peut être, mais, il ne reste qu'à les grouper. Le drapeau, c'est l'âme de la patrie planant sur nos têtes ; cette patrie doit donc se présenter là, drapée, majestueuse, dans son costume historique, tel que tissé et taillé par les siècles ! Qui a le droit de changer l'histoire ou l'ordre de la Providence !

Quels seront DE FAIT les éléments du drapeau canadien=français ?

Laissons la définition pour sa réalisation ; passons de l'abstrait au concret, en appliquant les principes énoncés.

Quelle fut la couleur du berceau ? L'azur.

Quels furent les emblèmes du berceau ?

Les fleurs de lis.

Quels sont les autres emblèmes traditionnels anciens ? Le castor et la feuille d'érable.

Quelle sera la part de l'Angleterre, quel sera l'acte de loyauté traditionnelle ? L'écusson de la "province de Québec, tel que sanctionné par la reine Victoria, le 26 mai 1868 : "d'or, à la fasce de gueules chargée d'un lion d'or

passant et regardant ." avec liberté

d'ajouter : Je me souviens.

Le drapeau canadien-français sera donc azur ; fleurdelisé, marqué d'un castor, de feuilles d'érable et d'un écusson de notre province, avec l'inscription : Je me souviens

Il s'agit maintenant de faire voir le bienfondé de chacun de ces éléments.

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