Ont entr'eux tous sur leur atours
Et les grans gens ^t les menues Escherpettes blanches cousues...
Par le Bannier qui en l'ost crie Que tout homme de sa partie Face tant, comment qu'il la tcànchO) Qu'il soit soigniez d'escherpe blanche Pour estre au férir connéus... »
G. Guiart. SS- Philippe le Bel, dans Daniel, Milice françoise^ U I, p. 474. Cf. p. 475-481 (liv. VI, chàp. Vl). Cf. Rey, t. II, p. 472-483 (liv. XI, chap. ix). Sous Henri IV, Vécharpe blanche fut certainement contre la Ligue le signe du parti royaliste.
Sans qu'on en puisse marquer exactement l'origine, il n'est pas douteux que la croix blanche ne fût, même avant le règne de Charles VI, un insigne royal et national que les Français portaient sur leurs vêtements à la guerre. Le texte suivant d'Enguerran de Monstrelet en est une preuve sans réplique. Nous sommes en l'année 1413. Le roi, alors au pouvoir des Armagnacs, se préparait à marcher contre le duc de Bourgogne : « Le mercredi de la semaine peneuse (sainte), iif jour d'avril, le roi yssi hors de la ville de Paris, à grant triumphe et notable estât, et s'en ala en la ville de Sentis pour là actendre ses gens. Ouquel lieu il solemniza la feste de la Résurrection Nostre Seigneur Jhésus Crist. — En laquelle armée on fist porter aux personnes du Roy et du duQ d'Acquitaine la bende et enseigne du comte d'Armignac, en délaissant sa noble et gentille enseigne que lui et ses prédécesseurs roys de France avoient toujours portée en armes y c'est assavoir la droite croix blanche. Dont moult de notables barons, chevaliers et autres, anciens et loyaulx serviteurs d'icellui Roy et aussi dudit
duc d'Aquitaine, furent assez malcontens, disant que pas n*appartenoit à la très excellente majesté royale de porter Tenseîgne de si povre seigneur comme estoit le comte d'Armignac, veu encores que c'estoit en son royaume et pour sa querelle, et. encores, que icelle bende dont on faisoit à présent si grant feste et joye, avoit été baillée ou temps passé aux prédécesseurs d'icellui conte, à la portera tous jours lui et*ses hoirs, pour la condamnation d'un pape, en signe d'amende, pour ung forfait que les devant diz d'Armignac avoient fait et commis contre l'église, au temps dessus dit^ >
Ce texte est formellement confirmé par Jean Jouvenel des Ursins*, en son histoire de Char-
4 . La Chronique (TEnguerrdn de Monstrelet^ publiée pour la Société de Thistoire de France par L. Douët d'Arcq. Paris, V^Renouard, 4868, in-8<>, t. II, p. 466, 467 (liv. I, chap. CXIX, ann. 4413}. « Comment le grant Conseil du Roy fut assemblé, présents la Royne et le duc d'Acquitaine, où il fut conclud de faire guerre au duc de Bourgongne. »
2. Nouvelle collection des Mémoires pour servir à V histoire de France^ par MM. Michaud et Poujoulat, t. II, Paris, 1836, in-4«, p. 473, col. 2. Histoire de Charles F/, roy de France y ann. 4444.
les VI, année 1411 : « Est, dit-il, à advertir que toutes les choses se faisoient au nom du Roy et de monseigneur le Dauphin. Mais ils laissèrent la CROIX DROITE BLANCHE, qui cst la vraie enseigne du Roy^ et prirent la croix de saint André, et la devise du duc de Bourgogne, le sautoiîer, et ceux qu'on disoit Armagnacs portoient la bande, et pour ce sembloit que ce fussent querelles particulières. De qûoy aucuns de Paris, et des chevaliers et escuyers, qui estoient mesmes très bons Bourguignons, estoient très mal contens. » Cette croix blanche, onlevoit, élevée au-dessus des marques des factions, a vraiment le caractère d'une marque nationale. Elle est directement opposée à la croix rouge des Anglais. Dans la miniature du manuscrit de Froissart représentant la bataille de Poitiers, les Anglais portent la croix rouge et les Français la croix blanche. Il en est de même dans une miniature représentant l'attaque de la bastille de Dieppe par Louis Dauphin (plus tard Louis XI), sous le règne de Charles VII. « Elle a été tirée par M. de Gaignières, ditMontfaucon, d'un manuscrit de la biblio<»
Ihèque du Roi... Les soldats françois sont vêtus partie de bleu, partie de rouge, et portent la marque de la croix blanche, au lieu que les Ànglois.ont celle de la croix rouge*. >
Si le duc de Bedford prit personnellement la croix blanche, au moins à la bataille de Verneuil, c'est en sa qualité prétendue de régent de France, mais il ne manqua pas d'y ajouter la croix rouge de sa nation : « Vêtu d'une robe de velours bleu, dit M. Vallet de Viriville, il portait à la poitrine une grande croix blanche ou croix de France, sur laquelle se dessinait, un peu plus petite, la croix rouge d'Angleterre*. 7> *
Néanmoins, bien que les Anglais se prétendissent légitimement maîtres en France, le signe distinctif des soldats et des partisans de Henri VI continua d'être la croix rouge, tandis que Charles VII et ses adhérents, le parti national, portaient la croix blanche. Quand un seigneur se
4. Montfaueon, t. Il, p. 298, pi. LIV, t. lll, p. 228, 229, pi. XLll. Cf. Ms. fr. B. N. 2644-2646 passim.
i. Vâllet de Viriville, Histoire rf^ Charles Vlly Paris, Renouard, 4862-65, 3 vol. in-S^, t. ï, p. 414, 415 et noté 1 .
rangeait à ce dernier parti, il prenait cette croix, ainsi que tous ses gens : « Et tantost apprez ladicte rendicion, écrit le chroniqueur Matthieu d'Escouchy, vint là devers ledit comte, lé seigneur de Lucé, à qui ceste place appartenoit, quitousjours avoit tenu la querelle du roy d'Engleterre, et avoit en sa compaingnie bien six cens combattans; syreprint et fist hoipmaige, entre les mains du comte de Foix, d'icelle seignourie, au nom du roy de France. Et à sa venue, lui et ses gens portoient la croix rouge; mais quant ilz s'en retournèrent en leurs maisons, apprez le serment fait, la portoient blanche , dont leurs femmes, enfans et subgectz se donnèrent grant merveilles*. »
De même, quand une ville reconnaissait l'autorité du souverain national, ses habitants prenaient la croix blanche. C'est ainsi que lors de la
4 . Chronique de Matthieu d'Escouchy^ nouvelle édition publiée pour la Société de l'histoire de France, par G. du Fresne de Beaucourt, Paris, V« Renouard, 1863, in-8®, 3 vol., t. I, p. 208, chap. XXXVI. « Comment le duc d'Allenchon reprint sa ville et chastel. » Ann. U49.
prise de Paris par i'Ue-Adam (13 avril 1436), « nie Adam^ aussitôt qu'il fut maître de la plateforme, fit arborer^ la bannière aux trois fleurs de lys et cria: Ville gagnée I II pénétra ensuite dans Paris, ainsi que le bâtard d'Orléans et le connétable. Partout les bourgeois avaient revêtu la croix blanche droite, ou la croix rouge en sautoir. » Cette dernière était la croix de Bourgogne, et c'est d'accord avec le duc de Bourgogne que le roi reprenait possession de Paris. L'Ue-Adam lui-même était un capitaine bourguignon \
Quelle que fût l'importance de la croix blanche de FrancCy quoiqu'il soit impossible de lui constester, même avant Charles VI, le titre de marque nationale, pour que sa couleur balançât d'abord, puis enfin remplaçât tout à fait l'azur, comme couleur de la nation, il fallait qu'elle passât du vêtement sur l'étendard, qu'elle ne fût plus seulement un uniforme, niais un drapeau. C'est ce qui arriva en effet,
A quel moment précis? C'est ce qu'il est ma-
4. Vallet de Viriville, ouvrage cité, l. II, p. 358 et note. 2*
laisé de fixer avec exactitude. Benéton pense qu'il y en eut des exemples dès le règne de Charles VI, et que les premières croix qui parurent sur les enseignes ne les couvraient pas entièrement. < Ces croix, dit-il, ne touchoient pas les quatre côtés de l'enseigne où elles se voyoient, elles étoient seulement mises en franc-canton, ou bien une enseigne avoit un franc-canton sur lequel étoit mise la croix que cette enseigné devoit avoir : les Anglois portoient encore leur croix nationale en franc-canton au commencement du xvn® siècle... Les François ont porté aussi leurs croix de ns^tion en franc-canton, ce n'est que depuis le xv^ siècle qu'ils les ont étendues delà manière qu'il paroit à présent: J'en tire la preuve de quelques monumens qui se voyent parmi ceux que le Père de Montfaucon a assemblés, ainsi que de quelques vieux drapeaux qui sont restés attachés à des châteaux qui servent de citadelles à quelques villes. Le drapeau de la Bastille de Saint Antoine à Paris porte à l'un de ses coins sa marque de nation, j'ay même idée d'avoir vu dessus outré la croix qui est restreiiitê Une bande
d'une autre couleur que celle dont est le drapeau, cette bande montre selon moi que ce drapeau est attfiché à la Bastille où Jil est depuis que la faction des Armagnacs se fut fait connottre en France. La marque de cette faction étoit une écharpe rouge qui fut appellée bande*. »
Que ce drapeau de la Bastille, vu par Benéton, fût ou non du temps des Armagnacs, nous avons, sous Charles VII, la preuve certaine que la croix de France s'était introduite sur les étendards des Français. C'est ce qui résulte du texte suivant que j'emprunte à M. Valletde Viriville : « Le vendredi 20^ dudit mois d'Aoust.(i451), semblable jour que Nostre Seigneur souffrit mort et passion pour nous racheter sUr la croix, un peu après le soleil levant, sedémonstra et fut veue au ciel une croix blanche paroissant estre droitement posée sur ladite cité de Bayonne, et lors les habitans d'icelle ostèrent leurs bannières et pennons à croix rouges, disant qu'il plaisoit à Dieu qu'ils
4. Benéton. Commentaire sur les enseignes^ p. 237. Cf. Montfaucon, t. III, p. 404, pi. XXIII, et t. IV, p. 400, pi. II après la VII% n« 2.
fussent François et portassent la croix blanche^. » Sous Louis Xï et Charles VIII cette marque nationale dut également figurer sur les étendards. Le président Chassanée, qui a vécu sous les règnes de Louis XII et de François P% fait de cette croix blanche la principale enseigne et la marque distinctive des armées françaises*. On peut à mon sens raisonnablement supposer que de Charles VII à François V\ le grand étendard de cérémonie demeurant l'antiqUe bannière de France, purement d'azur aux trois fleurs de lis d'or, le drapeau militaire de la France, le pavil-
4 . Vallel dé Viriville, Histoire de Charles F//, t. 111, p. 24 6, note 2. Cf. Mathieu d'Escouchy, éditl citée, t. H, p. 366, 367, ch. LVIl, année U51.
2. (c Sic legimus, quod certa sunt insignia diversarum gentium, ut Romanorum aquilae, Scylharum fulmen... Francivero utuntur in prelio pro signo CRUCE alba : Burgundi, cruce S. Andrese rubea: Scoti vero alba: Angli, cruce rnbea contra Francos, et rosis contra Scotos. Veneli leone, Suevi urso,Senenses lupa, Neapolitani asino oneratoclitella... » Catalogus gloriœ mundi D. Bartholomei Cassansei, burgundi... Francofurti ad Maenum anno Domini MDLXXIX, in-fol., p. 42, col. 4, 2. Prima pars: trigesima octava considération décima septima conclusion Cf. Dapiel. Milice françoise, t. I, p. B06, 1. VI, ehap. X, in fine.
— selon national, fut le drapeau bleu chargé d'une » croix blanche.
Tel était sous le règne de Henri II le. drapeau des Cent-Suisses : « Il y avoit autrefois, dit le P. Daniel, un porte-enseigne ou porte-drapeau suisse, office qu'on a négligé de rétablir : mais le drapeau subsiste toujours. Le fond est de quatre quarrés bleus. Le premier et le quatrième portent une L couronnée d'or, le sceptre et la main de justice passez en sautoir, nouez d'un ruban rouge. Le second et Je troisième ont une mer d'argent ombrée de vert, flottant contre un rocher d'or qui est battu de quatre vents. La croix blanche sépare les, quatre quartiers avec cette inscription" Ea est fiducia gentis. On a voulu apparemment marquer par ces paroles la fermeté de la nation, que les plus grands dangers ne sont pas capables d'ébranler, comme le rocher se tient toujours ferme malgré la fureur des vents et des flots. Ce drapeau est le même qui étoit sous le règne de Henri II, comme il est marqué dans la salle des Suisses à Fontainebleau. Le feu roy (Louis XIV) le fit renouveller. Le
drapeau est déposé chez le capitaine-colonel. » La cravate de ce drapeau était blanche et la hampe
se terminait par une fleur de lis d'or*.
Nous voyons Fétendard bleu à croix blanche figurer, lui aussi, vaux funérailles de Henri IV: « Suivoierit après le grand estendard de satin bleu céleste double en riche broderie de fleurs de lys d*or de Cypre, plus plain que vuide, à une grande croix plaine, de satin blanc, ^ qui est la Croix de France, porté par N...' »
Ici, cet étendard, comme la bannière purement d'azur, n'est plus guère, ce me semble, qu'un drapeau de cérémonie. Le drapeau bleu à croix blanche est, en effet, passé peu à peu à un rang inférieur. C'est ce qui résulte certainement d'une ordonnance de Louis XIV, en date du 9 octobre 1661 , qui constate tout à la fois et le rang élevé qu'avait occupé autrefois ce pavillon, et la déchéance où insensiblement il était tombé : « Sa Majesté ayant été informée que plusieurs particu-
à. Daniel, Milice française, t. Il, p. 3U, pi. VI, 1. X, chap. VII. Cf. Magasin pittoresque^ année 4 845, p. 272. 2. André Favyn, t. II, p. 4866.
lier S, capital nés ) maîtres et patrons de vaisseaux étant à la mer, et allant en voyage de long cours au lieu de porter seulement V ancien pavillon de la nation française ^^Yexixx&ni la liberté d'arborer lepavillon blanc^ pour en tirer avantage dans leur commerce et navigation, au préjudice souvent de l'honneur qui y est dû, qu'ils sacrifient dans leurs rencontres à leur intérêt particulier, n'étant pas en état de pouvoir obliger ceux qui le doivent à le rendre, ou ne sachant pas la manière dont il faut en user dans de pareilles rencontres. . . fait très expresses inhibitions et défenses à tous capitaines, etc.. de porter lepavillon blanCy qui est réservé à ses seuls vaisseaux^ et veut et ordonne qu'ils arborent seulement Y ancien pavillon de la nation française^ qui est la croix blanche dans un étendard d'étoffe bleue^ avec l'écu des armes de Sa Majesté sur le tout ^ »
1 . France maritime y fondée et dirigée par Amédée Gréhan... Paris, Dutertre, 1852, in-4». Nouvelle édition, 1. 1, p. 115; Mémoire de M. Jal, publié en 1à36. Cf. Daniel, Milice françoise^ 1. 11^ p. 734, liv. XIV, cliap. XI : « La marque des vaisseaux marchands de la nation françoise est un étendart bleu chargé d'une croix blanche, ou face de blanc et de Heu : il ne peut
Cet ancien pavillon de ]a nation française demeura jusqu'à la fin le drapeau du régiment des gardes françaises (d'azur semé de fleurs de lis d'or à la croix blanche)'. Ce fut aussi, en 1789, le drapeau du i " bataillon, i '^ division de la garde nationale de Paris';
Les renseignements qui nous sont fournis par rhistoire concordent jusqu'à présent, ce me semble, avec l'induction que nous avons tirée de la disposition hiérarchique des pavillons de commandement dans nos armées navales au xvnf siècle. Nous avons vu le drapeau bleu céder
être tout blanc. Louis XIV par une ordonnaDce de 4664 défendit à tous les vaisseaux des particuliers de porter le pavillon blanc qui est affecté à ses vaisseaux. » Ce drapeau fa^é de blanc et de bleu affecté, de même que le pavillon bleu à croix blanche, aux navires marchands, vient à Tappui de ce que nous allons dire sur le pavillon bleu et blanc et le rang historique du pavillon bleu à croix blanche^ comparé à ce pavillon.
4. Drapeaux de V infanterie^ 4724. Bibl. Nat., Cabinet des Estampes*. Id. 40. — Voy. planche II de nos dessins.
3. Collection complète des drapeaux faits dans les soixante districts de Paris, lors de la Révolution du mois de juillet 4789, etc. Deuxième livraison^ Paris. Girard, graveur, infol., MDCCXC. Bibl. Nat., Impnmés, Li ", n« 44, pi. I. —Voy. ci-dessous additions et corrections to? 5.
la place au drapeau bleu chargé d'une croix blanche. Notons ici que bien que ce soit le troisième pavillon de la flotte qui ait été, après la bataille d'Ouessant, chargé d'une croix blanche, c'est plutôt au second, au pavillon bleu et blanc, qu'il convient d'assiuiiler historiquement le drapeau bleu à croix blanche. L'introduction de la croix blanche sur le pavillon bleu, après Ouessant, fut le résultat d'une décision parfaitement motivée, et dont nous connaissons la cause. Mais, avant 1778, le troisième pavillon de l'armée navale qui, suivant notre théorie, était historiquement le plus ancien des trois, et correspondait par conséquent à la bannière de France, devait être et était en effet purement bleu.